AFA La Maladie de Crohn...
Informations pour les patients et leur famille

 
(Dr Philippe Baumer)
     Code révision Edition septembre 1999
     Code révision Edition novembre 2002

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Le but de ce chapitre est de fournir les bases scientifiques utiles à la compréhension des problèmes nutritionnels soulevés par la maladie de Crohn. Il comporte des rappels concernant l'alimentation normale, tant au plan qualitatif que quantitatif.

Nutriments :

Nous résumerons la structure et le rôle des principaux nutriments.

Protides :
Les protéines sont un assemblage d'acides aminés, c'est-à-dire de molécules comportant au moins un atome d'azote. Une protéine peut être comparée à un mot plus ou moins long mais toujours composé à partir d'un alphabet de 20 lettres : les acides aminés.

  • Le rôle des protéines est multiple : élément de structure des cellules et des tissus, système de transport et enzyme (activation de réaction biochimique).
  • Le rôle énergétique passe au second plan, mais il ne faut pas oublier que chaque gramme de protéine peut fournir 4 kilocalories.

Glucides :
Les glucides ou hydrates de carbone sont des assemblages plus ou moins complexes de sucres simples. Chaque sucre simple tel que le glucose, le galactose ou le fructose est lui-même un assemblage de carbone et de molécule d'eau (hydrogène + oxygène), d'où la dénomination "hydrate de carbone". Parmi les "sucres" habituels, certains sont constitués par l'union de 2 molécules de sucre simple. Le lactose (sucre du lait) comporte ainsi une molécule de glucose liée à une molécule de galactose (cf. chapitre "Régime alimentaire"). Le saccharose, dont sont formés les sucres en morceaux, se compose d'une molécule de glucose liée à une molécule de fructose. L'amidon et la cellulose correspondent par contre à des chaînes beaucoup plus longues de sucres simples.

  • Le rôle fondamental des glucides est de fournir de l'énergie immédiatement utilisable.
  • Chaque gramme de glucides apporte 4 kilocalories

Lipides :
La structure des lipides, ou graisses, est plus complexe : ce sont des assemblages d'acides gras ou de leurs dérivés, à chaînes plus ou moins longues et plus ou moins saturées. Ils ont en commun les propriétés physiques suivantes : ils sont insolubles clans l'eau et solubles dans les solvants organiques. On appelle, par exemple, triglycérides les molécules constituées par l'union de trois acides gras. En fonction de la longueur de ces derniers, on distingue les triglycérides à chaînes longues et les triglycérides à chaînes moyennes (ou TCM). Les triglycérides représentent 98 % des lipides de l'alimentation.

  • Les lipides ont un rôle de réserve d'énergie et de constitution des tissus.
  • Chaque gramme de lipides apporte 9 kilocalories.

Eau, électrolytes et minéraux :
Les électrolytes sont des substances capables de se dissocier en ions, c'est-à-dire en atomes ou en molécules chargés électriquement. Les principaux électrolytes de l'organisme sont les sels de potassium et surtout de sodium (chlorure de sodium et bicarbonate de sodium). Ce sont des éléments indispensables à l'équilibre du corps, en particulier dans la répartition de l'eau dans les différents secteurs de l'organisme (à l'intérieur ou à l'extérieur des cellules par exemple). Les minéraux ont également un rôle important dans les équilibres cellulaires et dans les fonctions enzymatiques.
Ainsi, le calcium et le phosphore ont un rôle fondamental dans la construction des fibres musculaires et dans le métabolisme de l'os ; le fer est nécessaire à la synthèse des globules rouges.

Le rôle des oligo-éléments n'est que récemment connu, et encore de façon partielle. Ce sont des éléments métalliques présents à l'état de trace dans l'organisme. Le zinc joue un rôle dans la cicatrisation de la peau, l'iode est indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes, le fluor est utile dans la prévention des caries dentaires ,mais la place du cuivre ou du cobalt reste mal déterminée.

Vitamines :
Les vitamines sont des substances que l'organisme est incapable de produire et qui sont apportées, en règle, par l'alimentation ; elles sont, du moins étymologiquement, "nécessaires à la vie". C'est surtout l'observation de patients manquant de telle ou telle autre vitamine qui a permis d'approcher leur rôle respectif. Nous indiquerons donc les principales conséquences de leur carence.

On a pris l'habitude de classer les vitamines en fonction de leur mode de solubilisation. On sépare, ainsi, les 4 vitamines, A, D, E, K, liposolubles (solubles dans les graisses), des vitamines hydrosolubles (solubles dans l'eau), telles les vitamines C, PP et du groupe B.

