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2008
(2008/01) Cicatrisation muqueuse au cours des MICI, résultats d'une cohorte norvégienne en population
Dr Xavier Dray Johns Hopkins School of Medicine, Baltimore (États-Unis) Frøslie KF, Jahnsen J, Moum BA, Vatn MH; IBSEN Group. Mucosal healing in inflammatory bowel disease: results from a Norwegian population-based cohort. Gastroenterology 2007 ; 133 : 412-22. La persistance de lésions muqueuses pourrait représenter un facteur de récidive de MICI, même en l'absence de signes cliniques ou biologiques ; la médecine factuelle n'en a cependant pas apporté la preuve. Une étude de cohorte norvégienne fournit des données objectives solides sur le rôle pronostique de la cicatrisation muqueuse. Cette étude prospective norvégienne avait pour objectifs, d'une part d'examiner les relations entre les caractéristiques cliniques au diagnostic de maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI) et la survenue de cicatrisation muqueuse à 1 an et, d'autre part, d'étudier l'impact pronostique à 5 ans de l'obtention de la cicatrisation muqueuse un an après le diagnostic. Résumé Une cohorte de 843 cas incidents de MICI a été constituée entre 1990 et 1994, auprès de 15 hôpitaux et 1 200 médecins norvégiens dans un bassin de population d'un million d'habitants. Les traitements médicaux étaient laissés au libre choix des thérapeutes (les biothérapies n'étaient pas disponibles à cette époque), tandis que les indications chirurgicales étaient discutées de façon collégiale au sein du groupe d'étude. Après exclusion des patients opérés (103 d'emblée, 18 dans l'année suivant le diagnostic), 354 patients atteints de recto-colite hémorragique (RCH) et 141 patients atteints de maladie de Crohn (MC) ont eu une évaluation endoscopique, 14 mois en moyenne après le diagnostic de MICI. Résultats initiaux Les taux de cicatrisation muqueuse dans la RCH et la MC étaient respectivement de 50 % et 38 %. - Dans la RCH, une analyse multivariée identifiait deux facteurs indépendants de cicatrisation muqueuse :
- le niveau d'éducation (scolarité > 12 ans, odds ratio [OR] = 2,08 ; IC95 % [1,27- 3,43] ; p = 0,004) ;
- l'extension de la maladie (pancolite, OR = 2,56 ; IC95 % [1,38-4,75], p = 0,02).
- Dans la MC, une fièvre lors du diagnostic était un facteur indépendant de cicatrisation muqueuse (OR = 2,97 ; IC95 % [1,12-7,88] ; p = 0,03), tandis qu'un traitement par corticoïdes était associé négativement à la survenue d'une cicatrisation muqueuse (OR = 0,31 ; IC95 % [0,12-0,77] ; p = 0,01).
Résultats du suivi à 5 ans Les patients ayant eu une première évaluation endoscopique étaient suivis 4 années supplémentaires, avec comme principal critère d'évolution péjorative la survenue d'une résection digestive. - Dans le groupe RCH, 3 (2 %) des 178 patients ayant une cicatrisation muqueuse à 1 an ont eu une colectomie à 5 ans, versus 15 (9 %) des 172 patients sans cicatrisation muqueuse à 1 an. Cette différence était statistiquement significative (risque relatif [RR] de colectomie après cicatrisation muqueuse = 0,22 ; IC95 % [0,06-0,79] ; p = 0,02), y compris après ajustement sur d'autres variables d'intérêt (âge, tabagisme, délai diagnostique, niveau d'éducation, extension de la maladie).
- Dans le groupe MC, 6 (12 %) des 50 patients avec cicatrisation muqueuse et 18 (22 %) des 80 patients sans cicatrisation muqueuse à 1 an ont eu une résection intestinale à 5 ans. Dans ce groupe, le risque relatif de résection intestinale après cicatrisation muqueuse était de 0,47 (IC95 % [0,19-1,18] ; p = 0,10). La proportion de patients sous corticoïdes cinq ans après le diagnostic, était significativement plus faible dans le groupe ayant obtenu une cicatrisation muqueuse à 1 an (13 %) par rapport au groupe dans lesquel des lésions muqueuses persistaient (32 %, p = 0,02). Cependant, une proportion comparable de patients avaient reçu des corticoïdes au cours des 5 ans de suivi (73 % vs 80 %, respectivement). De même, il n'existait pas d'association significative entre cicatrisation muqueuse à 1 an et survenue de complications suppuratives de MC à 5 ans (abcès ou fistules, 22 % dans le groupe avec cicatrisation muqueuse à 1 an vs 30 % chez les patients avec persistance de lésions endoscopiques ; p = 0,37).
Commentaires: Outre l'identification de facteurs explicatifs de cicatrisation muqueuse au cours des MICI, ce travail fournit des données objectives originales sur le rôle pronostique de la cicatrisation muqueuse, avec une réduction significative de recours à la colectomie dans la RCH et une tendance (différence non statistiquement significative) à la diminution des complications et au recours aux corticoïdes dans la MC. Certaines limites méritent cependant d'être soulignées. L'évaluation de la cicatrisation muqueuse est évalué à partir d'un nombre modéré d'évènements (chirurgie, complications) limitant la qualité de l'analyse multivariée (deux covariables au plus étant incluses dans les modèles de Cox) et la puissance statistique. Cette étude a néanmoins l'intérêt d'avoir été menée en population, sur une période relativement longue (5ans) pendant laquelle biothérapies et immunosuppresseurs n'étaient pas ou peu utilisés. Elle donne, rétrospectivement, davantage de poids encore aux essais thérapeutiques ayant utilisé la cicatrisation muqueuse comme critère d'efficacité e biothérapies [1-3] et d'immunosuppresseurs [4] dans les MICI. Baserons nous prochainement nos choix thérapeutiques, en pratique quotidienne, sur l'obtention d'une cicatrisation muqueuse endoscopique [5]? Pourquoi pas?...Outre l'intérêt de l'obtention d'une cicatrisation muqueuse en termes de maintien de la rémission, d'autres bénéfices paraissent possibles. Gastroenterology 2007 Références 1. Hanauer SB, Feagan BG, Lichtenstein GR et al. Maintenance infliximab for Crohn's disease: the ACCENT I randomised trial. Lancet 2002 ; 359 : 1541-9. 2. Lichtenstein GR, Yan S, Bala M et al. Infliximab maintenance treatment reduces hospitalizations, surgeries, and procedures in fistulizing Crohn's disease. Gastroenterology 2005 ; 128 : 862-9. 3. Rutgeerts P, Feagan BG, Lichtenstein GR et al. Comparison of scheduled and episodic treatment strategies of infliximab in Crohn's disease. Gastroenterology 2004 ; 126 : 402-13. 4. Lemann M, Mary JY, Colombel JF et al. A randomized, double-blind, controlled withdrawal trial in Crohn's disease patients in long-term remission on azathioprine. Gastroenterology 2005 ; 128 : 1812-8. 5. D'Haens G, Sandborn WJ, Feagan BG et al. A review of activity indices and efficacy end points for clinical trials of medical therapy in adults with ulcerative colitis. Gastroenterology 2007 ; 132 : 763-86.
(2008/01) MICI et qualité de vie
Dr Isabelle Jaisson-Hot, Dr Pascale Guerre, Dr Cyrille Colin, Pôle Information Médicale Evaluation Recherche des Hospices Civils de Lyon.
Dr Stéphane Nancey, Dr Bernard Flourié, Service d'Hépato-Gastroentérologie, Centre Hospitalier Lyon Sud Dr Xavier Roblin, Service d'Hépato-Gastroentérologie, Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble
L’évolution chronique éventuellement invalidante des maladies inflammatoires de l’intestin nécessite une prise en compte du retentissement de la pathologie sur la vie quotidienne des malades. La qualité de vie (QdV) des patients peut être mesurée avec différents outils : les questionnaires psychométriques et l’évaluation des préférences des patients. Les questionnaires psychométriques se présentent sous deux formes : les questionnaires génériques, tels que le Short Form-36 (SF-36) ou le Sickness impact profile (SIP), et les questionnaires spécifiques, ciblés sur la maladie. L’Inflammatory bowel disease questionnaire (IBDQ) est un questionnaire spécifique très largement utilisé dans l’évaluation de la QdV des patients atteints de MICI. Il existe un deuxième questionnaire, composé du SF-36, d’un module sommeil et du Rating form of inflammatory bowel disease patient concerns (RFIPC). Chaque méthode présente des inconvénients : les instruments génériques peuvent être insuffisants pour avoir une approche précise liée à une maladie donnée, et les instruments spécifiques, à l’inverse sont parfois trop ciblés pour permettre aux patients d’intégrer des aspects particuliers de leur QdV dans leurs réponses. L’évaluation des préférences des patients présente l’avantage de leur donner l’opportunité d’une prise en compte de facteurs qui ne sont pas obligatoirement communs à tous les malades. Les données relatives à la QdV des patients atteints de MICI permettent de constater que, si les questionnaires psychométriques sont largement utilisés, ce n’est pas encore le cas des méthodes d’évaluation des préférences des patients, alors que ces outils sous-tendent les analyses coûtutilité, très adaptées dans l’évaluation des stratégies thérapeutiques. Globalement, les MICI ont un impact négatif sur la QdV quelle que soit leur durée d’évolution. Il est plus marqué dans la maladie de Crohn (MC) que dans les rectocolites hémorragiques (RCH) et équivalent ou moins important par rapport à la plupart des autres pathologies médicales. Le retentissement de la maladie sur la QdV dépend non seulement de l’état clinique et de la réponse au traitement mais aussi d’une composante individuelle mieux appréhendée par l’évaluation des préférences. Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) regroupent la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH). Si la mortalité liée aux MICI est très faible, leur évolution est néanmoins parfois sévère et peut menacer directement la qualité de vie des patients. Les différents index de mesure de l’activité clinique des MICI n’apprécient pas le vécu des symptômes, la capacité à travailler normalement et les fonctions émotionnelles et sociales [1].
Seul, le recours aux échelles de qualité de vie (QdV) permet au médecin d’appréhender le patient dans sa globalité, au-delà des seuls dysfonctionnements organiques et la QdV représente un paramètre intéressant dans les évaluations médico-économiques de stratégies médicales concurrentes [2]. Les analyses coûtutilité permettent ainsi de prendre en compte le jugement du patient (utilité) sur le résultat de santé obtenu [3]. Le résultat est exprimé le plus souvent en années de vie ajustées par la QdV dont l’unité est le QALY (quality adjusted life years) [4]. Après avoir passé en revue les méthodes d’évaluation de la QdV, qu’elles soient génériques ou spécifiques aux MICI, nous développerons les données marquantes concernant la QdV des patients ayant une MICI. Méthodes d’évaluation de la qualité de vie Deux grands types de méthodes sont employés pour évaluer la QdV. Elles utilisent des questionnaires psychométriques ou évaluent les préférences des malades. La première méthode utilise des questionnaires psychométriques, qui peuvent être génériques ou spécifiques de la maladie étudiée. Les questionnaires génériques explorent les aspects physiques, mentaux et sociaux liés à la santé. Ils sont particulièrement utiles lorsque l’on souhaite comparer l’impact de maladies différentes ou que l’on veut comparer des patients malades avec des témoins. Le plus fréquemment utilisé est le questionnaire Short Form-36 (SF-36) [5] qui comporte 36 items explorant 6 dimensions (fonctions physiques, fonctions sociales, état général, santé mentale, douleur physique et vitalité). S’il est facile à remplir et possède de bonnes propriétés psychométriques, le caractère général des items en fait toutefois un outil peu sensible aux changements d’état ressentis par le patient dans un contexte nosologique donné, comme l’ont montré Bernklev et al. [6] dans le cas précis des MICI. Il existe d’autres échelles génériques de QdV : on peut citer le Sickness impact profile (SIP) [7], plus lourd à administrer puisqu’il s’agit d’un auto-questionnaire comportant 136 items, mais dont la sensibilité notamment dans les MICI est meilleure que celle du SF-36 [8]. Le choix de l’utilisation de l’un ou l’autre des questionnaires existant dépend de l’objectif de la mesure, des caractéristiques de la population étudiée (âge, état de santé, culture) et du contexte dans lequel l’évaluation de la QdV est réalisée [9]. Les questionnaires spécifiques se focalisent quant à eux sur des domaines pour lesquels le retentissement de la maladie est important, ce qui permet d’accroître la sensibilité de l’indicateur. L’IBDQ (Inflammatory bowel disease questionnaire) permet ainsi de mesurer de façon spécifique la QdV des patients atteints d’une MICI. Ce questionnaire comporte 32 items remplis par le patient, regroupés en quatre domaines (symptômes digestifs, signes généraux, état émotionnel et retentissement sur la vie sociale). Chacun des items est scoré entre 1 et 7 (1 indiquant un problème sévère et 7 révélant au contraire une absence de problème) et les scores globaux (sommes des scores attribués à chacun des items) vont de 32 (très faible qualité de vie liée à la santé) à 224 (très bonne qualité de vie liée à la santé). Les qualités psychométriques de ce questionnaire (validité, reproductibilité, sensibilité) ont été validées [10] et celui-ci s’est imposé au cours des dernières années comme le questionnaire incontournable des grands essais thérapeutiques internationaux dans les MICI où il est désormais utilisé fréquemment comme critère secondaire. A noter qu’il existe un autre questionnaire spécifique aux MICI, composé d’une partie générale (SF-36), d’un module sommeil de 6 items et d’une partie spécifique aux MICI : il s’agit du RFIPC (Rating form of inflammatory bowel disease patient concerns) qui comprend 28 items [11]. Au total, les instruments génériques peuvent comporter certains items dénués d’intérêt pour l’exploration d’une maladie en particulier car aucune modification n’est attendue dans ce champ, ou bien au contraire ils peuvent manquer d’items pertinents. A l’inverse, les instruments spécifiques sont plus précis dans une dimension particulière, mais ils peuvent être incapables de détecter un changement inattendu ou des symptômes généraux qui sont importants pour la QdV du patient. L’idéal est donc l’association de ces deux types d’outils comme le recommandent McColl et al. [12] au terme d’une étude réalisée sur une série de patients atteints de RCH. Toutefois les scores globaux obtenus avec le RFIPC ou l’IBDQ reposent sur une échelle ordinale, qui n’est pas étalonnée à l’aide d’une mesure constante. Or, pour être utilisables dans les études de type coût-utilité, les mesures de QdV doivent être déterminées sur une échelle d’intervalle comprenant la parfaite santé et la mort [13] : on parle alors de préférences cardinales, par opposition aux préférences ordinales résultant de l’utilisation d’une méthode de mise en rang. La seconde méthode utilise des outils expérimentaux innovants de détermination des préférences conduisant à une estimation indirecte de la QdV des patients. Il s’agit d’une échelle graduée, du pari standard ou de l’arbitrage temporel qui sont les trois outils les plus couramment employés [14] et qui répondent aux exigences méthodologiques sous-tendant la réalisation des analyses de type coût-utilité. L’approche la plus simple consiste à demander au patient de classer dans un premier temps les résultats de santé du plus apprécié au moins apprécié, puis de les placer sur une échelle, de sorte que les intervalles entre les positions correspondent aux différences de préférences telles qu’elles sont perçues par l’individu. Les scores d’une échelle graduée donnent à l’investigateur une indication claire sur le classement ordinal des états de santé, et une certaine information sur l’intensité des préférences. Bien que les échelles graduées soient sujettes à des biais de mesure (biais d’extrémité d’échelle, ou d’étendue), cette approche mérite de garder sa place dans les outils utilisés dans les analyses coût-utilité [15]. Avec le pari standard [16], deux contrats sont proposés au patient : le premier est d’accepter de vivre avec certitude dans un état de santé donné ; le second comporte deux résultats possibles : une parfaite santé pendant le reste de sa vie, avec une probabilité p ou la probabilité complémentaire (1-p) de décéder immédiatement. On fait varier la probabilité p jusqu’à ce que la personne soit indifférente aux deux options. Cette valeur est celle de la préférence attribuée à l’état de santé étudié. Basé sur les axiomes fondamentaux de l’utilité neumanienne, le pari standard est classiquement considéré comme la méthode de référence pour les mesures de préférences [17]. Avec l’arbitrage temporel [18], deux options sont proposées au patient : la première est de vivre dans son état de santé pendant une durée égale à l’espérance de vie d’un individu dans cet état (t), puis de mourir ; la deuxième est de vivre en parfaite santé pendant une durée plus courte (x), puis de mourir. On fait varier le temps x jusqu’à ce que la personne interrogée soit indifférente aux deux options, point auquel le score cherché de la préférence pour l’état de santé étudié est donné par le rapport x/t. Généralement, les scores de préférences sont modérément corrélés avec les scores de QdV [19] ; ceci met en exergue le fait que ces méthodes permettent à l’individu de faire peser dans sa réponse des aspects très personnels liés à sa santé alors que les questionnaires psychométriques sont plus restrictifs dans leur champ d’évaluation. Une option alternative aux méthodes présentées ci-dessus consiste à utiliser des systèmes de classification d’états de santé multi-attribut qui sont préscorés et qui évitent donc le travail long et délicat d’évaluation des préférences individuelles des patients : les trois systèmes principaux sont le Quality of Well Being (QWB), le Health Utilities Index (HUI) et l’EuroQuol (EQ-5D), dont les fonctions scorages sont fondées respectivement sur des mesures d’échelle catégorielle pour le QWB et d’arbitrage temporel et/ou de pari standard pour les deux autres. Revue des données relatives à la qualité de vie dans les MICI Les MICI ont un impact négatif sur la QdV liée à la santé des patients, quelle que soit la durée d’évolution de la maladie [20]. Il est plus marqué dans la MC que dans la RCH et équivalent ou moins important par rapport à la plupart des autres pathologies médicales [21]. Une étude réalisée chez des patients atteints de MC et de RCH [22] sur la base d’une part de la version espagnole de l’IBDQ et d’autre part de l’EuroQol a montré la relation inverse existant entre le niveau de QdV et celui de la sévérité de la maladie. Elle confirme en cela les résultats de publications antérieures montrant des scores de QdV supérieurs dans les états de rémission ou de réponse aux traitements, que ce soit en cas de RCH [23] ou de MC [24]. Ainsi, Andersson et al ont trouvé des scores de QdV comparables à ceux de la population générale chez des patients en rémission de MC [25]. Par ailleurs, si la QdV est améliorée en période post-opératoire immédiate, cet effet n’est pas maintenu à long terme [26]. Une équipe américaine [27] s’est intéressée à la recherche de facteurs prédictifs de l’altération de la QdV mesurée par le SF-36 et ses deux composantes évaluant respectivement le versant physique et mental. La sévérité de la MICI était le facteur prédictif le plus important pour les deux composantes. L’existence de pathologie cardiaque, articulaire, l’âge, l’anémie, l’hypertension étaient quant à eux des facteurs liés à l’altération de la composante physique ; l’âge, l’anxiété, et les céphalées à celle de la composante mentale du SF-36. Un travail similaire a été réalisé par une équipe scandinave chez des patients 5 ans après le diagnostic de MICI. Les symptômes de la maladie digestive, les manifestations articulaires et le sexe féminin avaient une influence significative sur l’altération de la QdV appréciée par l’IBDQ. On peut citer également le travail de l’équipe de Mussell qui a également mis en évidence l’influence du sexe féminin et de la notion de dépression sousjacente sur la QdV des patients appréciée cette fois par la RFIPC [28]. La QdV des patients présentant une MICI semble être également altérée par l’incapacité de travail générée par la maladie [29]. Chez les patients atteints d’une MICI, la prévalence de la fatigue est élevée ; Minderhoud et al. ont mis en évidence une corrélation négative entre le score de mesure de la fatigue et celui estimant la QdV par l’IBDQ [30]. Un soutien social spécifique pour ces patients est en mesure d’améliorer les aspects émotionnels de la QdV [31]. De nombreuses études évaluant des stratégies thérapeutiques ont inclus dans leurs critères de jugement la QdV. Il en est ainsi notamment pour l’infliximab dont les effets positifs sur la QdV des traitements d’induction et de maintenance ont été largement étudiés que ce soit dans la RCH1 [32] ou dans la MC [33] au moyen du SF-36 et de l’IBDQ. Les publications rapportant des mesures des préférences chez des patients présentant une MICI sont par contre peu nombreuses. Dans une étude prospective réalisée sur 188 patients atteints d’une MC, Gregor et al.. [34] montrent que même les patients qui se trouvent dans les états de santé les moins sévères ont des scores de préférences altérés. Les auteurs rapportent également une corrélation, même si elle est modeste, entre les mesures d’utilités et les instruments classiques d’évaluation (CDAI, IBDQ). Ceci atteste de la validité de ces mesures tout en soulignant leur spécificité dans l’évaluation de certains paramètres du ressenti des patients qui peuvent passer inaperçus dans les mesures classiques de QdV. Un observatoire médico-économique [35] actuellement en cours dans 10 centres hospitalouniversitaires français a parmi ses objectifs l’évaluation de la QdV des patients atteints de MC. Trois méthodes ont été utilisées : le questionnaire spécifique RFIPC, le pari standard et l’arbitrage temporel. Les résultas préliminaires de cette étude montrent de manière attendue une QdV d’autant meilleure que les patients présentent un état de santé moins sévère. Cependant, des différences de résultats entre les méthodes ont été relevées particulièrement chez les patients dans un état minime à modéré de la maladie, et recevant des traitements mineurs : en effet, si ces patients présentent une QdV très altérée avec les méthodes de mesure classiques, ils obtiennent de meilleurs scores avec la méthode de l’arbitrage temporel et du pari standard. Ces résultats soulignent l’aspect innovant apporté par les méthodes d’évaluation des préférences, qui permettent aux patients de révéler le poids de facteurs influents mais non abordés par les méthodes de mesure classiques de QdV. Un certain nombre d’études coût-utilité soustendues par des mesures de préférences des patients, ont été réalisées ces dernières années notamment avec l’apparition de l’infliximab, molécule efficace dans les traitements des MICI mais aussi très coûteuse [36]. Une publication [37] rapporte les résultats préliminaires d’une étude coût-utilité avec l’infliximab dans les formes chroniques et actives de la MC. L’analyse repose sur l’application du modèle de Markov utilisé par Silverstein et al. [38] aux résultats tirés d’un essai randomisé avec l’infliximab [39] de façon à les projeter sur le long terme, les données sur les préférences étant celles de Gregor et al. [34]. Les résultats suggèrent que le traitement par infliximab serait coût-efficace si la rémission était durable et pourrait même être « cost-saving » si elle était équivalente à une rémission post-chirurgicale. Le même modèle a été utilisé avec les données provenant de l’essai ACCENT1 évaluant le traitement d’entretien par l’infliximab chez des patients ayant une MC. Même si les résultats préliminaires suggèrent le caractère coût-efficace de celui-ci, les données à long terme seront nécessaires pour confirmer cette première approche [40]. Une autre étude de type coût-utilité a évalué différentes stratégies thérapeutiques en cas de formes périanales fistulisées de la MC [41]. Les 3 interventions évaluées étaient l’association 6-mercaptopurine métronidazole, 3 perfusions d’infliximab puis association 6-mercaptopurine et métronidazole en seconde ligne en cas d’échec et enfin 3 perfusions d’infliximab puis reperfusion épisodique en cas d’échec. Dans ce travail, un modèle de Markov a été utilisé pour simuler une période de traitement d’un an et les scores d’utilité ont été estimés par la méthode du pari standard chez 32 patients. Les ratios coût-utilité étaient respectivement de 355 450$/QALY (intervention I), 360 900 $/QALY (intervention II) et de 377 000 $/QALY (intervention III) ; ce qui signifie que la société devra payer plus de 350 000 $ pour chaque année de vie ajustée sur la qualité de la vie. Une modélisation française de type coût-utilité [42] s’est intéressée à la comparaison entre deux stratégies de traitement par infliximab (perfusion au moment des rechutes et perfusions systématiques toutes les 8 semaines) et le traitement de référence de la MC sévère en reprenant également les scores d’utilité de Gregor et al. [34]. La stratégie de traitement épisodique par infliximab entraînait un surcoût de 63 700 5/QALY gagné, alors que la stratégie reposant sur des perfusions systématiques dépassait largement les seuils raisonnablement admis de façon consensuelle (50 à 100 000 5/QALY) en économie de la santé avec un ratio de 784 057 5/QALY. Il existe également des évaluations médico-économiques d’autres stratégies thérapeutiques utilisées dans les MICI. Ainsi une étude de type coût-utilité a été réalisée pour évaluer l’impact médico-économique de l’utilisation des immunosuppresseurs dans le maintien en rémission des MICI [43], comparativement à l’absence de traitement. L’évaluation de la QdV des patients était réalisée dans cette étude à l’aide du questionnaire EQ-5D. Les auteurs concluaient que l’administration d’immunosuppresseurs était génératrice d’économies, avec un ratio coût-utilité différentiel plus intéressant avec l’azathioprine qu’avec le méthotrexate et qui pouvait l’être encore plus par le phénotypage et/ou le génotypage du métabolisme de l’activité thiopurine méthyl transférase [44].
Conclusion Si l’évaluation des interventions en santé est restée très longtemps basée sur la mise en balance du bénéfice purement clinique pour les malades au regard des effets indésirables potentiels, l’appréciation de la QdV des patients dans le cadre de leur prise en charge est devenue une dimension essentielle dans les démarches d’évaluation menée en santé publique. Il s’agit d’un critère particulièrement important dans le cas des MICI dans la mesure où les critères d’évaluation clinique ne reflètent que partiellement l’impact de la maladie sur le patient. Il est donc nécessaire que les professionnels de santé connaissent les méthodes utilisées pour évaluer la QdV ainsi que leurs enjeux notamment en termes d’évaluation du caractère rentable d’une stratégie pour la collectivité. Hépato-Gastro, vol. 15, n°1, janvier-février 2008 Références 1. Gazzard BG. The quality of life in Crohn’s disease. Gut 1987 ; 28 : 378-81. 2. Testa MA, Simonson DC. Assessment of quality of life outcomes. 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(2008/01) Sacro-iliite radiographique dans la maladie de Crohn, fréquente mais de signification mystérieuse
Dr Odile Biechler, Peeters H et coll: Clinical et genetic factors associated with sacroiliitis in Crohn's disease. J Gastrol Hepatol 2008; Les manifestations extra-intestinales des maladies inflammatoires intestinales sont fréquentes, avec des taux de prévalence compris entre 21 et 36 % : il s'agit le plus souvent d'atteintes ostéo-articulaires et cutanées. Les arthrites périphériques sont habituellement pauci-articulaires et asymétriques et l'atteinte axiale peut se traduire par des lombalgies d'allure inflammatoire, une spondylite et/ou une sacro-iliite, mais les critères de spondylarthrite ankylosante sont rarement tous remplis. Une étude de cohorte belge multicentrique a porté sur les caractéristiques cliniques et génétiques associées à la sacro-iliite chez des sujets présentant une maladie de Crohn. Les 251 patients inclus dans l'étude ont bénéficié d'une radiographie des sacro-iliaques, avec lecture en double aveugle par deux rhumatologues. Par ailleurs 3 polymorphismes génétiques CARD15, fréquemment associés à la maladie de Crohn, ont été recherchés. Une sacro-iliite , définie au minimum par la présence d'une atteinte radiographique unilatérale de grade 2, a été mise en évidence chez 27 % des sujets évalués, dont un quart seulement présentaient les critères de spondylarthrite ankylosante. Cette donnée confirme la forte prévalence de la sacro-iliite radiographique dans la maladie de Crohn. Après analyse uni et multivariée, 2 associations significatives sont apparues : la première entre sacro-iliite et arthrite périphérique (p = 0,005), la deuxième entre spondylarthrite ankylosante et uvéite (p=0,005). L'association entre la présence d'une sacro-iliite (dans le cadre d'une spondylarthrite ankyosante ou non) et une plus grande incidence d'arthrites périphériques suggère l'existence de facteurs pathogénétiques communs aux manifestations articulaires de la maladie de Crohn. Une hypothèse possible est celle de la migration de cellules inflammatoires (lymphocytes?) ou de composants bactériens depuis la zone intestinale inflammatoire vers des sites extra-intestinaux. Dans cette étude, 53 % des patients présentant une spondylarthrite ankylosante avérée étaient HLAB-27 positifs, contre 7 % seulement des porteurs d'une sacro-iliite radiologique isolée: ces 2 manifestations extra-digestives sont habituellement considérées comme des entités séparées dans les maladies inflammatoires intestinales. Aucune corrélation de la sacro-iliite avec les polymorphismes génétiques CARD15 étudiés n'a été mise en évidence, contrairement à des travaux antérieurs, peut-être du fait de la faible reproductibilité des études d'association génétique dans les maladies multigéniques. En dépit de sa fréquence, la signification clinique et l'évolutivité de la sacro-illite radiographique dans la maladie de Crohn demeurent inconnues. Aucune corrélation n'est apparue ici entre la durée de la maladie et la présence d'une spondylarthrite ankylosante ou d'une sacro-iliite radiographique, mais seules de plus vastes études permettront de déterminer si l'atteinte radiologique de la sacro-iliaque représente ou non une forme fruste de SPA ou une image de réponse partielle au traitement. Journal International de Médecine 2008.
(2008/01) Mieux dépister et prendre en charge la dysplasie au cours des MICI
Cette revue de presse "spéciale 10 ans" remet en perspective plusieurs publications phares de la décennie portant sur la dysplasie au cours des MICI. En 2001, la prévalence globale du cancer colo-rectal au cours de la RCH a été estimée à 3,7 % (IC95% : 3,2 - 4,2 %) [1]. La probabilité cumulée de cancer était de 2 % à 10 ans, 8 % à 20 ans et 18 % à 30 ans. Les résultats d'un programme de surveillance coloscopique du cancer au cours de la RCH sur une période de 30 ans ont été récemment publiés [2]. Un total de 600 patients atteints de RCH étendue au-delà de l'angle gauche, évoluant depuis plus de 8 ans, ont subi 2 627 coloscopies avec un suivi de 5 932 années/patients. La compliance à la surveillance endoscopique était de 94 % ; 8 biopsies (valeur médiane) étaient réalisées lors de chaque coloscopie. Au total, 74 (12,3 %) patients ont développé un cancer, dont 30 cancers recto-coliques. L'incidence cumulée du cancer recto-colique en fonction de la durée de l'évolution de la colite était cependant nettement plus basse que celle rapportée en 2001 : 2,5 % à 20 ans, 7,6 % à 30 ans et 10,8 % à 40 ans. Parmi les 30 cancers, 16 étaient des cancers d'intervalle (découverts entre deux coloscopies de surveillance), ce qui s'explique probablement par le faible nombre de biopsies systématiques (8 dans cette étude versus 32 à 40 actuellement recommandées) et l'absence de chromoendoscopie. Plusieurs études ont, en effet, démontré que la chromoendoscopie augmentait significativement le taux de détection de la dysplasie. Le premier grand essai contrôlé randomisé publié, incluant 165 patients atteints de RCH étendue évoluant depuis plus de 8 ans [3], a montré que la chromoendoscopie augmentait significativement le nombre de détections de néoplasies intra-épithéliales (32 versus 10 ; p = 0,003). En utilisant la classification de Kudo, reposant sur les cryptes glandulaires, la sensibilité et la spécificité pour la distinction entre lésions néoplasiques ou non étaient de 93 %. Ces résultats ont été confirmés dans une étude portant sur 100 patients atteints de RCH étendue : les biopsies ciblées par la panchromoendoscopie permettaient de détecter un nombre plus élevés de dysplasie, par rapport aux biopsies non ciblées (p = 0,02) [4]. Précisons que les lésions dysplasiques apparaissent dans près de 95 % des cas sur une muqueuse macroscopiquement plane, ou à peine surélevée, et que près de la moitié des lésions mises en évidence par chromoendoscopie ne correspondent pas à de la dysplasie. Ceci a conduit au développement de méthodes plus précises, telle l'endomicroscopie confocale (qui consiste à intégrer à l'extrémité distale d'un endoscope un microscope miniaturisé qui permet d'obtenir, avec une haute résolution, une vision histologique de la muqueuse colique). Un essai contrôlé randomisé incluant 161 patients atteints de RCH évoluant depuis plus de 8 ans [5], a montré que l'endomicroscopie confocale permettait de détecter 4,75 fois plus de lésions néoplasiques que la coloscopie conventionnelle, avec une spécificité, une sensibilité et une valeur prédictive négative > 95 % pour la prédiction d'une néoplasie intra-épithéliale, sans que l'examen soit significativement plus long par rapport à une coloscopie standard avec biopsies étagées systématiques. Sur le plan thérapeutique, des études récentes ont montré que des lésions polypoïdes, non associées à la présence de dysplasie adjacente, pouvaient être traitées endoscopiquement [6] sans avoir à recourir à une colectomie. La durée de suivi dans la publication princeps était cependant relativement courte, en moyenne de 42 mois, mais la même équipe a publié plus récemment [7] le suivi à plus de 80 mois de ces patients, confirmant la possibilité de résection endoscopique et de poursuite de la surveillance dans cette population. Très récemment, D. P. Hurlstone et coll. [8] ont rapporté les résultats d'une étude prospective incluant 736 patients atteints de RCH évoluant depuis plus de 8 ans et soumis à un contrôle endoscopique de la dysplasie. Les techniques les plus performantes étaient utilisées : chromoendoscopie à l'indigo carmin, magnification par 100 de la résolution normale, afin de mieux classer les lésions, et exérèse monobloc des lésions, notamment planes. Les résultats et le suivi évolutif après exérèse étaient comparés à ceux d'une population témoin ; 204 lésions ont été retrouvées chez 169 patients atteints de RCH, dont 170 lésions sans dysplasie adjacente (ALM) avec 61 % de lésions de type 0-2 de la classification de Paris (lésions planes). L'exérèse des ALM a été pratiquée avec succès dans 96 % des cas, avec une seule complication hémorragique rapportée. L'anatomopathologie confirmait le caractère complet de l'exérèse dans tous les cas. Le taux de récidives après un suivi médian de 4 ans était de 2,4 % pour les lésions de type 0- 2 et de 2 % pour les lésions de type 0-1. Ces résultats montrent que la tendance va vers un traitement conservateur maximal, peut-être jusqu'à ce qu'apparaissent des complications liées aux gestes, ou à la récidive de cancers multifocaux. Revue de presse réalisée par Yoram Bouhnik, Hôpital Lariboisière, Paris Crohn et RCH janvier 2008 Références - Eaden JA, Abrams KR, Mayberry JF. 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2007
(2007/ 01) Piste infectieuse à Escherichia coli dans la maladie de Crohn
Piste infectieuse à Escherichia coli dans la maladie de Crohn (MC) : principales avancées en quelques dates Arlette Darfeuille-Michaud, Pathogénie Bactérienne Intestinale, Université d’Auvergne, Clermont-Ferrand Pr Laurent Beaugerie (Commentaires)
Service de Gastroentérologie et de nutrition, Hôpital Saint-Antoine, Paris La piste infectieuse a été explorée car il existait des arguments en faveur d'un rôle inducteur et amplificateur de bactéries de la flore saprophyte endogène dans l'inflammation intestinale. En effet, une amélioration de MC peut être obtenue par diminution du nombre de bactéries dans la lumière intestinale après une antibiothérapie ou un lavage de l'intestin. Par ailleurs, une colonisation des lésions intestinales de MC (ulcères et fistules) par des bactéries de la flore saprophyte a été observée, et il est possible d'induire des colites expérimentales chez l'animal par des fragments de paroi bactérienne. Parmi les bactéries de la flore intestinale E. coli a été suspecté comme impliqué dans la genèse des lésions épithéliales car des antigènes spécifiques de E. coli sont retrouvés au niveau des macrophages et des cellules géantes à la base des ulcères, le long des fissures, dans la lamina propria et les granulomes. De plus, le taux d'anticorps circulants dirigés contre E. coli est beaucoup plus élevé chez les patients atteints de MC que chez les sujets contrôles. 1998- Mise en évidence d'une colonisation anormale de la muqueuse iléale de patients atteints de maladie de Crohn par des souches de E. coli et des propriétés d'adhésion de ces bactéries aux cellules épithéliales intestinales En collaboration avec le Professeur Jean-Frédéric Colombel (CHRU Lille) et le Docteur Christel Neut (Faculté de Pharmacie Lille), nous avons pu mettre en évidence que les biopsies iléales de patients atteints de MC étaient colonisées par des souches virulentes de E. coli. En effet, des études d'interaction E. coli - cellules épithéliales intestinales en culture ont indiqué que 84,6 % des souches de E. coli isolées au niveau de lésions iléales de patients avec MC possédaient des propriétés d'adhésion aux cellules versus 33 % pour les souches isolées de biopsies de sujets contrôles. Nous avons pu également établir une corrélation entre le pouvoir d'adhésion aux cellules intestinales et le taux de colonisation de la muqueuse intestinale des patients par E. coli. L'analyse approfondie de ces souches par recherche de facteurs de virulence a montré qu'elles étaient tout à fait originales. Cette première étape a donc démontré qu'un sous-groupe notable de patients atteints de MC hébergeaient dans leur intestin une souche d'E. coli rarement présente chez les personnes indemnes de MC. (ref. : bourse afa 1997) 1999- Les E. coli associés à la MC iléale sont des bactéries pathogènes ayant la capacité d'envahir les cellules épithéliales intestinales Les souches de E. coli associées à la muqueuse iléale chez les patients atteints de MC sont non seulement capables d'adhérer mais également d'envahir les cellules épithéliales intestinales. Nous avons défini un nouveau groupe de E. coli pathogènes dénommé AIEC pour « Adherent-Invasive E. coli », dont la souche de référence est la souche AIEC LF82 isolée d'une lésion iléale chronique d'un patient atteint de MC. Les souches d'E.coli « propres » à la MC étant alors bien identifiées, « référencées » en quelque sorte, il devenait possible d'étudier tous les mécanismes par lesquels elles pourraient induire des lésions intestinales. (ref. : bourse afa 1997) 2001- Mise en évidence de la résistance des bactéries AIEC au pouvoir bactéricide des macrophages Au niveau intestinal, les macrophages sont des cellules sentinelles de l'immunité ayant pour rôle d'éliminer, rapidement après phagocytose, toutes bactéries ayant traversé la barrière intestinale. Nous avons montré que les souches AIEC isolées de patients atteints de MC possèdent les propriétés non seulement de survivre, mais également de se multiplier dans les macrophages. Contrairement à d'autres bactéries pathogènes, les AIEC n'entraînent pas la mort des macrophages infectés. En revanche, la multiplication intracellulaire des AIEC dans les macrophages induit une très forte synthèse de cytokine pro-inflammatoire TNF. Ces mécanismes de « survie » des E. coli propres à la MC contribuaient ainsi à expliquer pourquoi le système immunitaire des personnes atteintes de MC n'arrivait pas à se débarrasser des souches particulières d'E. coli, comme de n'importe quel agent bactérien d'une gastro-entérite aiguë. (ref. : bourse afa 2000) 2002- La communauté scientifique internationale apporte de nouveaux arguments permettant de renforcer l'hypothèse d'une implication de E. coli dans la MC L'équipe du Professeur Stephan Targan aux Etats-Unis a mis en évidence des taux très élevés d'anticorps dirigés contre la protéine de membrane externe OmpC de E. coli chez 55 % des patients atteints de MC. Une corrélation entre les taux d'anticorps anti-OmpC élevés et l'évolution clinique de la maladie a été décrite. De plus, l'équipe de Antoine Toubert (Hôpital Saint-Louis Paris) a montré qu'une infection bactérienne intestinale à E. coli peut conduire au développement de symptômes inflammatoires. En effet, dans un modèle de cellules épithéliales en culture, l'expression apicale de molécules MICA (homologues des molécules du CMH1, impliquées dans la réaction de défense naturelle de l'organisme) est fortement augmentée en présence de E. coli. L'induction des molécules MICA résulte d'une adhésion des bactéries aux cellules épithéliales. La présence de MICA provoque le recrutement des cellules immunitaires de la réponse cellulaire non spécifique due à la sécrétion d'interféron-gamma (IFN) par les cellules NKG2D. Tous ces mécanismes tendaient à montrer une réaction immunitaire potentiellement néfaste, spécifiquement déclenchée par les E. coli « propres » à la MC. 2004- Analyse de la prévalence des souches AIEC chez les patients atteints de MC et mise en évidence de la présence d'ADN de E. coli dans les granulomes de MC L'équipe du Professeur Jonathan Rhodes en Angleterre confirme la présence de souches de E. coli invasives dans des biopsies de patients atteints de MC. Cette même année, notre équipe rapporte que des souches AIEC sont retrouvées chez 36,4 % des patients ayant une atteinte iléale de maladie de Crohn, et rarement présentes chez les patients atteints de recto-colite hémorragique et chez les sujets indemnes de toute maladie inflammatoire de l'intestin. Le fait de confirmer chez les patients la présence de bactéries invasives prend toute son importance en tenant compte du fait que de nombreux patients expriment un récepteur intracytoplasmique NOD2/CARD15 muté. En effet, ce récepteur a, en outre, une fonction anti-bactérienne permettant de contrôler la multiplication de bactéries intracellulaires dans les cellules épithéliales intestinales. Mais lorsque ce récepteur NOD2 est muté il ne peut vraisemblablement plus jouer un rôle dans l'éradication de bactéries invasives de type AIEC. En parallèle, l'équipe du Professeur Fergus Shanahan en Irlande a mis en évidence, grâce à une technique de microdissection au laser, la présence d'ADN de E. coli dans 80 % des granulomes de patients. La formation de telles structures multi-cellulaires peut refléter une infection par des bactéries invasives, et renforce donc l'hypothèse d'une possible implication de E. coli invasifs dans cette pathologie. (ref. : bourse afa 2001) 2005- Mise en évidence du pouvoir virulent des bactéries AIEC en macrophages Les bactéries AIEC sont internalisées par les macrophages dans un phagosolysosome actif qui possède tout l'équipement enzymatique et chimique requis pour éliminer les bactéries intracellulaires. Ces bactéries sont capables de contrôler et d'échapper à l'activité bactéricide (pH acide, hydrolases, …) des macrophages, vraisemblablement par l'expression de facteurs de virulence spécifiques qui sont en cours de caractérisation grâce aux données de séquence du génome de la souche AIEC de référence LF82. Nous avons également montré que des drogues pouvant neutraliser le pH des phagolysosomes (comme la chloroquine) permettent de bloquer la multiplication des bactéries AIEC et de limiter la sécrétion de TNF. Cette étape expérimentale a permis de mieux comprendre comment les E. coli « propres » à la MC peuvent survivre au sein de cellules « professionnelles » censées normalement les détruire. En cours- Analyse de l'expression anormale d'un récepteur au niveau iléal chez les patients atteints de MC Une implication possible d'un récepteur anormalement exprimé chez les patients a été suggérée par la forte prévalence de souches AIEC associées à la muqueuse iléale. Nous avons montré que la souche AIEC de référence LF82 est capable d'adhérer au pôle apical d'entérocytes isolés de pièces opératoires iléales de patients atteints de MC mais n'adhère pas à des entérocytes isolés de sujets contrôles. Cette adhésion se fait par l'intermédiaire de protéines bactériennes polymérisées sous forme de pili reconnaissant un récepteur riche en résidus mannose de la famille CEACAM exprimé à la surface des cellules épithéliales intestinales. Différentes expériences d'inhibition d'adhésion en présence d'anticorps dirigés contre les différents membres de la famille CEACAM ont indiqué que la souche AIEC LF82 adhère aux entérocytes via le récepteur CEACAM6. L'étude de l'expression de CEACAM6 par immunohistochimie montre une expression iléale très anormalement augmentée de ce récepteur chez 40 % des patients atteints de MC. Ce résultat est fondamental pour permettre non seulement la mise en oeuvre d'un outil de diagnostic permettant de dépister les patients à risque, c'est-à-dire présentant une expression anormale de CEACAM6, mais également pour envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques ayant pour but de limiter la colonisation intestinale des patients par des bactéries invasives de type AIEC. Toute cette partie de la recherche en cours va permettre de comprendre progressivement pourquoi les souches d'E. coli « propres » à la MC rentrent intimement en contact avec les cellules intestinales de leurs hôtes atteints de MC, grâce à un « cheval de Troie » moléculaire, dont la présence, non constatée chez les personnes indemnes de MC, pourrait être déterminée par un facteur génétique de prédisposition et/ou un environnement particulier. Les outils les plus modernes de détection des composants bactériens dans les tissus permettaient ainsi de confirmer que les E. coli « propres » à la MC avaient bien envahi l'intestin de leur hôte et pouvaient être détectés au coeur même des lésions intestinales. (ref. : bourse afa 2005) Lettre de l'afa n°28 - Janvier 2007
Pr Bruno Bonaz Département d'hépato-gastro-entérologie, CHU de Grenoble Mawdsley JE, Marion G, Macey G et al. The effect of acute psychologic stress on systemic and rectal mucosal measures of inflammation in ulcerative colitis. À la croisée de la vie quotidienne et des recherches fondamentales, les liens entre les événements de vie « stressants » et les maladies inflammatoires chroniques intestinales ont fait l'objet de nombreuses publications. Une des dernières en date, par l'équipe de J.E. Mawdsley, est détaillée et largement commentée ici par le professeur Bruno Bonaz, qui souligne les relations étroites entre système nerveux central et tube digestif : L'implication potentielle du stress dans les poussées de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) est difficile à cerner. L'objectif du travail présenté ici était l'étude de l'effet d'un stress aigu – et non chronique – sur le cours évolutif de la rectocolite hémorragique (RCH) de patients en rémission. Vingt-cinq patients atteints de RCH en rémission et 11 volontaires sains (VS) ont été soumis à une procédure de stress ; une procédure contrôle a été appliquée à 10 patients et 11 VS. L'effet du stress a été évalué sur des paramètres cliniques, systémiques et, chez les patients uniquement, sur la réponse inflammatoire de la muqueuse rectale. Pour cette dernière, une recto-sigmoïdoscopie était réalisée avec détermination du flux sanguin muqueux rectal (FSMR), prélèvement de fluide muqueux périrectal et biopsies pour histologie et mesure de la production de radicaux oxygénés (RO). La procédure de stress consistait à demander aux sujets de répondre en temps limité à un test de QI, dans une ambiance auditive distractive (des types de musiques différentes étaient joués dans chaque oreille [dichotomous listening test]) ; à intervalle régulier, il était demandé aux sujets d'augmenter leur effort pour finir le test QI. Dans la procédure contrôle, les sujets écoutaient la musique relaxante de leur choix pendant 50 minutes, sans évaluation du QI ! Le stress augmente de nombreux paramètres inflammatoires  Le stress augmentait significativement la fréquence cardiaque, avec retour à la normale 30 minutes après la fin du stress, dans les deux groupes (RCH, VS). La pression systolique (PAS) moyenne augmentait chez les malades (p < 0,0001) et les VS (p = 0,03) ; à 30 minutes, les patients du groupe RCH restaient avec une PAS plus élevée qu'en pré-stress. Les patients RCH et les VS évaluaient le protocole comme stressant, avec une augmentation du score de 2,5. Un patient RCH et deux VS n'ayant pas évalué le stress comme « stressant » n'ont eu aucune modification du système nerveux autonome ou de la réponse inflammatoire. Les modifications inflammatoires systémiques significatives sont indiquées dans le tableau ci-contre. Les concentrations d'IL-6 et d'IL-13 n'étaient pas affectées par le stress dans les deux groupes. La comparaison des patients et des VS ne montrait pas de différence significative ni dans les paramètres mesurés à l'état basal, ni dans les changements induits par le protocole de stress. Dans les deux groupes, le protocole contrôle n'entraînait aucun changement des variables. Chez les patients RCH, la concentration médiane de TNF dans le fluide muqueux périrectal était augmentée de 102 % après stress (p = 0,03) alors que celle d'IL-13, d'histamine et de substance P était inchangée. La production muqueuse de RO augmentait de 475 % (p = 0,001) et le FSMR chutait de 22 % après stress (p = 0,05). Aucune modification du score histologique global n'était observée, avec un score à 0 dans 12 des 17 paires de biopsies (pré- et post-stress) ; cependant, chez les cinq patients ayant un degré d'inflammation avant stress, il y avait une augmentation du score histologique en post-stress. La procédure contrôle n'entraînait aucune modification histologique. Les auteurs concluent que, dans cette étude, un stress expérimental entraîne une augmentation de plusieurs paramètres inflammatoires systémiques et muqueux ; chacun d'entre eux pourrait contribuer à induire une rechute de RCH. Commentaires L'influence d'événements de vie dits « stressants » est un fait couramment retrouvé, en pratique clinique, chez les sujets atteints de MICI, dans la période précédant la survenue d'une poussée inflammatoire. Pour autant, il n'est pas possible d'établir un lien de cause à effet entre un facteur de stress et l'évolution de la maladie. Des données cliniques contradictoires Les études évaluant l'impact de facteurs psychologiques sur la récidive et sur la gravité de la colite donnent des résultats contradictoires [1,2] ; en outre, plusieurs études montrent une amélioration de la maladie de Crohn (MC) et de la RCH par l'effet placebo [3,4]. Bien que les mécanismes des interactions stress-inflammation digestive dans les MICI ne soient pas connus, des observations successives révèlent l'importance des relations neuro-endocriniennes immunitaires : - l'efficacité thérapeutique des corticostéroïdes, produits de l'axe corticotrope et immunosuppresseurs connus, n'est plus à prouver dans les MICI ;
- des travaux, réalisés chez l'homme, montrent l'impact des stress psychologiques sur le système immunitaire [5] et donc, potentiellement, sur l'inflammation de la muqueuse intestinale ;
- enfin, dans une étude menée au sein du registre français EPIMAD (recherchant le rôle éventuel des événements de vie dans le déclenchement de la première poussée de MC ou de RCH), en analyse univariée, les événements stressants étaient plus fréquents dans le cas de la MC, mais pas de la RCH, ni chez les sujets contrôles. Cependant, après ajustement pour les scores de dépression et d'anxiété et d'autres caractéristiques (tabac, sociodémographie) cette association n'était plus significative [6].
Système nerveux central et tube digestif : des relations étroites Le système nerveux autonome est très impliqué dans les relations stress-inflammation digestive. Au cours d'un stress aigu, il existe une activation du système sympathique et une inhibition du système parasympathique, notamment du nerf pneumo-gastrique qui est protecteur de l'inflammation en raison : - d'une part, de ses afférences qui vont stimuler l'axe hypothalamo-hypophysaire surrénalien. Il est bien démontré que les interleukines (IL-1, TNF) ont une action directe stimulante sur les afférences vagales ;
- d'autre part, de ses efférences, par la voie anti-inflammatoire cholinergique, faisant intervenir des récepteurs -7 nicotiniques [7]. Ces récepteurs sont présents sur les macrophages et leur activation a pour finalité d'inhiber la libération de TNF par le macrophage. Il s'agit donc d'un effet anti-TNF endogène qui pourrait être exploité en pratique clinique, soit par l'utilisation d'agonistes nicotiniques -7 (AR-R17779, plutôt que la nicotine mal tolérée), soit par neurostimulation des efférences vagales.
