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Il n'y a pas un régime de la maladie de Crohn ou de la recto-colite
hémorragique comme il existe par exemple un régime amaigrissant
dans le traitement de l'obésité. En revanche, des
régimes restrictifs sont trop souvent suivis inutilement avec
parfois des conséquences plutôt néfastes.
La démarche entreprise par le malade est d'ordinaire la suivante :
quelques heures après un repas une gêne abdominale apparaît,
on supprime alors un des aliments que l'on met en cause : est-ce la
viande ou la sauce ou les pommes de terre ou... le hasard? C'est ainsi que,
de proche en proche, on en arrive à des régimes appauvris et
à une perte de poids supplémentaire, sans amélioration.
A côté de ces régimes restrictifs, institués à
la suite d'interprétations trop rapides d'expériences malheureuses,
l'adoption de régimes aberrants peut être une autre source de
déséquilibre. Tel est le cas d'un certain nombre de régimes
séduisants par leur présentation théorique et leurs
titres ronflants : ne manger que des aliments crus plus riches en vitamines,
ou bien se traiter par des cures de jeûne pour mettre l'intestin au
repos (cette dernière mesure n'est valable que si on est nourri par
voie veineuse) !
Une enquête alimentaire, portant sur l'alimentation de la semaine,
permet à une diététicienne ou à un médecin
entraîné d'évaluer approximativement le régime
suivi, et c'est sur cette base que peuvent être faites des propositions
raisonnables, sur mesure et non pas "confection".
La recommandation diététique essentielle est de suivre
un régime équilibré en vue d'assurer un apport nutritif
adéquat, et de ne pas perdre du poids par restrictions inutiles.
Il y a déjà suffisamment de causes de dénutrition :
la diminution de l'appétit par suite de l'état inflammatoire,
les besoins accrus par la maladie, par le jeune âge et enfin par la
malabsorption des aliments ingérés.
En l'absence de symptômes trop gênants, la première mesure
valable, à la fois pour ménager le tube digestif et conserver
le plaisir de manger, sera de remplacer les gros repas par des repas plus
fréquents et moins abondants, la tolérance à un
aliment donné variant avec la quantité que l'on consomme en
une fois. Cette mesure, sous son apparente simplicité, demande
déjà un certain effort.
La deuxième mesure, si on peut employer ce terme dans cette acception,
est de ne pas vouloir suivre un régime équilibré
à la lettre. Le type d'alimentation normale proposé souvent
est celui recommandé à des personnes qui n'ont pas de
problème digestif et dont la tendance serait plutôt de trop
manger. Les malades atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin
n'ont en général pas de problème de cholestérol,
ni de tendance au surpoids (sauf lors de
corticothérapie importante).
Le régime n'a pas besoin d'être équilibré à
tous les repas, l'équilibre s'établissant plutôt sur
la semaine. La frustration d'un plaisir est parfois, elle aussi, mal
tolérée.
L'enrichissement de l'alimentation en fibres, avec, comme corollaire,
l'augmentation du poids des selles, paraît pour le moins inutile en
cas de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin déjà
constituées. On a certes attribué aux fibres des fruits et
des légumes le pouvoir de stimuler la régénération
des cellules intestinales, mais cette propriété, partiellement
hypothétique, n'autorise pas à proposer un enrichissement du
régime en fibres qui peut comporter plus d'inconvénients que
d'avantages.
Quant au sucre, la position actuelle semble se résumer à une
attitude moyenne, à savoir éviter un apport excessif de sucres
raffinés (boissons sucrées, friandises) surtout si une
corticothérapie a été
prescrite.
Enfin, pour les autres membres de la famille, préconiser à
titre préventif une alimentation riche en fibres et pauvre en
sucre semble, en l'état actuel de nos connaissances, tout
aussi inutile, et seul un régime équilibré est de
mise.
On est souvent étonné des variantes proposées dans les
régimes de la diarrhée; elles sont le fait d'une tolérance
des aliments différente selon leur préparation, la maturité
des fruits et des légumes, le mode de cuisson et même selon
le siège des lésions digestives (intestin grêle ou
côlon). La pomme par exemple, qui est
un des fruits les plus régulièrement consommés, a sur
le tube digestif un effet imprévisible : croquée crue,
elle est à éviter, alors que, râpée à
l'état cru, elle est le plus souvent bien tolérée. La
banane écrasée, très mûre, à la peau noire,
est assez souvent bien tolérée, alors que, insuffisamment
mûrie, elle ne l'est pas. Dans la maladie de Crohn, les fruits secs
(noix, noisettes, cacahuètes, etc.) sont à éviter car,
ayant été incomplètement mâchés, ils peuvent
rester bloqués dans une zone malade de l'intestin, plus ou moins
rétrécie, et entraîner des douleurs avec parfois un blocage
des gaz. Ce n'est pas la composition de la noisette qui est en cause, puisque
le beurre de noisette sera, lui, bien toléré, mais sa structure.