Rôle des vitamines liposolubles :

  • Une carence en vitamine A ou rétinol diminue l'adaptation visuelle à l'obscurité.
  • La vitamine D, en partie d'origine cutanée (grâce aux rayons ultraviolets du soleil), sert à l'absorption du calcium par l'intestin et à sa fixation sur l'os. La carence en vitamine D est responsable du rachitisme chez l'enfant et de l'ostéomalacie (défaut de minéralisation de l'os) chez l'adulte.
  • La vitamine E interviendrait dans la synthèse des spermatozoïdes. Sa carence entraîne des troubles neurologiques.
  • La vitamine K est indispensable à la synthèse hépatique de facteurs de la coagulation. Une carence en vitamine K peut entraîner un syndrome hémorragique par défaut de coagulation.

Rôle des vitamines hydrosolubles :

  • Une carence en vitamine B1 ou thiamine est à l'origine d'une atteinte des nerfs périphériques (polynévrite des membres inférieurs), voire d'un béribéri (atteintes cardiaque et neurologique observées en Extrême-Orient).
  • Les rôles des autres vitamines du groupe B, riboflavine (B2), niacine (B3 ou PP), pyridoxine (B6) sont moins bien connus. Leur manque peut se traduire par une atteinte de la langue, de la peau (PP) ou des nerfs (B6).
  • Une anémie, particulière par la grande taille des globules rouges raréfiés, peut être la conséquence d'une carence en vitamine B9 ou acide folique, ou en vitamine B12.
  • Le scorbut est le terme d'une carence historique en vitamine C.

Composition d'un repas :

Un repas équilibré doit apporter une certaine proportion de protides, glucides et lipides. Exprimées en pourcentage des apports caloriques totaux, ces parts sont respectivement de 15, 50 et 35 %.

Origine des protides :
Les principales sources de protides sont la viande et le poisson, qui en contiennent 20 % en moyenne.
Les œufs et les laitages viennent au second rang, mais occupent évidemment la première place pour les sujets végétariens. Un œuf de 50 g apporte 6 g de protides, 350 cc de lait en fournissent 12 g.
Les légumes secs et les céréales sont une moindre source de protides en Occident, mais leur faible coût les rend souvent irremplaçables dans les pays en voie de développement. Les légumes secs contiennent d'ailleurs jusqu'à 23 % de protides. Ceux-ci sont, néanmoins, déficients en certains acides aminés, expliquant leur moindre valeur biologique.

Origine des glucides :
Les aliments les plus riches en glucides, en dehors de ceux ayant un goût sucré, contiennent de l'amidon  : ce sont le riz et les pâtes, qui en contiennent 80 %. Puis vient le pain: 100 g de pain apporte 50 g de glucides qui correspondent également à 7 biscottes.

Origine des lipides :
L'huile contient 100 % de lipides, le beurre 85 % mais les viandes et les laitages comportent également une quantité non négligeable de graisses dites de constitution.

Besoins et variations :

Besoins énergétiques :
Les besoins énergétiques correspondent aux apports nécessaires pour équilibrer les dépenses. Ils dépendent de l'âge, du sexe, de la taille du sujet et de ses activités. En moyenne, les besoins quotidiens sont compris entre 30 et 40 kilocalories/kg de poids chez un adulte sain. Les taux recommandés sont de l'ordre de 2 400 kcalories chez l'homme et 2 000 chez la femme. Ces besoins sont accrus en cas de maladie, d'infection ou de malabsorption.

Besoins spécifiques :
La ration calorique globale, c'est-à-dire la quantité de combustible nécessaire pour que fonctionne la "machine humaine", n'est évidemment pas le seul paramètre à respecter. L'organisme humain a besoin de substrats spécifiques pour vivre, avec tout ce que la vie tissulaire implique de réactions biochimiques et de renouvellement cellulaire incessant.

Le besoin protidique minimum est de l'ordre de 0,5 à 0,8 g/kg/24 h, mais le taux recommandé est d'un gramme par kilo de poids par jour. En cas de dénutrition, ce taux double.

Les besoins en eau et en électrolytes sont couverts par les boissons et les aliments. Les pertes se font par la peau, la respiration, les selles et les urines. Les pertes hydriques cutanées ou transpiration représentent 600 ml/24 h, et augmentent en cas de chaleur. Les pertes hydriques respiratoires et/ou de perspiration équivalent à 400 ml/24 h et sont majorées par la fièvre. Les pertes fécales ne sont significatives qu'en cas de diarrhée. Le volume des urines ou diurèse témoigne de l'équilibre hydrosodé de l'organisme et un manque d'eau et de sel fait chuter la diurèse à moins de 500 ml/24 h. Les urines sont, alors, plus concentrées (donc plus foncées) et si cette situation se prolonge, le risque de calculs urinaires est accru.