Il existe manifestement, au cours des MICI, une dysautonomie, ou neuropathie autonomique, comme on peut l'observer au cours des troubles fonctionnels digestifs ou de la fibromyalgie. Un dysfonctionnement vagal a été observé au cours de la RCH et un dysfonctionnement sympathique au cours de la MC [8,9]. Ceci pourrait expliquer notamment l'effet différentiel du tabac, délétère dans la MC et protecteur dans la RCH. Il a récemment été montré une augmentation de l'activité sympathique au cours de la RCH, normalisée par un agoniste -2 [10]. Le stress, en activant le système sympathique, entraîne une altération des fonctions immunes, une augmentation de la perméabilité intestinale et des modifications du mucus [11-13]. La noradrénaline et l'adrénaline, via la stimulation des récepteurs -2 adrénergiques, inhibent la production de cytokines pro-inflammatoires de type TH1. Les agonistes -2 adrénergiques n'inhibent pas directement la production d'interféron-, d'où leur intérêt dans le traitement des affections de type TH1 ; ils peuvent, à l'inverse, aggraver les affections de type TH1 (psoriasis), mais seraient en revanche intéressants dans la RCH. Cependant, il n'existe pas de données cliniques disponibles dans ce domaine.
Le rôle clé du CRF au sein de l'axe hypothalamo-hypophysaire surrénalien Au sein de cet axe neuro-endocrinien immunitaire, le CRF (corticotropin-releasing factor) a un rôle protecteur car il entraîne une libération périphérique de corticoïdes qui vont atténuer l'inflammation. Si dans les conditions de stress aigu, on assiste à une hyper-expression de CRF dans l'hypothalamus, dans les conditions de stress chronique (plus proches de nos préoccupations cliniques), on assiste à des phénomènes d'adaptation (d'habituation) du système CRFergique [14]. Le neuromédiateur du stress qui prend le relais du CRF dans ce cas est probablement l'AVP (arginine vasopressine) hypothalamique. Qu'en est-il de l'activation de l'axe hypothalamo-hypophysaire surrénalien au cours d'un stress inflammatoire chronique? Dans un modèle d'arthrite expérimentale analogue à la polyarthrite rhumatoïde, on observe aussi une diminution de l'expression de CRF dans l'hypothalamus et une diminution de sa libération [15] et le neuromédiateur qui prend le relais est, ici aussi, l'AVP. Au cours des MICI, aucune donnée n'existe actuellement. Par homologie au modèle expérimental arthritique, on peut penser que l'axe hypothalamo-hypophysaire surrénalien est inhibé par l'inflammation chronique, compromettant ainsi la capacité de l'organisme à contrebalancer l'inflammation muqueuse. Au cours des MICI, il existerait peut-être une prédisposition génétique à un axe hypothalamo-hypophysaire surrénalien hyporéactif et une inhibition de la réponse centrale à un stress chronique de type intéroceptif représenté par l'inflammation muqueuse. On doit souligner ici la différence par rapport au syndrome de l'intestin irritable, la fibromyalgie et le syndrome dépressif posttraumatique, qui sont plutôt caractérisés par une hypersécrétion de CRF. Le CRF périphérique Le CRF est également produit en dehors du SNC, en particulier par les cellules entérochromaffines du côlon et le tissu lymphoïde [16]. L'identification des récepteurs du CRF dans les tissus périphériques, en particulier sur les cellules endothéliales, les macrophages, les lymphocytes T et dans le côlon, rend probable une action directe, de type autocrine ou paracrine, du CRF dans ces tissus [17]. En effet, le CRF est augmenté dans les tissus inflammatoires, comme par exemple l'intestin de patients atteints de RCH [18]. D'autre part, les agonistes et antagonistes du CRF injectés en périphérie modifient le cours de l'inflammation [19]. Si le CRF central a un rôle protecteur de l'inflammation, le CRF périphérique a plutôt un rôle pro-inflammatoire. L'urocortine, qui est un agoniste CRFergique endogène se liant avec une plus grande affinité aux récepteurs CRF2, est présente, comme le CRF, dans l'intestin et pourrait modifier l'inflammation tissulaire dans certains modèles [20]. Elle pourrait avoir un rôle voisin du CRF périphérique dans les colites inflammatoires. Des données très récentes montrent, chez des souris invalidées pour le CRF2, un rôle pro-inflammatoire de ce récepteur dans un modèle d'inflammation intestinale produite par la toxine A de Clostridium difficile [21]. Augmentation de la perméabilité intestinale Le stress entraîne une augmentation de la perméabilité intestinale [12,13] qui serait à l'origine de poussée de MICI, par analogie au rôle des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Cette augmentation de la perméabilité faciliterait la rétrodiffusion des bactéries intestinales dans la paroi intestinale, siège d'un emballement de la réponse immunitaire. Des données expérimentales récentes montrent que les probiotiques, dont on note le regain d'intérêt dans la pathologie intestinale, peuvent prévenir ces effets du stress [22]. L'ensemble de ces données sont en faveur d'un rôle délétère du stress sur l'inflammation digestive, en particulier dans le cas de la récidive d'une colite. Elles mettent également en lumière, dans cette relation, le rôle pivot du CRF et l'importance des régulations périphériques. Des applications pharmacologiques sont envisageables. Conclusion L'article de J.E. Mawdsley et coll. met en évidence une partie des mécanismes évoqués ci-dessus, en particulier inflammatoires systémiques/muqueux et autonomiques qui pourraient contribuer à une exacerbation des MICI et, dans ce cas particulier, de la RCH. Ces données viennent renforcer celles publiées par A. Farhadi et coll. [23] qui montraient, chez 15 patients atteints de MICI, des modifications plus marquées de paramètres hémodynamiques, hormonaux, mastocytaires muqueux coliques, mitochondriaux et oxydatifs sous l'effet d'un stress (main immergée dans de l'eau froide). On pourrait reprocher à cette étude de s'intéresser, non pas aux phénomènes de stress chronique, plus proches de nos préoccupations cliniques, mais au stress aigu. Bien entendu, la population étudiée est faible et d'autres études, impliquant des populations de patients plus larges, sont nécessaires, mais cette étude a le mérite de « poser les jalons » de l'implication du stress dans les MICI. Sa publication dans la revue qui fait référence en matière de gastro-entérologie témoigne également de son sérieux. Ce travail soulève aussi l'intérêt de la prise en charge éducationnelle des patients atteints de MICI, en considérant notamment la prise en charge psychologique et la « gestion du stress », trop souvent négligées. Crohn - RCH n° 25 - Janvier 2007 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Levenstein S, Prantera C, Varvo V et al. Psychological stress and disease activity in ulcerative colitis: a multidimensional cross-sectional study. Am J Gastroenterol 1994 ; 89 : 1219-25. 2. Moser G, Genser D, Tribl B, Vogelsang H. Psychological stress and disease activity in ulcerative colitis: a multidimensional cross-sectional study. Am J Gastroenterol 1995 ; 90 : 1904. 3. Meyers S, Janowitz HD. « Natural history » of Crohn's disease. An analytic review of the placebo lesson. Gastroenterology 1984 ; 87 : 1189-92. 4. Ilnyckyj A, Shanahan F, Anton PA, Cheang M, Bernstein CN. Quantification of the placebo response in ulcerative colitis. Gastroenterology 1997 ; 112 : 1854-8. 5. Cohen S, Tyrrell DA, Smith AP. Psychological stress and susceptibility to the common cold. N Engl J Med 1991 ; 325 : 606-12. 6. Lerebours E, Gower-Rousseau C, Merle V et al. Stressful Life Events as a Risk Factor for Inflammatory Bowel Disease Onset: A Population-Based Case-Control Study. Am J Gastroenterol 2006 (sous presse). 7. Pavlov VA, Tracey KJ. The cholinergic anti-inflammatory pathway. Brain Behav Immun 2005 ; 19 : 493-9. 8. Lindgren S, Stewenius J, Sjolund K, Lijla B, Sundkvist G. Autonomic vagal nerve dysfunction in patients with ulcerative colitis. Scand J Gastroenterol 1993 ; 28 : 638-42. 9. Lindgren S, Lijla B, Rosen I, Sundkvist G. Disturbed autonomic nerve function in patients with Crohn's disease. Scand J Gastroenterol 1991 ; 26 : 361-6. 10. Furlan R, Ardizzone S, Palazzolo L et al. Sympathetic overactivity in active ulcerative colitis: effects of clonidine. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol 2006 ; 290 : R224-32. 11. Elenkov IJ, Wilder RL, Chrousos GP, Vizi ES. The symathetic nerve-An integrative interface between two supersystems : The brain and the immune system. Pharmacol Rev 2000 ; 52 : 595-638. 12. Qiu BS, Vallance BA, Blennerhassett PA, Collins SM. The role of CD4+ lymphocytes in the susceptibility of mice to stress-induced reactivation of experimental colitis. Nat Med 1999 ; 5 : 1178-82. 13. Söderlholm JD, Perdue MH. Stress and the gastrointestinal tract. II. Stress and intestinal barrier function. Am J Physiol 2001 ; 280 : G7-G13. 14. Bonaz B, Rivest S. Effect of a chronic stress on CRF neuronal activity and expression of its type 1 receptor in the rat brain. Am J Physiol 1998 ; 275 : R1438-49. 15. Harbuz MS, Jessop DS, Chowdrey HS, Blackwell JM, Larsen PJ, Lightman SL. Evidence for altered control of hypothalamic CRF in immune-mediated diseases. Ann N Y Acad Sci 1995 ; 771 : 449-58. 16. Kawahito Y, Sano H, Kawata M et al. Local secretion of corticotropin-releasing hormone by enterochromaffin cells in human colon. Gastroenterology 1994 ; 106 : 859-65. 17. Schäfer M, Mousa SA, Stein C. Corticotropin-releasing factor in antinociception and inflammation. 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(2007/01) Place de la laparoscopie dans la chirurgie des MICI
Pr Yves Panis Service de chirurgie générale et viscérale, Hôpital Lariboisière, Paris
Propos recueillis par A. le Masne La prise en charge chirurgicale concerne, à un moment ou à un autre de l'évolution de la maladie, une grande partie de nos patients, tant en cas de maladie de Crohn que de rectocolite hémorragique. Les techniques opératoires sont en progrès constants, grâce à l'expérience acquise par les équipes chirurgicales et à l'apport des discussions multidisciplinaires préopératoires. La laparoscopie est au tout premier plan de ces avancées techniques ; le professeur Yves Panis nous en rappelle les indications, modalités et bénéfices attendus, notamment en termes de qualité de vie postopératoire. La chirurgie laparoscopique des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) est en plein essor. Une méta-analyse récente, comparant la laparoscopie à la laparotomie, a montré plusieurs avantages de l'abord coelioscopique, notamment une reprise plus rapide du transit intestinal et une moindre durée d'hospitalisation [1]. Le professeur Yves Panis est l'un des plus grands experts français, sinon européens, de la chirurgie laparoscopique des MICI. La revue Crohn-RCH a souhaité en savoir plus sur son expérience. Crohn & RCH : Depuis quand cette technique est-elle utilisée dans la chirurgie des MICI? Pr Y. Panis : L'arrivée de la laparoscopie en chirurgie digestive date de 1985. Six ans plus tard, cette technique a été utilisée en chirurgie colo-rectale, où elle s'est progressivement développée ; ainsi, c'est à la fin des années 1990 que certains centres experts ont commencé à la pratiquer chez les patients atteints de MICI. Crohn & RCH : Quelles sont les conditions humaines et techniques requises pour la pratique de la chirurgie laparoscopique des MICI? Pr Y. Panis : Comme pour tout type de chirurgie, l'expérience du chirurgien est un prérequis indispensable. En chirurgie du cancer colique, les recommandations américaines préconisent une expérience de 30 à 40 colectomies laparoscopiques pour lésions bénignes avant de pratiquer une intervention en contexte de malignité. Pour les MICI, s'il n‘est pas possible d'envisager un tel chiffrage, on peut quand même retenir que les compétences de l'opérateur doivent être doubles : d'une part en chirurgie « classique » des MICI et, d'autre part, en chirurgie colo-rectale laparoscopique. Seul un petit nombre de centres conjuguent ces deux expériences. La formation technique des chirurgiens se fait dans les blocs opératoires des centres hospitalo-universitaires, elle concerne bien sûr les internes et les chefs de clinique, mais certains de nos collègues plus âgés viennent aussi se former à nos côtés. Le matériel utilisé dans la laparoscopie des MICI est le même que celui de toute cœlioscopie. La plupart des équipes utilisent cependant des procédés de dissections spécifiques à la chirurgie laparoscopique colo-rectale, tels que les dissecteurs ultrasoniques (Ultracision® ou LigaSureTM). Crohn & RCH : Quelles sont les meilleures indications pour la chirurgie laparoscopique des MICI? Quelles sont les interventions possibles? Pr Y. Panis : La résection iléo-cæcale simple pour maladie de Crohn (MC) est l'intervention la plus standardisée, la moins complexe et celle pour laquelle nous disposons d'études randomisées montrant le bénéfice de la laparoscopie [2]. Cette indication bien codifiée représente le premier stade dans la chirurgie laparoscopique des MICI et l'on peut aujourd'hui espérer que la cœlioscopie sera utilisée dans cette indication dans plus de 50 % des centres. - La MC compliquée, avec abcès ou fistule, représente un deuxième stade de complexité de la résection laparoscopique, nécessitant une expertise plus importante. Les difficultés laparoscopiques rencontrées au cours des réinterventions itératives ou des sténoses multiples de l'intestin grêle font que la plupart des équipes choisissent la laparotomie d'emblée dans ces indications. De même, l'urgence de la péritonite généralisée par perforation n'autorise que très exceptionnellement le recours à la laparoscopie.
- Dans la recto-colite hémorragique (RCH) les deux cas de figure les plus fréquents sont la colite aiguë grave nécessitant une intervention en urgence et la colo-proctectomie totale avec anastomose iléo-anale.
Ces deux interventions peuvent, certes, être réalisées par laparoscopie [3], mais nécessitent alors une expérience importante et restent réservées à des centres experts dans ce domaine.
Crohn & RCH : Existe-t-il des contre-indications? Pr Y. Panis : Les patient atteints de MICI n'ont pas de contre-indications spécifiques à la réalisation d'une laparoscopie ; comme chez tous les malades, cette technique sera contre-indiquée dans les situations à risque de décompensation lors de l'insufflation du pneumopéritoine (hypertension intracrânienne ou insuffisance cardiaque droite, notamment). Dans notre expérience, ni l'âge ni l'obésité n'augmentent la morbidité de la laparoscopie par rapport à la laparotomie. Les interventions abdominales multiples rendent plus difficile la laparoscopie, du fait des craintes d'adhérences, et représentaient, il y a quelques années, une contre-indication. Aujourd'hui, la laparoscopie est cependant tentée dans les centres experts, d'autant plus si la date de la dernière intervention est éloignée. Crohn & RCH : Dans quelles situations peut-on être amené à proposer une conversion de laparoscopie en laparotomie? Dans quel pourcentage de cas en pratique? Pr Y. Panis : Les formes compliquées de MC avec abcès ou fistule sont les plus pourvoyeuses de conversions. Globalement, le taux de conversion est de l'ordre de 18 %. Il dépend en fait largement de la complexité de l'intervention initiale : de 11 % dans mon expérience personnelle d'anastomoses iléo-anales, à 25 % en cas de formes compliquées de MC avec abcès ou fistule [4]. Une étude menée dans notre centre sur 200 opérés de MICI a montré que la conversion rapide en laparotomie prolonge un peu la durée d'hospitalisation, mais n'augmente pas la morbidité de l'intervention ; la mortalité reste nulle dans les deux cas [4]. Dans l'intérêt du malade (et en mettant de côté l'amour-propre du chirurgien), il ne faut donc pas hésiter à convertir précocement, plutôt que de prolonger une situation coelioscopique difficile ou dangereuse. Le patient doit toujours être prévenu de cette éventualité lors de la discussion préopératoire. Crohn & RCH : Le risque de stérilité augmente après colo-proctectomie et anastomose iléo-anale, vraisemblablement en raison du risque d'adhérences postopératoires. Dans votre expérience, et avec les avantages potentiels conférés par la chirurgie laparoscopique (diminution du risque d'adhérences), l'anastomose iléo-anale pourrait-elle représenter une indication privilégiée de la chirurgie laparoscopique chez les femmes jeunes? Pr Y. Panis : Le problème se pose uniquement en cas d'ablation du rectum, car ce geste nécessite une dissection pelvienne qui peut être à l'origine d'adhérences au niveau des trompes, entraînant une stérilité tubaire. Cette complication est clairement démontrée chez les femmes ayant eu une anastomose iléo-anale par laparotomie pour RCH, dont le taux de fécondité n'est que d'environ 20 % [5]. Un des bénéfices attendus de la laparoscopie est la diminution des adhérences et des études rétrospectives semblent suggérer que les adhérences abdominales sont moins nombreuses après laparoscopie. Il n'est donc pas illégitime d'extrapoler ces résultats et de penser que le risque d'adhérences tubaires, et donc de stérilité, est moindre. Il ne s'agit que d'un espoir qui n'est aujourd'hui pas démontré, notamment car les cas sont trop peu nombreux pour disposer de données suffisantes comparant les deux techniques spécifiquement chez la femme jeune atteinte de RCH. En pratique, dans de tels cas, nous cherchons plutôt à conserver le rectum le plus longtemps possible en réalisant une anastomose iléo-rectale dans un premier temps. Crohn & RCH : Pensez-vous que nous disposerons un jour d'essais contrôlés randomisés de bonne qualité, comparant ces deux techniques? Pr Y. Panis : Nous disposons déjà de trois essais randomisés et d'une méta-analyse [1] dans les résections iléo-cæcales de MC, qui montrent un discret bénéfice de la laparoscopie sur la laparotomie. Un petit essai contrôlé sur l'anastomose iléo-anale dans la RCH montre également un bénéfice [6]. Je pense qu'il est aujourd'hui bien tard pour envisager d'autres études. La comparaison des deux techniques ayant déjà établi l'équivalence en termes de mortalité et de morbidité, c'est en termes de qualité de vie des patients que nous devons aujourd'hui raisonner. La durée d'hospitalisation, la douleur postopératoire, la taille de la cicatrice ainsi que les moindres risques d'occlusion sur bride et d'éventration sur la ligne médiane représentent autant d'éléments en faveur de la laparoscopie. À titre personnel, je ne me verrais pas imposer à mes patients, qui doivent déjà subir les lourdes conséquences de leur maladie, un tirage au sort entre les deux techniques. Enfin, puisqu'à l'heure de la T2A (tarification à l'activité) nous ne pouvons plus aujourd'hui négliger les aspects économiques de nos actes, rappelons que, si la mise en place de la technique est probablement coûteuse, la réduction de la durée d'hospitalisation (dans notre centre, 9 jours en cas de laparoscopie versus 12 jours en cas de laparotomie) représente vraisemblablement un gain global en faveur de la laparoscopie. La laparoscopie représente un immense progrès en chirurgie digestive. Toutes les études dans les MICI vont dans le sens d'un bénéfice de la laparoscopie par rapport à la laparotomie. La mortalité des deux techniques est équivalente et, quand bien même leurs morbidités le seraient, les critères dits « mineurs » (douleur postopératoire, taille de la cicatrice, durée d'hospitalisation) deviennent prépondérants pour le patient. À ce titre, je pense que la laparoscopie dans les MICI ne peut que s'imposer partout, comme elle l'a déjà fait dans les centres experts, pour une amélioration de la qualité de vie des patients et une meilleure acceptation des interventions. Crohn - RCH n° 25 - Janvier 2007 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Tilney HS, Constantinides VA, Heriot AG et al. Comparison of laparoscopic and open ileocecal resection for Crohn's disease: a metaanalysis. Surg Endosc 2006 ; 20 :1036-44. 2. Milsom JW, Hammerhofer KA, Bohm B, Marcello P, Elson P, Fazio VW. Prospective, randomized trial comparing laparoscopic vs. conventional surgery for refractory ileocolic Crohn's disease. Dis Colon Rectum 2001 ; 44 : 1-8. 3. Ouaïssi M, Alves A, Bouhnik Y, Valleur P, Panis Y. Three-step ileal pouch-anal anastomosis under total laparoscopic approach for acute or severe colitis complicating inflammatory bowel disease. J Am Coll Surg 2006 ; 202 : 637-42. 4. Alves A, Panis Y, Bouhnik Y et al. Factors that predict conversion in 69 consecutive patients undergoing laparoscopic ileocecal resection for Crohn's disease: a prospective study. Dis Colon Rectum 2005 ; 48 : 2302-8. 5. Ording Olsen K, Juul S, Berndtsson I, Oresland T, Laurberg S. Ulcerative colitis : female fecundity before diagnosis, during disease, and after surgery compared with a population sample. Gastroenterology 2002 ; 122 : 15-9. Maartense S, Dunker MS, Slors JF et al. Hand-assisted laparoscopic versus open restorative proctocolectomy with ileal pouch anal anastomosis: a randomized trial. Ann Surg 2004 ; 240 : 984-9
(2007/01) Le curry pour maintenir les rémissions en cas de RCH ? (accès libre)
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon La curcumine est la substance phytochimique biologiquement active du curcuma (turmeric Curcuma longa), que l’on retrouve dans certains épices comme les poudres de curry indien. Elle a une action pharmacologique qui pourrait être bénéfique aux patients atteints de rectocolite ulcéro-hémorragique (RCH). Cet essai randomisé en double aveugle a donc évalué, chez 98 patients ayant une RCH quiescente, la capacité de la curcumine à maintenir la rémission. Quarante-cinq malades ont reçu de la curcumine, 1g matin et soir après le repas et 44 un placebo de présentation identique pendant 6 mois. Les scores d’activité clinique (SAC) et endoscopique (SAE) étaient évalués à l’inclusion, puis tous les deux mois pendant le traitement et lors du suivi post thérapeutique à 6 mois. Sept patients n’ont pas respecté le protocole. Parmi les 43 patients sous curcumine, 2 ont récidivé durant les 6 mois de traitement (4,65 %), contre 8 parmi les 39 patients (20,51 %) du groupe placebo (p = 0,040). Les taux de récidive, évalués en intention de traiter, montraient un bénéfice significatif en faveur de la curcumine par rapport au placebo (p = 0,049). De plus la curcumine a amélioré à la fois le SAC (p = 0,038) et le SAE (p = 0,0001), diminuant ainsi la morbidité en rapport avec la RCH. Lors du suivi à 6 mois après la fin du traitement, tous les malades recevant alors sulfasalazine ou mésalamine, 8 patients supplémentaires du groupe curcumine et 6 du groupe placebo avaient récidivé (et la différence entre les deux groupes, bien que numériquement en faveur du groupe curcumine n’était plus statistiquement significative). Cette première étude suggère que la curcumine pourrait permettre efficacement (et sans risque) de maintenir en rémission des patients présentant une RCH quiescente mais ces résultats méritent bien sûr d’être confirmés par des études de plus grande ampleur. Journal International de Médecine 2007 Andoh A et coll. : “Curcumin Maintenance Therapy for Ulcerative Colitis: Randomized, Multicenter, Double-Blind, Placebo-Controlled Trial” Clin Gastroenterol Hepatol., 2006 ; 4 : 1502-1506
(2007/03) Retentissement socio-éducatif de la maladie de Crohn à début pédiatrique
F. Couttenier, M. Baldé, C. Gower-Rousseau, G. Vernier-Massouille, O. Mouterde, J. Dupas, J. Salomez, R. Marti, E. Lerebours, A. Cortot, J. Colombel, D. Turck Introduction Les études réalisées chez l'adulte montrent une absence de retentissement de la maladie de Crohn (MC) sur le niveau socio-éducatif. La MC peut toucher l'enfant, surtout après l'âge de 10 ans, c'est-à-dire pendant la pré-adolescence et l'adolescence. Cette période est déterminante pour l'orientation scolaire et socio-professionnelle. Le but du travail était d'évaluer le retentissement socio-éducatif de la MC dans une cohorte pédiatrique recensée en population générale. Patients et méthodes
Tous les cas de MC diagnostiqués avant l'âge de 17 ans ont été recensés entre 1988 et 2002. 472 cas de MC ont été enregistrés (8% de l'ensemble des cas). Les informations suivantes ont été recueillies rétrospectivement à partir des dossiers des gastro-entérologues (n = 242) et des pédiatres (n = 6) : nature et âge d'obtention du dernier diplôme obtenu, activité professionnelle (étudiant/lycéen, actif, chômeur, autre), caractéristiques de la MC (localisation et type de présentation selon la classification de Montréal, traitement, et activité de la MC selon la classification de Langholz et al.). Les données socio-éducatives ont été comparées à celles de la population générale du même âge (données INSEE). L'influence des caractéristiques de la MC sur le niveau socio-éducatif a été recherchée. Résultats Les données socio-éducatives étaient disponibles chez 358 patients (sexe ratio F/G = 0,91). La médiane d'âge au diagnostic était de 13 ans (Q1 11-Q3 15). La médiane de suivi était de 6,5 ans (Q1 4-Q3 10). La médiane d'âge de la population était de 20 ans (Q1 17-Q3 23). La médiane du rapport de la durée totale d'activité de la MC (activités modérée et intense) sur la durée totale de suivi était de 15% (Q1 8-Q3 26). Il n'existait pas de différence significative du niveau éducatif par rapport à la population générale. La seule caractéristique de la MC ayant un rôle péjoratif sur le niveau éducatif était un rapport de la durée totale d'activité sur la durée 8% (Q >totale de suivi 1) (p = 0,015). Il existait une différence significative d'activité professionnelle dans les tranches d'âge 20-24 ans (p<0,001), et ≥ 25 ans (p = 0,0003). Cette différence était due à un pourcentage plus élevé d'étudiants chez les patients atteints de MC (61,7% contre 41,7% chez les 20-24 ans et 15,9% contre 4,9% chez les 25 ans et plus). ConclusionLe niveau éducatif des enfants atteints de MC n'est pas différent en moyenne de celui de la population générale, mais il est influencé de façon péjorative par la durée d'activité de la MC. Le pourcentage plus élevé d'étudiants dans la tranche d'âge ≥ 20 ans chez les patients que dans la population générale suggère un retard dans le début des études supérieures ou un allongement de leur durée.
SNFGE, 2007
(2007/03) Transition vers le gastro-entérologue d'adultes des enfants suivis pour MICI
F.Troadec, J. Bretagne, D. Heresbach, M. Pagenault, L Siproudhis, A. Dabadie Service Hépato gastro-entérologie, CHU Rennes Objectif La chronicité des maladies inflammatoires cryptogénétiques de l'intestin (MICI), débutant souvent dans l'enfance, implique la nécessité d'un transfert de soins de la pédiatrie à la médecine d'adultes. L'objectif de l'étude était d'évaluer le vécu des patients, ainsi que de leurs parents, lors de cette transition. Patients et Méthodes L'étude a inclus tous les enfants suivis pour MICI de façon régulière entre 1986 et 2006, devenus adultes au cours de cette période et désormais suivis par un gastroentérologue d'adultes. Un recueil de données a été réalisé à partir du dossier médical pédiatrique sur les modalités du relais, notamment l'organisation d'une consultation commune pédiatre-gastroentérologue mise en place en 1988. L'analyse du vécu de la transition a été réalisée à partir de questionnaires adressés aux patients et à leurs parents. Résultats Quarante neuf patients ont été inclus. Tous les patients ont été informés plus d'un an avant le relais ayant eu lieu à une moyenne d'âge de 17,8 ans. Vingt sept ont eu une consultation commune. Le taux de réponses était de 65 % (32/49). 90 % ont jugé avoir été informés assez tôt et se sentaient prêts pour le passage. Plus de parents (11) que de patients (6) ont appréhendé la transition. Deux se sont sentis perturbés dans la gestion de leur maladie. La consultation commune a été jugée par tous les patients et tous les parents comme bénéfique ou très bénéfique pour la suite de la prise en charge et la confiance accordée au nouveau référent. 6 patients sur 14 et 9 parents sur 13 ont estimé qu'une seule consultation était insuffisante. 80 % des patients sont actuellement toujours suivis par le gastroentérologue choisi lors du relais. ConclusionLa transition à 18 ans permet à l'adolescent d'acquérir plus de maturité mais aussi d'achever sa croissance et sa puberté souvent retardées dans la maladie de Crohn. La consultation commune concrétise pour le jeune et sa famille la coopération et la coordination des intervenants dans le relais médical et leur permet de rencontrer le futur référent dans un climat de confiance. Il semblerait néanmoins souhaitable d'organiser à la demande une deuxième consultation commune afin de renforcer encore la relation de confiance avec le nouveau référent. © SNFGE, 2007
(2007/03) Enseignements de l'enquête "Regards sur les Maladies Inflammatoires Chroniques de l'Intestin (MICI)
Pr Hervé. Hagège, Service d'Hépato-Gastroentérologie, CHI de Créteil Pr Jean-Pierre Gendre, Service d'Hépato-Gastroéntérologie, Hôpital saint Antoine Paris Introduction Les MICI ont des conséquences souvent majeures sur la qualité de vie, mais le vécu des patients a peu été évalué. Cette enquête à l'échelle nationale réalisée à la demande de l'AFA (Association François Aupetit) par TNS Healthcare, avait pour objectifs d'évaluer le vécu de la maladie par le patient et d'identifier des décalages avec la perception de son entourage et de son médecin. Patients et Méthodes Le vécu des patients a été évalué par un questionnaire spécifique intégrant notamment les questionnaires validés RFIPC et MFI 20. Les réponses de chaque patient ont été comparées avec celles données par le médecin et le membre de l'entourage qu'il a désignés. Résultats Cette enquête a concerné 2424 patients : 1494 (62%) avaient une maladie de Crohn (MC), 741 (30%) une rectocolite hémorragique (RCH) et 189 (8%) une maladie mal étiquetée. L'âge moyen au moment du diagnostic était de 29,1 ans pour la MC et 34,5 ans pour la RCH. A l'annonce du diagnostic, 73% des patients se sont dit angoissés, mais en même temps soulagés de pouvoir mettre un nom sur leurs symptômes. Parmi les multiples réponses on retiendra surtout la fatigue (66%) et son impact sur les activités quotidiennes. En liaison avec cette fatigue, 71% des patients ont le sentiment qu'ils ont à fournir un effort plus important pour effectuer leurs activités quotidiennes. Toutefois, 77% disent maintenir leur niveau d'activité quel que soit l'effort qu'il leur coûte. La maladie a également des répercussions négatives sur leurs activités de loisirs (78%), sur leur vie professionnelle (71%) et sur leur vie familiale (68%) et intime (46%). La hiérarchisation des craintes (sur une échelle de 0 à 100) montre que le caractère imprévisible de la maladie est l'aspect le plus important (78) suivi par le fait d'avoir une stomie (73), d'être moins en forme (72) et d'être (re) opéré (72). Pour l'évaluation de concordance l'analyse a porté sur 770 couples patient/médecin (gastro-entérologue dans 80% des cas) et 1104 couples patient/membre de l'entourage (conjoint dans 61% des cas). Une première analyse à l'aide des coefficients Kappa montre que la concordance entre les réponses du patient et de son médecin ou de son entourage est bonne (coefficients entre 0,61 et 0,80). Seules les questions explorant les aspects les plus intimes obtiennent des valeurs légèrement inférieures. Une analyse faisant intervenir le sens de la divergence observée montre que le médecin a tendance à surestimer le degré d'information des patients et à sous-estimer les répercussions de leur maladie sur la vie professionnelle (32%) ainsi que son retentissement sur la vie familiale (31%). ConclusionCes résultats confirment la dégradation de la qualité de vie des patients ayant une MICI. Il existe une très bonne concordance entre les réponses des patients et celles de leur entourage proche. Globalement bonne, la concordance entre le malade et son médecin montre toutefois une tendance à la sous-estimation du retentissement de la maladie sur la vie du patient. Cette enquête met particulièrement en relief un aspect peu étudié : le niveau de fatigue des patients et leur volonté de maintenir sans aide extérieure une activité normale. © SNFGE, 2007
(2007/03) Manifestations cutanées induites par l'infliximab
R. Belbouab, M. Bellaiche, M. Rybojad, C. Martinez Vinson, J. Viala, J. Hugot, J. Cezard Introduction de plus en plus utilisé dans aL'infliximab est un anti TNF la stratégie thérapeutique des MICI de l'enfant. Ses effets adverses allergiques et systémiques sont bien répertoriés. Nous rapportons notre expérience à propos de 5 cas de manifestations cutanées non allergiques probablement imputables à l'injection d'Infliximab. Patients et Méthodes 36 enfants (20 F, 16 G) sont suivis en hôpital de jour pour injections régulières toutes les 8 semaines d'Infliximab. Leur âge moyen est de 14 ans 3 mois, avec une maladie qui évolue en moyenne depuis 4 ans 9 mois. Ils étaient sous traitement immunosuppresseur azathioprine (n = 28), méthotrexate (n = 7), tacrolimus (n = 1) depuis en moyenne 1 an 10 mois avant l'administration d'infliximab. Le nombre moyen d'injections d'infliximab était de 13 avec comme indication : corticodépendance ou résistance (n = 31), maladie fistulisante (n = 5). Résultats Parmi cette population 5 enfants ont présenté des lésions dermatologiques. Les lésions observées ont été : une éruption psoriasiforme, deux zonas thoraciques, deux pyodermites (une à streptocoque et une à staphylocoque). L'âge moyen était de 16 ans. Ils avaient reçu chacun en moyenne 10 Injections d'infliximab. Ils étaient sous immunosuppresseur depuis en moyenne 2,7 ans. Aucune modification thérapeutique n'a eu lieu dans les mois précédents l'apparition des lésions dermatologiques. Pour 4 enfants, les injections d'infliximab ont été poursuivies avec des traitements dermatologiques adaptés (Aciclovir pour les zonas, antibiothérapie pour les pyodermites). Pour l'enfant atteint d'éruption psoriasiforme les injections ont été interrompues avec projet en cas de rechute. ade substitution par un autre anti TNF. Conclusion Des lésions dermatologiques (psoriaris, zona, pyodermite) sont intervenues chez 14 % des enfants traités par injections itératives d'Infliximab. Les mécanismes responsables de ces effets adverses (immunosuppression spécifiques ou non spécifiques) restent à explorer. © SNFGE, 2007
(2007/03) Traitement d'entretien de la maladie de Crohn par le Natalizumab: résultats au long cours
Pr Jean Frédéric Colombel & Pr Alain Cortot & Pr Remo Panaccione Service des maladies de l'appareil digestif, Hôpital Huriez, CHR Lile
Introduction Le Natalizumab est un traitement efficace pour l'induction et le maintien en rémission dans la maladie de Crohn (MC) modérée à sévère. Dans l'essai ENACT1, 55% des malades ayant répondu à un traitement d'induction par le Natalizumab étaient en remission (CDAI<150) après 15 mois de traitement continu (300 mg i.v/semaine toutes les 4 semaines) vs 22% dans le groupe placebo (p<0,001).
Le but de ce travail a été d'évaluer la tolérance et l'efficacité du Natalizumab dans le maintien (> 2 ans) de la rémission.
Patients et Méthodes Etaient inclus les malades en rémission après 15 mois de traitement continu par le Natalizumab à l'issue du protocole ENACT. Ils recevaient 12 mois supplémentaires de 300 mg de Natalizumab une fois par mois. Les pourcentages de maintien en rémission étaient calculés selon la date des dernières nouvelles. Résultats 87 malades ont été inclus dans l'étude dont 22 ayant reçu par le passé de l'Infliximab. Quatre-vingt un/87 (93%) étaient encore en rémission après 6 mois de traitement et 75/87 (86%) après 12 mois. Parmi les malades ayant reçu au préalable de l'Infliximab, 20/22 (91%) étaient en rémission après 6 et 12 mois. Les effets secondaires les plus fréquents (>10% des malades) étaient une rhinopharyngite, des maux de tête et une poussée de MC. Quatre malades (5%) ont eu une infection sévère. Six malades ont arrêté le traitement du fait d'un effet secondaire. Aucun malade n'a développé d'anticorps anti-Natalizumab. ConclusionUn traitement d'entretien par le Natalizumab 300 mg une fois/mois permet le maintien pendant plus de 2 ans d'une rémission chez presque tous les malades initialement répondeurs au traitement y compris ceux en échec de l'Infliximab. © SNFGE, 2007
(2007/03) Prise en charge des fistules rectovaginales sur maladie de Crohn à l'ère de l'Infliximab
Prise en charge des fistules rectovaginales sur maladie de Crohn à l'ère de l'Infliximab : à propos d'une série de 35 patientes Pr Jean-Luc Faucheron, Service de chirurgie général et digestive, CHU Grenoble
Pr David Voirin, Chirurgie digestive, CHU Grenoble Pr Xavier Roblin, Département médico-chirurgical de pathologies digestives, CHU Grenoble Pr Bruno Bonaz, Département d'hépato-gastro-entérologie, CHU de Grenoble Introduction Les modalités chirurgicales de prise en charge des fistules rectovaginales sur maladie de Crohn sont multiples et font intervenir l'abstension, le drainage en séton, le lambeau d'abaissement rectal, l'encollage biologique, la fistulotomie, la stomie de dérivation et l'amputation abdominopérinéale. Patients et Méthodes De janvier 2001 à juin 2006, 35 patientes d'une moyenne d'âge de 33 ans (20 - 72) ont été prises en charge dans notre Unité de Chirurgie Colorectale pour le traitement d'une fistule rectovaginale (31) ou anovulvaire (4) sur maladie de Crohn. Nous rapportons les techniques utilisées. Vingt six patientes ont reçu entre 3 et 23 cures d'Infliximab en traitement complémentaire du geste chirurgical. Résultats Pendant la période d'étude, 61 interventions chirurgicales sous anesthésie générale ont été réalisées chez les 35 patientes. Il y a eu 11 examens sous anesthésie générale qui ont abouti à un drainage tubulaire d'un abcès dans 7 cas. Quatorze patientes ont eu un drainage en séton prolongé (plus de 4 mois) devant des trajets complexes sur fond septique douloureux, qui a représenté le seul traitement en raison de son efficacité dans 5 cas. Treize patientes ont eu une injection de colle biologique en dehors de toute période de suppuration, mais seules deux patientes en ont tiré bénéfice. Un lambeau d'abaissement a été proposé dans 9 cas (rectal huit fois et vaginal trois fois), devant des trajets haut situés, à orifice primaire large, en dehors de toute suppuration et de maladie de Crohn active : ce lambeau a cicatrisé dans 5 cas pendant la période d'étude. Quatorze patientes ont eu une stomie, dont 5 une amputation abdominopérinéale (jamais de première intention dans notre expérience). A la fin du suivi, le taux de cicatrisation a été de 68% (24 patientes sur 35). Discussion L'infliximab permettrait la cicatrisation des fistules de la maladie de Crohn dans près de 50% des cas (contre environ 15% par placebo). Les définitions de la cicatrisation sont variables et il faut plutôt parler de réponse plus ou moins complète. D'ailleurs, les contrôles echo-endoscopiques objectivent souvent la persistance des trajets. Les fistules rectovaginales sont très symptomatiques et les patientes savent toujours dire si la guérison a été obtenue ou non. Dans notre étude, les bons résultats ont été obtenus par l'association de gestes chirurgicaux aux injections d'Infliximab. Conclusion: Le traitement des fistules rectovaginales sur maladie de Crohn doit faire appel à l'infliximab mais aussi à des gestes chirrugicaux spécifiques, de manière à permettre une cicatrisation dans plus de deux tiers des cas. © SNFGE, 2007
(2007/03) Cicatrisation des lésions intestinales de la maladie de Crohn par les corticostéroides - Etude prospective
A. Balamane, M. Nakmouche, N. Kaddache, L. Gamar, A. Boutaleb, N. Bounab, L. Kecili, K. Belhocine, K. Layaida, A. Nani, N. Afredj, N. Debzi, N. Baiod, T. Boucekkine Introduction L'efficacité des corticostéroides (CS) dans l'induction de la rémission clinique de la poussée d'une maladie de Crohn (MC) est un fait démontré. Cependant leur capacité à cicatriser des lésions intestinales de cette affection a été peu évaluée. Le but de ce travail est d'étudier de façon prospective l'incidence et les caractères de la rémission endoscopique (RE) de la MC traitée par les CS. Patients et Méthodes Ce travail porte sur 182 patients adultes présentant une MC iléocolique non compliquée et non opérée, dont la rémission clinique complète (145/182 ; 79,6%) ou partielle (37/182 ; 20,4%) avait été obtenue par les CS : Prednisolone 1 mg/kg/j pendant 3 à 6 semaines jusqu'à l'amorce de la rémission par diminution par paliers de 5 mg/semaine jusqu'à l'arrêt total des CS. Une iléocoloscopie avait été effectuée avant et après traitement. Les lésions avaient fait l'objet d'un score de 0 à 10 en fonction de leur sévérité et de leur extension. Résultats L'étude a concerné 98 hommes et 84 femmes (SR H/F = 1,16%) 6,4ans ; 88 (48,3%) sont fumeurs. Les lésions ±dont l'âge moyen est de 34,7 intestinales ont intéressé le plus souvent le colon et l'iléon terminal (n = 125 ; 68,7%) plus rarement le colon seul (n = 45 ; 24,7%) ou l'iléon terminal (n = 12 ; 6,5%). Ces lésions étaient sévères (LS) chez 69 patients (38%) et non sévères (LNS) dans 62% des cas (n = 113). Le score endoscopique initial était de 5,7 dans les LS et de 2,6 dans les LNS. - Une RE (= cicatrisation complète des ulcérations muqueuses) a été obtenue 48 fois (26,3%). - La RE est plus souvent observée chez les patients présentant une rémission complète (n = 45/145 : 31%) que lors d'une rémission clinique partielle (n = 3/37 ; 8%). Elle est de 11,6% dans les LS (n = 8/69) et de 35,4% (n = 40/112) dans les LNS. - Les scores moyens diminuent de 45,6% (de 5,7 à 3,1) lorsque les lésions sont sévères et de 34,7% (de 2,6 à 1,7) lorsqu'elles ne le sont pas. - Aucun critère prédictif de la rémission endoscopique n'a été retrouvé parmi les paramètres suivants : âge, sexe, tabagisme, ancienneté de la maladie, nombre moyen de poussées antérieures, manifestations extradigestives, topographie initiale des lésion. Conclusion Les résultats de ce travail confirment le faible taux de RE dans la maladie de Crohn traitée par les corticostéroides. La RE a été le plus souvent observée dans les formes non sévères de la maladie et chez les patients en rémission clinique complète ; aucun critère prédictif de RE n'a pu être mis en évidence. © SNFGE, 2007
(2007/03) L'Adalimumab induit une réponse et une rémission clinique rapide chez des malades avec maladie de Crohn (MC)...
L'Adalimumab induit une réponse et une rémission clinique rapide chez des malades avec maladie de Crohn (MC) en échec de l'Infliximab: étude GAIN
J. Colombel, P. Rutgeerts, W. Sandborn, R. Enns, S. Hanauer, J. Kent, P. Pollack
Introduction L'Adalimumab (ADA) est un anticorps antiTNFα humanisé, administré par voie sous-cutanée, efficace dans le traitement d'attaque1 et d'entretien2 de la MC. But du travail : Evaluer l'efficacité de l'ADA dans l'induction d'une rémission et sa tolérance chez des malades avec MC en échec de l'Infliximab (IFX).
Patients et Méthodes GAIN était une étude de phase III en double aveugle contre placebo (PBO) chez des malades avec MC active modérée à sévère (CDAI 220-450) ayant reçu de l'IFX mais ayant perdu la réponse ou étant devenus intolérants. Ils ont été randomisés dans un bras ADA (160 mg à la semaine S0 et 80 mg à S2) ou PBO. Le critère principal de jugement était la rémission clinique (CDAI <150) à S4. Un critère secondaire était la réponse clinique : baisse du CDAI ≥70 et ≥100 points. Résultats 325 malades (âge moyen 38 ans, F 65%, CDAI moyen à l'entrée 313) ont reçu de l'ADA (n = 159) ou du PBO (n = 166). Les caractéristiques démographiques et cliniques des 2 groupes étaient similaires. Le pourcentage de rémission à S4 était plus élevé dans le groupe ADA que PBO (Tableau). Une réponse rapide au traitement était observée : à S2, 21% des malades étaient en rémission dans le groupe ADA vs 6% dans le groupe placebo (p<0,001). Les pourcentages de réponse étaient supérieurs dans le groupe ADA à S2 et S4 (Tableau). |
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| PBO (%) (n=166) | ADA 160/80mg (n=159) | p | | Rémission | S4 | 12/166 (7%) | 34/159 (21%) | p<0,001 | | Réponse 100 | S2 | 30/166 (18%) | 58/159 (37%) | p<0,001 | | Réponse 100 | S4 | 41/166 (25%) | 61/159 (38%) | p=0,008 | | Réponse 70 | S2 | 54/166 (33%) | 83/159 (52%) | p<0,001 | | Réponse 70 | S4 | 56/166 (34%) | 82/159 (52%) | p=0,001 | Des effets secondaires graves ont été observés chez 4,8% des malades du groupe PBO (abcés, 3 ; sepsis, 1 ; poussée de MC, 1 ; douleur abdominale, 2) bs 1,3% (déshydratation, 2) du groupe ADA. Conclusion L'ADA a induit une réponse et une rémission clinique rapide chez des malades avec MC en échec de l'IFX. Le traitement était bien toléré. © SNFGE, 2007
(2007/03) Histoire naturelle de la maladie de Crohn chez l'enfant
Histoire naturelle de la maladie de Crohn chez l'enfant : une étude de cohorte en population générale dans le Nord de la France G. Vernier-Massouille, M. Baldé, C. Gower-Rousseau, D. Turck, J. Dupas, O. Mouterde, J. Salomez, R. Marti, E. Lerebours, A. Cortot, J. Colombel Introduction L'histoire naturelle de la maladie de Crohn (MC) chez l'enfant reste mal connue, la plupart des études provenant de populations de référence hospitalières. Le but de ce travail était de décrire la prise en charge et l'évolution de la MC dans une cohorte pédiatrique, en population générale. Patients et Méthodes Tous les cas de MC diagnostiqués avant l'âge de 17 ans ont été recensés entre 1988 et 2002 dans le registre EPIMAD du Nord-Ouest de la France (1 312 141 enfants). 472 MC ont été enregistrées (8 % de l'ensemble des cas) permettant d'établir une incidence standardisée de 2,5/100 000 habitants. Les informations initiales et de suivi ont été recueillies rétrospectivement à partir des dossiers au cabinet des gastro-entérologues (n = 242) et des pédiatres (n = 6). Résultats Un suivi était disponible chez 447 enfants, dont 404 avec un recul > 2 ans. Les résultats (médiane) concernent ce seul sous groupe : âge au diagnostic = 14 ans [11-15] ; sexe ratio M/F = 1,18 ; suivi = 84 mois [52-124]. Les localisations initiales et au suivi étaient : iléale (15 et 7%), colique (23 et 11%) et iléocolique (61 et 81%) et les lésions de type inflammatoire (72 et 41 %), sténosant (24 et 44 %) ou pénétrant (4 et 15 %). Lors du bilan initial et du suivi, 31 et 47 % des enfants avaient respectivement des lésions digestives hautes et 9 et 27% des lésions anopérinéales. 87% (n = 353) ont reçu une corticothérapie, avec à 1 an 24 % de corticodépendance et 5% de corticorésistance. 248 enfants (61%) ont reçu des immunosuppresseurs avec une efficacité dans 72 %, une intolérance dans 14 % et un échec dans 26 % des cas. 97 enfants (24%) ont été traités par Infliximab, avec une efficacité dans 78% des cas. Les pourcentages de résection chirurgicale à 1, 3 et 5 ans étaient respectivement de 9%, 20% et 35%, non différents chez les enfants traités par immunosuppresseurs ou non. Conclusion Dans cette population, la MC pédiatrique était caractérisée par une atteinte étendue avec une localisation digestive haute chez près d'un enfant sur 2 et une évolution rapide vers des formes compliquées sténosantes et pénétrantes. Malgré un recours rapide aux corticoïdes et fréquent aux immunosuppresseurs, un tiers des enfants avait du subir une résection chirurgicale à 5 ans. © SNFGE, 2007
(2007/03) L'atteinte ano-périnéale des MICI - les plaintes, les lésions, leur prise en charge
Pr Marc-André Bigard Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy D'après l'exposé de Dr Jean-François Contou, Service d'hépato-gastro-entérologie et nutrition - Hôpital Saint-Antoine, Paris
"Parler de la vraie vie est nécessaire et complémentaire de l'evidence-based medicine dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) : en effet, beaucoup de situations fréquentes ne sont pas incluses dans les études, en particulier lorsqu'elles sont trop complexes." Épidémiologie Un malade sur deux aura une lésion ano-périnéale (LAP). Les LAP sont d'autant plus fréquentes que la MICI est distale (12 % dans les formes iléales pures, 92 % dans les atteintes rectales). Elles sont également plus sévères et plus graves quand la MICI est distale. La fréquence des fistules est de 17 à 43 %, et l'incidence cumulée des fistules à partir du diagnostic est de 33 % après 10 ans et de 50 % après 20 ans. Clinique Les motifs de plainte n'ont rien d'original. Il s'agit de : - douleurs, et l'on doit penser à une collection abcédée en cas de douleur permanente ;
- suintements purulents entraînant une irritation périnéale en cas d'atteinte rectale, de fistule péri-anale ou de fistule recto-vaginale ;
- troubles de la continence ;
- troubles de l'exonération en cas de sténose ;
- tuméfactions marginales (“oreilles d'éléphant” des Anglo-Saxons) très gênantes pour les malades.
Ces motifs de plainte ont une répercussion sur la vie sociale, professionnelle et sexuelle. Les lésions Trois types de lésions ont été décrits, et sont distingués dans la classification de CARDIFF avec une lettre U, F ou S : - les lésions primaires inflammatoires (fissures, ulcérations) : (U), dans 21 à 35 % des cas ; elles accompagnent les poussées inflammatoires intestinales ;
- les lésions secondaires infectieuses, à type d'abcès, de fistule : (F) ;
- les lésions secondaires cicatricielles à type de rétrécissement ou de sténose : (S).
Les lésions primaires inflammatoires (U) sont au nombre de 4 : - la fissure crohnienne (figure 1), large, indolente, sans hypertonie sphinctérienne ;
- la pseudomarisque ulcérée, pathognomonique (figure 2) ;
- l'ulcération creusante, très douloureuse (figure 3) ;
- l'ulcération marginale extensive, pouvant entamer le scrotum, la région périvulvaire, voire les fesses (figure 4).
Les lésions secondaires infectieuses (F) sont au nombre de 4 : - les abcès (figure 5) ;
- les fistules ano-périnéales : soit fistules simples à trajet bas, avec un orifice primaire juxta-pectinéal, un orifice secondaire unique, sans diverticule, avec rectum sain, soit fistules complexes (figure 6), avec des trajets hauts (intersphinctériens hauts, extrasphinctériens), un orifice primaire ulcéré, profond, extrapectinéal, des orifices secondaires multiples avec des diverticules suppurants, un rectum inflammatoire ;
- les fistules recto-vaginales ;
- les sinus, collections suppurées borgnes avec un seul orifice.
