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Infos sympo - septembre 2007
La Lettre de l'hépato-gastroentérologue
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Les vers : qu'en penser?

Compte rendu de congrès - Symposium de Marseille, 5 avril 2007

Les MICI dans la vraie vie

Les “vers” sont une question récurrente des patients qui surfent sur Internet. Tout est parti du constat de la rareté des MICI chez les patients porteurs de parasitoses. En épidémiologie, il existe une faible incidence et une faible prévalence des MICI en Afrique subsaharienne, qui n'est pas expliquée par des facteurs génétiques. Du point de vue immunologique, on sait qu'il existe une altération de la réponse Th1 chez les patients infectés par Schistosoma mansoni.

L'équipe d'Elliot et Summers a montré initialement que l'exposition à des œufs de schistosome protège les souris des colites induites par le TNBS. Ces auteurs ont ensuite réalisé une étude de faisabilité avec des œufs de nématodes. La publication princeps a eu lieu dans Gut en 2005 et concerne le traitement de la maladie de Crohn par des œufs de Trichuris suis [1].

Trichuris suis est un helminthe des porcs non pathogène pour l'homme. Il est proche de Trichuris trichiura, responsable de la trichiurose chez l'homme. Trichuris suis peut séjourner un ou deux ans chez l'homme.

L'étude ouverte a inclus 29 patients atteints de maladie de Crohn avec un CDAI > 250 (Crohn's Disease Activity Index). Les patients ingéraient 2 500 œufs vivants de Trichuris suis à raison d'une dose toutes les trois semaines pendant 24 semaines. La rémission correspondait à un CDAI < 150, et la réponse à une diminution du CDAI d'au moins 100 points.

À la 24e semaine, 79,3 % des patients avaient répondu et 72,4 % étaient considérés comme étant en rémission. Le CDAI moyen des répondeurs était de 177. Les résultats intermédiaires à la 12e semaine étaient superposables et aucun eff et indésirable n'a été noté. Les auteurs concluaient que l'administration de Trichuris suis pouvait constituer une alternative ou un complément thérapeutiques.

La même équipe a publié dans Gastroenterology la même année une étude randomisée en double aveugle contre placebo dans le traitement de la rectocolite hémorragique (RCH) [2]. Les sujets absorbaient 2 500 œufs de Trichuris suis toutes les semaines pendant 12 semaines, ou un placebo. Une amélioration correspondant à une baisse du score UC-CDAI était obtenue chez 44,3 % des patients traités contre 16,7 % des patients sous placebo (p = 0,04).

Les mécanismes d'action de Trichuris suis ont été recherchés. On sait que l'infection à helminthes constitue un modèle d'adaptation du parasite chez l'hôte à son avantage. Le parasite fait baisser les réponses immunitaires de l'hôte (travaux avec la schistomiase et l'anguillulose).

Les MICI sont associées à une dysrégulation de la réponse immunitaire et l'infection à Trichuris suis est associée à un emballement de la réponse Th2 qui va s'opposer à celui de la réponse Th1 observée dans la maladie de Crohn. Cette infection joue sur les lymphocytes T régulateurs et va faciliter la sécrétion de TGFb et de l'IL-10. Au total, il existe une diminution des réponses immunitaires et inflammatoires.

Quelles sont les perspectives de cette approche thérapeutique ?

Il est tout d'abord nécessaire de prouver que l'ingestion d'œufs de Trichuris suis est vraiment anodine au long cours.

De grandes études randomisées et contrôlées sont indispensables. L'identification d'antigènes et d'épitopes jouant un rôle régulateur de l'immunité des vers permettrait d'envisager une thérapeutique avec des molécules plutôt que des organismes vivants.

Un traitement utilisant le SOLN (schistosome oligosaccharide lacto-N-néotétraose) a montré qu'il était possible de créer une déviation vers la voie Th2.

En conclusion, il s'agit d'une perspective prometteuse avec un intérêt physiopathologique. Il est nécessaire d'attendre les résultats d'études randomisées multicentriques. Il existe un espoir dans des molécules non pathogènes telles que le SOLN.

Pr Marc-André Bigard (CHU Nancy)
D'après l'exposé de Dr Hani Hoballah,
Hépato-gastro-entérologue
- Centre des maladies de l'appareil digestif et de proctologie Paradis-Mermoz, Marseille


Références
  1. Summers RW, Elliott DE, Urban JF et al. Trichuris suis therapy in Crohn's disease. Gut 2005;54:87-90.
  2. Summers RW, Elliott DE, Urban JF et al. Trichuris suis therapy for active ulcerative colitis: a randomized controlled trial. Gastroenterology 2005;128:825-32.

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Dernière mise à jour : 07/01/2008

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