Parmi les aliments à écarter figurent aussi les prunes et pruneaux
dont les propriétés laxatives sont bien connues. C'est à
la fois du fait de la nature de leurs fibres et de la présence de
certains glucides difficiles à digérer que les champignons
sont à exclure.
En cas de diarrhée aiguë sévère (5 - 6 selles par
24 heures), on institue un régime
d'épargne intestinale strict pendant quelques jours, qui sera
élargi progressivement. Ce régime est plus efficace que les
médicaments antidiarrhéiques mais, comme l'apport nutritionnel
est insuffisant, le médecin sera peut-être amené à
le modifier, ou à le compléter par des préparations
liquides administrées par voie orale ou intraveineuse.
Si la diarrhée est modérée (2 - 3 selles par 24 heures),
les restrictions seront moins
sévères et adaptées à l'évolution.
Dans le cas particulier de la maladie de Crohn, la diarrhée est parfois
entrecoupée d'épisodes de subocclusion pendant lesquels on
se gardera bien de manger des pruneaux ou du son pour faciliter
l'évacuation, comme le font les personnes constipées. Le
régime doit rester celui d'une diarrhée, car certaines fibres
- au même titre que les fruits secs - peuvent rester bloquées
dans les zones malades.
Voir aussi :
97/06 - Régime pauvre en fibres au
cours des MICI (MICI Services)
00/12 AFA - Régime alimentaire et maladie
de Crohn
Une erreur souvent commise : réduire la boisson, parce
que les selles sont liquides. Cette conduite paraît logique, "en
faisant entrer moins de liquides dans le corps il en sortira moins dans les
selles". A la limite, ce n'est pas inexact, mais en l'absence de boissons,
les liquides éliminés dans les selles proviendront des sucs
digestifs et de ce fait les pertes en eau et en sels minéraux iront
en s'accentuant; le rein, moins bien irrigué, ne sera plus en mesure
d'évacuer les toxines.
Mais que peut-on boire en cas de diarrhée? Dans les pays en
voie de développement, les diarrhées infectieuses ou parasitaires
sont très fréquentes. Un grand progrès a été
réalisé quand on s'est aperçu que la façon la
plus efficace de lutter contre la déshydratation provoquée
par la diarrhée consistait à apporter, non pas de l'eau plate,
mais de l'eau renfermant des sels minéraux et du sucre. Ce type de
prescription peut être adapté aux diarrhées des maladies
inflammatoires chroniques de l'intestin : alterner boissons sucrées,
y compris celles genre Coca-Cola, et boissons salées (potages
par exemple) prises à température normale, jamais glacées,
à raison d'au moins deux litres de liquides par jour.
Le problème du lait : le lait est le type même de
l'aliment complet puisqu'il suffit à nourrir les bébés,
et, pour les malades du tube digestif, c'est un aliment idéal.
Malheureusement, dans les maladies de l'intestin, il est parfois mal
supporté, sans doute en raison de la nature du sucre qu'il contient,
le lactose. Déjà chez l'adulte sain, cette intolérance
au lactose n'est pas rare, mais elle attire moins l'attention en France
que dans les pays anglo-saxons, germaniques ou scandinaves parce que la
consommation de lait comme boisson y est moins importante. Les personnes
intolérantes au lactose supportent bien les fromages cuits
qui n'en contiennent presque plus. En revanche le lait écrémé
a les mêmes effets que le lait entier puisqu'il renferme la même
quantité de lactose. Le yaourt qui en contient moins n'est
pas toujours bien toléré, sauf quand il a été
tiédi et que les ferments y ont repris plus d'activité. Qui
plus est, quand l'intestin est malade, que sa surface d'absorption est
réduite, l'intolérance au lactose est plus fréquente
que chez l'adulte sain et se traduit par des crampes et une diarrhée.
Il est possible d'utiliser un lait sans lactose (Al 110 aliment
diététique) dont le goût, un peu fade, peut être
modifié par l'adjonction de sucre. Il sert également à
la fabrication d'entremets pour remplacer le lait habituel. Ce produit, largement
employé en pédiatrie, peut dans certains cas être
utilisé chez l'adulte.
La stéatorrhée ne se rencontre pas dans la recto-colite
hémorragique, mais uniquement dans la maladie de Crohn en cas d'atteintes
étendues ou de résections de l'intestin grêle. Le diagnostic
de stéatorrhée peut être évoqué si les
selles sont entourées d'une auréole grasse, mais il ne peut
être affirmé qu'après un bilan digestif précis.
Si cette stéatorrhée est modérée, elle ne demande
pas de régime spécial. Si elle est importante, des prescriptions
diététiques supplémentaires seront nécessaires,
qui comporteront
-
un régime d'épargne intestinale,
plus ou
moins strict
-
une modification de l'apport en matières grasses. Les graisses
d'assaisonnement usuelles, beurre, margarine, huiles, tout comme celles
constitutives de certains aliments (lait et ses dérivés, viande,
ufs...) étant insuffisamment absorbées, il faut réduire
la quantité des graisses utilisées pour la préparation
des repas, mais en maintenant une petite ration de beurre frais. On les remplace
par des graisses d'absorption plus facile : les triglycérides
à chaînes moyennes, désignées souvent par
le sigle TCM, disponibles dans le
commerce, sur commande, sous forme d'huiles ou de margarines. Leur prix
de revient est assez élevé et leur remboursement est autorisé
après entente préalable. La stéatorrhée ne
disparaît pas toujours avec ce régime, mais, l'absorption des
graisses étant meilleure, elle tend à diminuer. La sensation
de faim s'apaise et le poids augmente.