Les lésions secondaires cicatricielles (S) peuvent être anales, distales, ano-rectales ou rectales basses. Elles peuvent être membraneuses, endoluminales, faciles à traiter, ou péri-ano-rectales, tunnellaires, de thérapeutique compliquée. La prise en charge Inventaire L'examen clinique est l'examen primordial. L'endoscopie permet d'apprécier l'état du rectum. L'imagerie, soit endosonographie, soit IRM, en association à l'examen sous anesthésie générale, permet une cartographie précise. Les lésions peuvent être classées et une synthèse est alors faite. Grands principes Il faut essayer de contrôler la maladie de Crohn intestinale. Il est indispensable de contrôler l'infection, puis de traiter l'inflammation jusqu'à cicatrisation. Il faut prévenir les récidives, préserver la continuité digestive. Les facteurs décisionnels sont la symptomatologie, l'activité de la maladie de Crohn d'amont et la complexité des LAP. Le traitement est généralement médico-chirurgical. Moyens thérapeutiques médicaux - Les corticoïdes ou les amino-salicylés n'ont pas de place, sauf pour traiter la maladie intestinale d'amont dans le cas de corticoïdes.
- Les antibiotiques paraissent logiques en cas de lésion infectée. Le niveau d'Evidence-Based Medicine (EBM) est très faible, mais ils sont très utilisés (soit métronidazole 20 mg/kg/j per os, soit ciprofloxacine 1-1,5 g/j per os).
- Les immunosuppresseurs ont été étudiés pour la maladie intestinale, mais les données sont parcellaires pour les LAP. L'azathioprine ou la 6-mercaptopurine entraînent une réponse partielle dans 55 à 65 % des cas, avec un délai d'action de 3 à 6 mois et un assèchement des fistules dans 25 à 30 % des cas, avec des rechutes à l'arrêt. Le méthotrexate semble pouvoir agir sur les fistules.
- Les immunosuppresseurs d'induction, actifs en quelques jours, sont la ciclosporine ou le tacrolimus. L'effet de la ciclosporine semble s'épuiser rapidement, et ce type de traitement s'adapte plutôt à la bridge therapy en attendant l'efficacité d'autres médicaments.
- Les anti-TNF : l'infliximab peut être utilisé en induction et en maintien de la réponse. Il faut canaliser l'infection en drainant les fistules et les suppurations. L'effet supplémentaire par rapport au placebo est d'environ 20 %, ce qui fait que le nombre d'interventions chirurgicales n'a pas été modifié. L'adalimumab a également été proposé, en monothérapie.
- Divers traitements : on peut citer le thalidomide, le mycophénolate mofétil, le charbon adsorbant sphérique, la crème au métronidazole, la pommade au tacrolimus, les infiltrations de corticoïdes retard.
Moyens thérapeutiques chirurgicaux Ils sont variés et peuvent être conservateurs : - incision/curetage/drainage ;
- drainage en séton prolongé, indispensable en cas de fistule complexe ; fistulotomie en 1 à 2 temps
- lambeau d'avancement (endo-anal, vaginal, périnéal) ;
- colles biologiques et obturateurs.
Les moyens chirurgicaux majeurs sont la dérivation fécale, de moins en moins utilisée, la résection intestinale proximale ou la proctectomie dans 5 à 25 % des cas. Il n'est pas démontré que le taux de proctectomie ait diminué depuis les biothérapies. La sélection thérapeutique Il faut traiter l'infection par antibiotiques et drainage en séton. L'inflammation est ensuite traitée par des médicaments d'action rapide, puis il est nécessaire de maintenir la rémission. Il faut utiliser des associations synergiques comme infliximab, immunosuppresseurs, antibiotiques, drainage en séton. Stratégie nosologique - LAP primaire : il est nécessaire de contrôler la MICI intestinale sans faire de geste sur les LAP. Quelquefois, on adjoindra de petits moyens pour attendre l'efficacité des thérapeutiques de la maladie intestinale. On peut alors proposer l'injection de corticoïdes retard, les suppositoires ou pommades aux corticoïdes, la pommade au tacrolimus ou au métronidazole, le débridement d'une fissure infectée ;
- Sténose, rétrécissement : la dilatation est efficace si la sténose est endoluminale, mais si elle est tunnellaire, la dilatation est moins efficace et une proctectomie est nécessaire dans 40 % des cas ;
- Abcès, sinus, rétentions suppurées : après l'imagerie, il faut libérer le pus par une chirurgie locale en associant une antibiothérapie. Les récidives sont fréquentes ;
- Les fistules basses simples (rectum sain) : si elles sont paucisymptomatiques, elles peuvent être traitées par antibiothérapie avec une surveillance attentive. Si elles sont symptomatiques, on peut réaliser des fistulotomies, surtout après une période de drainage et en se méfiant chez la femme en cas de fistule antérieure. Les résultats sont bons, avec 70 à 90 % de cicatrisation, moins de 20 % de récidives et moins de 10 % d'hypocontinence si l'on a bien sélectionné les malades ;
- Les fistules hautes complexes : le drainage en séton est nécessaire (figure 7). Si le rectum est malade, on aura recours à l'association infliximab + immunosuppresseurs, avec un traitement d'entretien plutôt par biothérapie. Si on n'a pas de résultat, une chirurgie majeure est souvent nécessaire. Si le rectum a été cicatrisé, on peut utiliser la colle, les obturateurs ou le lambeau fermant l'orifice primaire ;
- Les fistules ano-recto-vaginales : si elles sont paucisymptomatiques, on se contentera d'une surveillance, avec éventuellement un drainage auau séton. Si elles sont très symptomatiques :
- avec un rectum sain, on utilise un lambeau ou une colle ;
- avec un rectum atteint, on propose tout d'abord un traitement médical, puis, en fonction de la réponse, il faut faire une chirurgie réparatrice ou se résoudre à une proctectomie.
Compte rendu de congrès - Symposium de Paris, 8 mars 2007
(2007/04) Les vers : qu'en penser?
Pr Marc-André Bigard Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy D'après l'exposé de Dr Hani Hoballah, Hépato-gastro-entérologue - Centre des maladies de l'appareil digestif et de proctologie Paradis-Mermoz, Marseille Les “vers” sont une question récurrente des patients qui surfent sur Internet. Tout est parti du constat de la rareté des MICI chez les patients porteurs de parasitoses. En épidémiologie, il existe une faible incidence et une faible prévalence des MICI en Afrique subsaharienne, qui n'est pas expliquée par des facteurs génétiques. Du point de vue immunologique, on sait qu'il existe une altération de la réponse Th1 chez les patients infectés par Schistosoma mansoni. L'équipe d'Elliot et Summers a montré initialement que l'exposition à des œufs de schistosome protège les souris des colites induites par le TNBS. Ces auteurs ont ensuite réalisé une étude de faisabilité avec des œufs de nématodes. La publication princeps a eu lieu dans Gut en 2005 et concerne le traitement de la maladie de Crohn par des œufs de Trichuris suis [1]. Trichuris suis est un helminthe des porcs non pathogène pour l'homme. Il est proche de Trichuris trichiura, responsable de la trichiurose chez l'homme. Trichuris suis peut séjourner un ou deux ans chez l'homme. L'étude ouverte a inclus 29 patients atteints de maladie de Crohn avec un CDAI > 250 (Crohn's Disease Activity Index). Les patients ingéraient 2 500 œufs vivants de Trichuris suis à raison d'une dose toutes les trois semaines pendant 24 semaines. La rémission correspondait à un CDAI < 150, et la réponse à une diminution du CDAI d'au moins 100 points. À la 24e semaine, 79,3 % des patients avaient répondu et 72,4 % étaient considérés comme étant en rémission. Le CDAI moyen des répondeurs était de 177. Les résultats intermédiaires à la 12e semaine étaient superposables et aucun eff et indésirable n'a été noté. Les auteurs concluaient que l'administration de Trichuris suis pouvait constituer une alternative ou un complément thérapeutiques. La même équipe a publié dans Gastroenterology la même année une étude randomisée en double aveugle contre placebo dans le traitement de la rectocolite hémorragique (RCH) [2]. Les sujets absorbaient 2 500 œufs de Trichuris suis toutes les semaines pendant 12 semaines, ou un placebo. Une amélioration correspondant à une baisse du score UC-CDAI était obtenue chez 44,3 % des patients traités contre 16,7 % des patients sous placebo (p = 0,04). Les mécanismes d'action de Trichuris suis ont été recherchés. On sait que l'infection à helminthes constitue un modèle d'adaptation du parasite chez l'hôte à son avantage. Le parasite fait baisser les réponses immunitaires de l'hôte (travaux avec la schistomiase et l'anguillulose). Les MICI sont associées à une dysrégulation de la réponse immunitaire et l'infection à Trichuris suis est associée à un emballement de la réponse Th2 qui va s'opposer à celui de la réponse Th1 observée dans la maladie de Crohn. Cette infection joue sur les lymphocytes T régulateurs et va faciliter la sécrétion de TGF et de l'IL-10. Au total, il existe une diminution des réponses immunitaires et inflammatoires. Quelles sont les perspectives de cette approche thérapeutique ? Il est tout d'abord nécessaire de prouver que l'ingestion d'œufs de Trichuris suis est vraiment anodine au long cours. De grandes études randomisées et contrôlées sont indispensables. L'identification d'antigènes et d'épitopes jouant un rôle régulateur de l'immunité des vers permettrait d'envisager une thérapeutique avec des molécules plutôt que des organismes vivants. Un traitement utilisant le SOLN (schistosome oligosaccharide lacto-N-néotétraose) a montré qu'il était possible de créer une déviation vers la voie Th2. En conclusion, il s'agit d'une perspective prometteuse avec un intérêt physiopathologique. Il est nécessaire d'attendre les résultats d'études randomisées multicentriques. Il existe un espoir dans des molécules non pathogènes telles que le SOLN. Compte rendu de congrès - Symposium de Marseille, 5 avril 2007
(2007/04) Suivi à long terme d'une cohorte de 440 maladies de Crohn traitées par infliximab
Schnitzler F, Fidder H, Ferrante M et al. Long-term outcome of treatment with infliximab in 440 Crohn's disease patients: results from a single center cohort. Journal of Crohn's and Colitis Supplements 2007;1:1(Abstr.). L'équipe de Louvain, dirigée par Paul Rutgeerts, a livré les résultats de la plus grande expérience monocentrique de traitement de la maladie de Crohn par infliximab. Le suivi a porté sur les 440 premiers patients traités (sur un nombre total de 562 patients) pour maladie de Crohn soit luminale (n = 359) soit fistulisante (n = 81). Le traitement était épisodique dans 48 % des cas, d'entretien programmé (25 %) ou initialement épisodique, puis passé à un traitement régulier (27 %). Un traitement immunosuppresseur associé a été fréquemment prescrit (azathioprine dans 52 % des cas, méthotrexate dans 10,5 % des cas), tandis que 37 % des malades suivaient une corticothérapie. Un total impressionnant de 5 029 perfusions d'infliximab a été réalisé (avec une médiane de huit perfusions par patient) sur une durée médiane de 41 mois. Un bénéfice à long terme de l'infliximab a été observé chez 262 patients (60 % des cas), parmi lesquels 186 avaient un bénéfice prolongé tandis que, chez 76 malades, l'infliximab ne pouvait être arrêté. Soixante-treize pour cent des patients initialement sous corticothérapie pouvaient arrêter ce traitement après l'infliximab. Le traitement programmé toutes les huit semaines était suffisant pour maintenir la réponse dans 64 % des cas. Seuls 8 % des patients étaient jugés non répondeurs après un maximum de trois perfusions. Chez 9 % des patients, le traitement devait être arrêté en raison d'effets secondaires. Chez 85 malades, il fut nécessaire de modifier définitivement le traitement, essentiellement en raison d'une perte de réponse. En cas de non-réponse primaire à l'infliximab, une chirurgie digestive majeure fut nécessaire dans la moitié des cas (51 %, contre 21 % pour les sujets répondeurs). Cette remarquable expérience en provenance d'un seul centre permet de bien résumer les caractéristiques essentielles du traitement de la maladie de Crohn pour l'infliximab : - peu de non-réponses primaires (8 %) mais, dans ce cas, nécessité d'une intervention chirurgicale dans la moitié des cas ;
- possibilité d'arrêter totalement la corticothérapie dans près de trois quart des cas ;
- perte de réponse secondaire pouvant être managée par un rapprochement des perfusions ou une augmentation des doses, mais cette nécessité ne survient que dans un tiers des cas ;
- arrêt du traitement pour effets secondaires chez un patient sur 10 (réactions sévères lors des perfusions, hypersensibilité retardée notamment). Aucun cas de lymphome n'a été observé dans cette cohorte.
La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°5-6 - mai-juin 2007
(2007/03) Les microparticules lymphocytaires dans la maladie de Crohn...
Les microparticules lymphocytaires dans la maladie de Crohn induisent une hyporéactivité vasculaire corrigée par la rosiglitazone, un agoniste de PPAR-g F. Barreau, U. Meinzer, F. Chareyre, D. Berrebi, M. Niwa-Kawakita, M. Dussaillant, V. Ollendorff, M. Heyman, S. Bonacorsi, T. Lesuffleur, G. Sterkers, M. Giovannini, J. Hugot Introduction Chez l'homme, les mutations du gène Card15/Nod2 sont connues pour être associées au développement de la maladie de Crohn (MC). Bien que la physiopathologie de la MC soit mal connue, les plaques de Peyers (PP) ainsi que la translocation bactérienne ont été proposée pour participer au développement de cette maladie. Le but de ce travail est d'évaluer le rôle de Card15/Nod2 dans le développement et la fonctionnalité des PP chez la souris. Matériels et Méthodes Le nombre de PP a été determiné dans un nouveau modèle de souris invalidées (KO) pour le gène Card15/Nod2 à la naissance et à 1, 3 et 12 mois. A 3 mois, le nombre de cellule et le pourcentage de cellules dendritiques, de lymphocytes T (Ly T) et B (Ly B) et de Ly T CD3+CD4+, CD3+CD8+ et CD3+CD4-CD8- au niveau des PP et de la rate ont été déterminés par cytométrie en flux. L'expression de l'IL-1β, TNF ,ãIFNá IL-12 et de l'IL-4 a été étudiée par ELISA dans les PP et la rate. La perméabilité paracellulaire et la translocation d'E. Coli au niveau des PP ont été étudiées par la technique des chambres de Ussing. Les résultats sont exprimés en moy±SEM. Résultats Chez les souris KO de 1, 3 et 12 mois, les PP étaient plus nombreuses (par intestin grêle), que chez les souris WT. Cette augmentation apparaît après la naissance suggérant qu'elle résulte de l'exposition à la flore résidente. A 3 mois, le nombre de cellules par PP était plus élevé chez les souris KO (P<0.05). Cependant, la composition cellulaire des PP en Ly T (26.4±2.9% vs. 24.0±4.1%), Ly B (65.4±3.6% vs. 67.9±3.0%) et cellules dendritiques (9.1±4.5% vs. 7.4±3.1%) n'était pas différentes entre les souris KO et WT. Par contre, bien que le pourcentage de lymphocytes CD3+CD8+ était comparable entre les souris KO et WT (26.5±2.8% vs. 31.1±3.2%), une augmentation du nombre de lymphocytes CD3+CD4+ (59.2±3.2% vs. 45.5±3.1% ; P<0.01) et de CD3+CD4-CD8- (18.3±2.4 vs. 11.6±1.9% ; P<0.05) était observé chez les souris KO. Les concentrations de TNFα, IFNγ, IL-12 et de l'IL-4 étaient significativement augmentées chez les souris KO, étaient comparables dans les PP de souris KO et WT.âalors que les taux d'IL-1 Par contre, aucune différence en terme de composition cellulaire ou d'expression cytokinique n'a été décelée au niveau de la rate. Finalement, la perméabilité paracellulaire (178.3±22.9 vs. 113.2±18.4 (flux de Dextran-FITC/h/cm2 de PP) ; P<0.05) ainsi que la translocation d'E. Coli (K 12) (3.2×105±0.2 vs. 2.2×105±0.3 (flux de cfu/h/cm² de PP), P<0.01) étaient plus élevées au niveau des PP des souris KO. Conclusion L'invalidation du gène Card15/Nod2 entraîne une hyperplasie des PP. Celles-ci ont un phénotype caractérisé par une augmentation du nombre de cellules CD4+ et des taux de cytokine Th1 et Th2. Ces altérations sont associées à une augmentation de la perméabilité paracellulaire et de la translocation bactérienne. Card15/Nod2 apparaît donc comme nécessaire au maintien de l'homéostasie des PP. L'altération de cette fonction apparaît comme particulièrement pertinente pour expliquer le rôle de Card15/Nod2. © SNFGE, 2007
(2007/04) La chirurgie des MICI : l'angoisse du lendemain (accés libre)
Pr Marc-André Bigard Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy Cet exposé est centré sur la RCH et sur le problème posé par les résections digestives dans cette maladie. Une collaboration médico-chirurgicale est indispensable. Elle est illustrée dans le cas clinique suivant : une femme de 36 ans, sans enfant, souffrant de RCH depuis 12 ans, a une maladie peu active et étendue jusqu'au transverse gauche avec deux zones de dysplasie de haut grade à ce niveau. Une indication opératoire est évidente. Les questions posées par la patiente sont les suivantes : Quand dois-je être opérée? Rapidement, avec un délai maximum de 1 à 2 mois en raison de la dysplasie de haut grade : Quelle intervention? Le rectum sera-t-il conservé? On peut opposer l'anastomose iléo-rectale et l'anastomose iléo-anale. En effet, cette dernière, qui était la technique de référence, est discutée depuis quelques années en raison des problèmes de continence et de stérilité. Les avantages et les inconvénients de ces deux interventions sont résumés dans le tableau I. Le rectum n'étant pas trop atteint chez cette malade, on peut envisager de le conserver. L'anastomose iléo-rectale assure une meilleure fonction digestive et n'entraîne pas de baisse de fertilité, mais il existe un risque de cancérisation sur le rectum restant, pouvant nécessiter une éventuelle réintervention. Le délai moyen de proctectomie après anastomose iléo-rectale est compris entre 5 et 10 ans selon les équipes, et cette information doit être fournie à la patiente. L'anastomose iléo-anale modifie beaucoup plus la fonction digestive, entraîne une baisse de fertilité, mais il n'y a plus de risque de cancérisation, donc pas de nécessité de réintervention. Quel est le risque de troubles de la continence après anastomose iléo-anale? Le tableau II montre les résultats de la grande série de Fazio ainsi que les nôtres. Dans la série de Fazio, l'incontinence est quasi absente, mais un risque d'incontinence passagère en cas de diarrhée subsiste. Le nombre moyen de selles est de 6, dont une selle nocturne. Les souillures préoccupent un tiers des patients, et un patient sur 5 porte une protection nocturne. Dans notre série plus récente, incluant des modifications techniques de l'intervention, aucun malade n'est incontinent. Le nombre des selles est de 4 par 24 heures. Les souillures sont relativement rares, de même que le port de protections. La fonction anale postopératoire n'est donc pas un obstacle majeur à l'anastomose iléo-anale. Quel est le risque d'infertilité postopératoire? Le taux d'infertilité est plus important chez les femmes traitées par anastomose iléo-anale que chez celles traitées médicalement (37 % versus 13 %). Il augmente après anastomose iléo-anale et semble lié à l'intervention elle-même. Le taux de grossesses à terme après anastomose iléo-anale chez des femmes ayant un désir de grossesse est, dans une série récente, de 62 %. Comment vais-je être opérée? Probablement par laparoscopie, même si la voie d'abord est un problème secondaire. D'après notre expérience, l'abord laparoscopique est devenu progressivement prédominant, et, actuellement, la plupart des anastomoses iléo-anales sont faites par cœlioscopie. Une étude multicentrique reste à faire pour savoir si la voie d'abord laparoscopique diminue le risque d'infertilité. - Des points de détail pratiques :
Il n'y a pas de préparation colique pour une anatomose iléo-anale. Des drainages sont nécessaires, mais, heureusement, la sonde gastrique a disparu, ce qui a représenté un réel progrès pour le confort des malades. La qualité de vie des patients est bonne. D'après notre expérience, les activités quotidiennes sont améliorées après anastomose iléo-anale dans 37 cas, pour 2 cas avec détérioration. De même, les activités professionnelles ont été améliorées 18 fois sur 20 et les activités sportives dans 28 cas sur 29. Il reste enfin à s'intéresser de plus près aux aspects sexuels en préopératoire ainsi qu'en postopératoire. On peut cependant dire aux hommes que le risque d'impuissance est rare (moins d'un cas pour 1 000), en raison de la proctectomie eff ectuée au ras du tube digestif pour épargner les nerfs. Le risque de séquelles urinaires est également très diminué. L'anastomose est généralement faite de manière mécanique, avec un agrafage sur la ligne pectinée, ce qui contre-indique a priori les rapports par voie anale en postopératoire. - Au cours de la maladie de Crohn, les situations sont très différentes :
Les stomies provisoires sont faites après résection du grêle ou du côlon s'il existe des facteurs de risque de lâchage anastomotique. Dans ce cas, une double stomie en canon de fusil est réalisée si possible. Une iléostomie latérale provisoire peut être pratiquée pour protéger une anastomose. Enfin, des stomies provisoires sont quelquefois faites au-dessus des lésions périnéales, mais on n'est jamais certain de pouvoir les fermer. Les stomies définitives sont effectuées pour les lésions périnéales avec destruction sphinctérienne ou après colo-proctectomie. Les facteurs de risque au cours de la maladie de Crohn qui doivent conduire à envisager une stomie sont l'existence d'une corticothérapie en cours (mais la dose et la durée sont mal déterminées), la dénutrition (difficile à corriger), l'existence d'une fistule, d'un abcès ou d'une péritonite. Si deux de ces facteurs sont présents, il faut envisager de principe une stomie. Un drainage préopératoire des abcès peut permettre d'éviter une stomie. Conclusion Dans la RCH, les stomies sont surtout provisoires, alors que dans la maladie de Crohn, elles peuvent être provisoires ou définitives. Dans les MICI, l'espérance de vie est intacte. Compte rendu de congrès - Symposium de Marseille, 5 avril 2007
(2007/04) "La femme n'est pas un homme comme les autres"
Pr Marc-André Bigard Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy “Les MICI dans la vraie vie”. Cette expression peut être interprétée de différentes façons. Les exposés de cette réunion seront centrés essentiellement sur les thérapeutiques médicales des MICI, car il s'agit du quotidien à la fois du malade et du médecin. La femme atteinte de MICI pose des problèmes spécifiques. Contraception Les contraceptifs oraux n'influencent pas l'évolution des MICI. Il faut préférer une pilule à faible risque vasculaire en cas “d'hyperplaquettose”. La pilule est efficace même en cas de malabsorption, après résection extensive du grêle par exemple. Le stérilet est efficace même si l'on donne un traitement anti-inflammatoire, car le stérilet agit, outre par l'inflammation qu'il déclenche, également par effet géométrique. Fertilité Elle est normale sauf dans de petits sous-groupes : - maladie de Crohn active, avec jusqu'à 35 % de fausses-couches ;
- patientes opérées pour maladie de Crohn ;
- patientes avec lésions ano-périnéales avec dyspareunie ;
- risque d'infertilité multiplié par trois après anastomose iléo-anale. Une méta-analyse (7 études) récente a montré que le risque relatif était de 3,17, passant de 15 à 48 %.
Dans la RCH, en cas de chirurgie indiquée chez une femme jeune désireuse d'avoir un ou des enfants après le geste chirurgical, il faut préférer l'anastomose iléo-rectale si l'état du rectum le permet ou faire une colectomie avec iléostomie laissée en place jusqu'à obtention de la ou des grossesse(s) désirée(s). Des méthodes comme le déplacement des ovaires et la mise en place de plaques anti-adhérences sont mal évaluées. La fertilité masculine est normale, même si la qualité du sperme dépend de l'activité de la maladie et de l'état nutritionnel. Il existe une oligospermie sous sulfasalazine, réversible après arrêt du traitement, et le méthotrexate doit être arrêté 3 mois avant la conception. Au total, la fertilité est normale, mais il existe une fausse infertilité par restriction volontaire de grossesse. L'absence de grossesse est de 6,2 % dans la population générale, mais de 18 % dans la maladie de Crohn et de 14 % dans la RCH. Les causes sont avant tout psychologiques, certaines patientes ne se sentant pas la force d'élever des enfants ou craignant de transmettre la maladie. Effets des MICI sur la grossesse La méta-analyse de Cornish à propos de 4 000 femmes atteintes de MICI (deux tiers de maladies de Crohn) et de 300 000 témoins appariés a montré que le risque de prématurité était multiplié par deux, sans différence entre Crohn et RCH. Cette prématurité (avant 37 semaines d'aménorrhée) est “bénigne”, sans retentissement sur la croissance ultérieure des enfants. Il existe également une hypotrophie néonatale (< 2 500 g) multipliée par deux dans la maladie de Crohn. Enfi n, le risque de césariennes est multiplié par deux dans la maladie de Crohn du fait des lésions ano-périnéales. Il n'y a pas d'augmentation du risque naturel de malformation. À l'accouchement, il faut préférer la césarienne en cas de lésions ano-périnéales de la maladie de Crohn, éventuellement en cas d'anastomose iléo-anale pour RCH, en fonction du poids du nouveau-né. Une collaboration gastro-entérologue/accoucheur est indispensable. Effets de la grossesse sur les MICI Il existe un risque accru de poussée si la grossesse débute précocement après la mise en rémission d'une poussée précédente. L'activité de la MICI est souvent faible pendant la grossesse, les facteurs responsables pouvant être l'arrêt du tabac motivé par la grossesse ou une immunosuppression en cas d'HLA différent entre la mère et l'embryon. Plus la parité augmente, plus le recours à la chirurgie diminue. En cas de poussée pendant la grossesse, un bilan est possible par endoscopie digestive basse. Pour l'imagerie, on préférera l'échographie et l'IRM au scanner. Risques des traitements médicaux - les traitements interdits sont :
- le méthotrexate ;
- le thalidomide ;
- la ciprofloxacine, en raison du risque d'atteinte cartilagineuse.
- les traitements sûrs sont :
- la sulfasalazine, mais il faut penser à supplémenter en folates avant la conception et en début de grossesse ;
- la mésalazine, théoriquement jusqu'à 2 g/j selon l'AMM, en pratique jusqu'à 3-4 g/j ;
- les corticoïdes, en préférant la prednisone ou la prednisolone, qui traversent peu le placenta. Il faut surveiller la mère pendant la corticothérapie (TA, glycémie). On a peu d'informations sur le budésonide.
- les traitements discutés sont :
l'azathioprine : elle est tératogène chez l'animal, mais il n'y a pas eu de tératogénicité observée dans les grandes séries de femmes atteintes de MICI (plusieurs centaines de cas) ou transplantées (plusieurs milliers de cas). Une étude très récemment publiée a utilisé la base danoise de fertilité et a montré que le risque relatif de prématurité chez les femmes atteintes de MICI traitées par azathioprine était de 1,9 (IC95 : 1,1-3,3) [tableau]. Le risque d'hypotrophie n'était pas significativement augmenté. Il n'y avait pas de risque comparativement à des patientes atteintes de MICI mais non traitées par azathioprine, notamment pour le risque d'anomalies congénitales (RR : 1,1 ; IC95 : 0,5-2,9). L'azathioprine ne doit donc pas être arrêtée si ce traitement est justifié, sauf si la patiente l'exige. On doit surveiller la leucocytose maternelle pendant la grossesse et diminuer la posologie de moitié à la 32e semaine si la leucocytose est basse afin de minimiser le risque d'infection néonatale par CMV ; - l'infliximab : deux séries totalisant 106 grossesses n'ont pas montré de toxicité foetale. L'infliximab passe le cordon, et il existe un risque d'immunosuppression chez le fœtus lorsqu'une perfusion est réalisée en fin de grossesse. L'AMM précise que l'administration d'infliximab n'est pas recommandée pendant la grossesse, et une contraception doit être utilisée par les femmes en âge de procréer jusqu'à 6 mois après l'arrêt de l'infliximab.
Allaitement Presque tous les médicaments passent dans le lait. Les recommandations habituelles sont les suivantes : - corticoïdes : attendre 4 heures après la prise pour allaiter si la posologie est supérieure à 20 mg/j, ce qui est diffi cile si les tétées sont à horaires irréguliers (dans l'AMM, l'allaitement est déconseillé) ;
- 5-ASA : à éviter en cas de forte posologie, en raison du risque de diarrhée chez le nouveau-né ;
- l'allaitement est contre-indiqué en cas de traitement par azathioprine, méthotrexate, ciclosporine, infliximab, ciprofloxacine.
Transmission des MICI Le risque d'avoir un enfant atteint de maladie de Crohn est de 2 à 4 % si l'un des parents est atteint. Le risque est de 33 % si les deux parents sont atteints. La recherche d'une mutation CARD 15 n'a aucun intérêt pour dépister le risque. Conclusion Il faut rassurer nos patientes atteintes de MICI (et leurs conjoints) : - la fertilité est la même que celle de la population générale ;
- les grossesses se passent bien dans l'immense majorité des cas ;
- le risque de transmettre la maladie est faible ;
- le danger le plus important est l'activité de la maladie au moment de la conception et non pas le traitement de celle-ci.
Compte rendu de congrès - Symposium de Nancy, 26 avril 2007
(2007/04) Rectocolite hémorragique et cancer colorectal (accés libre)
Dr Alexandre Pariente, Unité d’hépatogastroentérologie, centre hospitalier,Pau. La survenue d’un cancer colorectal est sans doute la complication la plus redoutée au cours de la rectocolite hémorragique (RCH). Au cours de la RCH, le risque de cancer colorectal (CCR) est augmenté (dans la population générale, il est d’environ 3 % sur toute la vie). C’est la seule cause de surmortalité, alors que la survie des malades est supérieure à celle d’une population de référence (probablement parce qu’ils fument beaucoup moins, et qu’ils sont attentifs à leur santé).1 Une méta-analyse établie à partir de 41 études, publiée en 2001,2 sert de référence. Le risque brut estimé était de 3/1 000 année-malade. Sur 21 études, la mesure du risque cumulatif à 10, 20 et 30 ans d’évolution de la RCH est respectivement de : 1,6 %, 8,3 % et 18,4 % (fig. 1). Cependant, 2 études récentes, menées non plus à partir de malades vus dans des centres de référence mais en population générale, indiquent un risque beaucoup plus bas : 0,2 %, 1,4 %, 3,1 % à 10, 20 et 30 ans dans une cohorte danoise de 1 161 malades,3 0 %, 0,4 % et 2 % à 5, 15 et 25 ans, dans une cohorte nordaméricaine de 378 malades4 (fig. 2). Il est en fait probable que l’incidence a baissé, ce qui a été récemment démontré dans une cohorte anglaise de 600 malades suivis 30 ans où elle est passée de 1,3 %/an en 1975 à 0,3 %/an en 2000.5
Durée de la colite. Le risque de cancer ne s’élève au-dessus de celui de la population générale qu’après 8-10 ans d’évolution (calculée à partir du début des symptômes), puis reste fixe.5 L’étendue de la colite Elle est classée en 3 catégories : rectosigmoïdite, colite gauche (jusqu’ à l’angle gauche), colite étendue (en amont de l’angle G). Le risque relatif de cancer est d’autant plus élevé que la colite est plus étendue :1,7 en cas de rectosigmoïdite, 2,8 en cas de colite gauche, 14,8 en cas de pancolite.2 Les antécédents familiaux Les antécédents familiaux de CCR chez un parent au premier degré, comme dans la population générale, doublent le risque relatif de CCR chez les malades atteints de RCH,2 et l’augmentent plus encore si le CCR du parent a été diagnostiqué avant 50 ans. La cholangite sclérosante primitive (CSP) Elle est une maladie inflammatoire diffuse des voies biliaires intra et/ou extrahépatiques observée chez 1 à 4 % des malades atteints de RCH. Sa présence augmente considérablement le risque relatif de CCR (par 9 à 18)2. Cependant, cette augmentation de risque n’est pas retrouvée dans l’étude toute récente de la Mayo Clinic, ce que les auteurs attribuent au traitement de leurs malades atteints de CSP par l’acide ursodésoxycholique.4 Sévérité de l’inflammation. L’existence de pseudopolypes (post)inflammatoires, lésions non tumorales, et non précurseurs de cancer, double le risque de CCR ; le même type de relation existe avec l’intensité de l’inflammation.6 Le risque de cancer persiste cependant en cas de colite inactive ou peu active. Un traitement chronique par 5-ASA Il réduit le risque de CCR (et le risque groupé de cancer ou de dysplasie) de moitié.7 Il en est de même pour la prise de corticoïdes (suggérant que le contrôle de l’inflammation est important), d’aspirine et d’AINS (connus pour réduire le risque de CCR en général).7 Tabac. Le risque de RCH est augmenté chez les non-fumeurs, et encore plus chez les ex-fumeurs. Il est probable que la poursuite du tabac (en diminuant l’activité inflammatoire de la colite ?) réduit le risque de CCR (de moitié dans l’étude récente de la Mayo Clinic 7). La colectomie, En supprimant l’organe, annule le risque de cancer, à condition de ne pas oublier le moignon rectal (si conservé), et le réservoir construit avec l’iléon, qui peut être le siège de lésions inflammatoires chroniques similaires à celles d’une RCH. Dépistage endoscopique. L’augmentation du risque de CCR, la connaissance des facteurs de risque, l’existence d’un traitement curatif et de lésions précancéreuses identifiables le justifient. La preuve de son efficacité, en l’absence d’étude contrôlée (inenvisageable), ne repose que sur des études cas-contrôle. Il est probable qu’il réduit de moitié le risque de cancer.7, 9 Au cours de la RCH,le CCR peut survenir à partir d’une lésion adénomateuse, comme c’est habituellement le cas dans la population générale. Malheureusement, il se développe le plus souvent à partir de lésions dysplasiques survenant en muqueuse plane, souvent à la partie profonde des cryptes. Ces lésions sont difficiles à repérer endoscopiquement, et à interpréter histologiquement, surtout en cas d’inflammation persistante. On emploie donc les termes de « indéterminé pour la dysplasie » lorsque le pathologiste ne peut pas se prononcer, de « dysplasie de bas grade » et de « dysplasie de haut grade ».La dysplasie et son degré doivent toujours être confirmés par un second pathologiste indépendant du premier. Il est recommandé de le commencer 8 à 10 ans après le début des symptômes. Cette première coloscopie permet de définir l’étendue réelle de la maladie (souvent sous-estimée quand elle est cliniquement quiescente depuis plusieurs années). En cas de CSP, le dépistage doit commencer dès le diagnostic. Les malades ayant une colite gauche ou étendue seront ensuite surveillés tous les 1 à 2 ans (en raison d’éventuels cancers « d’intervalle » après une coloscopie négative dans cet intervalle de temps). Les malades ayant une proctosigmoïdite ne sont pas considérés comme à risque élevé de cancer,10, 11 mais il faut tenir compte des facteurs de risque associés. Ces coloscopies de dépistage sont contraignantes : la préparation doit être soigneuse, le coloscope vidéo doit être d’excellente qualité, il faut utiliser une coloration vitale, chromoendoscopie, qui facilite la reconnaissance de lésions planes ou peu élevées.12, Des biopsies multiples (4 par quadrant) doivent être prises tous les 10 cm, et sur toute zone surélevée et à son pourtour immédiat, placées dans des flacons séparés, puis lues par un pathologiste averti, et éventuellement relues par un expert indépendant.Une coloscopie de dépistage ne doit pas être faite en période de poussée inflammatoire. Une double lecture est nécessaire en cas de doute sur une dysplasie, et en cas de dysplasie de bas ou haut grade. Si une dysplasie est observée sur une lésion surélevée, s’agit-il d’un polype sporadique au cours d’une RCH, ou d’une lésion dysplasique surélevée directement liée à la maladie ? Il est recommandé de réaliser des biopsies multiples autour de la lésion, et de l’enlever en bloc par mucosectomie pour pouvoir faire le diagnostic différentiel : en cas d’adénome sporadique, la résection endoscopique suivie de surveillance suffit,13 alors qu’en cas de dysplasie surélevée, la proctocolectomie est nécessaire (30 % de cancers sur la pièce5). Lorsque la dysplasie est en muqueuse plane, le risque de cancer est élevé, que la dysplasie soit de bas grade (20 % de cancers sur la pièce, 33 % de cancers et/ou de dysplasie de haut grade au cours de la surveillance ultérieure), ou de haut grade (45 % de cancers sur la pièce, persistance constante d’une dysplasie ou apparition d’un cancer en cas de refus initial de colectomie).5 La proctocolectomie doit donc toujours être proposée en cas de dysplasie, en s’aidant au besoin de l’avis d’un centre expert. Enfin, une sténose localisée, même franchissable par un endoscope de petit calibre, et même en l’absence de dysplasie à la biopsie, reste hautement suspecte de cancer. Au total, l’expérience du Saint Mark’s Hospital de Londres est édifiante : 600 malades suivis depuis 30 ans, 2 627 coloscopies, 12 % de lésions néoplasique incluant 30 cancers, avec une survie à 5 ans de 73 %.5 Malgré cette surveillance lourde, et la compliance remarquable (94 % !) obtenue dans un centre de référence, 16 des 30 cancers dépistés avait dépassé la paroi colique ou avaient été diagnostiqués dans l’intervalle de 2 coloscopies de dépistage : 131 coloscopies avaient ainsi été nécessaires pour un bénéfice clinique certain (dépistage d’un cancer limité à la paroi ou d’une dysplasie confirmée sur la pièce opératoire). Il reste donc des progrès à faire ! La revue du praticien médecine générale, tome 21 ; 386 n°766/767, 11 avril 2007 Références 1. Palli D, Trallori G, Saieva C, et al. General and cancer specific mortality of a population based cohort of patients with inflammatory bowel disease: the Florence Study. Gut 1998;42:175-9. 2. Eaden JA, Abrams KR, Mayberry JF. 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(2007/06) Pas de surmortalité 10 ans après le diagnostic de recto-colite hémorragique (RCH)
Höie O, Schouten LJ, Wolters FL et al. Ulcerative colitis: no rise in mortality in a European-wide population based cohort 10 years after diagnosis. Gut 2007;56:497- 503. Le European Collaboration Study Group of Inflammatory Bowel Disease (EC-IBD) a inclus une cohorte de 2 201 patients présentant une MICI diagnostiquée entre 1991 et 1993 dans 20 centres situés dans 12 pays européens. Parmi ces malades, 1 379 présentaient une RCH ; 775 d'entre eux ont pu être suivis, certains centres ayant abandonné l'étude en cours de route. La mortalité 10 ans après le diagnostic a été enregistrée puis comparée à la mortalité attendue en fonction du sexe, de l'âge et de la mortalité spécifique au pays selon les données de l'OMS pour la période 1995-1998. Soixante-treize décès ont été enregistrés, pour un total attendu de 67. Le ratio standardisé de mortalité, tant pour les hommes que pour les femmes, n'était pas plus élevé que dans la population générale. Il n'y avait pas non plus de différence entre le nord et le sud de l'Europe. Au final, une étude plutôt rassurante. On peut penser que cette absence de surmortalité provient en partie de la meilleure prise en charge des colites aiguës graves et de la chute de la mortalité opératoire, car les études qui montraient une mortalité accrue au cours de la RCH étaient des études anciennes portant sur les années 1950-1970. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°5-6 - mai-juin 2007
(2007/06) traitement par immunosuppresseurs au cours des traitements d'entretien par infliximab
La nécessité d'un traitement concomitant par immunosuppresseurs au cours des traitements d'entretien par infliximab pour MC est remise en cause
Van Assche G, Paintaud G, Magdelaine C et al. Concomitant immunosuppression does not impact on the outcome of maintenance infliximab therapy in Crohn's disease: final results of the IMID trial. Journal of Crohn's and Colitis Supplements 2007;1:3(Abstr.008).
Toute stratégie thérapeutique doit être évaluée à la lumière du rapport bénéfice/risque. Initialement, on avait érigé quasiment comme un dogme la nécessité d'associer un traitement immunosuppresseur à celui par infliximab dans la maladie de Crohn, surtout si ce dernier traitement était épisodique. Avec le traitement programmé toutes les huit semaines employé depuis les résultats de l'essai ACCENT 1, cette nécessité a été discutée et un essai appelé IMID a été réalisé, dont les résultats définitifs ont été publiés lors du congrès ECCO. Quatre-vingts patients en rémission clinique ont été randomisés pour soit poursuivre (n = 40), soit arrêter (n = 40) le traitement immunosuppresseur (azathioprine, 6-mercaptopurine, méthotrexate) six mois après le début du traitement continu par infliximab. Le critère principal était la nécessité de diminuer l'intervalle entre deux perfusions d'infliximab à la dose de 5 mg/kg, ou l'arrêt de ce traitement pour perte de réponse ou intolérance. La nécessité de rapprocher les perfusions d'infliximab a été identique dans les deux groupes, de même que les arrêts de traitements pour perte de réponse ou intolérance. Chez les 41 patients ayant bénéficié d'une coloscopie à deux ans, une cicatrisation muqueuse a été observée chez 61 % des malades ayant poursuivi le traitement immunosuppresseur et chez 67 % de ceux l'ayant arrêté. Un taux médian plus élevé d'infliximabémie était observé immédiatement avant la perfusion suivante dans le groupe “immunosuppresseurs poursuivis”, par rapport au groupe ayant arrêté. Le message essentiel réside dans l'absence de bénéfice clinique de l'association infliximab-immunosuppresseurs par rapport au traitement par monothérapie d'infliximab. Par contre, on sait que l'association augmente les risques, notamment d'infection opportuniste ou de lymphome. Chez les patients se portant bien sous association, la possibilité de passer à une monothérapie par infliximab doit donc être discutée. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°5-6 - mai-juin 2007
(2007/06) Génotype/Phénotype des MICI : leur intérêt en pratique clinique
Pr Édouard Louis, Service de gastro-entérologie, CHU de Liège (Belgique) Des progrès dans le domaine des connaissances fondamentales sont rapportés dans la mise au point du Pr Édouard Louis, avec une meilleure appréhension des relations entre génotype et phénotype d’expression des MICI, qui pourrait venir modifier les notions classiques de dichotomie entre maladie de Crohn et RCH. La capacité de classer les MICI en différentes sous-unités plus homogènes n’est pas uniquement un rêve de « médecins-botanistes ». L’intérêt principal est de pouvoir adapter le traitement et le suivi des patients sur la base de critères prédictifs objectifs. Les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) sont des entités hétérogènes. Au-delà de la distinction entre recto-colite hémorragique (RCH) et maladie de Crohn (MC), il est maintenant clair qu'il existe différents types de RCH et, probablement plus encore, de MC. Le point commun entre toutes ces entités est le développement d'une inflammation chronique de l'intestin se manifestant par un tableau clinique variable, mais comportant souvent des douleurs abdominales, des diarrhées éventuellement sanglantes et une altération de l'état général. Malgré ces points communs, un grand nombre de caractéristiques différencient ces entités : localisation de la maladie, caractère transmural des lésions, propension à la fibrose, tendance aux lésions perforantes, sévérité de l'inflammation, répercussions systémiques de l'inflammation, caractère plus ou moins soutenu du processus inflammatoire, réponse aux différents traitements. Données génétiques récentes Les découvertes génétiques de ces dernières années ont confirmé l'impression clinique évoquée ci-dessus, puisque les gènes découverts ne différencient pas clairement la RCH et la MC, mais sont, en fait, associés à des sous-groupes de patients. CARD15 L'exemple le mieux documenté est celui du gène CARD15. Ce gène, initialement associé à la MC et non à la RCH, est en fait essentiellement associé aux formes iléales de MC, tandis que son association avec les formes coliques de MC est nettement moins significative, rapprochant ce phénotype de la RCH, pour laquelle il n'y a pas d'association [1]. IL-23R À l'inverse de ce qui a été observé pour CARD15, une association découverte plus récemment avec un variant du gène IL-23R est démontrée à la fois pour la MC et pour la RCH [2,3]. Autres variants Parmi une petite dizaine d'autres variants génétiques associés aux MICI dans certaines cohortes, certains doivent encore être confirmés largement (ATG16L1 et une zone de désert génétique sur 5p13.1, modulant l'expression de PTGER4) [3,4], d'autres n'ont pu être largement confirmés et pourraient correspondre à une prédisposition uniquement dans certaines populations (DLG5, MDR1, TNFSF15 ou CARD4), d'autres encore semblent ne prédisposer qu'à certains sous-types de MICI, comme les variants SLC22A4 et SLC22A5 associés aux formes périanales de MC dans trois cohortes indépendantes [5]. | De façon un peu provocante, on pourrait même se demander si certaines MC ne sont pas plus proches de certaines RCH que d'autres MC. Les MICI pourraient, dès lors, représenter un spectre diversifié d'affections inflammatoires chroniques du tube digestif et la division entre RCH et MC pourrait ne plus être la plus adéquate. | Les caractéristiques des MICI que l'on aimerait pouvoir prédire Trois grands types de questions, dont il serait souhaitable de pouvoir connaître à l'avance les réponses, se posent en pratique lorsqu'un diagnostic de MICI est porté chez un patient. Bien qu'il existe des interactions entre ces différentes questions, celles-ci sont au moins partiellement indépendantes et correspondent à des questions cliniques pertinentes et importantes. Quelles seront les caractéristiques du phénomène inflammatoire en termes d'agressivité et de persistance? L'agressivité et la persistance du processus inflammatoire vont déterminer le caractère chronique actif et la sévérité des poussées de MICI. Quelle sera la propension à développer différentes complications? Cette tendance correspond, notamment, au développement des formes sténosantes ou fistulisantes de la MC, au risque de cancer colo-rectal dans les MICI coliques et à l'adénocarcinome du grêle dans la MC. Ces complications ne sont pas uniquement liées à l'agressivité et ou la persistance du processus inflammatoire. Quelle sera la réponse aux traitements disponibles? Sur le plan thérapeutique, les réponses sont hétérogènes et ne sont pas transposables d'un médicament à l'autre. Ici encore, ces réponses thérapeutiques ne sont pas uniquement liées à l'agressivité du processus inflammatoire ou à l'existence de complications. Classification basée sur certains caractères phénotypiques Plusieurs tentatives successives ont été faites pour classer les MICI sur la base de certaines de leurs caractéristiques phénotypiques. Dans les deux premières classifications, de Rome en 1991 et de Vienne en 1998, seule la MC était prise en considération. Dans la plus récente, celle de Montréal en 2005, une classification est proposée à la fois pour la RCH et la MC [6]. | Trois caractéristiques sont retenues pour classer les MC et une seule pour la RCH. | Les MC sont classées sur la base de : - l'âge au diagnostic (< 16 ans, 16-40 ans ou > 40 ans) ;
- la localisation maximale avant la première chirurgie (iléale, iléo-colique ou colique, avec ou sans atteinte digestive haute) ;
- le comportement décrit en fonction du temps écoulé depuis le diagnostic (inflammatoire, sténosant ou fistulisant).
Le développement de lésions périanales vient s'ajouter à ce descriptif du comportement des MC. Les RCH sont classées en fonction de leur localisation : rectite, colite gauche ou colite étendue. Cette caractérisation phénotypique, même si elle comporte encore certains problèmes méthodologiques (définition précise, chevauchement et caractère évolutif de certains phénotypes, notamment), a déjà une certaine valeur prédictive et peut représenter un intérêt clinique. Pour la maladie de Crohn Plusieurs études récentes, de cohortes ou de populations, ont montré le caractère prédictif de certaines caractéristiques phénotypiques sur la sévérité et la chronicité de la maladie, sur la propension à développer des complications et sur la réponse au traitement. Une étude de cohorte parisienne a tenté d'établir les facteurs prédictifs d'une forme invalidante de MC, définie notamment par le recours à la chirurgie et à des traitements médicamenteux (corticoïdes répétés, immunosuppresseurs ou traitements biologiques) et par la fréquence des hospitalisations dans les 5 ans suivant le diagnostic. Ses résultats ont montré qu'un âge inférieur à 40 ans et une localisation périanale lors du diagnostic étaient des facteurs prédictifs indépendants de ces formes invalidantes [7]. Une étude européenne de population a, quant à elle, montré que la localisation digestive haute de MC était le seul facteur prédictif indépendant de récidive médicale et/ou chirurgicale de la MC après le diagnostic [8]. Dans une étude de cohorte belge, le développement de formes sténosantes ou fistulisantes intra-abdominales précoces (dans les 5 ans) de MC était très significativement associé à la localisation iléale de la maladie [9]. Plusieurs séries rétrospectives suggèrent une mauvaise réponse aux traitements médicamenteux dans les formes sténosantes de MC. Dans les formes perforantes de la maladie, l'utilisation de corticoïdes pourrait favoriser le développement d'abcès [10]. À nouveau, dans une étude de population européenne, le seul facteur prédictif d'une surmortalité dans les 10 ans suivant le diagnostic était l'âge élevé au moment du diagnostic [11]. Pour la RCH Le risque de chirurgie, celui de développement d'un cancer colo-rectal et même, dans certaines cohortes, la mortalité sont associés à l'étendue de la maladie [11]. Classification basée sur les génotypes La classification basée sur les génotypes correspond à ce qu'on pourrait appeler une " classification moléculaire " des MICI. Les MICI n'étant pas des maladies purement génétiques et l'environnement intervenant de façon très importante dans le déterminisme et, probablement, le profil évolutif de ces maladies, une classification moléculaire ne peut pas satisfaire à toutes les exigences d'une classification optimale des MICI. Elle pourrait néanmoins être complémentaire d'autres types de classifications (notamment phénotypique ou sérologique) et présenter un intérêt réel en pratique clinique. Une autre limitation d'une classification moléculaire est le caractère polygénique de l'héritabilité de ces affections. Une classification à partir de gènes isolés ou des quelques rares gènes identifiés jusqu'à présent a donc peu de chance de correspondre à la réalité clinique. Comme nous le verrons plus bas, l'identification de profils polygéniques d'héritabilité des MICI est une approche plus réaliste. Pour toutes ces raisons, les rares associations statistiquement significatives et confirmées entre certains variants génétiques et les profils cliniques de MICI ont un impact et un intérêt pratique très limités. - Une des associations les mieux établies est celle qui existe entre les variants de CARD15 et la localisation iléale de la MC [12]. Néanmoins, cette localisation étant déjà présente au diagnostic, la valeur prédictive de ces variants dans ce domaine est nulle. L'association entre ces mêmes variants de CARD15 et le développement de complications, notamment sténosantes, de la MC est nettement moins bien établie et reflète probablement, en grande partie, l'association entre la localisation iléale de la MC et le développement de ces complications.
- L'association entre les variants de SLC22A4 et SLC22A5 et les formes périanales de MC, retrouvée dans trois cohortes indépendantes, est potentiellement intéressante [5]. Néanmoins, ces lésions périanales sont déjà présentes au diagnostic dans une proportion significative de cas et, pour les autres, il reste à démontrer qu'une stratégie thérapeutique définie pourrait éviter le développement de ces complications.