Les besoins en calcium sont estimés à 0,8 à 1 g/24 h. Les principales sources en sont les laitages : 250 mg de calcium peuvent être apportés par 200 g de lait, 30 g de gruyère ou 40 g de camembert. Une alimentation variée suffit à couvrir les besoins en minéraux et en vitamines sauf circonstances particulières. Les situations les plus fréquentes imposant une supplémentation sont l'enfance et la grossesse durant lesquelles sont conseillés des apports respectifs en vitamine D et en fer.

=> Au cours de la maladie de Crohn, les apports doivent être adaptés à chaque situation. Bien des éléments entrent en jeu  : outre ceux liés directement au patient (âge, sexe, taille, activités), les données anatomiques (siège et étendue des lésions, antécédent de résection intestinale) et l'évolutivité de la maladie viennent modifier les besoins énergétiques et surtout spécifiques.

Les apports énergétiques doivent être suffisants pour pallier "le manque à gagner" en cas de malabsorption.

Les apports protidiques doivent compenser les éventuelles pertes excessives dues à l'exsudation, en cas d'ulcérations intestinales étendues.

Un problème fréquemment soulevé au cours de la maladie de Crohn, du fait de son tropisme particulier, est celui des atteintes ou des résections iléales. En effet, bien que le reste de l'intestin soit doué de remarquables propriétés d'adaptation, certaines fonctions digestives ne peuvent être assumées que par la dernière anse iléale. En cas d'atteinte sévère ou surtout de résection de celle-ci, la vitamine B12, par exemple, ne pourra plus être absorbée. Une supplémentation parentérale est, alors, indispensable. Plus complexe est le mécanisme d'absorption des graisses. La plupart des lipides et des substances liposolubles ne sont absorbables qu'en présence de sels biliaires, indispensables à leur solubilisation. Or, les sels biliaires, que l'organisme cherche à conserver, ne sont absorbés qu'au niveau iléal : leur perte dans les selles du fait d'une lésion iléale retentit donc sur l'absorption des lipides. Une résection étendue iléale entraîne, ainsi, une malabsorption des lipides (source de stéatorrhée) et des vitamines liposolubles.
En pratique, la supplémentation concerne avant tout la vitamine D. Si la stéatorrhée est trop importante, on peut remplacer une partie de la ration lipidique par des triglycérides à chaînes moyennes (TCM) dont l'absorption ne nécessite pas de sels biliaires.
Le recours aux TCM est, néanmoins, limité car l'achat d'huile ou de beurre à base de TCM n'est ni commode (difficultés d'approvisionnement) ni bon marché et leur ingestion en trop grande quantité est suivie d'inconfort.

Par ailleurs, il faut être vigilant aux répercussions d'un régime restrictif prolongé. Ainsi, un régime pauvre en résidus supprime les sources d'acide folique. Si la consommation de salades reste interdite de façon prolongée, une supplémentation par de l'acide folique (Foldine®) préviendra l'apparition d'une carence.

Les autres carences vitaminiques sont exceptionnelles.

Appréciation de l'état nutritionnel  :

Pour dépister un état de carence nutritionnelle, globale ou spécifique, point n'est besoin d'examens sophistiqués. Le meilleur "bilan" est fourni par un examen clinique orienté.

L'élément de repère le plus simple est le poids du patient. Il faut le comparer au poids antérieur, en particulier au poids habituel avant le début de la maladie mais également au "poids idéal", c'est-à-dire aux poids établis par des tables tenant compte de la taille et du sexe des sujets. La mesure du poids doit, cependant, être interprétée en fonction de l'état d'hydratation du patient : une déshydratation n'a, évidemment, pas la même signification qu'une fonte musculaire, bien que sa traduction sur la balance soit la même. Inversement, des œdèmes des membres inférieurs entraînent une prise de poids qui ne correspond en rien à un gain nutritionnel.

L'état nutritionnel de l'organisme peut être altéré dans son ensemble ou dans un de ses secteurs, musculaire ou adipeux, c'est-à-dire qu'une dénutrition peut n'intéresser qu'une partie des stocks.
Pour apprécier la part respective des réserves protidiques (muscles) et lipidiques (graisse), il suffit d'avoir recours à des mesures simples dites anthropométriques. En pinçant la peau de la face postérieure du bras (à mi-chemin entre l'épaule et le coude), à l'aide d'un compas gradué et muni d'un ressort taré, on mesure l'épaisseur cutanée tricipitale (ECT) exprimée en millimètre c'est-à-dire l'épaisseur du pannicule adipeux. Cette ECT est un fidèle reflet des réserves lipidiques. Par ailleurs, on mesure la circonférence du bras au même niveau avec un simple centimètre de couturière. A partir de ce périmètre brachial (PB), on calcule le périmètre musculaire du bras (PMB = PB - 0,314 x EGF), exprimé en centimètre et qui reflète les réserves protidiques.


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16/06/1997, mis à jour : 25/09/2003

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