Au long cours, la stéatorrhée peut entraîner l'apparition
de calculs urinaires. Deux raisons sont avancées : comme
dans toutes les diarrhées, une partie de l'eau est éliminée
par les selles, ce qui réduit le flux urinaire, augmente la concentration
de l'urine, favorise la formation de calculs. De plus, dans la
stéatorrhée, les graisses perdues avec les selles entraînent
avec elles du calcium; les oxalates, qui se fixent normalement sur le calcium
dans l'intestin, ne trouvant plus leur substrat physiologique arrivent au
rein en plus grande quantité, et, dans une urine déjà
concentrée du fait de la diarrhée, provoquent la
précipitation de cristaux, puis la formation de calculs. Pour parer
à cette éventualité, on peut réduire les aliments
contenant beaucoup d'oxalates : par exemple les betteraves rouges,
l'oseille, la rhubarbe, les épinards, les asperges... mais aussi le
thé et le chocolat. Cette restriction supplémentaire est lourde
et il paraît préférable, au lieu de les interdire, d'ajouter
à l'alimentation 500 à 1000 mg de calcium en comprimés
qui auraient le même rôle préventif, à condition
que la consommation de boissons reste suffisante.
Ce régime dans la diarrhée avec stéatorrhée est
complexe puisqu'il associe des restrictions de la consommation et des fruits,
et des légumes, et des graisses. Dans la mesure où l'état
général s'améliore en même temps que le fonctionnement
de l'intestin, le régime pourra progressivement être
allégé, car - pas plus que le traitement - il n'est fixé
une fois pour toutes.
Voir aussi :
97/06 - Régime sans oxalates
(MICI Services)
Si vous êtes traité pour une poussée de maladie de Crohn
ou de recto-colite hémorragique, si vous avez perdu du poids, l'essentiel
est de reprendre des forces et les
corticoïdes vous redonnent de
l'appétit. Mais il existe parfois une appétence particulière
pour les plats sucrés, les bonbons et le chocolat; mieux vaut
considérer ceux-ci comme desserts quen faire un plat de
résistance.
Le problème se pose surtout pour les doses élevées et
un traitement prolongé. Trois précautions deviennent
nécessaires : réduire les apports de sucres (boissons, desserts,
sucreries), veiller à une alimentation riche en protides (viandes,
ufs, poissons, fromages) et la concilier avec un apport réduit
en sel dans les aliments et les boissons (eaux minérales pauvres en
sodium).
En conclusion, dans la cascade de régimes envisagés
en cas de diarrhée, l'essentiel est de veiller à un apport
calorique et protéique suffisant, ce qui n'est pas toujours facile,
la mesure essentielle étant tout d'abord de fractionner les repas,
de réduire les crudités, certains légumes, en tâtant
la tolérance au lait. L'équilibre dans la ration alimentaire
doit comporter le plaisir de manger. Même si vous faites des
écarts, vous aurez peut-être des symptômes
désagréables, mais vous n'aggraverez pas pour autant le cours
de la maladie. L'amélioration de l'état de l'intestin obtenue
par le traitement médical rend souvent le régime beaucoup plus
souple et finalement, dans la majorité des cas, il est relativement
simple, en dépit des pages qu'on a dû lui consacrer.
Voir aussi :
97/06 - Régime sans sel (MICI
Services)
AFA - Régime alimentaire et maladie
de Crohn
Calcium, Potassium, Fer, Zinc constituent un appoint utile dans certains
cas, mais pas dans tous.
En ce qui concerne les vitamines, l'acide folique
(Spéciafoldine®) représente le complément
le plus intéressant, l'absorption en étant diminuée
et le besoin augmenté. L'administration de vitamine B12 n'est
indiquée qu'en cas d'atteinte de la fin de
l'iléon, segment où elle est
absorbée à l'état normal; dans ce cas, elle ne doit
pas être prise par la bouche - elle ne serait pas absorbée par
l'intestin malade - mais impérativement injectée par voie
intramusculaire. Un apport en vitamine C peut être utile dans
la mesure où la consommation de fruits et de légumes a
été réduite. Un déficit en vitamine D2
existe parfois, mais on ne peut décider de l'indication de cette vitamine
qu'au cas par cas.
Les tablettes multivitaminées sont très en vogue. A faible
dose elles ne sont probablement pas nocives, mais il n'est pas inoffensif
de se bourrer de vitamines qui, sans un apport nutritionnel suffisant, seraient
comme des lacets sans souliers. |