- Dans la RCH, une association entre une RCH sévère nécessitant une colectomie et le HLA DRB1*0103 a été confirmée dans plusieurs cohortes [13]. Néanmoins, ce variant génétique est assez rare et sa sensibilité et sa spécificité pour la prédiction des formes sévères de RCH sont faibles ; ce génotypage n'a ainsi que peu d'intérêt en pratique clinique.
- Il en va de même dans le domaine de la pharmacogénétique où les associations confirmées entre variants génétiques et efficacité ou toxicité d'un traitement sont très rares. Même le variant dont la signification fonctionnelle est actuellement la mieux établie est loin de faire l'unanimité quant à l'intérêt de son utilisation en pratique clinique courante. En effet, le polymorphisme génétique de la thiopurine-méthyltransférase est bien documenté. Son impact sur la métabolisation de l'azathioprine et de la 6-mercaptopurine est bien établi. Pourtant, la valeur ajoutée de ce génotypage en pratique clinique courante n'apparaît pas clairement et celui-ci n'est pas recommandé de façon unanime par les experts.
Le futur : profils complexes d'héritabilité, profils sérologiques et protéiques La raison principale de la limitation de l'intérêt des génotypages actuellement disponibles pour la caractérisation des MICI est la complexité de ces affections et de leurs différents sous-phénotypes. En d'autres termes, il est peu probable qu'un gène unique, ou même un nombre limité d'entre eux, explique de façon valable les différentes caractéristiques que nous aimerions pouvoir prédire. Néanmoins, des progrès en cours pourraient nous permettre d'améliorer nos performances. Ces progrès sont issus d'une meilleure connaissance des blocs haplotypiques dans le génome humain, couplée au développement du génotypage à large échelle et à la possibilité d'étudier des profils sérologiques et protéiques complexes. Le génotypage à grande échelle La capacité de génotyper dans le même temps non plus quelques régions génétiques dites " candidates ", mais bien un grand nombre de marqueurs (plus de 300 000) représentatifs de l'ensemble de l'information génétique [1,3], couplée à la mise au point de modèles mathématiques d'analyse complexe, devrait permettre de déterminer de véritables profils polygéniques d'héritabilité, à la fois pour les MICI en tant que telles, mais aussi pour leurs sous-phénotypes. Les profils sérologiques et protéiques Outre les ASCA (anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae) et les ANCA (anticorps anticytoplasme des polynucléaires), associés respectivement à la MC (principalement du grêle) et à la RCH, d'autres anticorps sont venus compléter le tableau et pourraient aider à distinguer différents sous-phénotypes de MICI [14-16]. Il s'agit d'anticorps développés contre différents fragments bactériens. Certains d'entre eux semblent préférentiellement associés à certains sous-phénotypes de MC, notamment les formes sténosantes et/ou fistulisantes. Il n'est toutefois pas clairement établi que ces anticorps précèdent le développement de ces complications et aient une réelle valeur prédictive. Leur intérêt clinique pratique reste donc à démontrer. Dans le domaine de la protéomique, même si de premiers résultats ont été publiés dans les MICI [17], de nombreux travaux exploratoires et de confirmation sont encore nécessaires et des obstacles techniques subsistent qui s'opposent à l'utilisation de cette technique en routine. | Pour des maladies multifactorielles en partie déterminées par l'environnement, les profils génétiques ne représenteront jamais qu'une partie de la réalité. L'étude des profils sérologiques et protéiques, représentant le résultat net de l'interaction d'un génome avec son environnement, pourrait ainsi être plus performante. | Crohn - RCH n° 26 - Juin 2007 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Leasage S, Zouali H, Cézard JP et al. Am J Hum Genet 2002 ; 70 : 845-57. 2. Duerr H, Taylor KD, Brant SR et al. Science 2006 ; 314 : 1461-3. 3. Libioulle C, Louis E, Hansoul S et al. Genetics 2007, doi : 10.1371/journal. pgen.0030058.eor. 4. Hampe J, Franke A, Rosenstiel P et al. Nat Genet 2007 ; 39 : 207-11. 5. Vermeire S, Pierik M, Hlavaty T et al. Gastroenterology 2005 ; 129 : 1845-53. 6. Silverberg MS, Satsangi J, Ahmad T et al. Can J Gastroenterol 2005 ; 19 (suppl. A) : 5-36. 7. Beaugerie L, Seksik P, Nion-Larmurier I, Gendre JP, Cosnes J. Gastroenterology 2006 ; 130 : 650-6. 8. Wolters FL, Russel MG, Sijbrandij J et al. Gut 2006 ; 55 : 1124-30. 9. Louis E, Michel V, Hugot JP et al. Gut 2003 ; 52 : 552-7. 10. Agrawal A, Durrani S, Leiper K, Ellis A, Morris AI, Rhodes JM. Clin Gastroenterol Hepatol 2005 ; 3 : 1215-20. 11. Wolters FL, Russel MG, Sijbrandij J et al. Gut 2006 ; 55 : 510-8. 12. Brant SR, Picco MF, Achkar JP et al. Inflamm Bowel Dis 2003 ; 9 : 281-9. 13. Satsangi J, Welsh KI, Bunce M et al. Lancet 1996 ; 347 : 1212-7. 14. Mow WS, Vasiliauskas EA, Lin YC et al. Gastroenterology 2004 ; 126 : 414-24. 15. Targan SR, Landers CJ, Yang H et al. Gastroenterology 2005 ; 128 : 2020-8. 16. Dotan I, Fishman S, Dgani Y et al. Gastroenterology 2006 ; 131 : 366-78. Meuwis MA, Fillet M, Geurts P et al. Biochem Pharmacol 2007 ; 73 : 1422-33.
(2007/06) Les malades de Crohn font-ils de la bonne ou de la mauvaise graisse?
Peyrin-Biroulet L, Chamaillard M, Gonzalez F et al. Mesenteric fat in Crohn's disease: a pathogenetic hallmark or an innocent bystander? Gut 2007;56:577-83. L'équipe de Lille a fait le point dans GUT sur le rôle de la graisse mésentérique dans la maladie de Crohn. Cette hypertrophie de la graisse mésentérique, connue depuis la description initiale de Crohn en 1932, a longtemps été considérée comme une simple curiosité anatomopathologique. Cependant, le rôle du tissu adipeux a été reconsidéré depuis quelques dizaines d'années, notamment pour sa participation au développement de l'athérosclérose. Le tissu adipeux mésentérique est actuellement considéré comme un organe à multiples fonctions. Parmi ces fonctions, on reconnaît à la graisse mésentérique un rôle de tissu endocrine et d'être par ailleurs l'un des éléments de la réponse immune grâce à la sécrétion de plusieurs hormones ou de médiateurs variés appelés adipormones et adipocytokines. Parmi les adipormones, trois ont un rôle important dans la régulation de l'inflammation, à savoir la leptine, l'adiponectine et la résistine. - Les adipocytokines comprennent notamment le TNF, l'IL-6 et l'IL-1, qui ont un rôle pro-inflammatoire, ainsi que l'IL-10 ou le TGFa, qui ont un rôle anti-inflammatoire.
- Les adipocytes pourraient également représenter le principal réservoir des bactéries dans le mésentère.
Au cours de la maladie de Crohn, l'analyse histologique de la graisse mésentérique montre l'existence d'un infiltrat par des macrophages ou des lymphocytes T, ainsi qu'une fibrose, une inflammation périvasculaire et un épaississement des vaisseaux. L'augmentation de volume de la graisse est plutôt le résultat d'une hyperplasie des adipocytes, plus petits et plus nombreux qu'ils ne le sont normalement, que d'une hypertrophie des cellules graisseuses. Par ailleurs, le tissu graisseux mésentérique pourrait être responsable, au moins en partie, de l'augmentation de la protéine C réactive sérique observée fréquemment dans la maladie de Crohn. Il semble exister une corrélation significative entre densité de la graisse mésentérique mesurée par entéroscanner et taux sérique de PCR. Enfin, la graisse mésentérique pourrait influer sur la fonction de barrière intestinale en agissant sur la réponse innée vis-à-vis de la microflore intestinale. L'origine de cette hypertrophie graisseuse demeure cependant inconnue, même si l'on peut postuler que les modifications d'hygiène de vie, responsables en partie de la modulation de la graisse dans l'organisme, pourraient être impliquées. Il est aussi possible que l'obésité et la maladie de Crohn partagent quelques phénomènes étiologiques et physiopathologiques. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°5-6 - mai-juin 2007
(2007/06) Manifestations oropharyngées de la maladie de Crohn par Dr Michel Rybojad
Dr Michel Rybojad Service de dermatologie, Hôpital Saint-Louis, Paris Au carrefour des spécialités, les images commentées par Michel Rybojad nous rappellent les caractéristiques des lésions de la muqueuse buccale fréquentes au cours de la maladie de Crohn. Ces lésions oropharyngées, assez particulières sur le plan sémiologique, doivent être connues du clinicien. Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) s'accompagnent de manifestations extradigestives, avec une fréquence telle (20 à 30 % des cas) qu'elles peuvent être considérées comme des affections systémiques à manifestations digestives prédominantes. Les atteintes cutanéomuqueuses sont, après les atteintes ostéoarticulaires, les plus fréquentes des manifestations extradigestives (10-25 %). Elles peuvent émailler l'évolution d'une MICI connue, accompagner des symptômes digestifs, ou les précéder, permettant alors le diagnostic d'une MICI latente sur le plan intestinal. Ce diagnostic précoce permet une meilleure prise en charge de la maladie, et l'instauration d'un traitement spécifique d'une dermatose qui peut menacer le pronostic fonctionnel et être à l'origine d'un véritable handicap. Les lésions spécifiques Les lésions spécifiques se caractérisent, à l'histologie, par un granulome tuberculoïde identique à celui retrouvé dans les lésions digestives. Elles peuvent se localiser sur des territoires anatomiques contigus du tube digestif (sphère orale et périnéale) ou, plus rarement, à distance du tube digestif et sont alors qualifiées de lésions " métastatiques " de la maladie de Crohn. Les lésions oropharyngées sont le plus souvent spécifiques et semblent être plus fréquentes chez l'enfant que chez l'adulte, dessinant à la maladie de Crohn de l'enfant un profil sémiologique dermatologique particulier. Les manifestations réactionnelles sont plus fréquentes chez l'adulte. La macrochéilite Elle est marquée par un œdème labial, induré, asymétrique, fissuraire, souvent associé à une chéilite angulaire discrètement infiltrée. L'érythème en regard, situé sur le versant cutané, est plus ou moins étendu et peut être à l'origine d'un véritable préjudice esthétique. Cette macrochéilite se manifeste initialement par des poussées de fréquence variable, puis l'induration labiale devient permanente. Elle peut précéder les signes digestifs de plusieurs années et doit (en l'absence de sarcoïdose ou de syndrome de Melkerson-Rosenthal [associant macrochéilite, langue plicaturée et paralysie faciale]), inciter à la réalisation d'une exploration digestive. - Une hyperplasie œdémateuse et fissuraire des faces internes des joues, des lèvres et des gencives réalise un aspect en pavé ou " cobblestone ".
- Des ulcérations linéaires des sillons gingivojugaux peuvent être observées.
- Les lésions réactionnelles à type d'aphtes ou de dermatoses neutrophiliques à localisations oropharyngées apparaissent rares chez l'enfant (pyostomatite végétante).
- Les lésions carentielles sont fréquentes au cours des MICI. Leurs formes mineures doivent être connues, car elles sont souvent trompeuses : perlèche, glossite vernissée, dermatite érosive bipolaire.
Prise en charge Le traitement des lésions oropharyngées au cours des MICI est difficile et exige la collaboration entre dermatologue et gastro-entérologue. La corticothérapie générale est habituellement efficace, mais se heurte souvent à l'exigence d'une dose-seuil élevée pour contrôler les signes cliniques. En conclusion Les localisations oropharyngées de la maladie de Crohn sont fréquentes et sans doute sous-estimées dans la littérature. Elles doivent être connues, car leur prise en charge est difficile et nécessite un bilan d’extension du tube digestif. La pathogénie est certainement différente de celle des formes réactionnelles. L’existence d’un granulome histologique et /ou d’une lymphoépithélite associée à un contingent de cellules épithélioïdes oriente vers la sécrétion d’un pattern de cytokines de type Th1 (TNF alpha, interféron gamma, IL-12, IL-23). Crohn - RCH n° 26 - Juin 2007 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2007/06) Obstruction urétérale et maladie de Crohn
Dr Sébastien Gaujoux, Dr Anne-Cécile Couchard, Dr Joseph Al Youssef, Dr Jean-Christophe Paquet, Service de chirurgie viscérale et digestive, Centre Hospitalier de Longjumeau. Résumé Les obstructions urétérales non lithiasiques (OUNL) au cours de la maladie de Crohn, sont souvent asymptomatiques et méconnues. Touchant environ 3 % des malades au cours de l’évolution de leur maladie, elles prédominent à droite dans plus de 70 % des cas, du fait de la fréquence de l’atteinte iléocæcale. Liées à une inflammation ou une fibrose de la graisse rétropéritonéale périurétérale, elles peuvent mettre en jeu le pronostic rénal. Leur traitement est initialement médical, associant au drainage des urines (sonde JJ ou néphrostomie percutanée), un régime sans résidu et une corticothérapie. Cependant à distance une résection digestive est souvent nécessaire, et en cas d’échec une urétérolyse. Nous rapportons ici le cas d’une jeune femme de 32 ans présentant une OUNL inaugurale d’une maladie de Crohn. Introduction Les obstructions urétérales non lithiasiques (OUNL) au cours de la maladie de Crohn sont souvent asymptomatiques et méconnues. Si leur diagnostic est relativement facile dans le contexte d’une maladie de Crohn connue, leur traitement reste controversé entre traitement médical, résection digestive ou urétérolyse. Nous rapportons ici le cas d’une jeune femme de 32 ans présentant une OUNL inaugurale d’une maladie de Crohn. Observation Une femme de 32 ans, sans antécédents personnels ou familiaux notables, ni traitements particuliers, était hospitalisée en urgence pour des douleurs intenses lombaires et de la fosse iliaque droite, apparues 6 heures auparavant. Celles-ci évoluaient depuis 3 mois, par crises de 12 à 24 heures disparaissant sous simple traitement antalgique. On ne retrouvait à l’interrogatoire aucun troubles du transit, ni symptômes extradigestifs associés, mais une perte de 7 kg en 2 mois. À son arrivée, l’examen clinique mettait en évidence une douleur à l’ébranlement de la fosse lombaire droite, la malade était apyrétique et présentait biologiquement une anémie microcytaire modérée (10,2 g Hb/dL) isolée. Une échographie réalisée en urgence montrait une dilatation pyélocalicielle et urétérale droite jusqu’à l’uretère pelvien, sans obstacle visible, et des adénopathies iléocæcales supracentimétriques. Un uroscanner confirmait ces constatations et ne mettait pas en évidence d’obstacle lithiasique mais par contre un épaississement important de la paroi des dernières anses iléales en fosse iliaque droite, avec une infiltration de la graisse péridigestive. On évoquait en premier lieu une compression urétérale extrinsèque en rapport avec une atteinte tumorale ou inflammatoire des dernières anses iléales. Devant la persistance des douleurs, une sonde double J était mise en place, avec une amélioration seulement partielle des symptômes. Un entéroscanner était alors réalisé, mettant en évidence la présence d’une bulle d’air extradigestive au contact de l’uretère pelvien droit, et un épaississement pariétal de la dernière anse iléale avec sténose et dilatation d’amont, et infiltration de la graisse péricæcale. Une maladie de Crohn iléocæcale en poussée était évoquée, et une iléocoloscopie totale était réalisée, montrant un cadre colique sain, avec une iléite terminale, dont les biopsies confirmaient le diagnostic. Un traitement par régime sans résidu et une corticothérapie à 1 mg/kg/j (60 mg/j) étaient institués avec une disparition totale des symptômes dans les jours suivants. Neuf mois plus tard, la malade présentait malgré un traitement par budésonide, des diarrhées sanglantes associées à des douleurs abdominales, avec impossibilité de sevrage des corticoïdes. Le bilan ne retrouvait aucune dilatation pyélocalicielle. Une résection iléocæcale sous coelioscopie était réalisée. Les constatations peropératoire mettaient en évidence une atteinte de la dernière anse sur 15 centimètres environ, avec un aspect de sclérolipomatose caractéristique, sans adhérences serrées ou infiltration du rétropéritoine pouvant gêner le geste chirurgical. Au cours de la même anesthésie la sonde JJ était retirée. Les suites opératoires étaient simples. À 24 mois de l’intervention, la malade était asymptomatique.
Discussion La maladie de Crohn est souvent associée à des complications extradigestives, dont des atteintes urologiques. Celles-ci sont fréquentes et décrites chez 4 à 23 % [1-3] des malades au cours de l’évolution de leur maladie. On observe le plus souvent des complications à type de fistules entérovésicales, de coliques néphrétiques par calculs pyélocaliciels et urétéraux d’oxalate de calcium et des obstructions urétérales non-lithiasiques [4] (OUNL) comme dans le cas rapporté. Il se rencontre aussi des glomérulonéphrites, des néphropathies tubulo-intersticielles et des amyloses rénales. Les obstructions urétérales non lithiasiques ont été décrites pour la première fois dans la maladie de Crohn en 1943 par Hyam [5]. Leur fréquence au cours de la maladie est estimée selon les auteurs de 0,3 à 25 % [6, 7], bien qu’un chiffre de 3 % à 6 % [3, 8] soit plus largement accepté, mais celui-ci peut être possiblement sous-estimé [9] du fait des fréquentes atteintes asymptomatiques [2, 9]. La fréquence des OUNL n’est pas liée à l’âge ou au sexe [10-12], bien que certaines séries fassent part d’une prépondérance masculine [8], ni à la sévérité de la maladie [8, 9], et elles surviennent en moyenne 5 ans après que le diagnostic [2, 8] de maladie de Crohn ait été posé. Compte tenu de son caractère le plus fréquemment asymptomatique, il est très rare, comme dans le cas décrit, que les OUNL soient un mode d’entrée dans la maladie. Cliniquement, ces obstructions sont le plus souvent asymptomatiques [2, 9] car de survenue progressive et leur diagnostic fortuit. En cas de symptômes, ceux-ci sont non spécifiques [10, 11] à type de colique néphrétique, de douleurs lombaires ou de cystite. L’uretère droit est le plus souvent touché dans 70 à 100 % des cas [3, 13, 14], en général dans sa portion pelvienne, du fait de sa proximité avec la région iléocæcale, siège le plus fréquent des atteintes digestives de la maladie de Crohn. La compression urétérale, de dehors en dedans, résulte de l’inflammation de la graisse rétropéritonéale périurétérale [12, 15] au contact des anses digestives atteintes, mais elle peut se produire hors de tout contexte inflammatoire, liée à la fibrose rétropéritonéale apparue lors de précédentes poussées [12]. Le pronostic rénal peut être mis en jeu, les OUNL pouvant se compliquer de pyélonéphrites [15], de pyonéphrose [14], d’hypertension [16], ces complications pouvant conduire à la néphrectomie [14]. Le diagnostic des OUNL nécessite d’éliminer avant tout une origine lithiasique au symptôme, idéalement par la réalisation d’un uroscanner, qui met en évidence une dilatation pyélocalicielle et urétérale associée à des signes d’atteinte digestive de la maladie de Crohn : épaississement des parois, infiltration de la graisse. Le tableau radiologique est cependant rarement complet et le diagnostic repose le plus souvent sur les antécédents connus de maladie de Crohn. Le traitement doit être mis en place rapidement, et reste controversé et encore mal codifié. Autrefois, le traitement était le plus souvent chirurgical [10, 12] et comprenait pour certains une urétérolyse systématique [12], alors que d’autres proposaient une résection digestive isolée [10]. Mais ces traitements étaient associés à une morbidité importante [17], d’où actuellement la proposition d’un traitement médical en première intention, associant un régime sans résidu, une corticothérapie, et une dérivation des urines par pose de sonde JJ ou néphrostomie percutanée, permettant une fréquente résolution des symptômes [17-19]. Toutefois, une résection digestive à distance reste nécessaire, en cas de récidive ou de non-amélioration, chez environ 55 % des malades [19]. Dans ce cas, un bilan morphologique préopératoire par un scanner injecté est nécessaire et l’abord laparoscopique ne semble pas contre-indiqué chez ces malades, bien qu’à notre connaissance, cette observation soit la première rapportant la faisabilité de la résection iléocæcale laparoscopique à distance d’une OUNL. En cas de persistance de la dilatation pyélo-urétérale, malgré un traitement médical bien conduit et une résection du segment digestif responsable, une urétérolyse devient nécessaire [10, 12, 13, 17], voire une néphrectomie [10] en cas de destruction du rein. Conclusion Bien que décrites depuis plus de 50 ans, les compressions urétérales au cours de la maladie de Crohn sont souvent méconnues et non diagnostiquées du fait de leur relative rareté et de leur caractère fréquemment asymptomatique. L’OUNL est un mode de révélation très rare de maladie de Crohn. Le traitement reste mal codifié, bien qu’un traitement médical soit actuellement le plus souvent tenté en première intention, fréquemment associé dans un deuxième temps à une résection du segment digestif pathologique. La voie laparoscopique ne semble pas contreindiquée. Du fait de sa gravité potentielle, une dilatation pyélocalicielle devrait être recherchée au moindre signe évocateur, notamment en cas de maladie de Crohn avec atteinte iléale ou iléocæcale. © 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés RÉFÉRENCES 1. Banner MP. Genitourinary complications of inflammatory bowel disease. Radiol Clin North Am 1987;25:199-209. 2. Sato S, Sasaki I, Naito H, Funayama Y, Fukushima K, Shibata C et al.Management of urinary complications in Crohn’s disease. Surg Today 1999;29:713-7. 3. Greenstein AJ, Janowitz HD, Sachar DB. The extra-intestinal complications of Crohn’s disease and ulcerative colitis: a study of 700 patients. Medicine (Baltimore) 1976;55:401-12. 4. Rankin GB. 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(2007/06) Le certolizumab serait efficace en traitement d’entretien dans la maladie de Crohn
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon La maladie de Crohn (MC) nécessite souvent le recours à des immunosuppresseurs de façon prolongée. Le certolizumab pegol (CLB-P) est un anticorps anti-TNF alpha humanisé associé à une molécule de PEG et administrée par voie sous-cutanée (sc). Son efficacité a été étudiée lors de deux études de phase III sur 26 semaines, les études PRECiSE 1 et 2 (P1 et P2). L’étude PRECiSE 3 (P3), présentée ici, a évalué l’efficacité à long terme du certolizumab pegol dans la MC à l’aide de l’indice de Harvey-Bradshaw (HBI). Rappelons que l’HBI est un indice simple qui mesure l’activité de la MC et qui est fortement corrélé au score d’activité de la maladie, le CDAI (Crohns Disease Index Activity). La réponse clinique (RC) était définie par une réduction du HBI supérieure ou égale à 3 points, et la rémission, par un HBI inférieur ou égal à 4. Dans cette étude ouverte d’extension, les patients ont été recrutés à partir des deux études randomisées contre placebo : P1 et P2. Dans l’étude P1, les patients ont reçu du CLB-P 400 mg sc ou un placebo à S0, S2, S4, et ensuite toutes les 4 semaines de S8 à S24. Dans l’étude P2, les répondeurs à une phase d’induction avec du CLB-P 400 mg sc à S0, S2 et S4 ont reçu du CLB-P ou un placebo toutes les 4 semaines de S8 à S24. Dans l’étude P3, les patients ont reçu 400 mg de CLB-P sc toutes les 4 semaines. Deux populations A et B de patients ont été analysées. La population A regroupait des patients ayant eu une induction puis un traitement de 24 semaines par CLB-P dans les études P1 et P2. La population B correspondait aux patients ayant répondu à une phase d’induction par le CLB-P puis ayant été randomisés pour recevoir du placebo « vacances de traitement » dans l’étude P2. A la semaine 80 (26 semaines de P1 ou P2 + 54 semaines de P3), plus de 80 % des patients avaient une réponse clinique significative. La rémission était observée chez environ 75 % des patients (cf tableau). Cette étude monte que le certolizumab pegol administré à raison de 400 mg sc toutes les 4 semaines est un traitement qui semble efficace pour maintenir à long terme la réponse dans la MC. Fait intéressant, une proportion importante de patients étant en rémission après un traitement par CLB-P après une phase d’induction, et ensuite randomisés pour recevoir du placebo, ont maintenu cette rémission sur 18 mois. Journal International de Médecine 2007
(2007 06) Les MICI de l'enfant (accés libre)
| | Le regard du pédiatre sur les spécificités de la prise en charge des enfants et adolescents atteints de MICI nous est apporté par Dominique Turck ; grâce aux progrès des thérapeutiques, la grande majorité de ces jeunes patients ont aujourd'hui une qualité de vie et une croissance satisfaisante. Le Pr Dominique Turck répond à nos questions sur les spécificités pédiatriques de la prise en charge des MICI. Crohn & RCH : Disposons-nous de données épidémiologiques récentes concernant les MICI chez l'enfant? Pr D. Turck : Depuis 1988, tous les nouveaux cas de MICI du nord-ouest de la France sont inclus dans le registre EPIMAD, enquête en population générale qui identifie non seulement les cas hospitaliers, mais aussi les cas suivis en médecine libérale. Avec une incidence annuelle de l'ordre de 3/100 000, les diagnostics avant l'âge de 17 ans représentent 7,2 % de l'ensemble des MICI, dans une proportion d'environ 3 cas de maladie de Crohn (MC) pour 1 cas de recto-colite hémorragique (RCH) [1]. Pour les deux maladies, l'âge médian du diagnostic est de 14 ans ; les cas de MC avant l'âge de 5 ans sont exceptionnels, alors que des cas de RCH sont possibles chez de très jeunes enfants. Crohn & RCH : A-t-on noté une évolution par rapport aux années antérieures? Pr D. Turck : L'incidence de la MC a augmenté dans la population pédiatrique, de l'ordre de 20 % entre 1988 et 1999 ; pour la RCH, la tendance est une diminution d'environ 17 %. Ces variations n'atteignent pas la significativité statistique dans la seule population pédiatrique, mais sont tout à fait significatives pour l'ensemble de la population (enfants et adultes confondus). On ne connaît pas la raison de cette augmentation d'incidence de la MC, mais il faut remarquer que la maladie apparaît maintenant dans les pays émergents qui adoptent progressivement le mode de vie des pays industrialisés. Crohn & RCH : Des données contradictoires ont été publiées concernant le rôle de l'allaitement maternel dans le risque de survenue d'une MICI. Quelle est votre opinion sur le sujet? Pr D. Turck : Une étude sur les facteurs de risque de MICI a été menée en population pédiatrique, avec donc un faible risque de perte de mémorisation en raison du jeune âge des patients. À côté des classiques antécédents familiaux de MICI et du caractère protecteur de l'appendicectomie vis-à-vis de la RCH, ont été retrouvés comme facteurs de risque de MC la vaccination par le BCG, le partage de la chambre pendant l'enfance et, effectivement, l'allaitement maternel, avec une augmentation du risque de l'ordre de 2, donc faible [2]. Une méta-analyse de 2004 avait retrouvé des données contraires concernant l'allaitement, mais soulignait le faible nombre – et parfois les failles méthodologiques – des études menées dans ce domaine [3]. Quelques hypothèses peuvent être avancées, telles que la pollution par les métaux lourds, qui passent dans le lait maternel, ou des modifications de la flore intestinale liées à l'apparition plus tardive des infections digestives contre lesquelles l'allaitement maternel exerce un effet protecteur. Crohn & RCH : Existe-t-il des particularités cliniques ou biologiques devant faire suspecter le diagnostic de MICI chez l'enfant? Pr D. Turck : Le tableau sémiologique de la RCH est identique à celui de l'adulte. Pour la MC, les formes pédiatriques sont volontiers plus douloureuses, plus fébriles et plus symptomatiques. L'intensité des signes digestifs est peut-être à mettre en rapport avec l'étendue topographique des lésions : les formes iléocoliques de MC et les pancolites en cas de RCH sont plus fréquentes chez l'enfant que chez l'adulte. Le bilan biologique à réaliser est le même que chez l'adulte. Les examens supplémentaires concernent la maturation pubertaire et la croissance : en pratique, une radiographie de poignet pour la détermination de l'âge osseux. Crohn & RCH : La capsule endoscopique a-t-elle modifié votre stratégie diagnostique? Pr D. Turck : En pédiatrie, cette technique n'a des indications que très ponctuelles, lorsque la clinique et la biologie sont évocatrices du diagnostic alors que le bilan morphologique habituel est normal. Les performances des examens morphologiques au diagnostic ont été étudiées chez l'enfant, comparant l'échographie, le transit du grêle, l'IRM et l'entéroscanner (figures ci-contre). Les deux examens ayant la meilleure rentabilité sont l'échographie et l'entéroscanner. Le transit du grêle avec entéroclyse permet une bonne étude de grêle distal, dont l'atteinte est fréquente chez l'enfant. Concrètement, aujourd'hui, l'entéroscanner, plus confortable, est l'examen à retenir, et a fait oublier le transit qui ne garde sa place qu'en cas de sténose. L'IRM n'est indiquée qu'en cas d'abcès profond ou de fistule. Crohn & RCH : Qu'est-ce qui fait, selon vous la gravité des MICI de l'enfant? Pr D. Turck : Le retard de croissance doit être au cœur de nos préoccupations. Depuis ces dernières années, de grands progrès ont été faits dans la prise en charge thérapeutique, permettant à la très grande majorité des patients d'atteindre leur taille cible à l'âge adulte [4]. En termes de qualité de vie, il est légitime de se poser la question du retentissement des MICI sur la scolarité, avec ses conséquences sur les diplômes obtenus et la vie professionnelle. Le suivi de la cohorte pédiatrique du nord-ouest de la France a montré que les diplômes et les métiers des jeunes malades devenus adultes sont comparables à ceux de leurs homologues du même âge de la région. Alors que nombre de patients adultes gardent le souvenir d'une période scolaire difficile, ces données objectives montrent que ces difficultés sont surmontées. Une étude comparant le retentissement psychologique de la nutrition entérale et de la corticothérapie a récemment montré une bonne évolution quel que soit le mode de prise en charge [5]. Crohn & RCH : Quelle stratégie thérapeutique adoptez-vous actuellement devant une MICI de l'enfant? Traitement d'emblée maximal ou cheminement pas à pas pour éviter les traitements à risque? Pr D. Turck : La question du step-up ou du top-down est certainement une des plus pertinentes à se poser dans la prise en charge des MICI en général. Cependant, nous n'avons aucun élément de réponse chez l'enfant et, pour des raisons éthiques les essais cliniques sont d'abord à mener chez l'adulte. Nous attendons avec impatience les résultats des travaux en cours, notamment ceux du Pr Paul Rutgeerts de Louvain, et je pense que nous adapterons nos stratégies en pédiatrie selon les résultats obtenus chez les adultes, avec une très grande attention portée aux effets secondaires potentiels et à la tolérance des thérapeutiques. La prescription d'immunomodulateurs n'est pas systématique, mais elle est d'emblée décidée dans notre équipe en cas de pancolite ou d'atteinte étendue au cours de la MC. Une meilleure connaissance de l'histoire naturelle de la maladie devrait nous permettre de préciser ceux de nos patients qui en tireraient le plus grand bénéfice. Crohn & RCH : La nutrition entérale était un des piliers de la prise en charge de la MC de l'enfant. Quelle est, aujourd'hui, la place de ce traitement, efficace mais contraignant? Pr D. Turck : Jusqu'à ces dernières années, la nutrition entérale était synonyme de sonde naso-gastrique et d'administration à débit continu, indiquée en cas de poussées sévères ou de rechutes répétées ou de retard staturo-pondéral très important. Les indications d'une nutrition par sonde se sont, aujourd'hui, notablement réduites avec, d'une part, l'arrivée d'une formule nutritionnelle spécifique pour nutrition orale qui donne, à condition d'être l'alimentation exclusive pendant deux mois, de très bons résultats sur les poussées et la croissance et, d'autre part, le recours aux immunomodulateurs, en particulier aux biothérapies. Crohn & RCH : Quelle est la place de la chirurgie dans le traitement des MICI de l'enfant en 2007? Pr D. Turck : Les complications aiguës (perforation, colectasie ou hémorragie aiguë) sont exceptionnelles, mais restent des indications de la chirurgie. En revanche, les MC actives et inaccessibles au traitement médical ont quasiment disparu depuis l'avènement des biothérapies. Les sténoses restent une indication de la chirurgie, mais peuvent aussi bénéficier des techniques d'endoscopie interventionnelle avec les dilatations à ballonnet ou, plus récemment, la pose de prothèses expansives transitoires. Dans la RCH, les indications chirurgicales se sont également réduites. Chez l'enfant, on a surtout recours à la colectomie avec anastomose iléo-rectale, donc sans ablation du rectum. Crohn & RCH : Comment envisagez-vous les relations entre « médecins d'adultes » et équipes pédiatriques? Pr D. Turck : Au fil des années, des partenariats intelligents et adaptés au suivi des patients tout au long de leur maladie chronique se sont mis en place. L'expertise du pédiatre concerne essentiellement les aspects de croissance et les choix thérapeutiques, avec un regard particulièrement attentif sur la tolérance des traitements. Les coopérations avec les médecins de ville sont excellentes et permettent un suivi conjoint dans la plupart des cas. Le passage en milieu de médecine adulte se fait habituellement vers l'âge de 17-19 ans, fin de la croissance et aussi âge du baccalauréat, ce qui est, à mon sens, une étape logique dans le parcours des patients. Propos recueillis par A. le Masne Références - Auvin S, Molinié F, Gower-Rousseau et al. Incidence, clinical presentation and location at diagnosis of pediatric inflammatory bowel disease : a prospective population-based study in northern France (1988-1999). J Pediatr Gastroenterol Nutr 2005 ; 41 : 49-55.
- Baron S, Turck D, Leplat C et al. Environmental risk factors in paediatric inflammatory bowel diseases: a population based case control study. Gut 2005 ; 54 : 357-63.
- Klement E, Cohen RV, Boxman J, Joseph A, Reif S. Breastfeeding and risk of inflammatory bowel disease: a systematic review with meta-analysis. Am J Clin Nutr 2004 ; 80 : 1342-52.
- Alemzadeh N, Rekers-Mombarg LT, Mearin ML, Wit JM, Lamers CB, van Hogezand RA. Adult height in patients with early onset of Crohn's disease. Gut 2002 ; 51 : 26-9.
- Gailhoustet L, Goulet O, Cachin N, Schmitz J. Study of psychological repercussions of 2 modes of treatment of adolescents with Crohn's disease. Arch Pediatr 2002 ; 9 : 110-6.
Juin 2007 Source Crohn et RCH, revue réalisée par Solvay Pharma |
(2007/07) Étude contrôlée du tacrolimus par voie orale dans la RCH réfractaire
Dr David Laharie, Service d'hépato-gastro-entérologie, Hôpital Haut-Lévèque, CHR Bordeaux Ogata et al. A randomized dose finding study of oral tacrolimus (FK506) therapy in refractory ulcerative colitis. Gut 2006;55:1255-62. Soixante-trois patients ont été inclus dans cet essai contrôlé en double aveugle contre placebo. Les critères d'inclusion étaient une corticorésistance (absence de réponse aux corticoïdes par voie orale ou intraveineuse à une dose au moins égale à 30 mg/j de prednisone pendant au moins 2 semaines) ou une corticodépendance (définie par une RCH chronique active ou des récidives fréquentes). L'association à un autre immunosuppresseur était un critère d'exclusion. Les malades ont été tirés au sort pour recevoir soit du tacrolimus à dose faible ou à dose élevée, soit un placebo. La dose faible devait maintenir un taux de tacrolimus sanguin de 5-10 ng/ml, et la dose élevée un taux de 10-15 ng/ml. Afin de préserver le double aveugle, les résultats du dosage sanguin n'étaient pas communiqués aux médecins qui suivaient les malades. Le critère majeur était la réponse (diminution du DAI d'au moins 4 points portant sur tous ses items) à la deuxième semaine. Soixante-cinq patients recrutés entre juin 2002 et septembre 2003 dans 17 centres japonais ont été inclus. Vingt et un d'entre eux ont été randomisés dans le groupe forte dose de tacrolimus, 23 dans le groupe faible dose et 21 dans le groupe placebo. Cinq malades n'ont pas pu être analysés, pour diverses raisons. Une réponse a été observée chez 68 % des patients sous forte dose, chez 38 % de ceux sous faible dose et chez 10 % de ceux sous placebo (p < 0,001 versus tacrolimus forte dose). Les taux de rémission clinique étaient de 20 %, 10,5 % et 6 % respectivement. Après les deux semaines d'étude en double aveugle, les malades ont pu recevoir du tacrolimus en ouvert pendant 10 semaines. Cinquante-sept pour cent des patients qui avaient reçu du placebo ont eu une réponse. La rémission clinique a été observée chez 29 % des malades, et la cicatrisation muqueuse dans 73 % des cas. Deux effets indésirables sévères ont été observés : une gastro-entérite virale et un sepsis à Acinetobacter. On notait également un tremblement, une somnolence et des flushes chez 19 %, 9 % et 9 % des malades respectivement. Une augmentation de la créatininémie a été constatée chez environ 5 % des malades traités. Commentaire Le tacrolimus est un anticalcineurine largement utilisé en transplantation d'organe. C'est le premier essai contrôlé du tacrolimus dans la RCH. Il montre la supériorité de cette molécule sur le placebo en termes de réponse clinique à la deuxième semaine. La dose permettant d'obtenir une concentration de 10-15 ng/ml paraît supérieure à la dose plus faible, mais l'effectif était trop limité pour mettre en évidence une différence significative entre les deux dosages de tacrolimus. La comparaison avec la ciclosporine et l'infliximab est impossible, car les malades inclus dans les essais avec ces médicaments étaient plus gravement atteints (non-répondeurs à une forte dose de prednisolone i.v.). De plus, l'évaluation de la réponse y était fondée sur les scores de Lichtiger ou de Seo, et non sur le DAI comme dans cet essai. La place du tacrolimus dans le traitement de la RCH reste à déterminer. Dans les formes corticodépendantes, l'azathioprine est une option efficace et moins toxique. C'est dans les formes corticorésistantes que le tacrolimus peut trouver sa place. Une étude comparative entre le tacrolimus, la ciclosporine et l'infliximab permettrait de déterminer lequel de ces trois médicaments est le plus efficace et/ou le mieux toléré à court, moyen et long terme dans la RCH corticorésistante. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°7 - juillet-août 2007
(2007/07) Colite collagène : enfin un médicament efficace et ayant l'AMM
Pr Marc-Antoine Bigard, Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy Depuis peu, Rafton® (budésonide) a obtenu une AMM dans le traitement de la colite collagène. C'est l'occasion de rappeler les grandes lignes de cette affection afin de ne pas méconnaître ce diagnostic et de pouvoir ainsi proposer au patient une stratégie thérapeutique efficace. La colite collagène entre, avec la colite lymphocytaire, dans le cadre des colites microscopiques. Ces dernières sont définies par une inflammation colique chronique responsable de modifications histologiques spécifiques chez des malades présentant une diarrhée chronique et un côlon endoscopiquement normal. Les colites microscopiques ne sont connues que depuis 30 ans, alors qu'il s'agit d'affections relativement fréquentes. Colite lymphocytaire et colite collagène sont probablement deux formes histologiques différentes de la colite microscopique, mais la physiopathologie et la pathogénie sont vraisemblablement communes à ces deux affections. Du point de vue épidémiologique, on estime que, sur 100 coloscopies effectuées pour diarrhée chronique et pour lesquelles l'aspect endoscopique du côlon apparaît normal, on retrouve une colite microscopique dans 10 à 20 % des cas. L'incidence de la colite collagène varie de 1,8 à 5,2 cas pour 100 000 habitants par an, et celle de la colite lymphocytaire de 3,7 à 4,4 cas pour 100 000 habitants par an. Il s'agit d'incidences voisines de celles de la RCH et de la maladie de Crohn. La colite collagène touche préférentiellement la femme (sex ratio de 2 à 5) d'âge mûr (diagnostic à l'âge de 59 à 70 ans en moyenne). L'histopathogénie fait essentiellement appel à l'auto-immunité. Sur un terrain prédisposé, la mise en contact d'un antigène luminal avec les cellules immunocompétentes coliques entraînerait les lésions responsables de la diarrhée. Dans la colite collagène, le collagène de type VI s'accumule, et non pas celui de type IV, normalement prédominant dans la membrane basale. Le terrain immun est fortement suggéré par : la prédominance féminine, la réponse aux corticoïdes et l'association fréquente à d'autres maladies dysimmunitaires comme la polyarthrite rhumatoïde, les thyroïdites auto-immunes, le diabète de type 1 ou la maladie cœliaque. La survenue de ces maladies peut être antérieure, concomitante ou postérieure à celle de la colite collagène. Le rôle des antigènes médicamenteux est bien démontré et fait appel à un mécanisme immuno-allergique. La diarrhée peut survenir plusieurs semaines après l'introduction du médicament. De nombreux médicaments ont été incriminés, avec des niveaux de preuve variables. Les associations les mieux établies concernent le Cyclo 3® et le Cirkan®, l'acarbose, la ranitidine et le ticlopidine, mais le lansoprazole, le Tardyferon®, la carbamazépine et les AINS ont également été suspectés. Les autres antigènes responsables pourraient être infectieux (colite microscopique survenant après une diarrhée infectieuse à Yersinia enterocolitica ou à Clostridium difficile) ou alimentaires (association colite microscopique et maladie coeliaque chez des intolérants au gluten). La diarrhée serait due à une hypersécrétion de chlore par les cellules coliques, avec baisse de l'absorption du sodium. Dignostic La maladie débute assez brutalement avec la survenue d'une diarrhée chronique, diurne, hydrique, sans glaires ni sang chez une femme d'âge mûr. L'état général est conservé et l'amaigrissement est rare, mais une asthénie est fréquemment retrouvée. Il existe une gêne souvent importante dans la vie quotidienne du fait de l'impériosité des selles, des douleurs, du ballonnement abdominal et de la survenue possible d'épisodes d'incontinence. Clinique et biologie standard sont sans particularité en l'absence de maladie associée. L'analyse des selles révèle une diarrhée de type sécrétoire avec un poids de selles élevé (> 500 g/24 h), une élévation du potassium fécal, une stéatorrhée inférieure à 10 g/24 h. La diarrhée persiste en cas de jeûne. La coloscopie est par définition normale, mais des anomalies peu spécifiques ont été décrites, comme un érythème, un œdème ou une friabilité de la muqueuse, tous ces signes étant peu reproductibles d'un observatoire à un autre. Il est impératif devant ce tableau de réaliser des biopsies étagées multiples. En fait, des biopsies étagées du côlon gauche permettent d'exclure le diagnostic si elles sont normales, mais il est préférable de faire 8 à 10 biopsies étagées du cæcum au rectum. Les colites microscopiques sont une pancolite avec une atteinte variable des différents segments coliques. Les caractéristiques histologiques des colites microscopiques incluent une augmentation de la lymphocytose intra-épithéliale (> 20 % des cellules épithéliales), des anomalies de l'épithélium de revêtement, un infiltrat inflammatoire de la lamina propria (essentiellement des lymphocytes) et, dans la colite collagène, une bande collagène sous-épithéliale d'épaisseur supérieure 10 µm. Quelle est l'histoire naturelle de la colite collagène?  Elle est faite de rémissions spontanées ou sous traitement et parfois de rechutes. L'évolution est bénigne, avec une rémission spontanée dans 30 % des cas à 3 ans, et dans 50 % des cas à 5 ans. Après rémission, le taux de rechutes est de 20 à 30 %. Il existe souvent une discordance entre clinique et histologie, les patients pouvant devenir asymptomatiques alors que la bande collagène persiste. Au total, l'évolution est favorable dans plus de 70 % des cas, mais certains patients sont gênés de façon permanente. Traitement Si de nombreux traitements ont été proposés, souvent sur la base de quelques cas traités, seuls trois médicaments ont fait la preuve de leur efficacité via des études randomisées. La prednisone semble avoir une tendance à la supériorité sur le placebo, mais sans atteindre la significativité. Le sous-salicylate de bismuth n'est pas disponible en France sauf sous forme de préparation magistrale. Le budésonide, corticoïde à action locale et à faible disponibilité systémique, a montré son efficacité dans trois études randomisées [1-3] et une méta-analyse [4]. Il s'agit d'études à court terme. Le taux de réponse clinique est élevé (81 % versus 17 % pour le placebo), et l'odds-ratio de rémission est élevé, de 12,32 (IC95 = 5,53-27,46). Il existe aussi une réponse histologique (61 à 100 % des cas versus 4,5 à 33 % sous placebo). Le traitement symptomatique a également sa place dans cette maladie, essentiellement via le lopéramide, qui peut être proposé initialement dans les formes peu invalidantes. On proposera l'éviction d'un antigène médicamenteux en cas de suspicion de cause médicamenteuse. Les autres thérapeutiques proposées sans niveau de preuve élevé sont la colestyramine, les dérivés salicylés, les immunosuppresseurs en cas d'échec des autres traitements. L'iléostomie a été proposée de façon tout à fait exceptionnelle. Une stratégie de prise en charge thérapeutique est présentée dans la figure. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°7 - juillet-août 2007 Références 1. Miehlke S, Heymer P, Bethke B et al. Budesonide treatment for collagenous colitis: a randomized, double-blind, placebo-controlled, multicenter trial. Gastroenterology 2002;123:978-84. 2. Bonderup OK, Hansen JB, Birket-Smith L et al. Budesonide treatment of collagenous colitis: a randomized, double-blind, placebo controlled trial with morphometric analysis. Gut 2003;52:248-51. 3. Baert F, Schmit A, D'Haens G et al. Budesonide in collagenous colitis: a double-blind placebo-controlled trial with histologic follow-up. Gastroenterology 2002;122:20-5. 4. Chande N, McDonald JW, MacDonald JK. Interventions for treating collagenous colitis. Cochrane Database Syst Rev 2004;1:CD003575.
(2007/07) Probiotiques et MICI : faut-il y croire? (accés libre)
Dr Philippe Seksik, Service de gastro-entérologie et nutrition - Hôpital Saint-Antoine, Paris La microflore intestinale : cible thérapeutique au cours des MICI? La microflore intestinale humaine est caractérisée par une extraordinaire complexité, puisqu'elle est composée de 400 à 600 espèces bactériennes différentes. Tous les mammifères naissent avec un tube digestif stérile, et, chez l'homme, une microflore dite “d'adulte” s'acquiert en 2 à 6 ans. Cette biomasse est soumise à un système de reconnaissance spécifique constitué par des récepteurs présents à la surface (TLR) et dans les cellules épithéliales (NOD). Chaque TLR ou NOD reconnaît spécifiquement un motif moléculaire porté par les micro-organismes (commensaux ou pathogènes) tels que le LPS (lipopolysaccharide), le muramyl-dipeptide, le peptidoglycane, les flagellines, l'ADN-CpG (déméthylés), etc. Ce système est un élément essentiel de l'immunité innée, qui, contrairement à l'immunité dite adaptative, ne met pas en jeu les cellules “professionnelles” de la présentation antigénique, ni les cellules immunocompétentes de l'immunité spécifique. La reconnaissance spécifique de certains composés bactériens par les cellules épithéliales, modulée par la présence de cellules dendritiques glissant leurs pseudopodes entres les cellules épithéliales, va activer des voies de signalisation intracellulaires et entraîner l'activation de gènes impliqués dans l'inflammation, la prolifération et la différenciation cellulaires. Ce dialogue entre les bactéries et les cellules intestinales (épithéliales, dendritiques, etc.) est encore mal connu. Cependant, il est un élément essentiel de l'homéostasie tissulaire du tube digestif et intervient probablement dans la pathogénie des maladies intestinales. Au cours des maladies inflammatoires chroniques et cryptogénétiques de l'intestin (MICI), la microflore joue un rôle délétère pro-inflammatoire. De nombreux arguments cliniques et expérimentaux illustrent ce fait. La dernière décennie a permis des avancées importantes dans la compréhension du rôle des facteurs d'environnement, et particulièrement de la microflore intestinale (microbiote). Les éléments incriminant certains composants du microbiote sont aujourd'hui nombreux. La présence d'une microflore dans le côlon aggrave toutes les colites expérimentales chez l'animal et chez l'homme ; les lésions sont préférentiellement iléales et coliques, topographie qui correspond aux segments ayant les concentrations bactériennes les plus élevées (1011 à 1012 bactéries par gramme de matière). Les arguments cliniques les plus convaincants sont observés dans la rechute postopératoire préanastomotique de la maladie de Crohn (MC), qui ne s'observe que si le flux fécal est maintenu sur l'anastomose ou si l'on instille le liquide iléal dans sa totalité, mais pas si l'on instille un filtrat du liquide iléal. Certains antibiotiques (particulièrement le métronidazole et la ciprofloxacine) ont une efficacité établie pour traiter la pochite et prévenir la récidive postopératoire de la MC. Deux autres éléments ont été récemment acquis : - Tous les micro-organismes n'ont pas le même potentiel pro-inflammatoire ;
- Des différences significatives existent entre la microflore intestinale de sujets sains et celle de sujets atteints de MICI, définissant ainsi le terme de dysbiose.
L'utilisation de micro-organismes probiotiques pour moduler les MICI (expérimentales ou humaines) dans un sens bénéfique apparaît dès lors comme une piste intéressante, puisqu'elle cible un élément essentiel à la genèse de l'inflammation intestinale. Probiotiques et MICI : des résultats inégaux En l'absence de prérequis expérimentaux bien codifiés, les essais thérapeutiques testant des probiotiques au cours des MICI ont été menés de façon pragmatique, c'est-à-dire en utilisant des souches bactériennes ayant bénéficié des progrès technologiques en termes de stabilité et d'innocuité et pour la plupart déjà commercialisées dans certains pays. Les résultats des essais thérapeutiques utilisant des probiotiques au cours des MICI sont inégaux, variant en fonction du type de situation inflammatoire. Ils sont résumés dans le tableau, p. 4. Les résultats les plus convaincants restent ceux menés au cours de la pochite réfractaire ou en prévention des épisodes de pochite après colectomie totale et anastomose iléo-anale et ayant utilisé le VSL#3. Ce probiotique est un mélange de quatre souches de lactobacilles (Lactobacillus casei, Lactobacillus plantarum, Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus bulgaricus), de trois souches de bifidobactéries (bifidobacterium longum, Bifidobacterium breve, Bifidobacterium infantis) et d'un Streptococcus salivarius thermophilus. Gionchetti et al ont réalisé un essai en double aveugle chez 40 malades atteints de pochite récidivante. Après un traitement d'attaque par ciprofloxacine et rifaximine, ces patients ont reçu pendant 9 mois soit le probiotique, soit un placebo. Le probiotique s'est avéré très efficace, puisque l'on a observé 100 % de rechute dans le groupe placebo, contre 15 % dans le groupe probiotique. Une étude de confirmation utilisant le même produit versus placebo a été réalisée chez 36 malades répartis dans divers centres européens, et les résultats du premier essai ont été confirmés. Les auteurs ont alors procédé à une étude de prévention du premier épisode de pochite en proposant à 40 malades, chez lesquels une anastomose iléo-anale avec réservoir en J venait d'être réalisée pour recto-colite hémorragique (RCH), un traitement de 12 mois par placebo ou VSL#3. Une pochite aiguë est survenue chez 40 % des sujets du groupe placebo, contre 10 % du groupe probiotique. Un autre probiotique a été utilisé avec moins de succès au cours de la pochite, le Lactobacillus rhamnosus GG. Ce probiotique n'a pas montré d'efficacité dans le contrôle des pochites actives au cours d'un essai de faible puissance, mais il s'est révélé “efficace” en prophylaxie de la pochite dans un essai non contrôlé dont les résultats étaient comparés à ceux d'une cohorte historique n'ayant pas reçu ce probiotique. Au cours de la RCH, la plupart des essais ont utilisé une souche d'Escherichia coli de sérotype bien défini, O6, K5, H1, non pathogène, appelé E. coli Nissle 1917. Ce probiotique est commercialisé en Allemagne sous le nom de Mutaflor® (capsules entéroprotégées à libération iléale contenant de 2,5 à 25 x 109 E. coli de souche Nissle 1917 viable). Trois études menées en double aveugle ont comparé l'efficacité de ce produit à celle de la mésalazine dans la prévention de la rechute de la RCH. Le premier essai portait sur 120 malades qui ont reçu pendant 12 semaines soit de la mésalazine, soit le probiotique. À 12 semaines, les deux traitements semblaient d'efficacité voisine, puisque 11,3 % de rechutes étaient survenues dans le groupe mésalazine, contre 16 % dans le groupe E. coli (différence non significative). Étant donné la courte durée du suivi, le pourcentage de rechutes était faible (mais conforme à ce qui était attendu) dans les deux groupes, ce qui limitait considérablement la puissance statistique du test. La deuxième étude, réalisée avec la même souche, n'est pas critiquable sur ce point. Cent vingt malades ont reçu pendant un an soit de la mésalazine 1,2 g/j, soit le probiotique. À un an, on relevait 73 % de rechutes dans le groupe mésalazine, contre 67 % dans le groupe probiotique (différence non significative). Le pourcentage de rechutes étant très important dans les deux groupes, et surprenant avec la mésalazine, l'efficacité du probiotique restait douteuse. Une troisième étude est venue conforter ces résultats. Elle a montré, sur 327 malades suivis pendant 1 an, que le pourcentage de rechutes était similaire dans le groupe ayant pris 1,5 g de mésalazine (66 %) et dans celui ayant reçu E. coli Nissle 1917 5 x 1010 bactéries/jour (55 %), avec un test d'équivalence à forte valeur statistique. Un essai préliminaire portant sur 21 patients et ayant testé un lait fermenté par des bifidobactéries mérite d'être cité. En effet, cet essai randomisé et contrôlé a montré 90 % de maintien en rémission à 1 an, contre 27 % dans le groupe contrôle. Ces résultats prometteurs sont à confirmer. Enfin, au cours de la MC, plusieurs essais randomisés et contrôlés ont tenté sans succès de montrer l'efficacité de divers probiotiques, soit dans le maintien en rémission, soit en prévention de la récidive postopératoire. Les résultats sont résumés dans le tableau. | Tableau. Efficacité des probiotiques dans les MICI. | | Situation | Probiotique | Contrôle | n | Durée | Rechutes probiotique | Rechutes contrôle | p | | Pochite réfractaire | VSL#3 | Placebo | 40 | 9 mois | 15 % | 100 % | < 0,05 | | Pochite réfractaire | VSL#3 | Placebo | 36 | 12 mois | 15 % | 94 % | < 0,05 | | AIA, prévention de pochite | VSL#3 | Placebo | 40 | 12 mois | 10 % | 40 % | < 0,05 | | Pochite | L. rhamnosus GG | Placebo | 20 | 3 mois | PDAI = 8 | PDAI = 8 | NS | | AIA, prévention de pochite | L. rhamnosus GG | Cohorte historique |
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| NS | | RCH | E. coli Nissle 1917 | 5-ASA 1,2 g/j | 120 | 4 mois | 16 % | 11,3 % | NS | | RCH | E. coli Nissle 1917 | 5-ASA 1,2 g/j | 120 | 12 mois | 67 % | 73 % | NS | | RCH | E. coli Nissle 1917 | 5-ASA 1,5 g/j | 327 | 12 mois | 36,4 % | 33 % | NS (équivalent) | | RCH | Bifidobacterium | Placebo | 21 | 12 mois | 27 % | 90 % | < 0,05 | | MC | S. boulardii + 5-ASA | 5-ASA seul | 28 | 6 mois | 6,3 % | 37,5 % | < 0,05 | | MC | E. coli Nissle 1917 | Placebo | 28 | 12 mois | 30 % | 70 % | < 0,05 | | MC postopératoire | L. rhamnosus GG | Placebo | 45 | 12 mois | 60 % | 35 % | NS échec | | MC postopératoire | L. rhamnosus GG | Placebo | 98 | 6 mois | 49 % | 63 % | NS échec | | MC maintien | L. rhamnosus GG | Placebo | 75 | 24 mois | 31 % | 17 % | NS | | RCH : rectocolite hémorragique – MC : maladie de Crohn AIA : anastomose iléo-anale – 5-ASA : acide 5-aminosalicylique – PDAI : pouchitis disease activity index. | Les Probiotiques : comment ça marche? On peut schématiquement tenter de classer les probiotiques en fonction de la topographie de leurs effets, depuis la lumière jusqu'au compartiment immunitaire muqueux (figure). Effets luminaux Ces effets concernent la modification du pH, l'occupation de sites et des substrats bactériens ou l'augmentation des IgA sécrétoires, qui empêchent l'implantation de micro-organismes pathogènes. Certains lactobacilles ont la propriété de s'opposer à l'implantation de micro-organismes pathogènes. D'autres probiotiques sont capables de synthétiser des bactériocines, c'est-à-dire des peptides antimicrobiens. Cela a été montré pour une souche de Lactobacillus salivarius UCC118. Il faut rappeler que les cellules de Paneth sécrètent elles aussi des bactériocines appelées défensines et que la sécrétion de HD5 (human defensine de type 5) est diminuée au cours de la MC. L'utilisation d'un probiotique ayant la propriété de sécréter une ou des bactériocines apparaît dès lors très séduisante. Effets sur l'intégrité de la barrière physique épithéliale Deux acteurs sont essentiels au maintien et à l'intégrité de ce compartiment : le mucus et la barrière épithéliale mesurée par la perméabilité intestinale. Une augmentation de la perméabilité intestinale est incriminée dans la pathogénie des MICI. Certains probiotiques comme le VSL#3 auraient la capacité de renforcer le maintien de cette barrière physique. Certains lactobacilles inhibent quant à eux l'adhésion épithéliale de bactéries pathogènes en induisant l'expression de gènes des mucines. Effets sur l'immunité Il a été établi que les bactéries commensales peuvent diminuer la production de cytokines pro-inflammatoires en inhibant au sein de la cellule épithéliale le système IB/NF-B. Sur un modèle murin de colite (souris invalidées pour l'IL-10), certains lactobacilles et B. infantis atténuent l'intensité de la colite par une diminution de cytokines pro-inflammatoires (TNF, IL-12, INF). Des probiotiques tels que VSL#3 et E. coli Nissle 1917 sont également capables d'atténuer des colites expérimentales en diminuant la production de ces cytokines. Les cellules dendritiques émettent des pseudopodes qui s'intercalent entre les cellules épithéliales. Ces cellules exercent un rôle clé dans l'orientation Th1, Th2 ou Th3 (tolérance) de la réponse immune. Certains probiotiques comme B. longum sont capables de faire sécréter de l'IL-10 (anti-inflammatoire) par les cellules dendritiques issues du côlon de souris et de diminuer la production d'IL-12 après stimulation par le LPS, ouvrant des perspectives thérapeutiques intéressantes. En conclusion, la microflore intestinale constitue une cible thérapeutique séduisante dans les MICI, notamment dans la perspective d'un traitement préventif. La modulation de la microflore par l'utilisation de probiotiques est sans doute une approche plus physiologique et plus écologique que l'utilisation d'antibiotiques. Il reste à mieux comprendre les mécanismes qui impliquent la microflore dans la pathogenèse des MICI et à mieux définir la ou les bactéries candidates à une thérapie ciblée. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°7 - juillet-août 2007 Références 1. Marteau P, Seksik P, Shanahan F. Manipulation of the bacterial fl ora in inflammatory bowel disease. Best Pract Res Clin Gastroenterol 2003;17:47-61. 2. Seksik P, Rigottier-Gois L, Gramet G et al. Alterations of the dominant faecal bacterial groups in patients with Crohn's disease of the colon. Gut 2003;52:237-42. 3. Tamboli CP, Neut C, Desreumaux P, Colombel JF. Dysbiosis in inflammatory bowel disease. Gut 2004;53:1-4. 4. Gionchetti P, Rizzello F, Helwig U et al. Prophylaxis of pouchitis onset with probiotic therapy: a double-blind, placebo-controlled trial. Gastroenterology 2003;124:1202-9. McCarthy J, O'Mahony L, O'Callaghan L et al. Double blind, placebo controlled trial of two probiotic strains in interleukin 10 knockout mice and mechanistic link with cytokine balance. Gut 2003;52:975-80 Lire aussi : - 1999/06 MICI - Compte-rendu de la Digestive Disease Week 1999
- 2000/04 C&RCH - Traitement des poussées et prévention des rechutes de RCH par un probiotique
- 2000/04 C&RCH - Traitement d'entretien de la RCH par un probiotique
- 2000/11 SNFG - 00/07 MICI - Compte rendu de la Digestive Disease Week 2000
- 2000/11 C&RCH - Pré- et probiotiques (Strasbourg 2000)
- 2000/11 C&RCH - Editorial : Vive les Verts !
- 2000/11 C&RCH - Probiotiques et MICI
- 2000/12 AFA - Flore intestinale, probiotiques et MICI
- 2001/04 C&RCH - Traitement des colites murines par l'administration d'une souche mutée de Lactococcus lactis sécrétant l'interleukine 10 : un probiotique génétiquement modifié !
- 2001/07 MICI - Compte rendu de la Digestive Disease Week 2001
- 2001/04 C&RCH - La maladie de Crohn : acquisitions récentes
- 02/02 Cad - Maladie de Crohn et probioton bactérienne
- 2002/03 MICI - Modification transitoire de la flore fécale avec des probiotiques dans la RCH
- 2002/09 MedHermès - Maladie de Crohn : le doute plane sur les probiotiques (accès MedHermès - accès adhérents afa)
- 2003/02 MICI - Probiotiques dans les MICI
- 2003/08 MICI - AGA - AFA - essai thérapeutique MICI n°19
- 2003/09 C&RCH - Flore bactérienne et immunité innée : récepteurs Toll et NOD
- 2004/04 SNFGE - Prophylaxie de la pochite par le probiotique VSL#3
- 2004/04 JFPD2004 - Mini-conférence : Modulation nutritionnelle de l'inflammation
 - 2004/06 GCB - Probiotiques et maladies inflammatoires chroniques intestinales : à la conquête des pochites? (accès Gastroenterol Clin Biol - accès adhérents afa)
- 2004/12 QdM - Les probiotiques : de l'aliment traditionnel à la démonstration scientifique (accès QdM - accès adhérents afa)
- 2005/02 QdM - Flore intestinale et probiotiques : Les aliments ne doivent pas cacher le médicament (accès QdM - accès adhérents afa)
- 2006/05 NouvMICI - Les fructo-oligosaccharides, une thérapeutique de la maladie de Crohn?
- 2007/11 NouvMICI - UEGW : Flore intestinale et MICI
- Recherche, essais :
- Etude des effets de la souche probiotique Lactobacillus johnsonii LA1 pour prévenir la récidive de lésions inflammatoires intestinales après résection chirurgicale pour maladie de Crohn (accepté)
(2007/08) Les tests biologiques courants peuvent-ils aider au diagnostic des MICI chez l'enfant
Dr Jean-Marc Retbi, Pédiatre à l’ Hôpital Delafontaine, Saint Denis Le pédiatre est parfois amené à suspecter une maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique (RCH). Dans sa démarche clinique, il peut être aidé par les registres des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) de l’enfant et l’adolescent, où des données sont saisies très près du diagnostic. L’étude de DR Mack et coll (1) exploite un registre pédiatrique multicentrique de MICI, ouvert en 2002, en Amérique du Nord, pour préciser l’apport diagnostique de la vitesse de sédimentation (VS), de l’hémogramme, et de l’albuminémie. La MICI est caractérisée par son type et, pour un type donné, par sa gravité, qui est qualifiée de légère/ modérée/ ou sévère (sans connaître les résultats des examens biologiques) et par son étendue. Dans le registre mentionné, sur 526 MICI, ayant débuté à 11,6 ans, en moyenne, il y a environ 75 % de maladies de Crohn (n=392), dont 29 % de formes légères et 55 % de multirégionales ; et 25 % de RCH (n=134), dont 30 % de légères et 77 % de pancoliques. Les valeurs-seuils ont été fixées à 20 mm à H1 pour la VS, à 11,5g/dl pour l’hémoglobine (de 6 à 12 ans), à 450 000/mm³ pour les plaquettes, et à 34g/l pour l’albumine. La VS est moins souvent prise en défaut que les autres examens de laboratoire, mais elle reste basse dans 26 % de toutes les MICI, et dans 18 % des MICI modérées à sévères. Le taux d’hémoglobine est normal dans 32 % des cas, la numération des plaquettes dans 50 % des cas, et l’albuminémie dans 60 % des cas. Les quatre valeurs sont normales, « au diagnostic », dans 21 % des formes légères de maladie de Crohn, et 54 % des formes légères de RCH, versus environ 4 % des formes modérées et sévères de chacune de ces deux affections. Une corrélation directe entre l’étendue des lésions d’une part, et le degré de gravité ou le nombre de tests de laboratoire anormaux d’autre part, n’est trouvée que dans la RCH, permettant d’opposer les formes pancoliques aux formes localisées au rectosigmoïde. La présence de sang dans les selles augmente nettement la « sensibilité » des examens biologiques. Dans cette éventualité, la sensibilité des quatre tests confondus atteint 98 %. Le registre utilisé ici n’a pas l’exhaustivité d’EPIMAD, qui recense depuis 1988 tous les nouveaux cas de MICI dans le nord-ouest de la France, découverts en ville et à l’hôpital (2), mais il permet d’apprécier la gravité initiale de la maladie. Il révèle que les examens biologiques courants, dont ne font pas partie les protéines d’origine leucocytaire dosables dans le sang ou les selles, sont normaux, lors d’une première poussée, chez un certain nombre d’enfants et d’adolescents atteints de MICI, surtout si la poussée est peu sévère. Bien que l’argument de fréquence soit plutôt en faveur d’un côlon irritable, l’absence de perturbations biologiques devant des douleurs abdominales ou un diarrhée non sanglante, n’élimine donc pas complètement la possibilité d’une MICI débutante. Journal International de Médecine 2007.
1) Mack DR et coll : « Laboratory values for children with newly diagnosed inflammatory bowel disease ». Pediatrics 2007 ; 119 : 1113-1119 2) Auvin S et coll : « Incidence, clinical presentation and localisation at diagnosis of pediatric inflammatory bowel disease : a prospective population-based study in northern France (1988-1999) » J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2005 ; 41 : 49-55
(2007/09) Les MICI à l'AGA 2007 : infliximab, adalimumab, certolizumab ....
Les MICI à l'AGA 2007 : infliximab, adalimumab, certolizumab,CTNO 1275, efalizumab, etanercept, sargramostim, visilizumab et traitement par extraits de protéines coliques autologues Dr Xavier Roblin Département médico-chirurgical de pathologies digestives, CHU, Grenoble Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Washington, mai 2007 Les MICI ont une nouvelle fois été en vedette lors de la réunion de l'American Gastroenterological Association (AGA) qui s'est tenue à Washington en mai 2007. Les MICI sont actuellement la pathologie qui rassemble le plus de communications orales ou affichées et il est quelquefois difficile de s'y retrouver parmi plusieurs centaines de posters d'intérêt très variable. La thérapeutique reste le souci majeur, dans le contexte de très nombreuses cibles potentielles, d'espoirs initiaux quelquefois déçus ultérieurement et de traitements non conventionnels surprenants. S'il est fréquent d'entendre parler de biothérapies des MICI, il faut reconnaître que les anti-TNF demeurent en 2007 la seule classe de biothérapie disponible en pratique avec une efficacité reconnue et des effets indésirables bien évalués à court et moyen termes. Parmi les anti-TNF, l'infliximab reste la molécule la mieux étudiée et on dispose maintenant d'un recul suffisant pour apprécier plus précisément sa tolérance. L'infliximab a fait l'objet d'une étude originale par l'équipe de Lille [1]. On sait que le TNF est associé dans l'organisme à une lipolyse et au développement d'une insulinorésistance. Les auteurs ont réalisé deux études prospectives comportant, d'une part, une IRM avec quantification de la graisse abdominale avant et après trois perfusions d'infliximab (21 malades) et, d'autre part, une évolution du profil métabolique au cours du traitement d'entretien (111 malades). Il a aussi été montré qu'il existait sous infliximab une augmentation de la graisse abdominale totale. Il n'y a pas de modification du cholestérol total ou du LDL-cholestérol mais une légère augmentation du HDL-cholestérol et une amélioration du profil glycémique. Au cours de la maladie de Crohn, le métabolisme osseux est altéré avec une augmentation secondaire de l'ostéoprotégérine. On sait que l'infliximab est capable d'améliorer la densité osseuse. Une étude menée chez 29 patients atteints de maladie de Crohn et traités par infliximab a montré qu'il existait au 42e jour une diminution de l'ostéoprotégérine, marqueur de résorption osseuse et une augmentation de l'ostéocalcine, marqueur de formation osseuse [2]. Une analyse post hoc des essais ACCENT 1 et 2, ACT 1 et 2 ayant montré l'efficacité et la sécurité d'emploi de l'infliximab dans la maladie de Crohn et la RCH a eu pour but de déterminer si la prise d'immunosuppresseurs influait sur la pharmacocinétique et l'immunogénicité de l'infliximab [3]. Cette analyse démontre que les taux d'infliximabémie sont identiques dans les groupes qu'ils soient ou non traités par immunosuppresseurs. Si la prise d'immunosuppresseurs ou de corticoïdes réduit le risque de développer des anticorps anti-infliximab de respectivement 9,7 et 3,8 %, il faut traiter sept malades par immunosuppresseurs pour prévenir le développement d'anticorps anti-infliximab chez un malade, avec les risques inhérents à ce traitement immunosuppresseur. Cette même analyse post hoc ne retrouve pas, après un an de traitement par infliximab 5 mg/kg toutes les 8 semaines, de différence pour les taux de réponse et de rémission clinique, pour celui de fermeture des fistules, pour la survenue des infections ou des hospitalisations entre patients sous immunosuppresseurs et patients qui ne l'étaient pas [4]. Un essai prospectif multicentrique, randomisé, non contrôlé mené chez 80 patients traités depuis au moins 6 mois par infliximab et immunosuppresseurs a comparé la poursuite du traitement immunosuppresseur et son arrêt. À 2 ans, les résultats cliniques n'étaient pas différents. Il n'y avait pas non plus de différence en ce qui concerne les récidives endoscopiques [5]. De même, une étude portant sur l'enfant (85 maladies de Crohn et 12 RCH) en rémission sous infliximab et immunosuppresseurs n'a pas montré de différence à un an, que ce traitement ait été poursuivi (39 patients) ou interrompu (58 patients) [6]. Les données à très long terme commencent à être disponibles pour l'infliximab. La cohorte de l'équipe de Louvain a permis une étude rétrospective réalisée sur 603 patients traités entre 1995 et 2007. Le pourcentage de non-répondeurs après trois perfusions était de 9,3 %. Un bénéfice clinique soutenu était obtenu chez 65 % des malades avec un suivi médian de 4 ans. Après un traitement d'induction, on observe un échec dans 19 % des cas, avec un recours à la chirurgie dans 18 % des cas et un changement d'anti-TNF dans 60 % des observations. Le sevrage en corticoïdes a pu être obtenu chez 72 % des malades. Des effets indésirables graves ont été observés chez 12 % des patients, la moitié étant des infections. Il y a eu neuf décès dans cette série et 19 cancers ont été enregistrés [7]. En ce qui concerne l'évolution des grossesses sous infliximab, des données rassurantes ont été montrées. Bien qu'il soit indiqué dans l'AMM de ce produit qu'un moyen de contraception efficace est nécessaire au cours de ce traitement, on connaît maintenant l'évolution d'assez nombreuses grossesses au cours de cette thérapeutique. Un suivi de l'évolution de 22 grossesses (18 patientes) au cours desquelles un traitement par infliximab a été donné jusqu'à la 22e semaine de gestation a noté une absence de complications dans 77 % des cas. Les 23 % de complications ont inclus un avortement thérapeutique, trois fausses couches et une circulaire du cordon [8]. L'infliximab passe la barrière placentaire et les taux d'infliximabémie sont quasi identiques chez la mère et chez l'enfant. La durée de l'infliximabémie varie entre 2 et 7 mois chez le nouveau-né [9]. Le suivi des malades sous infliximab est assuré aux États-Unis par le biais du registre TREAT qui a maintenant inclus de façon prospective 6 273 patients (3 334 traités par infliximab et 2 939 non traités par cette molécule). Le suivi dépasse 20 000 patients-année. Ce registre a montré une mortalité identique dans les deux groupes (0,50 pour 100 patients-année). Il n'y a pas non plus de différence pour les incidences de cancers ou de lymphomes. En revanche, les infections sévères sont plus nombreuses dans les 3 mois suivant le début du traitement par infliximab (RR : 1,77 ; IC95 : 1,27-2,46). Ce risque est associé à l'utilisation concomitante de corticostéroïdes et d'analgésiques de type narcotique [10]. En ce qui concerne l'adalimumab, une analyse post hoc de l'essai GAIN qui avait évalué l'efficacité de cette molécule chez des patients en perte d'efficacité de l'infliximab a montré que comparativement au placebo un effet symptomatique, estimé par la somme des trois items patients du CDAI (nombre de selles liquides, douleurs abdominales, état général), se manifestait rapidement avec une différence significative à partir du 4e jour [11]. Le certolizumab a fait l'objet d'études au plus long cours que les essais initiaux, qui ne dépassaient pas 6 mois. L'essai ouvert PRECISE 3 a montré une efficacité du produit chez les répondeurs initiaux, avec des taux de rémission de 75 % à 80 semaines [12], la rémission étant définie par un score d'Harvey-Bradshaw (score = 4). Dans l'essai PRECISE 4, qui a évalué la réintroduction par certolizumab chez les répondeurs initiaux ayant rechuté, il a été souligné que ce nouveau traitement permettait d'obtenir une réponse clinique dans la moitié des cas et une rémission dans un quart des cas [13]. Une méta-analyse de l'effet de tous les anti-TNF dans la maladie de Crohn luminale a été réalisée. Certains, tels l'etanercept ou le CDP 571, sont inefficaces pour la mise en rémission et ont été abandonnés pour le traitement de la maladie de Crohn. Le nombre de patients à traiter pour le maintien en rémission à 6 mois d'un patient supplémentaire par rapport à un traitement placebo est globalement de 4 [14]. D'autres cibles thérapeutiques ont été identifiées dans les MICI avec mise au point d'anticorps monoclonaux spécifiques. Ainsi, le visilizumab est un anticorps anti-CD3 agissant sur les lymphocytes activés. Après la RCH, il a été testé dans la maladie de Crohn lors d'une étude préliminaire ouverte menée sur 18 malades, dont 17 résistants à l'infliximab. La moitié des malades avait une réponse à un mois, et 22 % étaient en rémission. Il y a eu 61 % d'effets indésirables, dont le syndrome de libération des cytokines habituel avec cette molécule [15]. L'efalizumab (Raptiva®) est un anticorps contre le CD11 exprimé à la surface des lymphocytes T. Il est actuellement utilisé pour le traitement du psoriasis et a été testé chez 12 malades atteints de maladie de Crohn en poussée dans une étude ouverte. Il y a eu cinq rémissions à la 8e semaine [16]. Le CTNO 1275 est un anticorps anti-IL-12/23. Dans une étude de phase II contre placebo, il a été testé chez 104 patients atteints d'une maladie de Crohn luminale active. L'objectif principal était le taux de réponse à la 8e semaine. L'essai a été positif avec 50 % de réponse versus 30 %. Le médicament semble efficace chez les patients en échec primaire ou secondaire de l'infliximab [17]. En revanche, le sargramostim (GM-CSF) s'est avéré non différent du placebo dans un essai randomisé ayant inclus 193 patients atteints de maladie de Crohn active [18] et son développement a été arrêté dans les MICI. Dans le domaine des traitements traditionnels des MICI, des données intéressantes ont été montrées en ce qui concerne la prévention des récidives postopératoires au cours de la maladie de Crohn. Un essai prospectif en double aveugle a comparé chez 81 patients ayant eu une résection iléo-cæcale un traitement par métronidazole 750 mg/j pendant 3 mois à une association métronidazole pendant 3 mois + azathioprine 2 mg/kg/j. À un an, il y avait 69 % de récidives endoscopiques dans le groupe métronidazole versus 43,7 % dans le groupe métronidazole + azathioprine (p = 0,048), une association intéressante, donc, dont les résultats restent à confirmer par un essai de plus grande taille [19]. Un essai a évalué le risque de réintervention chirurgicale après une première résection iléo-cæcale selon que les patients avaient reçu de l'azathioprine (ou du 6-MP) ou pas de traitement. Il y avait moins de réinterventions à 120 mois dans le groupe traité (p < 0,001), et l'effet était plus marqué si le traitement par immunosuppresseurs avait duré plus de 36 mois [20]. En ce qui concerne les thérapeutiques "non conventionnelles", signalons une étude contrôlée, randomisée en double aveugle menée chez 40 patients atteints de maladie de Crohn active qui a comparé un traitement par extraits de protéines coliques autologues obtenus par biopsies (groupe Alequel®) à un placebo. Les patients du groupe traitement absorbaient 7,6 µg x 3/semaine pendant 15 semaines. Une rémission a été obtenue dans 39 % des cas dans le groupe Alequel® versus 22 %, et une réponse dans 50 % versus 30 % [21]. La coloscopie chez les patients atteints de maladie de Crohn aura-t-elle bientôt un but thérapeutique? Si la majeure partie des communications a concerné la maladie de Crohn, la RCH n'était pas oubliée pour autant. Le suivi à long terme de patients inclus dans l'essai ACT 2 a montré que le bénéfice de l'infliximab se maintenait à 2 ans [22]. Après une perfusion unique d'infliximab pour une forme sévère de RCH, ce taux de colectomie à 2 ans reste significativement inférieur à celui des patients ayant reçu une perfusion de placebo (45 % versus 75 % ; p = 0,008) dans une série de 45 patients [23]. Dans une cohorte de 130 malades avec RCH sévère, traités par infliximab, le taux de colectomie était de 18 % avec un suivi médian de 29 mois. Les facteurs prédictifs de colectomie étaient l'absence de réponse clinique à court terme, l'absence de cicatrisation muqueuse, un taux de PCR restant au-dessus de 5 mg/l [24]. Enfin, dans la RCH, la tendance est à réduire le nombre de prises médicamenteuses pour améliorer l'observance. Une prise quotidienne de mésalazine (3 g/j) est aussi efficace que trois prises de 1 g pour induire la rémission de la RCH [25]. La mésalazine MMX (système à libération lente) est aussi efficace en une prise qu'en deux prises par jour pour maintenir la rémission dans le RCH [2-7]. Enfin, ce système MMX de libération lente peut être utilisé pour délivrer du budésonide au cours des RCH à localisation colique gauche. Le taux de réponse est cependant non différent du placebo (47,1 %versus 33,3 %) [28]. La délivrance distale de corticoïdes avec peu d'effets systémiques reste donc un problème non résolu. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°8 - septembre-octobre 2007
(2007/09) Immunogénicité des anti-TNF : quel impact en pratique clinique?
Mathias Chamaillard, Physiopathologie des maladies inflammatoires de l'intestin, Inserm U 795 - Hôpital Pierre Swynghedauw, Lille. Laurent Peyrin-Biroulet,
Service d'hépato-gastro-entérologie, CHU Nancy-Brabois et Laboratoire Inserm U724, Faculté de médecine, Nancy. | Qu'est-ce que l'immunogénicité? L'immunogénicité se réfère au développement d'une mémoire immunologique contre un antigène. En d'autres termes, ce processus immunologique consiste en une génération d'anticorps dirigés contre la partie variable de ces immunoglobulines qui confèrent la spécificité de l'anticorps monoclonal à l'antigène (anticorps anti-idiotypes). Ainsi, lors d'une nouvelle exposition à un déterminant antigénique (idiotope), la réaction immunitaire secondaire est plus rapide, plus intense et plus spécifique que la réaction immunitaire primaire (réponse immune anamnestique). | Immunogénicité et infliximab Le développement des biothérapies au milieu des années 1990 a été considéré comme une révolution thérapeutique dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI). L'efficacité parfois spectaculaire de ces nouvelles molécules a longtemps été estimée comme leur principal avantage, faisant souvent passer leur profil de tolérance au second plan. Rapidement, il a pu être montré que l'infliximab (Remicade®), le premier anti-TNF à avoir démontré son efficacité dans la maladie de Crohn, pouvait entraîner la formation d'anticorps anti-infliximab. Les taux d'anticorps anti-infliximab variaient entre 6,9 et 19 % dans les premiers essais cliniques (dont l'essai ACCENT 1) ayant évalué l'efficacité de l'infliximab en traitement d'entretien de la maladie de Crohn. En 2003, l'étude de Baert et al publiée dans le New England Journal of Medicine a fait beaucoup parler d'elle, puisque les auteurs montraient pour la première fois que l'apparition d'anticorps anti-infliximab pouvait avoir un retentissement clinique non négligeable. Le développement d'anticorps anti-infliximab était associé à un risque accru de réactions à la perfusion et à une réduction de la durée de réponse au traitement. Qu'en est-il en 2007? Il faut noter que l'étude de Baert et al a été menée à une période où l'infliximab était administré en traitement "à la demande", dès que les symptômes réapparaissaient chez les répondeurs après un traitement d'induction par une perfusion. Depuis, la situation a bien changé… En effet, les essais ACCENT 1 et 2 ont montré que l'infliximab administré de façon systématique toutes les 8 semaines avait une efficacité significativement supérieure à un schéma "à la demande". - Pourquoi des perfusions toutes les 8 semaines? Comme toujours avec les biothérapies, les données pharmacologiques expliquent les différents schémas d'administration testés et validés dans les essais cliniques. Alors que la demi-vie de l'infliximab est de 8-9,5 jours, l'infliximab peut être détecté dans le sérum pendant au moins 8 semaines après la dose recommandée de 5 mg/kg pour la maladie de Crohn.
- Pourquoi "un traitement à la demande" est-il moins efficace qu'un traitement d'entretien par perfusions toutes les 8 semaines? Tout d'abord parce qu'un blocage permanent de l'action pro-inflammatoire du TNFa, une cytokine majeure impliquée dans la pathogénie des MICI, permet forcément de réduire le risque de rechutes chez ces malades. En dehors de cette notion simpliste mais qui est finalement celle qui pourrait rendre compte en grande partie de la différence d'efficacité entre les deux schémas, un autre élément est à prendre à compte : le fait de maintenir un niveau sanguin d'infliximab quasiment constant au cours du temps. Comme dans tout phénomène allergique, des réintroductions successives d'un allergène vont conduire l'organisme à développer des anticorps dirigés contre cet allergène. Alors que la première rencontre avec cet allergène ne sera accompagnée d'aucun symptôme, un nouveau contact pourra, quant à lui, entraîner une réaction allergique qui peut se manifester sous des formes diverses, allant de l'éruption cutanée à l'œdème de Quincke. Lorsqu'un traitement d'entretien par perfusions systématiques toutes les 8 semaines est instauré après un traitement d'induction, la présence quasi permanente d'infliximab dans le sang des malades réduit le risque d'immunisation et donc de réactions allergiques.
Répercussions cliniques : intolérance et perte de réponse L'immunogénicité peut se répercuter de deux façons sur le plan clinique : soit par une intolérance, soit par une perte de réponse. L'infliximab a été associé non seulement à des réactions aiguës liées à la perfusion, comprenant des chocs anaphylactiques, mais également à des réactions d'hypersensibilité retardée. Des réactions aiguës liées à la perfusion, telles des réactions anaphylactiques, peuvent survenir au moment (dès les premières secondes) de la perfusion ou au cours des quelques heures suivant le début de la perfusion. Lorsque ces réactions surviennent, la perfusion doit être interrompue immédiatement. Un équipement d'urgence, tel qu'adrénaline, antihistaminiques, corticoïdes ainsi qu'une assistance respiratoire doivent être disponibles. Les patients peuvent être préalablement traités avec, par exemple, un antihistaminique et de l'hydrocortisone afin de prévenir la survenue de tels effets indésirables. Cependant, il faut noter qu'aucune étude n'a pu formellement démontrer à ce jour l'intérêt de ce traitement préventif. Une étude menée dans la polyarthrite rhumatoïde a même conclu à l'absence d'efficacité de telles mesures préventives. Des anticorps anti-infliximab peuvent se développer et ont été associés à une augmentation de la fréquence des réactions liées à la perfusion. Il faut néanmoins retenir que seule une faible proportion de ces réactions liées à la perfusion était considérée comme sévère. Si des réactions graves surviennent, un traitement symptomatique doit être donné et l'infliximab ne doit plus être réadministré. Une réaction d'hypersensibilité retardée a également été observée chez un nombre significatif de patients atteints de maladie de Crohn (25 %) qui avaient été de nouveau traités par infliximab après une période de 2 à 4 ans sans traitement par infliximab. Les signes et symptômes comprenaient une myalgie et/ou une arthralgie avec fièvre et/ou rash dans les 12 jours suivant la réintroduction de l'infliximab. Certains patients ont également présenté un prurit, un œdème facial, de la main ou de la lèvre, une dysphagie, une urticaire et/ou une céphalée. Les patients doivent donc être informés de la nécessité de demander immédiatement un avis médical en cas de survenue de tout effet indésirable retardé. Si après une longue période sans traitement par infliximab des patients sont retraités, ils doivent être étroitement surveillés quant à la manifestation des signes et des symptômes d'une réaction d'hypersensibilité retardée. La situation est toutefois différente en 2007. Ce type de réactions retardées est en effet moins fréquent avec les perfusions d'infliximab systématiques toutes les 8 semaines. Enfin, chez les patients atteints de la maladie de Crohn, une relation entre le développement d'anticorps anti-infliximab et la diminution de la durée de réponse a également été observée. De 2003 à 2006, afin d'éviter l'apparition de ces anticorps neutralisant l'infliximab, la plupart des experts ont conseillé d'administrer systématiquement un immunosuppresseur de type azathioprine (Imurel®) en plus de l'infliximab. Depuis un an et la survenue de dix cas de lymphomes T hépatospléniques de pronostic effroyable chez des jeunes malades traités par infliximab et immunosuppresseurs, ainsi que la présentation des résultats d'une étude belge (non encore publiée) n'ayant pas démontré de supériorité de l'association azathioprine-infliximab sur l'infliximab seul, les recommandations des experts ont évolué. Il est important de noter qu'aucun cas de lymphome hépatosplénique n'a été observé sous infliximab seul. Une association immunosuppresseur-infliximab n'est plus conseillée à titre systématique en 2007. L'intérêt d'une telle association fera l'objet d'un article à paraître dans le prochain numéro des Nouvelles des MICI. Infliximab, adalimumab et certolizumab : faut-il mettre tous les anti-TNF dans le même panier? L'infliximab est un anticorps monoclonal chimérique (75 % humain et 25 % murin). Deux autres anti-TNF (adalimumab [Humira®] et certolizumab [Cimzia®]) ont démontré leur efficacité dans la maladie de Crohn luminale. L'adalimumab (anticorps humain) et le certolizumab (anticorps humanisé) devraient théoriquement être moins immunogènes. Des anticorps anti-adalimumab et anti-certolizumab ont cependant été mis en évidence dans les larges essais cliniques randomisés contre placebo ayant évalué ces deux molécules. À ce titre, le résumé des caractéristiques de l'adalimumab a été modifié, mentionnant désormais qu'une perte d'efficacité du produit peut être due à la présence d'anticorps anti-adalimumab. En conclusion, deux messages sont essentiels concernant l'immunogénicité des anti-TNF. Premièrement, "tous les agents anti-TNF sont immunogènes". Deuxièmement, peut-on comparer le degré d'immunogénicité des trois molécules (infliximab, adalimumab et certolizumab) efficaces dans les MICI? La réponse est clairement NON. Les pourcentages d'anticorps anti-TNF ne permettent pas une comparaison entre molécules. Les méthodes de dosage varient selon les laboratoires et le seuil de détection peut être différent d'un anticorps à un autre. Il n'est donc d'aucune utilité d'analyser les taux d'anticorps rapportés dans les essais cliniques pour chaque molécule anti-TNFa. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément au n°8 - septembre-octobre 2007
Références 1. Sandborn WJ. New concepts in anti-tumor necrosis factor therapy for inflammatory bowel disease. Rev Gastroenterol Disord 2005;5:10-8. 2. Hanauer SB, Wagner CL, Bala M et al. Incidence and importance of antibody responses to infliximab after maintenance or episodic treatment in Crohn's disease. Clin Gastroenterol Hepatol 2004;2:542-53. 3. Cheifetz A, Mayer L. Monoclonal antibodies, immunogenicity, and associated infusion reactions. Mt Sinai J Med 2005;72:250-6. 4. Fefferman DS, Farrell RJ. Immunogenicity of biological agents in inflammatory bowel disease. Inflamm Bowel Dis 2005;11:497-503. 5. Chang JT, Lichtenstein GR. Drug insight: antagonists of tumor-necrosis factoralpha in the treatment of inflammatory bowel disease. Nat Clin Pract Gastroenterol Hepatol 2006;3:220-8.
(2007/09) Une utilisation décevante de l’antibiothérapie dans la maladie de Crohn
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon La possibilité d’une participation bactérienne dans la maladie de Crohn est largement défendue et une infection par la bactérie Mycobacterium avium sous-espèce paratuberculosis a été proposée comme une cause de la maladie de Crohn (MC). Pour tester cette hypothèse, 213 patients ont été randomisés pour recevoir soit une association de clarithromycine 750 mg/j, rifabutine 450 mg/j et clofazimine (spécifiquement dirigé contre les mycobactéries) 50 mg/j, soit du placebo. Ce traitement était mis en place pour deux années suivies d’une année supplémentaire de surveillance. Lors des 16 premières semaines de traitement la corticothérapie a été progressivement diminuée et les patients en rémission à la fin de cette 16ème semaine (score d’activité de la maladie de Crohn, CDAI, ≤150) ont poursuivi le traitement antibiotique pendant la phase d’entretien. Le critère principal de jugement était la proportion de malades qui avaient présenté au moins une rechute à 12, 24, et 36 mois. A la fin des 16 semaines initiales, la proportion de patients en rémission était significativement plus importante dans le groupe de patients recevant des antibiotiques (ATB) que chez ceux recevant un placebo (66 % vs 50 %; P = 0,02). Sur les 122 sujets entrés en phase d’entretien, 39 % de ceux recevant des ATB ont présenté au moins une rechute entre les semaines 16 et 52 contre 56 % dans le groupe placebo (P = 0, 054). Au terme de la seconde année de traitement ces proportions étaient de 26 % et 43 %, respectivement (P = 0,14). Enfin, lors de l’année de suivi post traitement les taux de rechute ont été de 59 % dans le groupe ATB et de 50 % dans le groupe placebo (P = 0,54). Cette étude montre que l’utilisation d’une triple antibiothérapie associant la clarithromycine, la rifabutine, et la clofazimine pour une durée allant jusqu’à 2 ans n’apporte pas de bénéfice à long terme. Elle ne fournit pas d’arguments en faveur de l’implication de la sous espèce paratuberculosis de Mycobacterium avium dans la pathogénèse de la MC. L’amélioration observée à court terme lorsque cette association d’ATB était combinée à la corticothérapie n’est probablement pas spécifique. Journal International de Médecine 2007 Selby W et coll. : “Two-Year Combination Antibiotic Therapy With Clarithromycin, Rifabutin, and Clofazimine for Crohn’s Disease” Gastroenterology 2007 ; 132 : 2313-2319
(2007/11) Bisphosphonates intraveineux pour la prévention de l'ostéoporose cortico-induite
Pr Henri Duboc, Service de Gastro-Entérologie, CHU de Montpellier Abitbol V et al. A double-blind placebo-controlled study of intravenous clodronate for prevention of steroid-induced bone loss in inflammatory bowel disease. Clin Gastroenterol Hepatol 2007;5:1184-9. Les auteurs rapportent les résultats d'un essai randomisé contrôlé contre placebo d'une durée de un an et évaluant l'efficacité du clodronate dans la prévention de l'ostéoporose cortico-induite. D'avril 2001 à décembre 2003, 67 patients atteints de maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) et débutant une corticothérapie à une dose moyenne de 50 mg par jour ont été randomisés en deux groupes homogènes. Le groupe traité activement (n = 33) recevait une perfusion de clodronate 900 mg tous les 3 mois pendant un an ; l'ensemble des patients recevait une supplémentation en calcium (1 g/j) et vitamine D (800 unités/j). Dans les deux groupes, la durée de traitement par corticothérapie était supérieure à six mois chez 85 % des patients. La densité minérale osseuse (DMO) lombaire était mesurée par absorptiométrie biphotonique (aussi appelée DXA, ou ostéodensitométrie) à l'entrée dans l'étude et après un an de traitement. À un an, la DMO était stable dans le groupe clodronate, alors qu'elle diminuait significativement dans le groupe placebo au niveau du rachis mais aussi au niveau du col fémoral. La fréquence des événements indésirables était basse et comparable dans les deux groupes, et aucune poussée de la MICI n'a pu être attribuée au clodronate. Les auteurs concluent à l'efficacité des perfusions de clodronate dans la prévention de l'ostéoporose cortico-induite. Commentaire En 2007, le couple "os et MICI" ne se résume plus à un problème pédiatrique de développement du squelette de l'enfant sous corticoïdes. En effet, il est désormais clairement établi que le patient adulte atteint de MICI a un risque relatif de fracture ostéoporotique de 1,4 à 1,7 par rapport à la population générale, et des tassements vertébraux sont constatés chez 7 % des sujets avec MICI, survenant 10 à 15 ans avant l'âge habituel de cette pathologie. Selon les études, l'ostéoporose a une prévalence de 18 à 42 %, et une corticothérapie expose à une perte osseuse annuelle de 6 % au niveau du rachis et de 9 % au niveau du col fémoral. La baisse de DMO reflète le risque fracturaire et peut s'expliquer par deux mécanismes : l'ostéomalacie, ou anomalie de fixation du calcium par carence en vitamine D, et l'ostéoporose, qui est une raréfaction du tissu osseux par augmentation du remodelage, sans anomalies de minéralisation. Au cours des MICI, la baisse de DMO est en majorité due à l'ostéoporose et non à l'ostéomalacie. Utile chez les patients carencés, la supplémentation en calcium et vitamine D n'a pas prouvé son efficacité en prévention de la perte osseuse. Les bisphosphonates agissent sur le remodelage tissulaire osseux en diminuant l'activité des ostéoclastes, et jouent ainsi sur la composante ostéoporotique. Leur efficacité est bien démontrée dans la prévention de la baisse de DMO, et pour la diminution d'incidence des fractures ostéoporotiques en rhumatologie. Les résultats des travaux de V. Abitbol et al confirment les résultats de quatre études déjà publiées sur l'efficacité des bisphosphonates dans la prévention de l'ostéoporose cortico-induite au cours des MICI. Les auteurs ont utilisé ici la voie intraveineuse ; la voie orale classique est contraignante et quelquefois mal tolérée sur le plan digestif. Pharmacologiquement, les bisphosphonates ont une faible biodisponibilité orale, et les aminobisphosphonates pourraient avoir un effet pro-inflammatoire, reflété par une augmentation des taux de TNF et d'IL-6. Le clodronate est un bisphosphonate non-aminobisphosphonate qui n'a pas ces effets potentiellement délétères et qui est administré en perfusion intraveineuse tous les 3 mois, ce qui facilite l'observance et s'affranchit d'une absorption digestive potentiellement perturbée au cours des MICI. La place des bisphosphonates en prévention primaire chez les sujets atteints de MICI doit maintenant être précisée, notamment chez les femmes en âge de procréer et d'allaiter, qui représentent une population importante dans les MICI. Dans l'état actuel des connaissances, l'indication préventive reste à peser en fonction d'autres facteurs de risque d'ostéoporose (âge, fractures antérieures). La prescription de vitamine D et de calcium est indispensable en cas d'ostéoporose avérée, de même que la pratique d'une activité physique. Au total, ces données doivent nous inciter à dépister l'ostéoporose, cliniquement muette jusqu'à la fracture, chez les sujets atteints de MICI. Il faut rappeler que la DXA est remboursée depuis juin 2006, et indiquée chez les sujets traités par corticoïdes pour une durée prévisible de plus de 3 mois. La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément 2 au n°9 - novembre-décembre 2007 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2007/11) Problèmes posés par le développement des nouvelles thérapeutiques des MICI
Pr Marc-Antoine Bigard, Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy Problèmes posés par le développement des nouvelles thérapeutiques des MICI Les cibles thérapeutiques potentielles sont multiples dans les MICI comme dans toute la pathologie inflammatoire chronique, notamment rhumatismale. Les cascades conduisant à l'inflammation sont de mieux en mieux identifiées et donnent lieu à des schémas de plus en plus complexes, faisant intervenir divers types cellulaires, de multiples cytokines. Ces dernières années, l'arsenal thérapeutique dans la pathologie inflammatoire s'est enrichi de quatre nouvelles classes : les traitements par cytokines ou anticytokines, les agents inhibant les lymphocytes T, les molécules anti-adhésion et les facteurs de croissance. Au total, une quarantaine de molécules ont fait l'objet d'essais, certaines n'ayant été testées que dans un essai pilote tandis que d'autres arrivaient en phase III avec plusieurs centaines de patients. Le développement de ces molécules rencontre des difficultés. Les laboratoires importants, possédant des moyens de recherche gigantesques, ont pendant longtemps cherché le blockbuster, c'est-à-dire la molécule capable de faire plus d'un milliard et si possible plusieurs milliards de dollars de chiffre d'affaires. Cette logique a atteint ses limites et la chasse au blockbuster apparaît comme dépassée pour une "Big Pharma". Les laboratoires se sont alors orientés vers des marchés de niche avec un nombre plus restreint de patients. Le prototype en est le cancer, la société paraissant prête à payer beaucoup pour améliorer la survie des malades cancéreux de quelques mois. Il est probable que les limites des coûts acceptables seront vite atteintes dans le domaine du cancer. Dans celui des maladies inflammatoires, rhumatismales ou digestives, la mise au point de plusieurs anti-TNF efficaces, transformant souvent la vie des patients, a été une révolution. Cependant, il est clair que l'on a besoin d'autres classes thérapeutiques pour les échecs ou les intolérances aux anti-TNF. Le développement est cependant risqué et coûteux pour les laboratoires, souvent de taille moyenne, qui s'intéressent à ce domaine. Les avis des agences de régulation peuvent différer des deux côtés de l'Atlantique. Faut-il encore faire des essais versus placebo dans les maladies de Crohn en poussée avec un CDAI à 350-400? Éthiquement, cela est discutable et, en France, les patients refusent souvent d'entrer dans ce type d'étude. Les essais contre molécules de référence posent d'autres problèmes. Quelle molécule choisir? Essai d'équivalence (nombre de patients élevé), de non-infériorité, voire de supériorité? Quel critère principal d'évaluation choisir? Quelle est la bonne durée pour la mise en rémission : 4, 6, 8 ou 12 semaines? La cicatrisation muqueuse doit-elle devenir un objectif (sachant que la maladie de Crohn est une maladie transmurale, ce critère est probablement incomplet, car il ne tient pas compte de l'évolution au niveau de la paroi)? Les effets indésirables des traitements deviennent une préoccupation majeure, avec les risques théoriques d'augmentation de l'incidence des lymphomes ou des cancers à long terme ou à très long terme, voire pour les descendants. Ce problème justifie un plan de gestion du risque lors des autorisations de mise sur le marché. Le rapport bénéfice/risque est de plus en plus difficile à apprécier. Le bénéfice peut sembler assez faible par rapport à un traitement classique (dont on découvre seulement maintenant les risques réels en ce qui concerne la corticothérapie !), mais 20 % d'amélioration c'est toujours bon à prendre quand on est malade. L'exemple du natalizumab est caractéristique de la problématique. Si, pour la sclérose en plaques, le bénéfice semble très important dans une affection pour laquelle les ressources thérapeutiques sont limitées, dans la maladie de Crohn, le bénéfice semble beaucoup plus marginal. Le risque de leuco-encéphalopathie multifocale progressive est en revanche réel chez les patients qui ont reçu des traitements immunosuppresseurs, ce qui est le cas de tous nos patients atteints de MICI sévère. Faut-il poursuivre le développement de ce médicament dans une maladie pour laquelle une solution chirurgicale existe, même si elle est souvent très mutilante? Lorsque le dossier d'enregistrement est présenté aux agences, les données peuvent toujours être interprétées de diverses façons selon les experts. Les méthodologistes voient surtout les défauts des essais, ces essais étant de réalisation complexe, tandis que les cliniciens, qui sont au contact des patients, ont tendance à voir surtout le côté favorable des résultats. Éternel problème de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine ! Les agences voient également souvent arriver des dossiers d'enregistrement alors que les essais ont été publiés dans de prestigieuses revues. Les revues n'ont pas accès à toutes les données des essais, à l'inverse des agences, à qui tous les éléments doivent être montrés et qui peuvent demander des analyses complémentaires ou des informations plus précises. Il peut donc exister des discordances entre les conclusions de l'article publié et celles des experts des agences du médicament, ces dernières pouvant même entraîner un refus d'enregistrement de la molécule ! En conclusion, les molécules potentiellement "exploitables" dans les MICI sont nombreuses, mais il est probable que peu d'entre elles arriveront un jour dans les pharmacies… Les anti-TNF restent ainsi la seule classe de biothérapie utilisable en pratique, 8 ans après leur commercialisation, et ce sans doute pour longtemps ! Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément 2 au n°9 - novembre-décembre 2007
(2007/11) Evolution du rôle des anti-TNF dans le traitement de la maladie de Crohn
Pr Edward V. Loftus Professeur au Collège de médecine de la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota), Directeur associé de l'Inflammatory Bowel Disease et consultant à la Division de gastro-entérologie et hépatologie de la Mayo Clinic Traduction de Christian de la Salle, (non-médecin) Note de l'éditeur : Depuis l'introduction de l'infliximab, un anticorps monoclonal chimérique du facteur de nécrose tumorale (TNF)-alpha, il y a près d'une décennie, les stratégies biologiques visant ce médiateur de l'inflammation ont eu un grand impact sur l'approche médicale de la maladie de Crohn. Dans ce cadre, l'approbation de l'anticorps monoclonal anti-TNF pleinement humain IgG1 (adalimumab) au début de l'année 2007, et l'arrivée prochaine du certolizumab pegol, un anti-TNF fragment Fab d'anticorps monoclonal humanisé lié au polyéthylène glycol, marque une évolution continue dans l'arsenal thérapeutique contre la maladie de Crohn.
Medscape s'est entretenu avec Edward V. Loftus, Jr, MD, professeur au Collège de médecine de la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota), Directeur associé de l'Inflammatory Bowel Disease et consultant à la Division de gastro-entérologie et hépatologie de la Mayo Clinic, pour discuter des informations les plus récentes concernant l'utilisation de la thérapie anti-TNF contre la maladie de Crohn, d'après les données présentées à la réunion annuelle 2007 de l'American College of Gastroenterology (ACG). Medscape : D'après votre expérience, quels sont les principaux défis cliniques pour une gestion optimale de la maladie de Crohn en utilisant des anti-TNF? Quelles autres considérations est-il important de prendre en compte concernant l'utilisation de ces agents? Pr Loftus : Il y a plusieurs défis. Tout d'abord, la réponse clinique à la lutte contre le anti-TNFn'est pas universelle. Dans les essais cliniques tels que ACCENT I (étude clinique de la maladie de Crohn évaluant un nouveau régime de traitement à long terme par l'infliximab) avec l'infliximab [1], CHARM (essai Crohn des anticorps pleinement humains adalimumab pour l'entretien de la rémission) avec l'adalimumab [2], et PRECiSE 2 (évaluation de la sécurité et de l'efficacité de fragments d'anticorps pégylés dans la maladie de Crohn) avec le certolizumab pegol [3], les taux de réponse cliniques à court terme allaient de 58 % à 64 %. Autrement dit, une réponse clinique n'a pas été observée chez 36 % à 42 % des patients de maladie de Crohn traités dans ces essais ; cela est-il dû à l'efficacité intrinsèque de ces agents, au type de patients qui ont été traités ou au rythme du traitement (c'est-à-dire, en ce qui concerne tant la durée de la maladie que la hiérarchie globale du traitement)? La réponse implique probablement une combinaison de tous ces facteurs. Des analyses secondaires de CHARM [4] et PRECiSE 2 [5] suggèrent que les patients avec une durée plus courte de maladie de Crohn (par exemple, ceux qui sont traitées plus tôt dans le cours de la maladie) ont des taux de réponse et de rémission significativement plus élevé que ceux qui ont une plus longue durée de maladie. En outre, les thérapies anti-TNFsemblent avoir un meilleur taux de réponse chez les patients pédiatriques, qui en général ont des durées plus courtes de maladie que les patients adultes étudiés dans les essais cliniques. Dans l'étude REACH (une étude randomisée multicentrique ouverte pour évaluer la sécurité et l'efficacité de l'anticorps monoclonal anti-TNF Remicade® en pédiatrie avec maladie de Crohn modérée à grave ), un essai randomisé, ouvert, sur des patients pédiatriques avec maladie de Crohn modérée à grave, qui ont été traités par l'infliximab contre placebo, le taux de réponse clinique à la semaine 10 après 3 doses d'infliximab a été très étonnament élevé, à 88 % [6]. Toutes ces données semblent indiquer que l'utilisation d'anti-TNFplus tôt dans le cours de la maladie peut en améliorer l'efficacité. Un deuxième défi a trait à la préoccupation des patients concernant les effets secondaires potentiels associés aux anti-TNF. Plusieurs études récentes concernent la perception par les patients du rapport bénéfice/risque de cette thérapie et les conclusions sont contradictoires. Une étude laisse penser que les patients sont disposés à assumer des taux annuels de risque relativement élevés en ce qui concerne les effets secondaires, si le bénéfice potentiel du médicament est grand [7], tandis qu'une autre étude récente suggère que de nombreux patients pourraient surestimer les avantages potentiels et de sous-estimer les risques potentiels de la thérapie par infliximab. Près des deux tiers des patients prenant l'infliximab, et à qui l'on présente les avantages et les risques potentiels d'un médicament hypothétique ayant un profil d'efficacité et desécurité du profil similaire à l'infliximab, ont déclaré qu'ils ne prendraient pas un tel médicament [8]. Les obstacles à la prescription d'anti-TNF en raison des préoccupations concernant les effets négatifs potentiels peuvent provenir non seulement des patients, mais aussi de leurs médecins. Une étude présentée à ACG 2007 a interrogé plusieurs centaines de gastro-entérologues américains sur leur tolérance à l'égard des risques potentiels associés aux thérapies médicales pour la maladie de Crohn [9], et a constaté que la plupart des médecins étaient prêts à accepter le risque en échange d'efficacité. Le degré de risque était dépendant du degré de bénéfice, du type d'événement indésirable et de l'âge du patient. De façon un quelque peu surprenante, beaucoup de médecins étaient plus enclins à prescrire des thérapies à risque élevé à des patients âgés avec co-morbidité, plutôt qu'à des jeunes, par ailleurs en bonne santé. Moins surprenante, le patient moyen était prêt à accepter un plus grand niveau de risque inférieur que la moyenne des gastro-entérologues. Il reste à déterminer si des modes différents d'administration de la thérapie anti-TNF présentent des obstacles sensiblement différents à leur utilisation. D'un côté, l'option d'une thérapie à la maison avec auto-injection sous-cutanée, sans besoin de s'absenter du travail, attire de nombreux patients, mais de l'autre, certains cliniciens craignent qu'une thérapie auto-administrée puisse-t-avoir une incidence délétère sur l'observance du traitement par le patient, comparé à une perfusion intraveineuse de l'agent anti-TNF sous "surveillance directe", qui montre un taux relativement élevé d'observance [10]. Sujet compliquant plus avant, ce qu'il en coûte aux patients pour une thérapie par infliximab comparée à une par adalimumab peut varier fortement suivant le régime d'assurance maladie. Autres considérations lors de la prescription d'anti-TNF : des avantages potentiels qui peuvent être difficiles à quantifier, comme l'impact sur la qualité de vie liée à la santé (HRQOL). De solides études documentant amélioration de HRQOL ont été publiées lors de l'utilisation de l'infliximab dans la maladie de Crohn [11]. Dans les données présentées à ACG 2007, une analyse secondaire de répondeurs randomisés (patients ayant s une diminution d'au moins 70 points de l'indice de base du Crohn's Disease Activity Index [CDAI] en semaine 4) dans l'essai CHARM a démontré l'impact de l'adalimumab les résultats rapportés par les patients ayant la maladie de Crohn [12]. Les patients traités par adalimumab dans la première partie de l'essai ouvert ont eu de rapides améliorations de HRQOL, comme mesuré par plusieurs instruments de validation (le questionnaire Inflammatory Bowel Disease [IBDQ] et le SF-36). En outre, on note que ces patients ont rapidement des améliorations significatives de fatigue et de dépression, mesurées par des instruments validés. Les patients maintenu sous adalimumab ont non seulement des scores IBDQ et le SF-36 nettement plus élevés par rapport au groupe induction-seulement à la fin de l'étude, mais ils présentent significarivement moins de fatigue et de dépression. Medscape : La prépondérance des données concernant la sécurité des anti-TNF, ainsi que certaines études mieux conçues à l'égard des manifestations indésirables ont été publiés dans la littérature rhumatologique étant donné la plus large expérience clinique dans cette maladie avec ces agents thérapeutiques. Par conséquent, avec les effets secondaires bien établi en rhumatologie, que pouvons-nous dire au sujet de la sécurité globale des anti-TNF dans la maladie de Crohn? Pr Loftus : Des événements indésirables rares mais graves ont été rapportés avec les traitements anti-TNF, dont infection grave, démyélinisation et malignité [13,14]. Les tentatives pour estimer ces risques sont compliqués du fait que certains de ces événements peuvent être associée à la maladie de Crohn elle-même ou à des médicaments concomitants utilisés pour traiter la maladie. Plusieurs études présentées lors du congrès ACG de cette année ont évalué la sécurité de l'adalimumab et du certolizumab pegol dans la maladie de Crohn. Dans une analyse [15] de plus de 1 100 de patients de la maladie deCrohn qui ont participés à CHARM ou GAIN [16] (Gauging Adalimumab efficacité dans Infliximab Nonresponders) et qui ont été inclus dans une extension d'étude ouverte de l'adalimumab, ont été publiés les événements indésirables sur un suivi de 1 299 personne-ans : des événements graves ont été rapportés chez 24,6 % des patients, avec un taux de 35,1 événements graves pour 100 personne-ans. Des réactions sur le site d'injection ont eu lieu chez 20,4 % des patients. Vingt-quatre malades (2,1 %) ont développé des infections opportunistes dont la plupart étaient des candidoses non systémiques. Il y a eu 3 cas (environ 0,2 %) de tuberculose. Des tumeurs malignes été diagnostiquées chez 20 patients (1,7 %), mais la moitié étaient des cancers non-mélanomes de la peau. Il y a eu 1 lymphome. Le sécurité d'emploi de l'adalimumab dans cette analyse était similaire à celle de l'adalimumab dans d'autres indications et était similaire à celle de l'infliximab dans la maladie de Crohn [15]. Les résultats d'un essai sur centre seul de l'adalimumab dans la maladie de Crohn pédiatrique ont également été raportés à l'ACG 2007 [17]. Les patients ou leurs parents avaient reçu pour instruction d'appeler le médecin si des effets indésirables se manifestaient. Sur 15 patients avec une durée moyenne de traitement de 10,8 mois (1 patient était perdu au cours du suivi), 26 événements indésirables sur un total de 272 injections ont été rapportés. Parmi les effets indésirables, douleurs abdominales et nausées ont été les plus fréquents et aucun n'a été jugé grave. Une autre étude présentée à l'ACG 2007 a étudié l'incidence d'anticorps neutralisant le certolizumab pegol (anticorps anti-certolizumab) dans 2 essais de phase 3 (PRECiSE 1 et PRECiSE 2) [18] de la maladie de Crohn . Le développement d'anticorps neutralisants peuvent potentiellement réduire le taux de réponse clinique. Des anticorps neutralisants ont été détectés chez environ 6 % des patients testés. Une fois l'analyse des des résultats primaires des deux études a été stratifié par anticorps statut, il ne semble pas diminuer à la suite d'anticorps chez les patients positifs. Lorsque l'incidence des événements indésirables a été stratifié par anticorps état, seule une gastroentérite virale et l'anémie était plus fréquente chez les patients atteints d'anticorps positifs, mais ces événements sont encore relativement rares (3 % et 5 %, respectivement). Les réactions au site d'injection et des événements évocateurs de réactions d'hypersensibilité ont également été nettement rares. Les auteurs d'étude a conclu que le développement d'anticorps neutralisants à certolizumab pegol ne semble pas avoir un effet marqué sur les taux de réponse clinique chez les patients atteints de la maladie de Crohn, et que la fréquence des événements indésirables a été comparable dans d'anticorps négatif et positif d'anticorps des patients. Medscape : Les pleinement humain IgG1 antipersonnel TNF-alpha anticorps monoclonal l'adalimumab FDA a approuvé au début de cette année pour le traitement des patients adultes active modérée à sévère maladie de Crohn. Au cours de cette année, la réunion ACG, les données ont été présentées à partir d'une étude de prolongation label évaluation de l'efficacité à long terme de l'adalimumab dans la fistule de guérison et d'intervention dans la maladie de Crohn patients de l'essai CHARM. Qu'est-ce que vous pouvez nous parler de cette étude et quelles sont les principales conclusions? Pr Loftus: Les patients ont été suivis de CHARME à travers cette double aveugle, contrôlée par placebo, la phase 3, multicentrique, 56 semaines de l'étude, et a proposé l'inscription dans un esprit d'ouverture, d'extension en étude pour évaluer l'efficacité à long terme de l'adalimumab dans la fistule guérison Et de réaction. [19] Les patients qui sont encore aveuglés à la thérapie (le placebo, l'adalimumab 40 mg de semaine, ou l'adalimumab 40 mg toutes les deux semaines) à la fin de CHARM reçu le label ouvert tous les autres - l'adalimumab semaines de thérapie, tandis que les patients de l'ouverture Label hebdomadaire de l'adalimumab continué sur ce régime. Les patients atteints de fistules de référence au début de l'adalimumab CHARM qui ont reçu une thérapie, et qui s'inscrit dans le prolongement d'étude, ont été évaluées pour la fistule guérison (100 % de fermeture) et la fistule réponse (= 50 % de fermeture), à 6 et 12 mois dans l'étude aveuglé Et à 6 et 12 mois de l'ouverture d'extension suivi de l'étude (pour un total de 24 mois de traitement). Les données provenant de la 2 l'adalimumab doses ont été mises en commun. A total of 70 patients met the study criteria. Un total de 70 patients répondaient aux critères de l'étude. Fistule taux de guérison de 50 % à 6 mois et 12 mois, 56 % à 18 mois, et 60 % à 24 mois à partir du début de CHARM. Fistule taux de réponse ont été 64 % à 6 mois, 59 % à 12 mois, et 71 % à 18 et 24 mois. Une analyse séparée pour estimer entretien guérison de la fistule a été réalisée par l'examen des patients guéris avec des fistules à la fin de CHARM (N = 40). En supposant non-réponses parmi les patients perdus au suivi, fistule guérison persistait dans 79 % des patients à 6 mois et de 76 % à 12 mois, tandis que la fistule réponse a été observée chez 87 % à 6 mois et de 79 % à 12 mois. Les auteurs d'étude a conclu que plus de deux tiers des patients avaient une fistule réponse soutenue, et que la guérison fistule a été maintenu à plus de trois quarts des patients qui avaient guéri de fistules. Medscape : stéroidien utilisation dans la maladie de Crohn des patients est associée à la morbidité considérable et, à ce titre, peuvent avoir un impact économique sur l'utilisation des ressources de soins de santé. Dans une étude présentée au cours de ACG 2007, Feagan et collègues [20] a enquêté si l'arrêt des stéroïdes dans cette population de patients diminuerait les coûts de la santé (total et la maladie de Crohn liée). Qu'est-ce que vous pouvez nous parler de cette étude et quelles en sont les implications pour la pratique clinique? Pr Loftus : Cette étude a été l'une des nombreuses présenté à ACG 2007 qui a abordé la question de l'utilisation et les coûts des soins de santé dans la maladie de Crohn. Une analyse d'une base de données gérée soins dont plus de 10 millions de patients inscrits entre 1999 et 2005 identifié 9811 Crohn patients ayant reçu une ordonnance de corticostéroïdes (sans preuve d'une utilisation antérieure depuis l'entrée dans la base de données). [20] Les patients ont été classés dans la catégorie des Stéroïde mainteneurs ou stéroïdes discontinuers sur la base du fait qu'ils avaient la preuve de l'utilisation de corticostéroïdes entre 60 et 90 jours après l'ordonnance initiale. Tant les coûts totaux et de la maladie de Crohn des coûts associés au cours des prochains 180 jours (jours 91 à 270 de l'ordonnance initiale) ont ensuite été comparés. Environ 43 % des patients ont maintenu la corticothérapie tandis que 57 % abandonnées stéroïdes. La maladie de Crohn liée coûts sont nettement plus élevés chez les stéroïdes mainteneurs ($ 5270 contre $ 3275), de même que les coûts totaux ($ 10786 contre $ 7759). Des différences significatives entre les 2 groupes ont été notés, même après ajustement pour tenir compte de caractéristiques de base, de la démographie, et de co-morbidité. L'étude a conclu que les auteurs de stéroïdes était associé à l'abandon sensiblement plus faible total de la maladie de Crohn et des coûts associés, ce qui suggère que l'utilisation de stéroïdes peuvent avoir des incidences importantes sur les coûts pour la société et un tiers payant. Les auteurs d'étude de l'hypothèse que les thérapies qui permettent à la maladie de Crohn patients à diminuer les stéroïdes peuvent être associés aux économies réalisées. Même si un examen détaillé de toutes ces études de coût des analyses présentées à ACG 2007 dépasse le cadre de cette discussion, le thème général de ces exposés, c'est que la maladie de Crohn est une maladie importante des soins de santé associés à l'utilisation et à la fois directe et indirecte des coûts médicaux. Medscape : Y at-il d'autres données présentées lors ACG 2007 qui pourraient aider à mettre cette information sur le rôle des antagonistes du TNF dans la maladie de Crohn en mieux contexte clinique? Pr Loftus : Un certain nombre d'études présentées à ACG 2007 axé sur certolizumab pegol, le PEGylated antipersonnel TNF humanisé fragments Fab, qui est à l'étude pour le traitement de la maladie de Crohn. Certaines des données de l'PRECiSE 3 et 4 études ont été présentés, y compris une analyse de l'efficacité soutenue de certolizumab pegol parmi les patients qui avaient été inscrits dans PRECiSE 2. [21] PRECiSE 2 était de 26 semaines au long de l'induction ouverte label , En double aveugle entretien procès. Les patients dans les deux bras de procès qui étaient en réponse clinique (au moins 100 points diminution CDAI) à l'issue de ce procès pourrait entrer PRECiSE 3 à l'évaluation à long terme de réponse, alors que ceux qui avaient rechute pourrait entrer PRECiSE 4 à évaluer Reinduction et à l'entretien après rechute. Le reinduction dose de certolizumab dans PRECiSE 4 était 400 mg de sous-cutanée (SC), à la semaines 0, 2, et 4, tandis que la dose d'entretien dans les deux PRECiSE 3 et 4 de 400 mg de SC toutes les 4 semaines. L'efficacité a été évaluée en utilisant le Harvey - Bradshaw Index (HBI), qui fortement corrélée à la CDAI dans des études précédentes, à chaque visite à travers semaine 54 dans PRECiSE 3 (80 semaines à partir du début de PRECiSE 2), et par semaine 52 dans PRECiSE 4 ( 78 semaines à partir du début de PRECiSE 2). Rémission clinique était définie comme HBI de 4 points ou moins. À la fin de PRECiSE 2 (semaine 26), 47,9 % des patients étaient en rémission clinique. Parmi l'intention de traiter la population des patients sur certolizumab entretien dans PRECiSE 2 (N = 215), les taux de rémission clinique ont été 40,9 % à la semaine 52 et 37,2 % à la semaine 80. Parmi les 210 patients qui avaient reçu le placebo dans le aveuglé portion de PRECiSE 2, 32,4 % étaient en rémission clinique à la fin de cette étude, 30 % étaient en rémission à la semaine 52, et 23,3 % étaient en rémission à la semaine 80. Dans le PRECiSE 4 étude, reinduction avec certolizumab à ceux qui avaient rechuté malgré certolizumab entretien dans PRECiSE 2 abouti à la remise à 28,6 % à la semaine 4, et cette persisté (32,7 % à la semaine 24 et 34,7 % à la semaine 52). Reinduction chez les patients qui avaient reçu un placebo entretien dans PRECiSE 2 et avait perdu suite abouti à une rémission clinique dans 44 % à la semaine 4, 44 % à la semaine 24, et 36 % à la semaine 52. Les événements indésirables graves survenus dans 17 % à 19 % de PRECiSE 3 patients et dans 27 % à 37 % de PRECiSE 4 malades. Les auteurs ont conclu que le maintien de la rémission clinique a été maintenue pendant au maximum 18 mois avec certolizumab, et que reinduction avec une dose après complémentaire de la perte de réponse a été bien tolérée et efficace. Par conséquent, certolizumab semble être un moyen efficace d'entretien à long terme pour les patients atteints de la thérapie modérée à grave maladie de Crohn. D'intéressantes études sur l'effet de l'infliximab sur l'utilisation des soins de santé dans les maladies inflammatoires intestinales ont également été présentées au cours de cette année, la réunion ACG, dont un à partir d'une analyse commune des réclamations d'assurance santé de base de données comparant les hospitalisations et les interventions chirurgicales entre la maladie de Crohn des patients qui ont reçu soit épisodique ou d'entretien par infliximab. [22] Pour être admis à l'étude, les participants étaient tenus d'avoir eu codes CIM - 9 de la maladie de Crohn entre les années 2000 et 2003, et ont continue d'inscription dans la base de données pour les 12 mois avant et 12 mois après la date de l'index, Qui était une première perfusion de l'infliximab survenus en 2003. Thérapie épisodique est définie comme 4 ou moins perfusions dans les 12 mois suivants, de thérapie et de l'entretien a été défini comme au moins 5 perfusions au cours de la prochaine année. Parmi les 34 patients de l'entretien par infliximab, 20,6 % ont dû être hospitalisés au sein de la prochaine année, alors que 35,8 % des patients traités épisodiquement ont été hospitalisés. Il y avait une tendance à la non significatives hospitalisations moins de l'infliximab dans le maintien groupe. En outre, moins de l'entretien des patients requis par infliximab chirurgie (24 %) que les épisodiques groupe (40 %). L'étude a conclu que les auteurs entretien par l'infliximab réduit les hospitalisations et les interventions chirurgicales chez les patients atteints de la maladie de Crohn. Bien que les revendications des bases de données ont leurs limites en raison du manque de validation des algorithmes de recherche des cas, ils ont la possibilité de réfléchir plus d'un "monde réel" d'expérience que ce qui est observé dans les essais cliniques. The Evolving Role of TNF Antagonists for Crohn's Disease -- An Expert Interview With Edward V. Loftus, Jr., MD, Medscape Gastroenterology. Posted 11/06/2007. Références 1. Hanauer SB, Feagan BG, Lichtenstein GR, et al. Maintenance infliximab for Crohn's disease: the ACCENT I randomised trial. Lancet. 2002;359:1541-1549. Abstract 2. Colombel JF, Sandborn WJ, Rutgeerts P, et al. Adalimumab for maintenance of clinical response and remission in patients with Crohn's disease: the CHARM trial. Gastroenterology. 2007;132:52-65. Abstract 3. Schreiber S, Khaliq-Kareemi M, Lawrence IC, et al. Maintenance therapy with certolizumab pegol for Crohn's disease. N Engl J Med. 2007;357:239-250. Abstract 4. Schreiber S, Reinsich R, Colombel J, et al. Early Crohn's disease shows high levels of remission to therapy with adalimumab: sub-analysis of CHARM. Gastroenterology. 2007;132:A-147. [#985]. 5. Schreiber S, Colombel JF, Panes J, et al. Recent onset Crohn's disease shows higher remission rates and durability of response to treatment with subcutaneous monthly certolizumab pegol: Results from the analysis of the PRECiSE 2 Phase III Study. Gut. 2006;55(suppl II):A131. 6. Hyams J, Crandall W, Kugathasan S, et al. Induction and maintenance infliximab therapy for the treatment of moderate-to-severe Crohn's disease in children. Gastroenterology. 2007;132:863-873. Abstract 7. Johnson FR, Ozdemir S, Mansfield C, et al. Crohn's disease patients risk-benefit preferences: serious adverse event risks versus treatment efficacy. Gastroenterology. 2007;133:769-779. Abstract 8. Siegel CA, Levy LC, Mackenzie TA, Sands BE. Patient perceptions of the risks and benefits of infliximab for the treatment of inflammatory bowel disease. Inflamm Bowel Dis. 2007 Oct 9; [Epub ahead of print] 9. Sands BE, Siegel C, Ozdeir S, et al. Gastroenterologists' tolerance for Crohn's disease treatment risks. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S492. [#1020] 10. Kane S, Dixon L. Adherence rates with infliximab therapy in Crohn's disease. Aliment Pharm Ther. 2006;24:1099-1103. 11. Feagan BG, Yan S, Bala M, Bao W, Lichtenstein GR. The effects of infliximab maintenance therapy on health-related quality of life. Am J Gastroenterol. 2003;98:2232-2238. Abstract 12. Loftus EV, Feagan BG, Colombel JF, et al. Impact of adalimumab (Humira) on patient-reported outcomes. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S456. [#920] 13. Reddy JG, Loftus EV. Safety of infliximab and other biologic agents in the inflammatory bowel diseases. Gastroenterol Clin North Am. 2006;35:837-855. Abstract 14. Blonski W, Lichtenstein GR. Safety of biologic therapy. Inflamm Bowel Dis. 2007;13:769-796. Abstract 15. Colombel JF, Rutgeerts P, Sandborn WJ, et al. Adalimumab safety in Crohn's disease patients: open-label maintenance following the GAIN and CHARM trials. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S496-497. [#1031] 16. Sandborn WJ, Rutgeerts P, Enns R, et al. Adalimumab induction therapy for Crohn's disease previously treated with infliximab. A randomized trial. Ann Intern Med. 2007;146:829-838. Abstract 17. Green A, Wyneski M, Wyllie R, et al. Safety and efficacy of adalimumab in pediatric Crohn's disease patients. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S490. [#1014] 18. Stephens S, Bloomfield R, Devine DM, et al. Efficacy and safety of certolizumab pegol do not appear to be affected by neutralizing antibodies in patients with Crohn's disease. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S475. [#971] 19. Colombel JF, Kamm MA, Schwartz D, et al. Sustainability of adalimumab in fistula healing and response: 2 year data from CHARM and 12-month open-label extension follow-up study. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S497-S498. [#1034] 20. Feagan BG, Loftus EV, Kamm MA, et al. Impact of steroid discontinuation on healthcare resource utilization in Crohn's disease. Am J Gastroenterol. 2007;102(suppl 2):S445-446. [#890] 21. Schreiber S, Panes J, Mason D, Lichtenstein G, Sandborn WJ. 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(2007/12) Améliorer la communication médecins-patients
Dr Thierry Billoir,
L’information du patient est un élément capital dans la prise en charge de maladie de Crohn. Or la communication médecin-patient n’est pas toujours idéale dans cette affection, comme en témoignent les résultats de deux enquêtes européennes menées par TNS Healthcare auprès de 300 gastroentérologues et plus de 1 000 patients atteints de maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique. Ainsi, alors que 92 % des médecins déclarent avoir amorcé une discussion avec leur patient concernant l’impact de la maladie sur leur qualité de vie, seuls 40% des patients déclarent avoir l’impression que leur médecin comprend réellement cet impact. Pour le Pr Gert Van Asshe (Louvain, Belgique), « ces résultats nous rappellent que médecins, et patients, peuvent faire mieux en matière de discussion sur les problèmes liés à ces maladies, notamment à propos de l’impact sur la qualité de vie. ». De plus, les patients et les médecins ont souvent des définitions différentes d’un traitement efficace. Alors que 80 % des médecins pensent que la cicatrisation muqueuse est un élément de bon pronostic à long terme, seulement 27% des patients déclarent que leur médecin leur a expliqué ce que cela signifiait. L’échec thérapeutique non plus n’est pas perçu de la même manière : pour 80% des médecins, il s’agit d’un patient qui n’a pas repris ses activités quotidiennes normales au bout de trois mois de traitement. Pour les patients, c’est la persistance des symptômes (55 %), la survenue de poussées périodiques (47 %) ou la perspective de la chirurgie (42%). Sur ce dernier point, une certaine convergence apparaît : 80 % des médecins ne recommanderaient pas la chirurgie sans que des traitements biologiques n’aient été essayés au préalable et pour les patients, ces traitements biologiques constituent l’une des options thérapeutiques donnant le taux de satisfaction le plus élevé (59%). Dossier Gastroentérologie D’après une conférence de presse organisée par les laboratoires Schering-Plough.
(2007/12) Prothèses coliques : pour qui et comment ?
Dr René Laugier & Dr Patrick Tuvignon & Dr Arthur Laquiere, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital de la Timone Marseille Les endoprothèses ont été développées tout d’abord pour l’oesophage : il s’agissait de prothèses inexpansibles en plastique dont la difficulté de pose (et les risques) venaient de la nécessité de dilater préalablement la sténose jusqu’à un diamètre au moins égal à celui de la prothèse à larguer. Mais les rapides progrès de la méthode ont permis de l’appliquer à d’autres organes : voie biliaire, intestin grêle ou duodénum, puis rectum et côlon. es prothèses métalliques auto-expansibles qui ont été mises à notre disposition ont comme intérêt majeur de pouvoir être contraintes dans un cathéter de largage de faible diamètre et de reprendre leur taille initiale (jusqu’à 32 mm) après largage. Certaines sont contenues dans des cathéters posés sur un fil guide, d’autres peuvent passer directement à travers le canal opérateur de l’endoscope. Matériel disponible pour le côlon Prothèses métalliques auto-expansives Deux types de prothèses existent : les prothèses sur cathéters porteurs qui sont libérées sur un fil guide en dehors de l’endoscope (qui sont couvertes) et celles dont le cathéter est suffisamment fin pour passer à travers le canal opérateur (TTS, through the scope). Deux grands systèmes de contention et donc de largage existent sur le marché pour les prothèses sur fil guide et cathéter porteur en dehors de l’endoscope : la contention par « tricotage » et celle par une gaine externe. Contention par « tricotage » La première, développée par la firme Boston Scientific, correspond aux prothèses rectales de type « Ultraflex precisionTM » déclinées en de nombreuses tailles et longueurs . Les prothèses rectales ne sont pas couvertes, le maillage en Nitinol étant nu, ce qui est encore le cas pour les prothèses « Colonic WallflexTM » qui se posent à travers le canal opérateur de l’endoscope. Le cathéter porteur des « Ultraflex precisionTM » ne mesure que 8 mm de diamètre maximum au niveau de l’olive distale, le reste de la prothèse étant de diamètre encore plus fin, mais rugueux, du fait des mailles de tricotage du système de contention. L’ensemble présente une assez grande souplesse, ce qui en facilite la pose. Les diamètres disponibles varient de 16 à 23 mm de fût (collerette de 23 à 28 mm) et les longueurs de 9 à 15 cm. Ces prothèses sont faites en nitinol, métal à mémoire qui tire sa force d’expansion, non pas de sa morphologie, mais de la nature même du métal. Celui-ci tend à reprendre sa forme, et donc son diamètre, à la température du corps humain. Cette expansion est douce et la prothèse a une plus grande souplesse, ce qui lui permet de mieux conserver le péristaltisme intestinal résiduel. Le cathéter porteur est introduit sur un fil guide, après que la sténose a été franchie par un endoscope. Les plus petits endoscopes doivent être utilisés de préférence, soit un pédiatrique, soit éventuellement un naso-gastroscope. Le passage d’un endoscope permet de baliser l’extrémité supérieure de la sténose à « prothéser » : les repères pourront être des aiguilles intraveineuses posées sous scopie, sur la paroi pelvienne du patient ou, de façon plus sophistiquée, des clips endoscopiques, ou une injection de lipiodol. Le pôle inférieur est directement repéré sous contrôle visuel, l’endoscope étant réintroduit dans le rectum à côté du fil guide. Le largage lui-même se fait par « détricotage » du système de contention par le pôle inférieur. Le passage d’un endoscope permet de balise l’extrémité supérieure de la sténose à « prothéser ». L’inconvénient majeur de ces prothèses est de subir un phénomène de raccourcissement au moment du largage et de diminuer la précision de hauteur de pose, qui doit être suivie sous double contrôle, visuel et radioscopique. Autres prothèses Les autres prothèses disponibles sur fil guide et cathéter porteur ont en commun d’être contraintes par une gaine externe : leur libération se fait par retrait de cette gaine et ne se conçoit donc que par l’extrémité distale, supérieure. Certaines sont en acier et tirent leur force d’expansion de la conception de leurs anneaux : la « Z stentTM » de Cook en est un exemple. La taille et la rigidité du cathéter porteur sont un peu plus importantes. Son déploiement se fait de manière assez forte, ce qui doit inciter à une certaine délicatesse de manipulation ! L’avantage de ces prothèses est de ne pas subir de raccourcissement au largage, ce qui en simplifie la précision de hauteur de pose. Elles ont également une bien meilleure radio-opacité, ce qui facilite le suivi radiologique au moment du largage. La firme Life-Partners propose toute une gamme de prothèses en nitinol sur cathéter porteur. Ces prothèses sont non couvertes ou entièrement couvertes, y compris la zone porteuse des fils de mobilisation. La forme de la prothèse qui possède un épaulement assez marqué à chaque extrémité permet d’éviter la migration. La société coréenne Taewoong propose également des prothèses en nitinol couvertes, sur cathéter porteur, ou non couvertes à travers l’endoscope (« Niti-S® »), en fait analogues à celles de la société « Life-Partners » quant à leur morphologie, mais avec des épaulements moins marqués. Les autres prothèses TTS se posent sur un fil guide également, mais sans que la sténose n’ait été nécessairement franchie par l’endoscope : seul le fil guide doit franchir l’obstacle ce qui simplifie le geste et le rend plus sûr ! L’extrémité proximale est repérée par l’injection d’un peu de liquide de contraste en amont de la sténose, l’extrémité distale étant contrôlée directement par la vue. La prothèse la plus utilisée depuis des années est la prothèse « Enteral wallstent® » faite en alliage d’acier. Elle a comme avantage, en plus de passer par le canal opérateur, d’être souple, radio-opaque et recapturable sur les trois quarts de sa longueur, ce qui permet de reprendre une procédure au cours de laquelle la prothèse aurait été larguée trop bas : la recapture permet de repositionner correctement la prothèse et de refaire un second largage. Le même principe est repris dans les prothèses « Colonic wallflex® » qui sont faites en nitinol avec des extrémités ourlées atraumatiques. Les prothèses plastiques auto-expansives La firme Rüsch a été la seule à développer une prothèse dont le système de contention par gaine externe délivre une prothèse faite, non pas en métal, mais en plastique (du polypropylène). Elle est commercialisée sous le nom de « Polyflex® ». Le cathéter porteur est plus rigide et plus large que ceux des prothèses métalliques (11 ou 14 mm) et leur force d’expansion radiale plus faible, mais leur surface externe est totalement couverte ! La face interne est lisse, permettant un bon écoulement des selles, la face externe est finement quadrillée et donc discrètement rugueuse pour faciliter l’amarrage. Ses extrémités ne sont que peu préformées : la supérieure est discrètement évasée, l’inférieure est le prolongement simple du cylindre du fût de la prothèse. Ces caractéristiques leur procurent un risque moindre d’impaction dans la muqueuse. Cette prothèse se décline en taille allant de 16 à 21 mm de diamètre et 9 à 15 cm de longueur. Il est à noter que la firme Boston Scientific, qui distribue maintenant ces Polyflex®, insiste sur le fait que ces prothèses n’ont pas l’autorisation de mise sur le marché pour l’indication colique et que cette dernière doit donc se faire sous notre entière responsabilité ! Pour poser ces prothèses, il faut franchir la sténose, la dilater pour que le cathéter porteur puisse passer et que le tout soit suffisamment aligné pour que le cathéter rigide puisse monter à travers elle ; ces conditions ne sont pas remplies pour des sténoses rectales ou sigmoïdiennes basses . Indications et résultats Les premières prothèses qui furent posées au niveau du rectum étaient des prothèses oesophagiennes sur fil guide.
Par la suite, des prothèses spécifiquement dévolues au rectum et au côlon ont été développées. De très nombreuses publications leur ont été consacrées ; la première grande revue générale est celle de Harris et coll. Elle porte sur plus de 320 patients et a permis de clarifier les deux principales indications. L’occlusion colique La première indication est l’occlusion colique en urgence sur obstacle tumoral. Une colostomie de décharge en urgence était le traitement classique avec une reprise chirurgicale pour effectuer secondairement la colectomie. Cette attitude est grevée d’une mortalité et d’une morbidité qui sont extrêmement élevées dans ces conditions d’urgence. À l’opposé, une prothèse métallique permet de lever l’obstacle en semi-urgence, afin d’effectuer le bilan d’opérabilité rapidement, suivi de la chirurgie réglée (en l’absence de contre-indications chirurgicales ou oncologiques), une semaine plus tard. Cette indication de prothèse transitoire représente un peu plus d’un tiers des indications totales (118 sur 322). Les deux tiers restants (204 sur 322) concernent des patients pour lesquels le traitement chirurgical n’est pas souhaitable (extension trop grande au premier bilan, contre-indication chirurgicale, ou patient en fin de vie après échec de toutes les autres thérapies). Ces prothèses sont donc palliatives définitives. Complications Les principales complications sont la mauvaise position lors de la mise en place ou une migration précoce (6,8 %), la perforation (3,1 %), l’hémorragie (0,3 %). Les complications secondaires, comme toutes les prothèses, incluent la récidive sténosante par obstruction stercorale ou, plus souvent par croissance tumorale à travers les mailles de la prothèse (3,7 %). Les principales complications sont la mauvaise position lors de la mise en place ou une migration précoce (6,8 %), la perforation (3,1 %), l’hémorragie (0,3 %). Dans notre expérience, la perforation n’est intervenue qu’à deux reprises, et dans les deux cas, la sténose était due à une carcinose péritonéale localisée secondaire à un cancer gynécologique récidivant. Ni perforations, ni malpositions, ni hémorragies n’ont été observées dans notre cohorte de patients présentant un cancer colique primitif. Au total, 4,7 % des malades ont à subir une deuxième pose de prothèse, tandis que 4,1 % seulement ont finalement besoin de la chirurgie. Pour éviter, ou tout au moins retarder, l’obstruction secondaire stercorale, il faut insister sur la nécessité d’un régime riche en fibres, associé à des mucilages pour assurer des selles assez souples, si possible. Les indications de ces prothèses, en fin de vie expliquent que la survie moyenne se situe aux alentours de 2-3 mois. Pour éviter ou retarder l’obstruction secondaire stercorale, il faut insister sur la nécessité d’un régime riche en fibres, associé à des mucilages pour assurer des selles assez souples. Les résultats pour les sténoses recto-coliques bénignes Comme pour les sténoses de l’oesophage, la voie a été défrichée en 1997 dans des indications de sténoses bénignes par une prothèse perdue, laissée en place définitivement. Cela a été efficace sur la sténose, mais au prix de plusieurs impactions de selles dans la prothèse au cours des mois suivants. Un an plus tard, Davidson et coll. rapportaient un cas de désobstruction préopératoire du côlon par une prothèse métallique, évitant ainsi une colostomie de nécessité, en urgence, pour une sigmoïdite diverticulaire aiguë. La prothèse était enlevée au cours de la chirurgie réglée quelques semaines plus tard : l’attitude reproduit celle adoptée pour les cancers coliques responsables d’une occlusion, pour éviter la colostomie en urgence, sans changer la prise en charge secondaire. Puis s’est développé le concept de dilatation plus prolongée que celle obtenue par la dilatation au ballonnet, mais transitoire également. Depuis lors, quelques cas isolés ont été publiés, de traitement par des prothèses métalliques totalement couvertes, laissées en place de quelques semaines à 2 mois et dont, le plus souvent, la migration spontanée était considérée comme un signe de dilatation efficace ! La durée de calibrage de 2 mois est totalement arbitraire, mais semble être un compromis entre une durée suffisante pour une bonne efficacité et un temps pas trop long pour éviter le développement de la prolifération inflammatoire aux extrémités, qui pourrait compromettre le retrait de la prothèse. Les deux seules séries disponibles regroupent 10 et 6 patients. Dans la première série, 2 cas de sigmoïdite diverticulaire ont été traités secondairement par chirurgie ; 2 fistules sur 4 se sont fermées tandis que, chez 2 autres patients, une complication infectieuse a imposé la chirurgie en urgence. Parmi les 4 cas de sténoses anastomotiques, 3 ont pu guérir durablement. La seconde série a porté sur 6 cas de sténoses postopératoires : 2 migrations précoces ont été observées, tandis que les autres patients ont été traités avec succès. Les prothèses de type « Polyflex® » ont aussi été utilisées dans le rectum et le côlon, en cas de sténose anastomotique, à condition que la rigidité et la taille du cathéter porteur en laissent la possibilité ! Deux patients ont ainsi été traités dans le service avec des résultats corrects après 6 jours et 3 semaines de présence des prothèses et un recul de plusieurs années, sans récidive. Conclusion Les prothèses auto-expansives métalliques ont complètement changé la prise en charge des patients ayant un cancer colo-rectal : en urgence, le geste le plus sûr pour le patient devient la pose d’une prothèse plutôt que la colostomie en urgence. Cette prothèse va libérer le côlon, permettre la reprise du transit intestinal et la réalisation d’un bilan d’opérabilité. Soit une colectomie est indiquée et elle sera faite quelques jours plus tard dans de bonnes conditions, soit elle s’avère contre-indiquée, la prothèse devenant définitive et palliative. En dehors de l’urgence, en cas de cancer d’emblée inopérable (pour de multiples raisons : extension importante extracolique, contre-indication opératoire) ou après échec de toutes les thérapeutiques précédentes (et donc en fin de vie), la prothèse permet d’éviter une chirurgie d’autant plus lourde qu’elle s’adresse à des patients par définition extrêmement fatigués. La mortalité et la morbidité immédiates sont très faibles et les complications beaucoup moins sévères que la chirurgie. Pour ce qui concerne les sténoses bénignes, ces prothèses ont probablement un rôle à jouer, mais le manque de données ne permet pas, à l’heure actuelle, de préciser réellement les possibles indications. La plus grande prudence reste encore de mise, même si de grands espoirs sont mis dans ces nouvelles techniques ! Journal International de Médecine 2007 Pour en savoir plus • Harris G, Senagore A, Lavery I et al. The management of neoplastic colorectal obstruction with colonic endoluminal stenting devices. Am J Surg 2001 ; 181 : 499-506. • Davidson R, Sweeney W. Endoluminal stenting for benign colonic obstruction. Surg Endosc 1998 ; 12 : 353-4. • Suzuki N, Saunders P, Thomas-Gibson S et al. Colorectal stenting for malignant and benign disease: outcomes in colorestal stenting.Dis Colon Rectum 2004 ; 47 : 1201-07.
(2007/12) “Sœur Anne, ne vois-tu rien venir de nouveau pour traiter les MICI?”
Pr Marc-Antoine Bigard, Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy Soeur Anne pourrait répondre : "Je ne vois que les concepts qui pullulent, les études qui se multiplient, les molécules belles le matin et fanées le soir, mais je ne vois pas de nouvelle autorisation de mise sur le marché (AMM) pour des thérapeutiques médicales innovantes !" La mise à disposition de l'infliximab pour traiter la maladie de Crohn, en 1999, a représenté une avancée majeure dans sa prise en charge, mais, depuis maintenant huit ans, aucune molécule véritablement innovante n'a eu d'AMM. L'infliximab a inauguré la classe des anti-TNFa et a, depuis, élargi son champ d'application avec le traitement d'entretien, la prise en charge de la RCH et la possibilité de traiter les enfants. L'adalimumab n'a pas apporté de progrès évident aussi bien en termes d'efficacité qu'en ce qui concerne la tolérance, et n'a d'ailleurs obtenu à la Commission de la transparence qu'une amélioration de service médical rendu de niveau V. Le certolizumab n'a pas obtenu d'AMM européenne en raison des faiblesses de son dossier, surtout en ce qui concerne les résultats d'efficacité à court ou à moyen terme. Une nouvelle classe thérapeutique est apparue avec la mise à disposition du natalizumab dans la sclérose en plaques, il y a 18 mois. Cependant, le rapport bénéfice/risque est apparu défavorable dans la maladie de Crohn aux yeux l'Agence européenne du médicament. Le bénéfice du médicament semble marginal, de l'ordre de 10 % par rapport au placebo, et le risque de leucoencéphalopathie multifocale progressive (infection opportuniste à virus JC, d'évolution habituellement fatale) demeure une préoccupation majeure, chez des patients ayant parfois reçu des traitements immunosuppresseurs multiples. Même en cas de monothérapie par natalizumab, le risque reste difficile à apprécier. En conclusion, il nous reste uniquement, pour quelques années encore, les anti-TNFalpha, et nous devons apprendre à les utiliser de mieux en mieux, car en cas d'échec ou d'intolérance de cette classe thérapeutique, les possibilités médicales vont demeurer restreintes pour la prise en charge de ces patients en impasse thérapeutique. Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément 1 au n°9 - novembre - décembre (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2007/12) 15e UEGW : Flore intestinale et MICI (accés libre)
Pr Marc-Antoine Bigard, Service d'hépato-gastro-entérologie - CHU de Nancy L'UEGW est devenu en 15 ans l'équivalent européen de la Digestive Disease Week (DDW) américaine, qui se tient toujours au mois de mai. En gastro-entérologie, deux thématiques sont toujours à l'honneur : les MICI et l'endoscopie. Voici une synthèse d'une des communications originales touchant les MICI : Les résumés figurent dans un numéro spécial de GUT 2007;56(Suppl.3) ; le numéro de la page où figure le résumé (A…) est à chaque fois précisé. Les facteurs environnementaux continuent à faire l'objet de nombreux travaux concernant en particulier la microflore intestinale. Une dysbiose est probablement impliquée dans la genèse des MICI. La flore intestinale est particulièrement complexe à étudier. Rappelons que nous ne sommes humains que pour 10 % de nos cellules, 90 % des cellules de l'organisme étant des microbes de la flore intestinale ! (1012-13cellules humaines versus 1013-14 cellules pour la flore.) La flore normale est constituée d'environ 1 000 bactéries différentes : il est difficile d'en obtenir une vue globale chez un individu donné. Une analyse de la composition de la flore a été faite chez des jumeaux monozygotes "discordants", c'est-à-dire dont l'un était atteint de MICI et l'autre indemne (6 paires), par comparaison avec des jumeaux sains monozygotes ou dizygotes (12 paires). Chez les jumeaux monozygotes atteints de maladie de Crohn et chez les jumeaux monozygotes sains, les firmicutes étaient le groupe bactérien le plus représenté, ce qui suggère que la flore intestinale est déterminée génétiquement. Chez les jumeaux homozygotes atteints de recto-colite hémorragique (RCH), il y avait plus de bactéries de l'espèce Escherichia coliClostridium étaient plus fréquemment retrouvées chez les jumeaux sains que chez les jumeaux atteints de MICI, ce qui suggère un rôle protecteur de cette espèce bactérienne. que chez leur jumeau sain. Les bactéries du genre La flore intestinale est donc sous détermination génétique, mais des facteurs environnementaux pourraient moduler la diversité des espèces à l'intérieur des grands groupes bactériens. Le rôle de la flore paraît plus net dans la maladie de Crohn que dans la RCH, mais certaines espèces pourraient jouer un rôle protecteur dans les deux maladies (Lepage P et al. A1). Il a déjà été montré qu'il existe une diminution de la proportion et de la biodiversité des micro-organismes intestinaux du groupe des firmicutes, prédominant. Une des principales bactéries de ce groupe est Faecalibacterium prausnitzii. La diminution de la densité de cette bactérie semble jouer un rôle favorisant les récidives postopératoires des maladies de Crohn iléales. Une action anti-inflammatoire de cette bactérie a été montrée sur des lignées cellulaires et dans le modèle animal de colite au TNBS. Cet effet est retrouvé lorsque F. prausnitzii est donné par voie orale avant le déclenchement de la colite mais également lorsque F. prausnitzii ou son surnageant sont injectés par voie intrapéritonéale. Un avenir prometteur pour F. prausnitzii dans le domaine convoité des probiotiques ! (Sokol H et al. A3). Une piste infectieuse ancestrale était constituée par le rôle pathogène possible de mycobactéries atypiques comme Mycobacterium avium paratuberculosis (MAP). Une étude australienne contrôlée et randomisée n'avait trouvé aucun effet bénéfique d'un traitement actif contre MAP dans la maladie de Crohn. La détection de MAP est positive dans un quart des cas de maladie de Crohn, 11 % des cas de RCH et chez 15 % des sujets sains. La présence de MAP ne modifie pas la réponse inflammatoire intestinale, à l'exception de la production de TNFa, qui est accrue en présence de MAP. Il est probablement temps de tourner la page des mycobactéries atypiques (Clancy R et al. A4). Une souche bactérienne de Escherichia coli, décrite comme adhérente et invasive, est étudiée depuis plusieurs années par une équipe de bactériologie de Clermont-Ferrand. Cette souche est actuellement appelée LF82. Chez la souris, cette souche peut aggraver un modèle préclinique de MICI. En revanche, un mutant non virulent de cette souche n'aggrave pas l'inflammation de cette colite expérimentale (Vignal C et al. A4 ; Carvalho FA et al. A4). Si la composition de la flore intestinale est une voie d'étude intéressante, on connaît peu de choses sur l'activité transcriptionnelle des souches bactériennes et sur la sécrétion de molécules pro-inflammatoires. Une étude sur le rADN 16S et le rARN 16S a été faite à partir de biopsies sigmoïdiennes de patients atteints de maladie de Crohn ou de RCH et de sujets sains. La composition bactérienne est différente, ainsi que l'activité transcriptionnelle des bactéries. Certains groupes bactériens apparaissent "actifs" , comme les bactéroïdes et les entérobactéries, tandis que d'autres apparaissent "dormants" , comme les firmicutes et les actinobactéries. La modulation active des facteurs microbiens pourrait constituer une cible thérapeutique (Rehman A et al. A4). Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. X - supplément 1 au n°9 - novembre- décembre 2007 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2007/12) Les données fondamentales utiles au clinicien en 2007
Pr Pierre Desreumaux, Centre thématique de recherches et de soins sur les maladies inflammatoires Chroniques de l'Intestin, Unité INSERM 795. Service des maladies de l'appareil digestif et de la nutrition, CHU de Lille Ces données fondamentales utiles au clinicien sont essentiellement représentées par des avancées physiopathologiques et technologiques issues de la recherche fondamentale qui ont permis de faire progresser notre arsenal thérapeutique. En 20 ans, l'arsenal thérapeutique dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), est passé de quelques classes de médicaments à plus de 60 molécules en développement en 2007. Cette progression spectaculaire est le fruit d'une meilleure connaissance de la formulation et de l'ingénierie des médicaments, des techniques virtuelles de screening de molécules, mais également des facteurs clef de la réaction inflammatoire intestinale représentant de nouvelles cibles thérapeutiques. Des données fondamentales au développement de nouveaux médicaments La genèse d'un médicament est un chemin long et coûteux : en moyenne, 12 années pour un coût de 800 millions de dollars (l'unité en dollars s'expliquant par la quasi-absence de développement de nouveaux traitements en Europe). Deux axes principaux de recherche ont permis l'arrivée de nouvelles molécules dans le domaine des MICI : l'optimisation d'anciennes molécules et la caractérisation de nouvelles cibles thérapeutiques. Optimisation d'anciennes molécules De nombreuses molécules ayant une efficacité probable ou certaine dans les MICI ont été, ou vont être, optimisées. C'est le cas des traitements reprenant le mécanisme d'action de certaines molécules, mais ayant moins d'effets indésirables. Les recherches sur les mécanismes d'action des aminosalicylés et de l'azathioprine permettent aujourd'hui d'avoir des molécules candidates 100 fois plus efficaces que la molécule d'origine. Optimisation des aminosalicylés Après la découverte des sulfonamides par G. Domagk, prix Nobel de médecine en 1939, et la mise en évidence par N. Svartz, en 1941, des propriétés antiinflammatoires de la sulfasalazine, composée d'une molécule de sulfapyridine couplée à une molécule d'acide 5 aminosalicylique (5-ASA), il a fallu attendre 30 ans pour que les propriétés de la sulfasalazine soient attribuées spécifiquement au 5-ASA [1]. Celui-ci est aujourd'hui considéré comme la partie active de la molécule, agissant localement sur la cellule épithéliale colique. Bien que très prescrit chez les malades atteints de MICI et représentant un marché annuel de plus de 500 millions d'euros, le mécanisme d'action du 5-ASA restait mal connu. - Améliorer la formulation pour amener davantage de principe actif au niveau du côlon
Pour être actif, le 5-ASA doit arriver intact au niveau de l'iléon terminal et du côlon. Différents types de formulation, dépendants du pH ou d'une dégradation par la flore intestinale, sont utilisés pour protéger le principe actif de l'acétylation (en acétyl-5-ASA) dans la partie haute du tube digestif et dans le foie. D'autres développements sont attendus, utilisant notamment des stéroïdes d'action locale. - Mieux cibler le mécanisme d'action de la molécule
Plusieurs mécanismes d'action ont été suggérés pour expliquer l'effet anti-inflammatoire du 5-ASA : inhibition de la voie NFkB, de la production de cyclooxygénases, des prostaglandines, des cytokines, interaction avec le récepteur activé pour les proliférateurs des peroxysomes gamma (PPARg)… De nombreux travaux fondamentaux sont menés pour mieux identifier ces mécanismes et développer de nouvelles molécules. Plusieurs molécules candidates ayant une activité 50 à 100 fois supérieure à celle du 5-ASA classique sont déjà disponibles et devraient être testées chez l'homme d'ici la fin de l'année 2008. Optimisation de l'azathioprine L'azathioprine est le dérivé nitroimidazole de la 6-mercaptopurine (6-MP). Après administration par voie orale et absorption intestinale, environ 90 % de l'azathioprine est rapidement dégradée dans le sang en 6-mercaptopurine et en un dérivé méthylnitro-imidazole dont le mécanisme d'action n'est pas clairement défini. La 6-MP est convertie dans la cellule en thiopurines (6-TG) dont l'acide thio-inosinique est le plus actif. Plusieurs études ont suggéré que la 6-TG était le principal métabolite actif de la 6-MP/azathioprine, alors que les autres métabolites étaient en partie responsables des effets indésirables [2]. Bien que ce médicament soit l'un des plus vieux immunosuppresseurs encore utilisé depuis près de 50 ans pour le traitement des greffes d'organe et des maladies dysimmunitaires, son mécanisme d'action, médié en partie par une inhibition de la réplication cellulaire via un blocage de la synthèse des purines, restait très mal connu. Les nouvelles données fondamentales ont permis de progresser dans la caractérisation des mécanismes moléculaires impliqués. Ils pourraient être à l'origine du développement de nouvelles molécules plus ciblées, agissant avec davantage de rapidité et d'efficacité. Nouvelles cibles et développements thérapeutiques Les MICI sont caractérisées par une dysrégulation de la réponse immunitaire muqueuse, dirigée contre des éléments de la flore intestinale, survenant chez des patients génétiquement déterminés. Trois éléments sont donc essentiels dans la physiopathologie des MICI : la flore, le système immunitaire et les facteurs génétiques. Maladie de crohn et bactéries pathogènes L'identification d'une bactérie particulière responsable de la maladie de Crohn (MC) est un enjeu thérapeutique majeur car elle permettrait alors d'utiliser ou de développer un médicament ciblé sur cet agent pathogène. Plusieurs bactéries de ce type ont été incriminées, telles que Listeria monocytogenes, Yersinia enterocolitica/pseudotuberculosis, Mycobacterium avium paratuberculosis et certains Escherichia coli. Pour Escherichia coli, il s'agit d'un nouveau type de bactérie ayant des propriétés toxiques particulières pour les cellules épithéliales qui tapissent la lumière intestinale. En adhérant et en pénétrant à l'intérieur des cellules, la bactérie est capable d'infecter les cellules épithéliales, de survivre et de se diviser dans ces cellules, mais également d'induire une inflammation. Cet Escherichia coli d'un type nouveau est retrouvé chez près de 40 % des patients atteints de MC de l'iléon terminal et chez seulement 5 à 7 % des cas témoins. Sa pathogénicité est liée en partie à la surexpression d'un récepteur, appelé CEACAM6, présent à la surface des cellules épithéliales de patients atteints de MC et permettant à la bactérie de rentrer dans la cellule [3]. L'identification de ce récepteur est une étape importante pour une nouvelle stratégie thérapeutique, car elle va permettre de développer des agents anti-CEACAM6 qui bloqueront la phase initiale du développement de la bactérie dans la paroi intestinale [4]. MICI et théorie hygiéniste La théorie hygiéniste a été développée dans les années 90 pour expliquer les différences de fréquence des maladies allergiques entre Europe du Nord et Afrique, mais également entre les régions urbaines et les régions rurales. Il a été considéré, à partir d'arguments épidémiologiques, que le fait que les enfants soient soumis à des infections répétées et que leur niveau de vaccination soit peu élevé étaient autant d'éléments favorisant une protection vis-à-vis du développement ultérieur d'allergies. Très schématiquement, le rôle du système immunitaire est de lutter contre les bactéries et notamment, contre l'invasion des bactéries intestinales. Pour lutter contre ces bactéries, le système immunitaire doit les reconnaître. Donc, en cas de trop bonnes conditions d'hygiène, le système immunitaire n'ayant pas été « éduqué », aurait de mauvaises capacités à répondre de façon adaptée aux bactéries de la flore intestinale. Même s'il existe une forte prévalence de MC et de RCH dans les pays industrialisés à bonne hygiène de vie, peu de travaux ont montré qu'il existait un lien entre la MC et les bonnes conditions d'hygiène dans l'enfance. Il ne s'agit donc toujours que d'une hypothèse et des travaux épidémiologiques, bactériologiques et immunologiques sont en cours pour tenter de préciser cette théorie. Il est notamment possible que des cellules particulières de l'immunité soient impliquées au niveau intestinal pour ne pas « répondre » contre des bactéries ou des aliments, reconnus classiquement comme des facteurs étrangers à notre corps. Il s'agirait donc d'une rupture de tolérance de notre corps à l'origine de stratégies thérapeutiques détaillées ci-dessous. Système immunitaire et MICI La dysrégulation du système immunitaire muqueux au cours des MICI regroupe des anomalies de la réponse immunitaire innée et de la réponse spécifique. - Réponse immunitaire innée
Une cascade de mécanismes est mise en jeu. Le premier est la stimulation anormale des cellules résidentes de la muqueuse intestinale, à l'origine de l'activation de voies de transduction (voies de NFkB et des kinases de stress). Cette activation permet la production de médiateurs inflammatoires (cytokines et chimiokines) qui seront impliqués dans le recrutement de nouvelles cellules inflammatoires sanguines dans la paroi intestinale, via la surexpression de molécules d'adhésion, aboutissant à la formation d'un infiltrat de cellules pro-inflammatoires activées. Enfin, une inhibition des mécanismes d'apoptose, entraîne une augmentation de la survie de ces cellules pro-inflammatoires dans la muqueuse intestinale et, donc, la chronicité de l'inflammation. La caractérisation moléculaire de tous ces mécanismes physiopathologiques est à l'origine du développement d'une cinquantaine de nouveaux traitements en cours d'évaluation préclinique ou clinique [5]. - Réponse immunitaire spécifique
Il semble exister, dans la MC, une rupture de la tolérance de l'organisme vis-à-vis de sa propre flore intestinale. La tolérance ayant pour but de réduire la réponse immunitaire face à des antigènes, notamment alimentaires ou bactériens, le tube digestif est confronté à un dilemme. Il représente, en effet, une très importante porte ouverte vers l'extérieur, par sa surface équivalente à celle d'un terrain de football. Sur ce terrain, il faut imaginer non pas la présence de joueurs, mais d'une grande quantité de bactéries et d'aliments. Pour éviter des réponses immunitaires répétées déclenchées par ces antigènes au niveau intestinal, une réponse particulière, appelée tolérance, s'est développée, faisant intervenir l'immunité spécifique et notamment les lymphocytes T. Plusieurs types de lymphocytes T régulateurs ont été décrits, dont des lymphocytes Tr1. Ces Tr1 se développent physiologiquement dans l'intestin et ont une activité anti-inflammatoire (et, plus généralement, immunorégulatrice) en proliférant et migrant d'un tissu à un autre en fonction des besoins et, notamment, de l'existence d'une inflammation [6]. La meilleure connaissance de ces cellules et la possibilité de les purifier pour chaque patient est actuellement à l’origine du développement d'un nouveau traitement : la « thérapie cellulaire autologue ». Ce nouveau concept thérapeutique, qui devrait modifier l'histoire naturelle de la maladie en traitant les poussées et en prévenant les récidives, sera testé très prochainement chez des patients atteints de MC. Facteurs génétiques et MICI La mise en évidence de Nod-2/CARD15, premier gène candidat de la MC, est une découverte importante. Les premières études, réalisées à partir des trois principales mutations mises en évidence chez les patients atteints de MC, suggèrent que Nod-2/CARD15 permet de définir un sous-groupe de patients qui développent une maladie plus précoce, localisée plus fréquemment dans l'iléon et d'évolution plus volontiers sténosante. Les données in vitro et in vivo chez l'animal montrent que CARD15 est impliqué dans la reconnaissance des bactéries, qu'il pourrait intervenir dans la régulation de l'inflammation induite par ces bactéries, mais également dans la synthèse de défensines, peptides anti-microbiens naturels produits par les cellules de Paneth. Ainsi, Nod-2/CARD15 confirme et redonne de l'importance au rôle des bactéries, et notamment de la flore intestinale, dans la physiopathologie de la MC. Cependant, 6 ans après la publication de ce premier gène candidat, cette découverte n'a eu, en dehors d'un intérêt académique, aucune conséquence sur la prise en charge clinique et thérapeutique des patients atteints de MC. Plus récemment, une dizaine de nouveaux gènes candidats ont été impliqués dans la susceptibilité génétique à la MC : OCTN1/2, MDR1, TLR4, TNF, DLG5, TNFSF15, ATG16L1, NELL1 et IL23R [7,8]. Cet ensemble souligne le caractère plurigénique complexe de la MC et la difficulté de l'exploitation de ces résultats pour le développement de nouveaux moyens diagnostiques, pronostiques ou thérapeutiques. Crohn - RCH n° 27 - Janvier 2008 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Azad Khan AK, Piris J, Truelove SC. An experiment to determine the active therapeutic moiety of sulphasalazine. Lancet 1977 29 ; 2 : 892-5. 2. Gearry RB, Barclay ML. Azathioprine and 6-mercaptopurine pharmacogenetics and metabolite monitoring in inflammatory bowel disease. J Gastroenterol Hepatol 2005 ; 20 : 1149-57. 3. Barnich N, Carvalho FA, Glasser AL et al. CEACAM6 acts as a receptor for adherent-invasive E. coli, supporting ileal mucosa colonization in Crohn disease. J Clin Invest 2007 ; 117 : 1566-74. 4. Abraham C, Cho JH. Bugging of the intestinal mucosa. N Engl J Med 2007 16 ; 357 : 708-10. 5. Baumgart DC, Sandborn WJ. Inflammatory bowel disease: clinical aspects and established and evolving therapies. Lancet 2007 ; 369 : 1641-57. 6. Cottrez F, Groux H. Specialization in tolerance : innate CD(4+)CD(25+) versus acquired TR1 and TH3 regulatory T cells. Transplantation 2004 ; 77 (Suppl 1) : S12-5. 7. Duerr RH, Taylor KD, Brant SR et al. A genome-wide association study identifies IL23R as an inflammatory bowel disease gene. Science 2006 ; 314 : 1461-3. 8. Xavier RJ, Podolsky DK. Unravelling the pathogenesis of inflammatory bowel disease. Nature 2007 ; 448 : 427-34.
2006
(2006/01) Recours aux traitements alternatifs et complémentaires dans les MICI : résultats d'une enquête postale
Michaël Bensoussan, Nicolas Jovenin, Bruno Garcia, Luc Vandromme, Damien Jolly, Olivier Bouché, Gérard Thiéfin, Guillaume Cadiot. Recours aux traitements alternatifs et complémentaires dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin: résultats d'une enquête postale. Gastroenterol Clin Biol 2006 ; 30 ; 14-23. Objectif Trente à 50 % des malades nord-américains atteints d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) ont recours à des traitements alternatifs et complémentaires (TAC). Aucune donnée sur ce sujet n'est disponible en France. Le but de l'étude était d'évaluer la fréquence de ce recours ainsi que ses raisons chez des malades de la région de Reims. Malades et méthodes Il s'agissait d'une enquête postale anonyme réalisée à l'aide d'un auto-questionnaire adressé à tous les malades atteints d'une MICI, âgés de 16 à 79 ans et vus en hospitalisation ou en consultation entre janvier 2001 et décembre 2003 au CHU et dans une clinique privée de Reims. Résultats Le questionnaire a été adressé à 447 malades; 325 (72,7 %) y ont répondu: 219 (67,4 %) avaient une maladie de Crohn, 94 (28,8 %) une recto-colite hémorragique et 12 (3,7 %) une colite indéterminée. Un recours à des TAC pour le traitement de la MICI a été rapporté par 69 malades (21,2 %). Le nombre moyen de TAC utilisés simultanément était de 2,9. L'homéopathie était le traitement le plus fréquent (40,6 %), suivi du magnétisme (34,8 %) et de l'acupuncture (33,3 %). La majorité des malades (74,8 %) n'ont pas discuté avec leur médecin des TAC. En analyse multivariée, les facteurs significativement associés au recours aux TAC étaient le sexe féminin : odds-ratio (OR) = 3,5 [IC95 %: 1,8-6,9], le faible niveau de confiance envers le médecin : OR = 4,8 [1,1-19,8] et le fait de se renseigner sur sa maladie : OR = 4,6 [2,0-10,7]. Conclusion Environ un malade atteint de MICI sur cinq a recours à des TAC, le plus souvent à l'insu du médecin. Les carences de la relation médecin-malade et le sexe féminin, plus que la gravité ressentie de la maladie, sont les éléments déterminants de ce recours. Gastroentérologie Clinique et Biologique Vol n°30 - Janvier 2006 (Avec l'aimable autorisation de Gastroenterol Clin Biol)
(2006/01) Place des examens biologiques dans les MICI
Pr Jean-Pierre Gendre, Service Gastro-Entérologique, Hôpital Saint-Antoine Paris Les examens biologiques ont un double intérêt au cours des MICI. 1. Pour le diagnostic des MICI La valeur des examens biologiques est très modeste dans l'étape diagnostique d'une MICI. Il n'existe, en effet, aucun signe biologique spécifique et les examens réalisés ont simplement pour but de confirmer le caractère organique des symptômes, d'éliminer une cause infectieuse ou parasitaire et d'étudier le retentissement de la maladie. L'intérêt de ces examens varie un peu selon la nature de la MICI. Au cours de la recto-colite hémorragique (RCH) le symptôme essentiel est représenté par les saignements qui sont, en soi, un signe clair d'organicité sauf s'ils sont attribués à tort à des hémorroïdes. Au cours d'une maladie de Crohn (MC) peu symptomatique qui risque d'être confondue à tort avec des troubles fonctionnels, les examens biologiques ont plus de valeur car une valeur normale de la vitesse de sédimentation (VS) et de la protéine C-réactive (PCR ou CRP) permettent d'exclure a priori l'hypothèse d'une MC mais, à l'inverse, la présence d'anomalies biologiques viendra conforter l'hypothèse d'une maladie organique et justifier la pratique d'autres examens, endoscopiques en particulier. Dans les deux cas, le minimum requis est l'examen bactériologique et parasitologique des selles. Il est nécessaire pour exclure une diarrhée bactérienne ou parasitaire mais sa répétition, lors de chaque nouvelle poussée, n'est pas utile sauf contexte particulier et l'on sait qu'une cause infectieuse peut déclencher une authentique poussée de la maladie. Un bilan biologique « standard » comportant un hémogramme (numération et formule sanguine ou NFS) à la recherche d'une anémie (baisse du taux d'hémoglobine), d'une hyperleucocytose (augmentation du nombre de globules blancs), d'une hyperplaquettose (augmentation du nombre des plaquettes) ; une VS et une CRP à la recherche d'un syndrome inflammatoire, une ferritine à la recherche d'une carence en fer ; un dosage des protides sanguins, de l'albumine et du cholestérol pour apprécier l'état nutritionnel. Enfin, on peut rechercher la présence de certains anticorps comme les p- ANCA (anticorps anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles) plus fréquente aux cours de la RCH alors que celle des ASCA (anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae) est plus fréquente au cours de la MC, mais ces résultats ne sont pas suffisamment spécifiques pour constituer une test diagnostic de grande valeur. 2. Pour la surveillance des MICI Les examens biologiques sont utilisés dans des circonstances variables avec des objectifs différents. a. Lors du traitement d'une poussée de la maladie, les examens de laboratoire ont pour but de s'assurer que l'amélioration des anomalies biologiques initiales s'effectue parallèlement à l'amélioration clinique : par exemple retour vers la normale du taux d'hémoglobine en cas d'anémie, de celui des globules blancs en cas d'hyperleucocytose, de la VS et de la CRP en cas de syndrome inflammatoire. La normalisation n'est cependant pas toujours obtenue ; il peut ainsi persister une anémie modérée, une élévation modérée des globules blancs qui peut être favorisée par le tabac et la corticothérapie et la VS peut rester légèrement élevée. Le taux de CRP « réagit » en général plus rapidement que la VS. Le taux de ferritine peut être élevé du fait de la poussée inflammatoire et s'abaisser à la fin de la crise voire même s'avérer inférieur à la normale « démasquant » alors une carence martiale (carence en fer). L'activité des MICI (rémission ou poussée de sévérité variable ) est mesurée au cours des essais cliniques thérapeutiques grâce à des index d'activité. Ils comportent certaines données biologiques par exemple l'hématocrite dans l'index de Best pour la MC et le taux d'hémoglobine et d'albumine dans l'index de Truelove et Witts, surtout utilisé dans les formes graves de RCH. b. Lors des phases de rémission, les anomalies biologiques ont en général disparu avec les réserves ci-dessus. Le rythme des examens est variable selon le traitement. Un minimum d'un examen biologique annuel semble « raisonnable » pour ne pas méconnaître la constitution à bas bruit d'un syndrome inflammatoire ou de certaines carences comme une anémie par carence martiale. c. La surveillance biologique peut être nécessitée par le traitement. Elle est indispensable pour éviter les risques inhérents au traitement lui-même. C'est une contrainte, mais aussi une véritable « ceinture de sécurité », car l'objectif n'est pas de rechercher des anomalies mais de s'assurer au contraire que les résultats sont normaux § Une évaluation de la fonction rénale (taux de créatinine et recherche d'une protéinurie) est conseillée 2 fois par an chez les patients traités par les aminosalicylés (5-ASA). § Une NFS avec numération des plaquettes est nécessaire pendant 8 semaines au début d'un traitement par l'Imurel® ou le Purinéthol®. La surveillance porte surtout sur les globules blancs (polynucléaires neutrophiles et lymphocytes). Par la suite, la surveillance pourra être espacée tous les 2 à 3 mois. Une surveillance de la fonction hépatique est nécessaire 2 à 3 fois par an avec un dosage des transaminases. La posologie sera adaptée en fonction des résultats. Si l'efficacité thérapeutique n'est pas parfaite on peut être amené à doser les métabolites sanguins de l'Imurel® ou du Purinéthol® à savoir les 6-TGN. Ceci permet d'optimiser la dose du médicament si le taux de globules blancs le permet. Une surveillance analogue est conseillée lors d'un traitement par le Méthotrexate®, mais le dosage des transaminsases doit être systématique tous les 2 à 3 mois après la phase initiale. § Les nouveaux traitements dits « biologiques » ont également leurs contraintes propres qu'il est impossible de détailler § Enfin, chez les malades opérés qui ont subi une résection de la partie terminale du grêle (iléon), il faut penser à surveiller le taux de vitamine B12 pour pouvoir mettre en œuvre la supplémentation nécessaire éventuelle. Chez ceux qui ont subi une résection très étendue de l'intestin grêle, il peut exister des troubles de l'absorption intestinale qui nécessite une surveillance biologique plus complète des paramètres nutritionnels comme le taux de protides, d'albumine, du cholestérol, des triglycérides…mais aussi de l'équilibre des électrolytes (sodium, potassium…) des sels minéraux (calcium, magnésium, phosphore) et des diverses vitamines. Lorsque la diarrhée postopératoire a un volume très important, par exemple en cas de stomie, il existe un risque latent de déshydratation ; le meilleur témoin du bon équilibre biologique est représenté par les urines qui doivent avoir un volume suffisant (voisin d'un litre par jour) et contenir suffisamment de sodium avec un rapport sodium/potassium supérieur à 1. En conclusion, les données biologiques sont surtout utiles pour mesurer le retentissement des MICI et contrôler l'efficacité et la bonne tolérance du traitement. Lettre de l'afa n°26 - Janvier 2006
(2006/01) Manifestations ostéo-articulaires des MICI chez l'adulte
Manifestations ostéo-articulaires des MICI chez l'adulte (2- ostéopathies et autres manifestations rhumatologiques rares) Pr Claude Matuchansky Hépato-Gastroentérologie et assistance nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris. Avec une prévalence globale moyenne de 15-20 % [extrêmes de 3,7 à 39 %], les signes ostéoarticulaires sont la manifestation extra-digestive la plus fréquente des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) chez l'adulte [1]. Cette 2ème partie est consacrée aux ostéopathies métaboliques et à d'autres manifestations ostéo-articulaires plus rares. Ostéopathies métaboliques Ostéopénie,ostéoporose, ostéomalacie : rappel physiopathologique L'ostéopénie est une réduction de la masse osseuse, quelle qu'en soit la cause. L'ostéoporose est une raréfaction prononcée de cette masse avec détérioration de la micro-architecture osseuse, la principale complication en étant les fractures (vertèbres, col du fémur, radius). - Dans l'ostéoporose, le déséquilibre du remodelage osseux (i.e. de la résorption versus la formation) peut relever de deux processus :
1. une réduction de la formation de la matrice osseuse, par ailleurs normalement minéralisée, la résorption étant normale : c'est l'ostéoporose à bas niveau de remodelage, telle que celle induite par la corticothérapie où le taux sérique d'ostéocalcine, protéine non collagénique qui reflète l'ostéoformation, est bas ; 2. une augmentation de la résorption ostéoclastique avec augmentation secondaire de l'ostéoformation, néanmoins insuffisante pour ré-équilibrer le remodelage ; c'est l' ostéoporose à haut niveau de remodelage, telle que celle de la post-ménopause ; le taux sérique et urinaire des produits de dégradation du collagène y est augmenté (tels que certains peptides de liaison - comme les N-télopeptides (NTX) - des molécules de pontage des microfibrilles du collagène, qui sont de bons marqueurs de la résorption osseuse), mais leur dosage est peu utilisé en pratique clinique. Un système d'interaction, au niveau de récepteurs, entre précurseurs d'ostéoclastes et d'ostéoblastes a été récemment découvert : c'est le système RANKL-OPG [2], où : -
- RANKL est un ligand de surface, exprimé par les ostéoblastes, pouvant activer le récepteur ostéoclastique de NF-B (RANK) et, en partant, activer la résorption osseuse ;
- et où OPG est l'ostéoprotégérine, un récepteur leurre soluble dérivé aussi des ostéoblastes [2, 3] et qui empêche RANKL d'activer RANK et donc l'activité ostéoclastique et la résorption osseuse : l'inflammation (via les cellules T activées et leurs médiateurs, notamment des cytokines telles que TNF [4], IL6, IL1), la corticothérapie ou l'hormone parathyroïdienne (PTH) stimulent l'ostéoclastogenèse via RANKL, alors que les agents stimulant l'OPG l'inhibent.
- Le diagnostic d'ostéopénie ou d' ostéoporose se fait par ostéodensitométrie : la technique de référence est l'absorptiométrie biphotonique à rayons X (DXA). L'abaissement de la densité minérale osseuse (DMO) définit l'ostéopénie modérée pour -2,5 DS < T-score -1 DS, et l'ostéoporose pour un T-score -2,5 DS, le Tscore étant l'écart, exprimé en nombre de déviations standard (DS), entre la densité osseuse mesurée et celle théorique de l'adulte jeune de même sexe, de même origine géographique, au même site osseux (rachis lombaire de L1 à L4, extrémité supérieure du fémur, radius distal). Le Zscore (< 2 DS pour définir l'ostéoporose, entre 1 et 2 pour l' ostéopénie) se réfère à la comparaison à une population témoin appariée pour l'âge et le sexe [3, 5]. La corrélation des valeurs de DMO entre les différents sites de mesure n'étant pas parfaite (r : 0,50 à 0,70), il y a intérêt à répéter les mesures, si besoin, au même site. L'ostéoporose n'est pas distinguable, en ostéodensitométrie, de l'ostéomalacie ; les deux lésions peuvent co-exister chez un même patient [3]. Biologiquement au cours de l'ostéoporose, calcémie, phosphatémie, phosphatasémie alcaline et 25-OH vitaminémie D sont habituellement normales.
- L'ostéomalacie est un défaut de minéralisation des travées ostéoïdes nouvellement formées, du fait d'une carence vitaminique D, elle-même liée à une carence d'apport ou une malabsorption. Son diagnostic est orienté par des anomalies biologiques (hypophosphatémie, hypo- ou normo-calcémie, hyperphosphatasémie alcaline), conforté par la baisse de la vitaminémie D (particulièrement de la 25-OH) et confirmé par la biopsie osseuse (avec marquage par la tétracycline, la seule mesure de la largeur du front ostéoïde étant insuffisante [3]).
Epidémiologie, expression clinique, et mécanismes des ostéopathies métaboliques dans les MICI La prévalence moyenne de l'ostéopénie y est globalement de 45 % (extrêmes de 40 à 50-60 %) ; celle de l'ostéoporose de 15 % (extrêmes de 2 à 29 %) [1, 5]. Dans une étude récente consacrée à la maladie de Crohn (MC) de l'adulte (242 cas), ces prévalences étaient de 50 % et 12,9 %, respectivement [6].
- Le risque d'ostéoporose, qui serait pour certains plus élevé dans la MC que dans la recto-colite hémorragique (RCH), chez la femme et lorsque la MICI est en poussée [7, 8], semble en fait ne pas dépendre du sexe, du type [3], de l'ancienneté [9], du siège, de l'activité de la MICI ni de la consommation de tabac [1], mais de deux facteurs [1, 6] : le degré de dénutrition et la corticothérapie notamment chez l'homme [6].
La corticothérapie expose, au cours des MICI, à une perte annuelle osseuse de 6 % au niveau du rachis (1 % après arrêt des corticoïdes) et de 9 % au niveau du col fémoral [10]. En fait, son rôle peut être difficile à dissocier de l'activité inflammatoire de la maladie et de sa sévérité [11]. Une élévation de l'OPG sérique, peutêtre réactionnelle à l'accélération du remodelage osseux par les cytokines pro-inflammatoires, a été récemment rapportée notamment au cours de la MC [12, 13]. Cliniquement, l'ostéoporose est très souvent et longtemps muette. Les douleurs osseuses expriment en règle générale une fracture, notamment vertébrale (figure 1). La fréquence des fractures, qui croît avec l'âge, n'est, pour certains, pas ou peu augmentée dans les MICI par rapport à la population générale [14]. Cette augmentation est néanmoins significative dans plusieurs travaux [11, 15-16], notamment dans une vaste étude canadienne [RR global à 1,41, soit 1 fracture pour 100 années-patients] portant sur 6 027 cas de MICI (province de Manitoba) : la plupart des fractures du rachis [RR = 2,06] et du col fémoral (RR = 1,59) (figure 2) frappait des sujets de plus de 60 ans sans influence du sexe ni du type (MC ou RCH) de la MICI [15]. Pour d'autres, le risque fracturaire est plus élevé dans la MC que dans la RCH [16]. Pour certains, il n'est même augmenté que dans la MC [17] et serait surtout vertébral, y compris chez les jeunes adultes [18] : ainsi, dans une étude de 293 cas de MC [18], la prévalence, globalement très élevée (22 %), des fractures rachidiennes, qui étaient cliniquement muettes 9 fois sur 10, concernait-elle, dans plus d'un tiers des cas, des sujets de moins de 30 ans ! La pathogénie de l'ostéoporose au cours des MICI relève principalement de la corticothérapie (dose et durée) [1, 19] de façon imbriquée à l'activité inflammatoire de la maladie [7] et à des cofacteurs de risque (antécédent familial, dénutrition et/ou immobilisation prolongées, âge >50-60 ans, ménopause, hypogonadisme chez l'homme, déficit d'apport en vitamine K) [1, 3, 5, 20]. Avec la corticothérapie, le risque d'ostéopénie commence au-delà de 7,5 mg/j de prednisone au long cours, et le risque de fracture au dessus de 15 mg/j au long cours et d'une dose cumulée de 30 g. De plus, une carence d'apport en calcium et en vitamine D augmente le risque fracturaire (col du fémur notamment [16]), risque que réduit inversement un supplément d'apport [3]. En revanche, la conséquence classique (ostéomalacie) de la carence en vitamine D est très rare au cours des MICI [1], même si le taux sérique de 25-OH vitamine D y est occasionnellement bas.
L'ostéoporose des MICI, classiquement à bas niveau de remodelage osseux [21], peut en fait être à haut niveau de remodelage, notamment dans les formes actives, corticorésistantes ou corticodépendantes. Le dépistage systématique par mesure de la DMO ne concerne pas tous les malades ; il est justifié dans l'année qui suit le diagnostic de MICI, s'il y a un ou des cofacteur(s) de risque d'ostéoporose cités plus haut, ou en cas de corticothérapie (prévue ou actuelle) de plus de trois mois. En cas d'ostéopénie, bilan phospho-calcique et dosage de la 25-OH-vitaminémie D sont justifiés [1]. - L'ostéomalacie est rare au cours des MICI (moins de 5 % des cas), et s'observe surtout en cas de résection étendue du grêle avec compensation vitaminique D insuffisante [3, 5], de pullulation microbienne intra-luminale au-dessus de sténoses crohniennes chroniques, ou de cholangite sclérosante associée et sévère.
Traitement préventif de l'ostéopénie, notamment de l'ostéoporose, au cours des MICI 
Seul aspect du traitement qui sera analysé ici, la prévention de l'ostoporose consiste : - à faire bon usage de la corticothérapie en matière de dose et de durée, en se rappelant que :
- le risque de fracture, outre une susceptibilité osseuse individuelle, apparaît au dessus de 15 mg/j de prednisone au long cours (études faites au cours de l'asthme) et d'une dose cumulée de 30 g, et que le risque d'ostéopénie commence au-delà de 7,5 mg/j de prednisone au long cours (études faites dans la polyarthrite rhumatoïde) ;
- le budésonide expose au même risque d' ostéopénie que la prednisone ou la prednisolone, sauf chez les patients jusque là vierges de corticothérapie chez qui il induirait une moindre perte osseuse [22] ;
- l'infliximab permet une amélioration de la DMO et des marqueurs de formation (NTX) ou de résorption osseuse chez les patients maintenus en rémission d'une MC réfractaire traitée par les corticoïdes [23, 24].
- à prescrire un supplément oral de calcium et de vitamine D en cas de cofacteur(s) de risque d'ostéopénie et lors de toute corticothérapie, d'autant qu'existe une fréquente carence d'apport au cours des MICI ; les doses préventives nécessaires de vitamine D (400-800 UI/J), surtout définies dans la polyarthrite rhumatoïde et l'ostéoporose post-ménopausique, pourraient aller dans les MICI jusqu'à 800 à 1000 UI (sous surveillance attentive de la calcémie), en association à 1000 mg/j de calcium-élément chez l'homme de moins de 50 ans et la femme non ménopausée et à 1200 mg/j dans les autres cas [1] ;
- à traiter les cofacteurs d'ostéopénie : hormonothérapie substitutive en cas d'ostéoporose post-ménopausique, traitement à mettre en balance avec les risques cardio-vasculaires et de cancer du sein (le raloxifène, modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes, diminue le risque carcinogène) ; traitement de l'hypogonadisme chez l'homme ; mobilisation et exercice physique, toujours utiles même si le niveau de preuve de leur efficacité est faible [1, 25].
Autres manifestations ostéo-articulaires des MICI Elles regroupent : - les nécroses osseuses avasculaires aseptiques : vues dans 0,5 % [26] à 4,3 % [27] des cas de MICI, elles évoquent cliniquement un rhumatisme entéropathique mais de localisation atypique (tête fémorale, tête humérale), et ont pour cause majeure la corticothérapie [28] (souvent à dose élevée - mais le risque commence dès 25-30 mg/jour -, et - mais pas toujours - prolongée), volontiers associée à des facteurs de risques tels que sexe masculin, hyperlipémie et/ou éthylisme chronique.
- L'atteinte peut être bilatérale (surtout au niveau des hanches) et/ou multiple (tête fémorale, tête humérale, fémur distal et/ou tibia proximal) dans près de 80 % des cas selon une très récente publication [28] où la dose cumulée moyenne de prednisone avait été de 15,4 g, la dose quotidienne moyenne ayant été de 21 mg et la durée moyenne de corticothérapie de 25 mois ;
- les ostéo-arthropathies hypertrophiantes, le plus souvent à type d'hippocratisme digital isolé et asymptomatique (jusqu'à 38 % des MC et 15 % des RCH), rarement de périostose ou périostite engainante, source de douleurs péri-articulaires intenses et continues ;
- le rare syndrome SAPHO (Synovite, Acné, Pustulose palmo-plantaire, Hyperostose, Ostéite aseptique) qui semble s'associer dans 13 % de ses cas à une MICI [29], ou les quelques cas de polychondrite chronique atrophiante associée à une MICI ;
- de rares arthrites (coxites notamment) et/ou ostéites septiques, compliquant une translocation intestinale bactérienne et/ou une infection des parties molles de voisinage (abcès abdomino-pelviens ou musculaires et fistules d'origine intestinale, au cours de la MC) ;
- les exceptionnelles arthrites spécifiquement granulomateuses (coxite notamment) au cours de la MC [30] ;
- les rares arthropathies accompagnant l'amylose de type AA, complication elle-même rare mais grave de la MC [31] ;
- des arthralgies d'origine médicamenteuse, rares mais décrites avec la ciclosporine, l'azathioprine, la 6-mercaptopurine, l'infliximab (maladie sérique ou lupus induit) ou avec le sevrage cortisonique, et des tendinites et périarthrites décrites avec la ciprofloxacine.

Chez l'adulte, un déficit statural par retard de croissance lié à une MICI ayant débuté dans l'enfance ou l'adolescence est de nos jours extrêmement rare, contrairement à ce qu'on peut encore observer dans d'autres affections digestives comme la maladie coeliaque de l'adulte : en effet, ses principales causes (cytokines libérées par l'inflammation intestinale et déficit nutritionnel chronique [32]), auront en principe été corrigées ou atténuées avant l'âge adulte, de même que les éventuels effets délétères d'une corticothérapie prolongée. Crohn - RCH n° 22- Janvier 2006 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Lemann M, Bonnet J, Allez M, Gornet JM, Mariette X. Lésions ostéo-articulaires au cours des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin. Gastroenterol Clin Biol 2004 ; 28 : D75-D82. 2. Aubin JE, Bonnelye E. Osteoprotegerin and its ligand : a new paradigm for regulation of osteoclastogenesis and bone resorption. Osteoporos Int 2000 ; 11 : 905-13. 3. 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(2006/04) MICI et dysfonction immunitaire
Pr Jean-Marie Reimund Service de Gastro-Entérologie et nutrition, CHU de Caen Propos recueillis par A. le Masne L'étiopathogénie des MICI est multifactorielle et implique des facteurs immunologiques, génétiques et environnementaux, parmi lesquels des facteurs infectieux. Nos connaissances dans ce domaine progressent à grands pas. Le Pr Jean-Marie Reimund (CHU de Caen) nous apporte son éclairage sur les données des travaux les plus récents. Crohn & RCH : De nombreux travaux ont montré que les mici résultaient d'une anomalie des fonctions des cellules t. Pourriez-vous faire le point des connaissances actuelles sur ce sujet? Pr J-M Reimund : Schématiquement, les différents acteurs intervenant dans la réponse inflammatoire et immunitaire intestinale sont, d'une part, les antigènes alimentaires et bactériens de la lumière intestinale et, d'autre part, les cellules de la muqueuse intestinale : cellules épithéliales, cellules de Paneth, cellules immunocompétentes de la lamina propria (macrophages, cellules dendritiques, lymphocytes, etc.). Les lymphocytes T CD4+ (ou lymphocytes T auxiliaires ou helpers en anglais [Th]) sont majoritaires dans la lamina propria du tube digestif où ils côtoient les lymphocytes B qui se différencient en plasmocytes et sont à l'origine de la production des IgA sécrétoires. Entre les cellules épithéliales, on trouve également quelques lymphocytes : ils sont de type CD8+ (cytotoxiques). Outres ces acteurs, interviennent d'autres éléments, en particulier les cellules du système nerveux entérique (plexus de Meissner et Auerbach). Les lymphocytes T sont les plus nombreux et la connaissance de leurs fonctions a réellement explosé ces dix dernières années. Les lymphocytes de type Th peuvent se différencier en plusieurs sous-types, parmi lesquels les lymphocytes Th1 et Th2. L'équilibre entre les populations Th1 et Th2 est influencé, entre autres, par les lymphocytes T régulateurs CD4+ CD25+ (Treg), par exemple les lymphocytes Tr1, et par le biais de cytokines régulatrices, telles que l'IL-10 ou le TGF- [1]. Plus simplement, on peut dire que la maladie de Crohn (MC) est caractérisée par un phénotype plutôt de type Th1, à l'origine de la sécrétion d'interféron- (IFN-) et d'IL-12, et de la cascade inflammatoire avec production de TNF, IL-1, IL-6. De ces bases physiopathologiques est née l'idée de l'utilisation thérapeutique des anticorps anti-TNF ; on sait cependant maintenant que le mode d'action de ces molécules est probablement multiple. Dans le cas de la RCH, les connaissances sont moins précises. Il a longtemps été dit qu'il s'agissait plutôt d'une maladie de type Th2. Ce concept est un peu remis en cause aujourd'hui. Pour rester simple, chez un sujet sain, le système immunitaire intestinal sait faire la différence entre un agent pathogène intraluminal et la flore intestinale normale. Confronté à un agent pathogène, il s'appuie sur les mécanismes de défense inflammatoire et immunitaire pour l'éliminer, puis réparer les éventuels dommages occasionnés par l'agent pathogène et sa confrontation avec le système immunitaire intestinal.
Face à un micro-organisme de la flore commensale (donc vivant en symbiose avec l'organisme humain), il le reconnaît comme bénéfique (ou au moins non-pathogène) et tolère sa présence. Dans les MICI, et en particulier dans la MC, de plus en plus de travaux suggèrent que l'identification par le système immunitaire intestinal d'un (ou de plusieurs) micro-organisme( s) de la flore intestinale normale comme potentiellement pathogène(s) - du fait d'anomalies génétiques (c'est la classique notion de la « prédisposition génétique » illustrée par la présence de mutations du gène CARD15/NOD2 chez environ 20 à 30 % des MC) -, déclenche une réponse inflammatoire et immunitaire inappropriée et persistante (le micro-organisme « cible » faisant, en quelque sorte, parti du « soi » puisqu'il s'agit de la flore intestinale normale). Une autre hypothèse pourrait être celle d'une anomalie de la flore intestinale commensale responsable d'une dérégulation de la réponse inflammatoire et immunitaire intestinale, hypothèse s'appuyant sur des travaux publiés récemment et utilisant une approche génomique originale (études « métagénomiques ») pour mieux appréhender la diversité de la flore intestinale, en particulier les micro-organismes impossibles à identifier par les techniques microbiologiques actuelles [2].
Crohn & RCH : Pourriez-vous commenter les travaux récents suggérant que la MC pourrait être due à un déficit de sécrétion des défensines par les cellules de Paneth? Comment faire le lien entre ces observations et le rôle d'un éventuel micro-organisme? Pr J-M Reimund : Si ce qui vient d'être dit précédemment intéresse l'immunité acquise (adaptive immunity en anglais), ce qui suit concerne certains mécanismes de l'immunité innée (innate immunity) qui, lors de la mise en place d'une réponse immunitaire à une « agression », précèdent la mise en jeu des acteurs de l'immunité acquise. Les cellules de Paneth sont situées à la base des cryptes intestinales [3]. Leur pôle apical est très riche en microgranules contenant notamment du lysozyme, de la phospholipase A2 sécrétoire et des défensines (figure 1). Ces dernières sont de petits peptides ayant une activité antimicrobienne (et antifungique) « naturelle » ou innée. Au niveau du tube digestif, il s'agit des -défensines de types 5 et 6 (HD-5 et HD-6). Physiologiquement, les défensines représentent un mécanisme important de défense, permettant probablement de maintenir un environnement stérile au fond des cryptes (où leur concentration est 1000 fois supérieure à la concentration bactéricide minimale in vitro) avec donc, très vraisemblablement, un effet protecteur des cellules souches intestinales. Rappelons que ces dernières donnent naissance aux entérocytes, aux cellules caliciformes, aux cellules endocriniennes intestinales (qui toutes migrent vers le haut des cryptes à partir des cellules souches) et aux cellules de Paneth (qui, elles, migrent vers le fond des cryptes) (figure 2). Un état inflammatoire chronique peut entraîner une métaplasie des cellules de Paneth, normalement confinées à l'intestin grêle : ont ainsi été décrites des cellules de Paneth au niveau colique en cas de MICI. En cas de MC iléale, une réduction de l'expression muqueuse des -défensines (HD-5 et HD-6) a été rapportée [4, 5]. Cette diminution est accentuée lorsque les malades sont porteurs d'une mutation de CARD15/NOD2 (environ 20 à 30 % des MC sont homozygotes pour une mutation de CARD15/NOD2) [4].
Le gène CARD15/NOD2 code pour un récepteur intracellulaire de type PRR (Pattern Recognition Receptor) capable de reconnaître des éléments spécifiques de certains micro-organismes et de déclencher la réponse immunitaire. NOD2 reconnaît ainsi le muramyl dipeptide comme étant son ligand. Lorsque les cellules de Paneth contiennent CARD15/NOD2 muté, la reconnaissance ne se fait pas correctement et la réponse est alors inadaptée, conduisant vraisemblablement, entre autres, à une diminution de la sécrétion des défensines [4]. Les cellules de Paneth ont également des récepteurs de surface TLR-9 (toll-like receptor-9) qui sont aussi des PRR, dont l'activation induit une augmentation de la sécrétion de TNF et d'IL-8, par exemple. Lorsque CARD15/NOD2 est normal, il existe un effet synergique de l'activation des deux types de récepteurs, avec potentialisation des effets pro-inflammatoires ; la mutation annule cette synergie avec un défaut de la réponse cytokinique [6]. Crohn & RCH : La découverte d'anticorps anti-saccharomyces cerevisiae au cours de la maladie de Crohn du grêle souligne le rôle possible de certaines levures dans la survenue de cette affection. Que pensez-vous de cette hypothèse? Pr J-M Reimund : Plusieurs marqueurs sérologiques ont été étudiés pour tenter de différencier une MICI d'un épisode infectieux au moment de la première poussée (notamment en cas de diarrhée prolongée), pour essayer de différencier MC et RCH dans les colites indéterminées, ou encore pour essayer de prévoir l'évolutivité de la maladie et une éventuelle réponse au traitement. Deux de ces marqueurs sont utilisés actuellement en pratique clinique courante : - les anticorps dirigés contre Saccharomyces cerevisiae (ASCA ou Anti-Saccharomyces Cerevisiae Antibodies) ;
- les pANCA (perinuclear Anti-Neutrophil Cytoplasmic Antibodies), anticorps à localisation périnucléaire dirigés contre le cytoplasme des polynucléaires neutrophiles.
Nos collègues lillois ont montré, à la fin des années 90, que l'association ASCA+ et pANCA- a une valeur prédictive positive de MC de 96 %, avec une spécificité de 97 %. Mais les ASCA ne sont pas positifs chez tous les malades ayant une MC. Certaines équipes ont suggéré que les ASCA sont plus souvent positifs quand la maladie est à début précoce, que l'atteinte est iléale et que l'évolution est sténosante ou fistulisante. En revanche, leur titre varie assez peu chez un même malade et n'est pas lié à l'activité de la maladie.
- Une première explication de la positivité des ASCA chez des malades ayant une MC est que l'augmentation de la perméabilité intestinale majore l'exposition à l'ensemble des antigènes microbiens présents dans la lumière digestive, et donc à cette levure banale et fréquente qu'est Saccharomyces cerevisiae, induisant la production des ASCA. Cependant, il n'a pas été observé de corrélation entre l'intensité des anomalies de la perméabilité intestinale et le taux sérique des ASCA.
- La deuxième hypothèse est que les ASCA seraient un marqueur indirect d'une susceptibilité génétique [7].
- Enfin, il ne me semble pas, pour ma part, raisonnable de retenir un rôle directement pathogène de Saccharomyces cerevisiae, tant cette levure est ubiquitaire.
Récemment, Israeli et coll. ont montré que les ASCA peuvent être retrouvés positifs chez des sujets asymptomatiques, mais qui développeront ultérieurement une MC [8]. D'autres anticorps sont en cours d'étude, mais ne sont pas encore d'utilité courante : anti-OmpC (dirigé contre la protéine C de la membrane externe d'Escherichia coli), anti- I2 (dirigé contre une séquence bactérienne de Pseudomonas fluorescens) ou, plus récemment, anti-CBir1 (anti-flagelline) [9]. Crohn & RCH : Parmi les multiples théories proposées dans l'étiopathogénie des MICI figure celle de « l'hygiène », qui rendrait l'absence d'exposition aux agents infectieux environnementaux dans l'enfance responsable d'un dérèglement du système immunitaire. Quid de cette hypothèse actuellement? Pr J-M Reimund : D'un point de vue épidémiologique, les MICI sont incontestablement associées à l'augmentation du niveau socio-économique des populations et leur prévalence augmente parallèlement à l'amélioration du niveau de vie et de l'hygiène domestique. D'autres arguments découlent d'expérimentations animales montrant que certaines infections parasitaires précoces améliorent la colite expérimentale induite par le DNBS, avec une induction de la production d'IL-4 et d'IL-13 et une diminution de la production d'IFN- - ce qui traduit l'induction d'un profil Th2 qui va contrebalancer le profil Th1 à l'origine de l'inflammation [10]. Le fait qu'il s'agisse d'une réponse Th2 est attesté par la constatation que l'activation du facteur de transcription STAT 6 est nécessaire à son induction : quand des souris sont invalidées pour STAT 6, l'exposition à des œufs d'helminthes ne diminue pas l'inflammation induite expérimentalement [11]. En 2005, l'équipe de Weinstock a publié les résultats d'essais assez étonnants chez l'homme [12, 13]. Des patients atteints de MC (étude ouverte) ou de RCH (étude contre placebo) ont reçu, pendant plusieurs semaines par voie orale, des œufs d'helminthes de porc (Trichuris suis) ; dans la MC par exemple, un taux de 80 % de réponses cliniques était observé, qui se maintenait à 24 semaines, avec 60 à 70 % de rémissions. Pour l'instant, il faut cependant rester prudent : d'une part, ces travaux ne sont le fait que d'une seule équipe et les effectifs des études citées sont faibles ; d'autre part, l'innocuité de l'ingestion orale d'œufs de Trichuris suis par l'homme n'est pas définitivement attestée. Le fait que ces données soient valables tant pour la MC que pour la RCH est en faveur d'une action des helminthes sur les lymphocytes T régulateurs. Dans les pays à faible hygiène, on peut penser que, sous l'action d'une forte charge en agents pathogènes, certaines cellules dendritiques vont se différencier en Treg producteurs d'IL-10 et de TGF-. En fonction de la situation, ce sont ces Treg qui vont rééquilibrer la balance Th1 ou Th2 dans un sens ou l'autre. À la suite des travaux de Weinstock, il paraîtrait particulièrement intéressant d'identifier le(s) motif(s) antigénique(s) des œufs de Trichuris suis qui induit (ou induisent) la réponse observée, pour pouvoir le(s) synthétiser et le(s) administrer sans risque. Crohn & RCH : Des événements de vie dits « stressants » sont souvent retrouvés par les malades comme facteurs responsables du déclenchement et/ou de la majoration de leurs symptômes digestifs. Qu'en est-il actuellement des relations « scientifiques » entre stress et MICI? Pr J-M Reimund : Le stress fait partie des agressions auxquelles l'organisme doit s'adapter en permanence. « L'information stress » peut provenir d'afférences viscérales, somatiques ou corticales. Quelle que soit l'origine du stimulus, la réponse à cette information est de deux types : - la réponse endocrinienne met en jeu l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, aboutissant à la sécrétion surrénalienne d'adrénaline, de noradrénaline et de glucocorticoïdes sous l'effet du CRF, via l'ACTH ;
- parallèlement, le système nerveux autonome sympathique et parasympathique interagit avec le système nerveux entérique. Ces relations entre cerveau et intestin sont à l'origine du concept du brain gut axis des Anglo-Saxons.
Sur le plan conceptuel, on sait que les événements de la vie peuvent modifier la réponse immunitaire. Dans le cas particulier de la MC, les études sont un peu discordantes même si, globalement, les données d'enquêtes par questionnaires montrent des relations entre stress et poussées inflammatoires. Les neurotransmetteurs sont connus pour augmenter la motricité colique, la sécrétion d'eau et d'électrolytes dans la lumière intestinale, la sécrétion colique de mucus pouvant participer à la majoration de la diarrhée et donc à l'accentuation des symptômes de la maladie, sans pour autant avoir un rôle physiopathologique propre. Cependant, on sait également que le CRF et certains neurotransmetteurs induisent une dégranulation des mastocytes avec libération d'histamine et d'IL-8 et peuvent avoir d'autres effets sur la réponse immunitaire intestinale. Crohn - RCH n° 23 - Avril 2006 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Fehervari Z, Sakaguchi S. CD4+ Tregs and immune control. J Clin Invest 2004 ; 114 : 1209-17. 2. Manichanh C, Rigottier-Gois L, Bonnaud E et al. Reduced diversity of faecal microbiota in Crohn's disease revealed by a metagenomic approach. Gut 2006 ; 55 : 205-11. 3. Elphick DA, Mahida YR. Paneth cells: their role in innate immunity and inflammatory disease. Gut 2005; 54 :1802-9. 4. Wehkamp J, Harder J, Weichenthal M, et al. NOD2 (CARD15) mutations in Crohn's disease are associated with diminished mucosal alpha-defensin expression. Gut 2004 ; 53 : 1658-64. 5. Wehkamp J, Salzman NH, Porter E et al. Reduced Paneth cell alpha-defensins in ileal Crohn's disease. Proc Natl Acad Sci USA 2005 ; 102 : 18129-34. 6. van Heel DA, Ghosh S, Hunt KA et al. Synergy between TLR9 and NOD2 innate immune responses is lost in genetic Crohn's disease. Gut 2005 ; 54 : 1553-7. 7. Seibold F. ASCA: genetic marker, predictor of disease, or marker of a response to an environmental antigen? Gut 2005 ; 54 : 1212-3. 8. Israeli E, Grotto I, Gilburd B et al. Anti- Saccharomyces cerevisiae and antineutrophil cytoplasmic antibodies as predictors of inflammatory bowel disease. Gut 2005 ; 54 :1232-6. 9. Targan SR, Landers CJ, Yang H et al. Antibodies to CBir1 flagellin define a unique response that is associated independently with complicated Crohn's disease. Gastroenterology 2005 ; 128 : 2020-8. 10. Khan WI, Blennerhasset PA, Varghese AK et al. Intestinal nematode infection ameliorates experimental colitis in mice. Infect Immun 2002 ; 70 : 5931-7. 11. Elliott DE, Li J, Blum A et al. Exposure to schistosome eggs protects mice from TNBS-induced colitis. Am J Physiol Gastrointest Liver Physiol 2003 ; 284 : G385-91. 12. Summers RW, Elliott DE, Urban JF Jr, Thompson R, Weinstock JV.Trichuris suis therapy in Crohn's disease. Gut 2005 ; 54 : 87-90. Summers RW, Elliott DE, Urban JF Jr, Thompson RA, Weinstock JV.Trichuris suis therapy for active ulcerative colitis : a randomized controlled trial. Gastroenterology 2005 ; 128 : 825-32.
(2006/05) Les fructo-oligosaccharides, une thérapeutique de la maladie de Crohn?
Pr Marc-André Bigard Département d'hépato-gastro-entérologie, Hôpital de Brabois, Nancy Linsay JO, Whelan K, Staff AJ et al. Clinical, microbiological, and immunological effects of fructo-oligosaccharides in patients with Crohn’s disease. Gut 2006;55:348-55. Les théories impliquant la flore bactérienne intestinale ont le vent en poupe depuis quelques années, notamment depuis la découverte du rôle du gène CARD 15, qui agit en modulant la réponse de l'épithélium intestinal aux agressions bactériennes. Pour moduler cette flore bactérienne, on peut utiliser différents moyens comme les antibiotiques, les probiotiques, qui apportent une flore exogène, et les prébiotiques, qui stimulent la production d'une partie de la flore intestinale. Les fructo-oligosaccharides (FOS) sont des polymères non digestibles de fructose trouvés naturellement dans les artichauts, les asperges, les poireaux, les oignons et les bananes. Les FOS augmentent la croissance des bifidobactéries fécales et muqueuses chez les sujets sains. On sait, par ailleurs, que les concentrations en bifidobactéries sont diminuées chez les patients atteints de maladie de Crohn. Il est donc logique de tester l'effet des FOS chez ces malades, d'autant plus que les FOS diminuent l'activité de modèles animaux de colites et inhibent les facteurs de transcription intracellulaire comme NFB. Une équipe anglaise a donc étudié les effets cliniques, microbiologiques et immunologiques des FOS chez des patients présentant une maladie de Crohn d'activité modérée. Au total, 10 patients avec une maladie de Crohn iléo-colique ont reçu 15 g de FOS par jour pendant 3 semaines. L'activité de la maladie était mesurée avec l'index de Harvey et Bradshaw. Les bifidobactéries fécales et muqueuses étaient quantifiées par hybridation in situ. Les cellules muqueuses dendritiques à IL-10 et l'expression des récepteurs Toll-like étaient mesurées par cytométrie de flux sur les biopsies rectales dissociées. Après 3 semaines de traitement, l'activité de la maladie avait diminué (l'index de Harvey et Bradshaw passait de 9,8 à 6,9 ; p < 0,01). Il y avait une augmentation significative de la concentration en bifidobactéries fécales. Les fonctions des cellules dendritiques muqueuses étaient modifiées, avec augmentation des cellules positives pour l'IL-10 et du pourcentage de cellules exprimant les récepteurs Toll-like 2 et 4. La tolérance du traitement a été satisfaisante, les sujets absorbant en moyenne 13,7 g/j. La seule modification significative était une augmentation des borborygmes et de la flatulence. Ces effets étaient attendus, liés à la fermentation des FOS non digestibles. Ces résultas sont encourageants et incitent à la réalisation d'essais contrôlés contre placebo. Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. IX - supplément au n°3 - mai-juin 2006 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2006/06) Résultats du LASIK chez des patients avec contre-indications systémiques sous-jacente
Rosario Cobo-Soriano, MD, PhD, Jaime Beltrán, MD, Julio Baviera, MD. Ophthalmologists
LASIK Outcomes in Patients with Underlying Systemic Contraindications: A Preliminary Study. Ophthalmology. Volume 113, Issue 7, Page 1124.e1 (July 2006). Traduit par Christian de la Salle, sous toutes réserves (non-médecin) Objectifs : Recenser les résultats anatomiques et fonctionnels de la chirurgie photoréfractive cornéenne chez les patients présentant des maladies systémiques préexistantes qui sont traditionnellement considérées comme des contre-indications relatives ou absolues . Conception : Etude rétrospective type cas-témoins. Participants : Les groupes cas se composaient de 275 yeux de 141 patients ayant bénéficié consécutivement de la technique du LASIK (laser in situ kératomileusis) avec un des antécédents suivants : dérèglements auto-immuns du tissu conjonctif (n = 62), psoriasis (n = 91), maladies inflammatoires intestinales (n = 67), diabète (n = 44) et antécédents de formation de chéloïdes (n = 18). Vingt-neuf patients (56 yeux) étaient sous traitement immunosuppresseur systémique. Le groupe témoins comportait 358 yeux de 181 patients qui avaient bénéficié du LASIK et ne présentaient aucune des conditions mentionnées ci-dessus. Méthodes : L'étude comportait 2 parties correspondant aux résultats anatomiques et aux fonctionnels (vision et réfraction). Pour les résultats anatomiques, nous avons comparé les deux groupes en totalité;. Pour les résultats fonctionnels, seuls les yeux myopes de chaque groupe ont été comparés. Des comparaisons indépendantes ont été effectuées entre chaque groupe de maladie et le groupe témoins. Principales mesures des résultats : Les résultats anatomiques incluaient les complications péri- et postopératoires épithéliales, du volet cornéen et de l'interface. Les résultats fonctionnels ont été évalués en utilisant des indicateurs de vision et de réfraction, le pourcentage d'yeux bénéficiant d'une retouche et le nombre de visites postopératoires. Résultats : Des complications anatomiques modérées ont été observées dans les groupes cas et témoins avec des pourcentages semblables ; il n'y avait aucune différence statistique entre les groupes. S'agissant des résultats fonctionnels, la seule conclusion significative était un plus mauvais résultat de la réfraction dans le groupe des maladies (vasculaires) du collagène comparé aux témoins. Aucune autre différence statistique n'a été détectée dans les autres groupes de maladies systémiques. Conclusion: D'après notre expérience, chez des patients sélectionnés ayant des maladies systémiques stables et sous contrôle, le LASIK peut être exécuté efficacement et sans risque avec des résultats anatomiques et visuels postopératoires favorables. L'exclusion absolue de certaines contre-indications systémiques devrait être reconsidérée (Ophthalmology 2006;113: 1118–1124 © 2006 by the American Academy of Ophthalmology). Dès les débuts de la chirurgie réfractive au laser, la United States Food and Drug Administration, suivant en cela les recommandations des premiers fabricants de laser Excimer, a établi un groupe de contre-indications absolues et relatives à ce procédé, qui comprenaient des maladies oculaires et des systémiques. Parmi les maladies systémiques, se retrouvent des troubles auto-immuns et du tissu conjonctif tels que le rhumatisme articulaire (RA), le lupus érythémateux systémique (LES), la spondylarthrite ankylosante, l'arthrite psoriasique, le syndrome de Sjögren, et d'autres types de vascularites systémiques. Le diabète, des antécédents de formation de chéloïdes, l'immunosuppression, certains traitements médicaux et, récemment, l'atopie et la conjonctivite allergique y ont été également inclus en tant que contre-indications ou comme facteurs de risque. Le motif de ces exclusions était le risque d'une réponse inflammatoire postopératoire plus élevée, un effet potentiellement préjudiciable sur la cicatrisation postopératoire de la cornée, et le fait que cette chirurgie pouvait théoriquement déclencher une prédisposition latente à la fonte cornéenne et des cicatrices notables. Ces concepts sont apparus dès les premières procédures photoréfractives (photokératectomie réfractive [PKR]) parce que ce mode de soin mettait le stroma cornéen à nu pendant une période postopératoire significative jusqu'à complète re-épithélialisation [1]. L'arrivée du LASIK comme procédé photoréfractif principal, n'a pas changé de manière significative ces directives malgré l'amélioration marquée du processus de soins apporté par la technique du LASIK. En outre, les contre-indications établies par la Food and Drug Administration sont restées inchangées du fait que le LASIK est associé à un syndrome iatrogène de l'œil sec connu sous le nom d'épithéliopathie neurotrophique cornéenne induite par le LASIK [2] qui pourrait empirer un œil sec préexistant, souvent associé aux maladies mentionnées ci-dessus. Une directive récente de l'American Academy of Ophthalmology a répertorié les antécédents de maladies du tissu conjonctif ou auto-immunes, ainsi que l'immunosuppression systémique, comme des contre-indications relatives et seulement les maladies non contrôlées et l'allergie oculaire non contrôlée comme des contre-indications systémiques absolues [3]. Cependant, malgré cette directive, ces concepts sont demeurés confus et, dans la pratique, les patients présentant des désordres systémiques auto-immuns sont habituellement exclus par la plupart des chirurgiens, même lorsqu'ils sont asymptomatiques et stabilisés, comme le reflète la section " Matériel et Méthodes " de la plupart des publications. D'ailleurs, la contre-indication à la chirurgie réfractive liée à ces maladies systémiques n'est pas confortée par la littérature et les quelques publications sont fondées sur des cas isolés et de petites séries avec des avis contradictoires de différents médecins experts. Quelques exemples : RA (1 cas d'infiltrat cornéen après LASIK) [4], LES (2 yeux avec des opacités cornéennes et perforation après PKR) [5,6] et des antécédents de chéloïdes (3 patients, 6 yeux PKR sans problème) [7]. Fraunfelder et Rich [8] ont rapporté une étude clinique cas-témoins de 30 yeux diabétiques avec des résultats anatomiques et réfractifs médiocres. Ces dernières années, l'atopie a été associée à une augmentation du risque de kératites diffuses lamellaires, de haze [9], et de retour de la myopie après PKR [10], mais d'autres auteurs n'ont pas trouvé que la conjonctivite allergique soit un facteur de risque pour le LASIK [11]. Enfin, nous n'avons trouvé aucune publication concernant des techniques d'ablation en surface telles que le Laser epithelial keratomileusis (LASEK) chez des patients présentant des maladies systémiques sous-jacentes. En outre, il reste également des incertitudes quant aux risques potentiels dans le cas de traitement chronique par immunosuppresseurs ou si les cas de dérèglements immunologiques tels que le psoriasis, la recto-colite hémorragique (colite ulcéreuse), la maladie de Crohn, les maladies oculo-dermatologiques et autre vascularites rétiniennes devraient être exclus de la chirurgie réfractive. Récemment, quelques auteurs (Alió et al [12]) ont rapporté de bons résultats chez des patients sélectionnés présentant des maladies rhumatismales stabilisées qui avaient été traités par la technique du LASIK pour corriger des défauts de réfraction (myopie). Dans une série de 42 yeux de 22 patients, ils n'ont recensé aucune complication opératoire ou postopératoire affectant la vision. De fait, ces concepts n'ont vraiment pas été actualisés, malgré les avancées récentes des technologies ophtalmologiques et les thérapies médicales systémiques actuelles qui savent contrôler, diminuer et mettre en rémission la maladie pendant de plus longues périodes. L'objectif de la présente étude a été de déterminer les résultats anatomiques et fonctionnels d'un groupe de patients, ayant au moins une des maladies mentionnées ci-dessus et qui ont bénéficié d'une technique photoréfractive, puis de les comparer à un groupe témoins en bonne santé. Patients et méthodes Dans une étude rétrospective cas-témoins sur la période janvier 2002 à août 2004, les fichiers médicaux des patients consécutifs ayant subi la technique du LASIK et qui souffraient d'une des maladies systémiques du tableau 1 ont été passés en revue. La Clínica Baviera est un groupe ophtalmologique privé ayant 22 centres situés dans l'ensemble de l'Espagne et qui réalise un nombre élevé d'interventions de chirurgie réfractive (> 16 000 par an). Depuis 2002, les fichiers de toutes les données cliniques et des actes exécutés (chirurgie et examens) ont été entrés dans une base de données ordinateur. Nous avons conduit une recherche des antécédents médicaux à partir de la base de données en utilisant des mots-clés multiples, tels que polyarthrite rhumatoïde, lupus érythémateux systémique, maladies auto-immunes-tissu/collagène-conjonctif, vascularite, diabète, psoriasis, Crohn, colite ulcéreuse, immunosuppression, chéloïdes, etc. et leurs abréviations. Cent quarante et un patients (275 yeux) ont ainsi été identifiés. | Tableau 1. Maladies sous-jacentes associées au groupe cas | | | | Maladies sous-jacentes | N° d'yeux | Temps de suivi mois (SD) | Observations | | Rhumatisme articulaire | 29 | 6.26 (3.8) | | | Lupus érythémateux systémique / discoïde | 31 | | 6 lupus discoïdes | | Spondylite | 2 | | | | Psoriasis | 91 | 5.75 (4) | 10 arthropathies psoriasiques | | Maladie de Crohn / recto-colite hémorragique | 67 | 4.58 (3.7) | | | Chéloïdes | 18 | 3.7 (2.2) | | | Diabète | 44 | 6.26 (5) | 19 ID, 21 NID, 4 non spécifiés | | Thérapies immunosuppressives | 56 | 5 (3) | 32 corticoïdes, 21 immunosuppresseurs, 3 combinés | | ID = insulinodépendant ; NID = non ID ; SD = écart type. | | Nous avons également choisi un groupe témoins en bonne santé afin de comparer les résultats anatomiques et fonctionnels. Les patients de référence ont été obtenus en prenant les patients successifs examinés en janvier 2003 (première visite) qui ont subi une chirurgie réfractive en 2003 ou 2004 et qui étaient exempts de maladies connues comme affectant le système immunitaire, de diabète, ou d'antécédents de formation de chéloïdes (181 patients, 358 yeux). Les deux groupes d'yeux, cas et témoins, ont été opérés par différents chirurgiens expérimentés. Les tableaux cliniques de chaque patient ont été passés en revue pour remplir les champs du formulaire du protocole d'étude. Description des groupes d'étude Le groupe cas se composait de 275 yeux de 141 patients (tranche d'âge, 21-65 ans ; moyenne [ ± écart type (SD)], 37.1 ± 8.8 ans ; 59.3 % hommes et 40.7 % femmes). Les maladies sous-jacentes sont récapitulées dans le tableau 1 : maladies auto-immunes vasculaires du collagène (RA, LES et spondylite idiopathique), maladies inflammatoires chroniques intestinales et psoriasis étaient les dérèglements les plus courants. Sept patients présentaient 2 maladies systémiques coexistantes ou plus. Le temps de suivi par groupe de maladie est précisé dans le tableau 1. Vingt-neuf patients (56 yeux) étaient sous thérapie immunosuppressive (corticostéroïdes chroniques et/ou immunosuppresseurs). S'agissant du groupe des dérèglements auto-immunitaires, le délai du diagnostic de la maladie sous-jacente était variable et au moment de la chirurgie réfractive > 3 ans, chez la plupart des patients, les patients semblaient stabilisés, sous bon contrôle médical et asymptomatiques, avec des manifestations extra-oculaires modérées de la maladie (arthrites et manifestations dermatologiques). Dans la plupart des cas, la stabilité systémique de la maladie avait été confirmée en contactant le médecin traitant. Le groupe témoins se composait de 358 yeux de 181 patients (âge moyen, 33.7 ans [7.8 SD] ; 20-56 ans ; femmes, 54.8 %). Les données de réfraction et les résultats préopératoires, modérés, biomicroscopiques et de fond d’œil des deux groupes sont énumérés dans le tableau 2. | Tableau 2. Données ophtalmologiques des groupes cas et témoins | | | | | | cas (n) | témoins (n) | | Données réfractives | | | | | myopie | 232 | 322 | | | hypermétropie | 33 | 22 | | | astigmatisme mixte | 10 | 14 | | Résultats biomicroscopiques | | | | | normaux | 231 | 311 | | | blépharite | 10 | 17 | | | pinguécula/ptérygion | 2 | 5 | | | opacités cristalliniennes minimes (sans signification visuelle) | 17 | 8 | | | Altérations cornéennes | | | | | pigment sous-endothélial | 2 | — | | | leucome | 7 | 11 | | | kératite ponctuée | 3 | 4 | | | embryotoxon postérieur | — | 2 | | | atrophie de l'iris | 1 | — | | | hémorragie sous-conjonctive | 2 | — | | pression intraoculaire (mmHg) | 15.2 (3.3) | 15 (3.1) | | Résultats de fond d'œil | | | | | normaux | 247 | 335 | | | dégénération rétinienne périphérique | 17 | 13 | | | maculopathie myopique | 4 | 4 | | | fundus flavimaculatus | — | 2 | | | drusen équatorial | 2 | — | | | cicatrices chorio-rétiniennes | 5 | 4 | | Nous rapportons également les résultats d'un petit groupe de patients de patients atteints de ces maladies sous-jacentes et traités par LASEK (14 cas) qui n'ont pas été inclus dans l'étude, mais qui sont présentés ici seulement à titre indicatif. Tous les patients avaient une réfraction stable depuis au moins 1 an avant le traitement, étaient exempts de pathologie oculaire importante et avaient signé un formulaire de consentement éclairé à la chirurgie réfractive. Le procédé chirurgical était semblable pour chaque patient et impliquait une anesthésie préchirugicale avec un traitement topique par gouttes de chlorhydrate de tétracaine (0.01 %) complété d'une sédation orale (alprazolam, 0.25 mg). Les kératectomies ont été exécutées dans tous les cas avec le même microkératome, le Moria LSK-One (Microtech, Inc., Moria, France). Les lasers Excimer Technolas Keracor 217C (Bausch et Lomb, Claremont, CA) et MEL 80 (Zeiss-Meditec, Iéna, l'Allemagne) ont été employés. Nous avons étudié les paramètres suivants : les données préopératoires comprenaient le type de maladie systémique sous-jacente et le traitement (présence de thérapie par immunosuppresseur) dans le groupe cas, les données d'erreur réfractive, la meilleure acuité visuelle corrigée (MAVC) (échelle de Snellen), biomicroscopie par lampe à fente et ophtalmoscopie indirecte, topographie (topographe cornéen d'Orbscan, Bausch et Lomb, Claremont, CA) et pression intraoculaire (tonomètre pneumatique), dans les deux groupes. Les données opératoires comprenaient le type de laser ; les valeurs pachymétriques de l'épaisseur totale, du volet et du lit cornéens (pachymètre DGH, DGH Technology, Inc., Exton, PA) ; zone optique ; et la présence de toutes complications opératoires. Les données postopératoires comprenaient les résultats de vision et réfraction, le pourcentage de retouches et la présence des complications anatomiques, en tenant également compte de l'examen biomicroscopique et du fond d'œil. Nous avons également inclus le nombre de visites postopératoires comme indicateur d'évolution postopératoire. Il y eu une moyenne de 4 visites postopératoires, de la chirurgie à la fin de prise en charge ; nous avons considéré un nombre élevé de visites comme étant un marqueur d'un rétablissement médiocre ou, du moins, retardé. L'étude a été divisée en deux parties, une concernant les résultats anatomiques et l'autre les résultats fonctionnels : pour les résultats anatomiques, nous avons comparé l'ensemble complet des deux groupes, incluant les yeux présentant des défauts de myopie, d'amétropie et d'astigmatisme mixte. Pour les résultats fonctionnels et de réfraction, seuls les yeux myopes (défauts d'astigmatisme sphérique, myopique simple ou composé) de chaque groupe ont été pris en compte pour comparer des groupes homogènes. Résultats anatomiques Nous avons recherché des complications opératoires (défaut épithélial ou altération de la remise en place du volet) et postopératoires telles que des érosions épithéliales récurrentes, des altération de l'interface (kératite lamellaire diffuse, invasion épithéliale), des microstries, et/ou d'autres problèmes de surface oculaire. Résultats fonctionnels et de réfraction Nous avons défini comme indicateurs de prédictibilité le pourcentage d'yeux ayant obtenu un équivalent sphérique postopératoire (SE) de ± 1.00 dioptries (D) et de ± 0.50 D. Comme indicateurs de résultats de vision, l'efficacité était définie comme le pourcentage d'yeux présentant une différence entre l'acuité visuelle non corrigée postopératoire (AVNC) et le MAVC préopératoire > 0 lignes de Snellen, et la sûreté a été définie comme le pourcentage d'yeux avec une perte > 1 ligne entre les MAVC préopératoire et postopératoire. Analyse statistique Les différences entre groupes indépendants ont été examinées dans le cas de variables quantitatives continues en utilisant le test t de Student non apparié. Pour la comparaison des pourcentages, le Khi2 de Pearson et le test exact de Fisher ont été employés quand n était < 20 ou quand 25 % des valeurs théoriques étaient < 5. Les différences statistiques étaient considérées comme significatives quand la valeur de P était < 0.05. Résultats Résultats anatomiques : analyse comparative Les complications anatomiques (opératoires et postopératoires) sont décrites dans les tableaux 3 et 4. Le tableau 3 montre les complications biomicroscopique des groupes cas et témoins ; on n'observe pas de différence statistique : les groupes présentent des fréquences semblables de complications cornéennes. Le tableau 4 donne la distribution des lésions cornéennes par maladie sous-jacente, et la distribution est homogène pour la maladie. Le psoriasis était la maladie la plus fréquente avec des complications cornéennes associées. Néanmoins, l'indice des complications anatomiques n'était pas plus élevé en cas de RA et de LES. La plupart des complications furent passagères et ont été résolues par le traitement médical sans séquelles persistantes, et, dans seulement un cas d'invasion épithéliale (groupe psoriasis) un débridement chirurgical fut nécessaire. Les micro-plis et les réactions d'interface décrites étaient modérées et périphériques, sans répercussion clinique. | Tableau 3. Complications anatomiques opératoires et postopératoires : Analyse comparative [n (%)] | | | | | | cas | témoins | signification statistique* | | Complications opératoires | | | | | | desépithélialisation | 7 (2.5) | 5 (1.4) | NS | | | irrégularités du lit | 0 (0) | 1 (0.2) | NS | | | complications du volet (flottant/incomplet/cassé) | 3 (1) | 2 (0.5) | NS | | Complications postopératoires | | | | | | défauts épithéliaux | 3 (1) | 6 (1.6) | NS | | | kératite ponctuée | 10 (3.6) | 16 (4.4) | NS | | | réaction d'interface/débris | 2 (0.7) | 5 (1.4) | NS | | | invasion épithéliale | 2 (0.7) | 2 (0.5) | NS | | | microstriage | 4 (1.4) | 6 (1.6) | NS | | | conjonctivite | 1 (0.3) | 4 (1.1) | NS | | NS = non significatif *test exact de Fisher | | Un patient (42 ans ; SE de -9.0 D) avec antécédents de Lupus érythémateux discoïde et sous corticostéroïdes chroniques a eu une nouvelle poussée de la maladie 6 mois après la chirurgie LASIK. Il n'y a eu aucune répercussion oculaire anatomique ou fonctionnelle. | Tableau 4. Complications anatomiques du groupe cas : Distribution par maladies sous-jacentes | | | | Maladie sous-jacente | Complications opératoires | Complications postopératoires | | Rhumatisme articulaire (n=29) | 1 volet flottant | 4 KPS, 1 microstrie | | Lupus systémique/discoïde (n = 31) | 1 desépithélialisation partielle | 1 KPS, 2 microstries volet | | Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin : maladie de Crohn, recto-colite hémorragique (n = 67) | 3 desépithélialisations partielles | 2 KPS, 2 défauts épithéliaux | | psoriasis (n = 91) | 1 desépithélialisation partielle 1 desépithélialisation complète 1 volet flottant | 1 invasion épithéliale sévère 1 réaction d'interface périphérique 1 défaut épithélial/KPS 1 conjonctivite | | Diabète (n = 44) | 1 desépithélialisation partielle | 1 invasion épithéliale périphérique modérée 1 microstrie 1 réaction d'interface 2 KPS | | Chéloïdes (n = 16) | 1 volet incomplet | — | | KPS = kératite ponctuée superficielle | | Résultats fonctionnels À cette fin, nous avons comparé les yeux myopes seulement (astigmatisme sphérique, myopique simple ou composé) entre les 2 groupes. Nous avons identifié tous les yeux myopes du groupe cas pour évaluer les fréquences absolues suivantes : maladies auto-immunes du collagène (n = 46 yeux), les maladies inflammatoires intestinales (n = 57 yeux), psoriasis (yeux de n = 75), chéloïdes (yeux de n = 16), et diabète (n = 38 yeux). Pour le groupe témoins, un sous-groupe homogène (âge et degré de myopie) de 165 yeux myopes a été choisi aléatoirement. Nous avons étudié les paramètres suivants, décrits dans « Patients et méthodes » : efficacité, prédictibilité à ± 0.5 D et ± 1.0 D, sécurité, pourcentage de retouches et nombre de visites postopératoires en cabinet jusqu'à la fin de la prise en charge. | Tableau 5. Résultats fonctionnels : données pré- et péri-opératoires. Homogénéité entre groupes et comparaisons avec les témoins (myopie seulement) [moyenne (écart type), signification statistique] | | | | | Maladies du collagène (n = 46) | Psoriasis (n = 75) | MICI (MC et RCH) (n= 57) | Diabète (n = 38) | Chéloïdes (n = 16) | Témoins (n = 165) | | Sexe (% femmes) | 76 <0.01* | 46.6 NS* | 50.8 NS* | 50 NS* | 68.7 NS* | 56.7 NS* | | Age (années) | 39.4 (7.1) NS† | 34.14 (7) <0.01† | 36.3 (8) NS† | 39.13 (11) NS† | 31.3 (3) <0.01† | 37.36 (6.7) | | Sphère (D) | 3.99 (2.1) NS† | 3.8 (2) NS† | 3.36 (1.8) NS† | 3 (1.8) <0.05† | 3.23 (1.2) NS† | 3.84 (2) | | Cylindre (D) | 1 (1) NS† | 0.88 (0.9) NS† | 0.77 (0.7) NS† | 1.1 (0.8) NS† | 0.8 (0.8) NS† | 1 (1) | | ES (D) | 4.5 (2) NS† | 4.3 (2) NS† | 3.75 (1.7) NS† | 6 (1.78) <0.05† | 3.6 (1.34) NS† | 4.3 (1.86) | | MAVC | 0.9 (0.18) <0.01† | 0.94 (0.1) NS† | 0.95 (0.1) NS† | 0.92 (0.1) <0.05† | 0.98 (0.04) NS† | 0.96 (0.08) | | Epaisseur volet (µm) | 98.9 (23) NS† | 96.5 (23) NS† | 92.4 (18) <0.01† | 99.25 (25) NS† | 110.6 (32) NS† | 101.3 (18) | | Zone optique (mm) | 5.9 (0.2) NS† | 5.88 (0.2) NS† | 5.9 (0.1) NS† | 5.89 (0.3) NS† | 6 (0.4) NS† | 5.8 (0.2) | | MAVC = meilleure acuité visuelle corrigée ; MC = maladie de Crohn ; D = dioptries ; NS = non significatif ; ES = équivalent sphérique ; RCH = recto-colite hémorragique ; MICI = maladies inflammatoires chroniques de l'intestin. *Comparaison avec le groupe témoins, test du khi2 de Pearson. †Comparaison avec le groupe témoins, test t de Student. | | Chaque maladie a été comparée indépendamment avant et après l'opération au groupe témoins. Le tableau 5 montre les données préopératoires et péri-opératoires pour confirmer l'homogénéité des groupes. Le tableau 6 montre les résultats visuels et réfractifs postopératoires et les comparaisons individuelles avec le groupe témoins. Les comparaisons par analyse bivariée ont indiqué seulement des résultats statistiques significativement plus mauvais de prédictibilité dans le groupe des maladies auto-immunes du collagène. Ces plus mauvais résultats réfractifs était principalement dus à la sous-correction du défaut de sphéricité (régression), sans astigmatisme induit (cylindre postopératoire final moyen de -0.18 ± 0.3 D) et sans anomalies topographiques. | Tableau 6. Résultats fonctionnels : données postopératoires et comparaisons avec les témoins (myopie seulement) | | | | | Maladies du collagène (n = 46) | Psoriasis (n = 75) | MICI (MC et RCH) (n= 57) | Diabète (n = 38) | Chéloïdes (n = 16) | Témoins (n = 165) | | Efficacité* (%) | 67 NS† | 82.6 NS† | 73 NS† | 73.6 NS† | 87.5 NS† | 73.9 | | Sécurité‡ (%) | 0 NS† | 2.6 NS† | 1.7 NS† | 7.8 NS† | 0 NS† | 2.4 NS† | | Prédictabilité,§ ±0.5 D (%) | 78.2 NS† | 82.6 NS† | 87.7 NS† | 92 NS† | 100 NS† | 88.2 NS† | | Prédictabilité,§ ±0.1 D (%) | 89 <0.01† | 93.3 NS† | 94.7 NS† | 94.7 NS† | 100 NS† | 99 | | Retouche (%) | 4.3 NS† | 6.6 NS† | 0 NS† | 5.2 NS† | 6.2 NS† | 3.9 | | Visites postopératoires [moyenne (SD)] | 4.7 (1.9) NS£ | 5 (2.6) NS£ | 3.9 (1) <0.001£ | 4.76 (4) NS£ | 4.13 (0.8) NS£ | 4.8 (1.7) | | MC = maladie de Crohn ; D = dioptries ; NS = non significatif ; ES = équivalent sphérique ; RCH = recto-colite hémorragique ; MICI = maladies inflammatoires chroniques de l'intestin. *Pourcentage d'yeux ayant une différence entre l'acuité visuelle non corrigée postopératoire et la meilleure acuité visuelle corrigée (MAVC) préopératoire > 0 lignes de Snellen. †Signification statistique, comparaison avec le groupe témoins, test du khi2 de Pearson. ‡Pourcentage d'yeux ayant subit une perte > 1 ligne entre les MAVC pré- et postopératoires. $Pourcentage d'yeux ayant un équivalent sphérique de ± 0.5 D ou ± 1.0 D. £Signification statistique, comparaison avec le groupe témoins, test t de Student. | | Résultats du LASIK chez des patients sous immunosuppresseurs Nous avons étudié un groupe spécifique de patients (n = 29 patients, 56 yeux) qui étaient sous thérapie immunosuppressive chronique (doses élevées de corticoïdes systémiques (n = 32 yeux), immunosuppresseurs (principalement méthotrexate et azathioprine ; n = 21) ou une combinaison de plus de 2 drogues (n = 3). Les maladies systémiques sous-jacentes étaient RA, LES, psoriasis, et maladies intestinales inflammatoires. Les résultats anatomiques sont les suivants : aucune complication péri-opératoire et 2 cas de kératite ponctuée superficielle postopératoire. Il n'y a pas eu d'altération du volet ou de l'interface, ni aucun signe d'infection. Résultats du LASEK chez des patients présentant une maladie systémique Les résultats de 14 yeux des patients présentant une maladie systémique qui n'ont pas été inclus dans l'étude sont donnés à titre informatif en raison du mécanisme thérapeutique spécifique du Laser epithelial keratomileusis (LASEK) qui est semblable à celui de la PKR. Les maladies systémiques sous-jacentes étaient RA (n = 7), LES (n = 2), psoriasis (n = 3), recto-colite hémorragique (n = 1), et chéloïdes (n = 1). Les données de réfraction comprenaient 12 myopies, 1 amétropie et 1 astigmatisme mixte. Il n'y a eu aucune complication péri-opératoire et quelques complications anatomiques postopératoires mineures (6 yeux avec haze modéré et 2 yeux avec kératite ponctuée modérée tardive). Les résultats de vision et de réfraction étaient excellents, le taux de retouches était de 0 %, et le nombre de visites postopératoires était 6.7 ± 3.7 (comparable aux paramètres standards du LASEK). Discussion Bien qu'il soit bien établi que certaines maladies systémiques sont des contre-indications à la chirurgie réfractive, une analyse de la littérature révèle de façon étonnante un manque d'études cliniques démontrant un effet potentiellement préjudiciable de ces maladies sur la cicatrisation cornéenne, et la plupart des publications sont basées sur de simples rapports anecdotiques ou de petites séries. Le but de la présente étude était de clarifier, avec des données objectives, les répercussions des maladies mentionnées ci-dessus, telles que des dérèglements auto-immuns, sur la chirurgie au LASIK. Les maladies de tissu conjonctif L'association entre des maladies auto-immunes et la pathologie oculaire, y compris kérato-conjonctivite sèche, sclérite, épisclérite, kératite, ulcération cornéenne périphérique, et autres entités moins répandues, telles que choroïdites, vascularite rétinienne, nodules épiscléraux, décollement de rétine et œdème maculaire, est bien connu. La polyarthrite rhumatoïde est probablement la maladie auto-immune la plus emblématique en raison de son association forte avec des pathologies de la surface oculaire et la kérato-conjonctivite sèche (syndrome de Sjögren). Quelques publications [13-17] décrivent anecdotiquement des complications cornéennes graves après chirurgie intra-oculaire - principalement implants de lentilles, telles que fonte cornéenne, infiltrat cornéen, ulcération périphérique, scléro-kératite et perforation cornéenne. Dans la plupart des publications, il y avait des antécédents préopératoires de syndrome sec. Il n'y a aucune publication de ce genre, par ailleurs, s'agissant de techniques photoréfractive externes. Il y a un seul cas rapporté d'infiltrat périphérique après un LASIK de la myopie, situé sur une cicatrice cornéenne antérieure d'un patient atteint de RA [4] stabilisée. Concernant le LES, 2 rapports cas ont éré rapportés, dans lesquels les auteurs ont associé la maladie systémique aux complications cornéennes après PKR : Seiler et Wollensak [5], étudiant les complications de PKR, ont décrit un patient avec LES actif qui a développé un ulcère cornéen non infectieux grave avec perforation après une PKR ; le deuxième cas était une femme de 41 ans qui a développé une cicatrice cornéenne réticulaire sévère à l'apparition de la maladie systémique, plusieurs années après une PKR sans complication, et qui a nécessité un débridement chirurgical pour obtenir sa résolution [6]. Cependant, Alió et al [12] ont trouvé de bons résultats fonctionnels et aucune complication anatomique grave dans une série de 42 yeux de 22 patients souffrant des différentes maladies rhumatismales, y compris 9 yeux avec RA et 5 yeux avec LES. Notre étude est conforme aux résultats d'Alió et al. Nous avons étudié l'évolution postopératoire de 62 yeux associés à des RA et des LES/lupus érythémateux discoïdes, trouvant de bons résultats anatomiques et fonctionnels à la seule exception d'une prédictibilité moins bonne dans la gamme de ± 1.0-D ; les paramètres analysés restants étaient conformes au groupe témoins. Dans l'étude d'Alió et al, il y a un indice relativement élevé de retouches (14.3 %) qui reflète des résultats cohérents avec la présente étude. Il n'y a eu aucun cas de complications sévères telles que fontes, ulcérations cornéennes ou altérations de l'interface. Une des limites de cette étude est le manque de mesures concernant les larmes et la sécheresse cornéenne. Seule une kératite superficielle ponctuée modérée tardive a été observée et il n'y a eu aucun œil sec médicalement significatif (aucun œil n'a nécessité d'occlusion des points lacrymaux). Wilson [2] a proposé les termes d'épithéliopathie neurotrophique induite par LASIK pour qualifier un état d'anomalie passagère de la surface oculaire, telle qu'une kératite ponctuée après LASIK, attribuable à une interruption des entrées du nerf sensoriel à l'épithélium cornéen pouvant durer 6 mois et plus après l'intervention. Il a également proposé qu'un œil sec préexistant soit un facteur de risque d'épithéliopathie neurotrophique induite par LASIK. Toda et al [18], cependant, ont démontré qu'un état antérieur d'œil sec n'affectait pas l'efficacité de LASIK, mesurée par AVNC et MAVC, réfraction manifeste et satisfaction du patient, et qu'il n'y avait pas d'indice plus élevé de complications anatomiques. Alió et al [12] ont également constaté que les indices de fonction lacrymale sont revenus aux niveaux préopératoire normaux après LASIK. Chéloïdes Un antécédent de formation dermatologique de chéloïde a été classée initialement par la Food and Drug Administration comme une contre-indication à la PKR en raison du risque possible de développer une cicatrice cornéenne affectant la vision. Tanzer et al [17] ont rapporté les résultats de PKR d'un groupe de patients afro-américains dans lequel il y avait 3 patients (6 yeux) présentant un antécédent de formation cutanée de chéloïdes. Ils ont trouvé d'excellents résultats visuels, comparables à ceux du groupe ne faisant pas de chéloïdes. Nos résultats sont conformes à Tanzer et al et bien que l'échantillon patients soit petit (16 yeux), c'est la plus large expérience publiée. Il n'y avait aucune différence (résultats anatomiques et/ou fonctionnels) avec le groupe témoins, et on peut s'attendre à de bons résultats du LASIK dans ce groupe de patients. Diabète Le diabète est répandu (4 % - 8 %) et un nombre croissant de patients diabétiques va demander la chirurgie réfractive. Le diabète, cependant, est catalogué comme une contre-indication relative, principalement chez les patients présentant une maladie mal contrôlée et insulinodépendante [8, 19]. Les manifestations oculaires du diabète incluent des complications de vitréo-rétiniennes, un plus grand risque de cataractes, une instabilité réfractive et des anomalies ultrastructurales dans chaque couche de la cornée. Des changements morphologiques multiples ont été démontrés dans chaque couche cornéenne : épithélium (diminution du nombre de cellules, polymorphisme, débris superficiels, etc.), épaississement et rupture de membranes basales, dysfonctionnement de la barrière épithéliale, altérations biochimiques de nerf cornéen, changements ultrastructuraux du stroma, de la membrane de Descemet et de l'endothélium. Ces anomalies prédisposent à des complications cornéennes appelées kératopathie diabétique [20]. La kératopathie diabétique comprend kératite superficielle ponctuée, érosions cornéennes persistantes et récurrentes, kératopathie neurotrophique, dysfonctionnement lacrymal et dysfonctionnement endothélial ayant comme conséquence une plus grande fragilité épithéliale, une plus mauvaise récupération épithéliale et risque notablement accru d'infection. Il existe une seule publication clinique rapportant les résultats anatomiques et fonctionnels de patients diabétiques après LASIK. Dans cette étude, Fraunfelder et Rich [8] décrivent un taux statistiquement significatif de complications épithéliales chez 30 yeux diabétiques ayant subit la technique du LASIK comparés au groupe témoins (47 % contre 6.9 %, P < 0.01), ainsi que des résultats réfractifs plus mauvais. Jabbur et al [19] ont analysé les facteurs de risque d'envahissement épithélial de l'interface après LASIK, déconseillant le LASIK chez les patients souffrant de longue date de diabète, particulièrement le diabète insulinodépendant ; ils ont décrit 2 cas d'envahissement épithélial de l'interface associés à un diabète sous-jacent et qui ont exigé plusieurs débridements chirurgicaux. La présente étude décrit 44 yeux de patients diabétiques présentant une incidence limitée de complications anatomiques : 1 cas de desépithélialisation opératoire, 2 cas de kératopathie superficielle ponctuée postopératoire, 1 cas d'invasion épithéliale modérée et d'une réaction périphérique d'interface, tous résolus sans séquelles significatives. En outre, les résultats visuels et réfractifs et le nombre de visites postopératoires ne différaient pas de manière significative du groupe témoins. Ces différences avec l'étude de Fraunfelder et Rich peuvent être attribuées aux différences dans la gamme de myopie et dans les paramètres de mesure réfractifs utilisés dans les deux études. Psoriasis Dans la présente étude, il y avait plus de sujets dans ce groupe comportant 91 yeux (10 étaient associés à une arthropathie psoriasique). Deux pour cent ont présenté des problèmes épithéliaux opératoires et 4.4 % des problèmes épithéliaux postopératoires qui se sont résolus sans séquelles. Les résultats réfractifs et visuels étaient comparables à ceux du groupe témoins. Il n'y a aucune autre publication analysant des résultats LASIK-spécifiques chez des patients affectés de psoriasis. Dans l'étude d'Alió et al [12] il y avait décrit 4 patients affectés d'arthrite psoriasique qui ont eu de bons résultats de façon générale. Les maladies intestinales inflammatoires Ce groupe comportait 67 yeux de patients/sujets souffrant de maladie de Crohn et de recto-colite ulcéro-hémorragique. Les taux de problèmes épithéliaux opératoires et postopératoires furent de 4.4 % et 6 %, respectivement, qui également ont été résolus sans séquelles. Les patients ont obtenus d'excellents résultats visuels et réfractifs et 0 % de retouches ; ils ont eu besoin de sensiblement moins de visites postopératoires que le groupe témoins en bonne santé. Nous ne connaissons pas d'études similaires auxquelles comparer nos résultats, sinon celle d'Alió et al [12] dans laquelle il y avait 2 cas de maladie de Crohn et 1 de recto-colite hémorragique et arthrite. Bien qu'elle ne rapporte pas des données spécifiques sur ces cas, les résultats globaux ne font état d'aucune complication significative dans ce sous-groupe. LASIK et immunosuppression pharmacologique Il y a eu 56 yeux ayant subi la chirurgie de LASIK sous immunosuppression pharmalcologique systémique associée à une des maladies mentionnées ci-dessus. Ce groupe a eu de bons résultats biomicroscopiques (seulement 2 cas de kératite superficielle ponctuée modérée), n'a pas eu besoin d'un nombre plus élevé de visites et n'a présenté aucun signe d'infection cornéenne. Dans l'étude d'Alió et al [12] il n'y a pas de référence au type de thérapie, mais ils n'ont trouvé aucun cas de complication infectieuse postopératoire. LASEK et maladie systémique L'échantillon de LASEK est petit (14 yeux), mais comme cette technique est essentiellement une variante de la technique de PKR, nous avons présenté les résultats de ce groupe pour déterminer si ce procédé spécifique est associée à un moins bon résultat postopératoire quand il y avait une maladie auto-immune sous-jacente. Nous n'avons trouvé aucune différence concernant la durée de re-épithélialisation, le nombre de visites postopératoires, haze significatif ou résultats fonctionnels relativement à ce que nous avons observé chez les patients en bonne santé qui ont subi du LASEK. Conclusions Bien que la présente étude soit la première étude contrôlée analysant les résultats de la chirurgie photoréfractive sur un échantillon significatif de patients présentant des maladies systémiques sous-jacentes, quelques faiblesses étaient inévitables, comme la nature rétrospective de cette étude, les petites dimensions des échantillons au niveau des sous-groupes indépendants et la courte période de suivi pour éliminer les complications postopératoires les plus importantes. Compte tenu de la taille de l'échantillon et bien qu'aucun patient n'ait eu de fonte cornéenne, nous pouvons seulement supposer que le risque de fonte cornéenne chez les patients présentant les maladies auto-immunes du collagène est inférieur à 3/62 ou 4.8 % en se fondant sur la règle de 3/n décrit par Schachat et al [21]. Par rapport au temps de suivi et bien que nous ne puissions pas garantir qu'il n'y aura pas de complications ultérieures, l'étude montre que les soucis postopératoires principaux, tels que fonte cornéenne, les ulcères progressifs, et perforation ne se produisent pas au long d'un laps de temps postopératoire substantiel. La plupart des complications cornéennes graves postopératoires associées aux maladies auto-immunes publiées se sont développées dans délai postopératoire relativement bref (jours, voire semaines [4,5,15,17]. En fait, nous n'avons eu aucun cas des complications tardive après la fin de prise en charge, et un patient souffrant de lupus discoïde a eu une poussée de 6 mois après la chirurgie de LASIK sans aucune répercussion pour la chirurgie antérieure. En outre, des causes autres que des maladies sous-jacentes, telles qu'un trauma oculaire bénin ou des infections bénignes peuvent produire de graves cicatrices de la cornée plusieurs mois après PKR [22]. Les résultats de cette étude doivent être interprétés avec prudence parce quil semble que tous les cas concernaient des maladies sous-jacentes stables et contrôlées sans autre pathologie oculaire. Nous recommandons de maintenir les contre-indications dans les cas d'activité systémique et/ou oculaire, particulièrement chez les diabétiques. En conclusion, nos données indiquent que le LASIK peut être exécuté efficacement et sans risque dans les cas appropriés et sélectionnés avec des maladies systémiques stables et contrôlées, apportant de bons résultats anatomiques et visuels postopératoires, sans problèmes graves. L'exclusion absolue concernant certaines contre-indications systémiques devrait être reconsidérée et de plus grandes études devraient être réalisées pour confirmer et clarifier ces concepts afin de définir des règles de conduite rationnelles. Ophthalmology- 2006. Références 1. Stein R. Photorefractive keratectomy. Int Ophthalmol Clin 2000;40:35-56. 2. Wilson SE. Laser in situ keratomileusis-induced (presumed) neurotrophic epitheliopathy. Ophthalmology 2001;108:1082-7. 3. American Academy of Ophthalmology Refractive Errors Panel. Refractive Errors. San Francisco: American Academy of Ophthalmology; 2002. 4. Lahners WJ, Hardten DR, Lindstrom RL. Peripheral keratitis following laser in situ keratomileusis. J Refract Surg 2003;19: 671-5. 5. Seiler T, Wollensak J. Complications of laser keratomileusis with the excimer laser (193 nm) [in German]. Klin Monatsbl Augenheilkd 1992;200:648 -53. 6. Cua IY, Pepose JS. Late corneal scarring after photorefractive keratectomy concurrent with development of systemic lupus erythematosus. J Refract Surg 2002;18:750 -2. 7. Tanzer DJ, Isfahani A, Schallhorn SC, et al. Photorefractive keratectomy in African Americans including those with known derrmatologic keloid formation. Am J Ophthalmol 1998;126:625-9. 8. Fraunfelder FW, Rich LF. Laser-assisted in situ keratomileusis complications in diabetes mellitus. 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(2006/07) Prêts et assurances pour les sujets à risque aggravé de santé : la convention Aeras
Prêts et assurances pour les sujets à risque aggravé de santé : la convention Belorgey cède la place à la convention Aeras A compter du 1er janvier 2007, la convention Aeras (Assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé) remplacera la convention Belorgey peu connue et fortement critiquée. Elle est le résultat de discussions approfondies des assureurs, banquiers et associations, à la demande du Président de la République. Des avancées substantielles par rapport au texte précédent sont nées de ces négociations : - un effort va être entrepris en matière d’information sur l’existence et les dispositions de la convention ;
- les conditions d’âge, de montant et de durée des prêts seront assouplies ;
- la couverture de l’invalidité pourra être accordée sous certaines conditions ;
- un mécanisme de mutualisation permettra de réduire les primes pour les personnes disposant de revenus modestes ;
- le suivi de l’application de la convention sera renforcé. Un adossement législatif de cette nouvelle convention est prévu.
Cependant, le nouveau texte ne fait pas l'unanimité au sein des associations. L'Association des Paralysés de France a déjà publié un communiqué de presse annoncant qu'elle ne le signerait pas. Elle revendique l'inclusion des mesures dans un cadre législatif, l'application du principe de non discrimination, et l'affichage d'une plus grande transparence sur les critères retenus dans les décisions de refus d'assurance ou d'application de surprimes. L'UFC-Que Choisir a également signalé son intention de ne pas signer la convention Aeras en raison de sa mauvaise expérience de signataire de la convention Belorgey. Il rappelle notamment que le précédent texte a généré jusqu'à 60 % de sous-déclarations de la part des personnes à risque de santé aggravé, de peur de ne pouvoir accéder à un prêt pour refus d'assurance. Ce comportement les a fait automatiquement basculer dans la fraude, entraînant la nullité de leur contrat d'assurance. L'UFC-Que Choisir demande donc la modification de l'article L.113-8 du code des assureurs, de telle sorte que les assureurs ne soient plus financièrement intéressés à la fraude. Orphanews, 11 juillet 2006
(2006/07) La grossesse diminue les risques de récidive de colite inflammatoire
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) touchent souvent des sujets en âge de procréer. Riis L et coll. de Copenhague (Danemark) ont ainsi étudié le devenir des grossesses dans une cohorte européenne de patients ayant une MICI. De plus, l’objectif secondaire de ce travail était d’évaluer l’impact de la grossesse sur l’évolution et le phénotype de la maladie, les données étant limitées dans ce domaine.
Cette cohorte, qui comprenait 1 125 patients dont 543 femmes, a été suivie pendant 10 ans à partir de l’étude des dossiers et d’un questionnaire soumis aux patients. Les données concernant 173 femmes ayant une rectocolite ulcéro-hémorragique (RCH) et 93 femmes ayant une maladie de Crohn (MC) ont servi pour cette analyse. 580 grossesses ont été rapportées, 403 survenant avant et 117 après le diagnostic de MICI.
On constate que le taux d'avortement spontané augmentait une fois le diagnostic de MICI posé (6,5 % versus 13 % ; p = 0,005). En revanche, le taux d'interruption volontaire de grossesse restait stable. Par ailleurs, une césarienne était plus fréquemment réalisée après le diagnostic de MICI (8,1 % vs 28,7 % des grossesses).
Les femmes enceintes pendant l’évolution de leur MICI ne se distinguaient pas de celles qui ne l’étaient pas que ce soit pour le développement d’une sténose (37 % vs 52 % ; p = 0,13) ou pour les taux de chirurgie (nombre moyen de résections : 0,52 vs 0,66 ; p = 0,37). Le nombre de rechutes diminuait dans les années suivant la grossesse, aussi bien chez les femmes ayant une RCH (0,34 vs 0,18 poussées par an, p = 0.008) que chez celles souffrant d’une MC (0,76 vs 0,12 poussées par an, p = 0,004).
Il semble donc que la survenue d’une grossesse ne modifie pas le phénotype et les taux de chirurgie des colites inflammatoires. En revanche, elle semble être associée avec une diminution des récidives évolutives.
Journal International de Médecine 2006 Riis L et coll. : “ Does Pregnancy Change the Disease Course? A Study in a European Cohort of Patients with Inflammatory Bowel Disease.” Am J Gastroenterol 2006 ; 101 : 1539-1545. © Copyright 2006 http://www.jim.fr
(2006/09) Un bilan sur les stricturoplasties dans le traitement de la maladie de Crohn
Dr Jean-Fred Warlin, Service de chirurgie viscérale, Hôpital d'Argenteuil
Les stricturoplasties ont été introduites dans l’arsenal thérapeutique chirurgical vers 1980, pour éviter le risque de grêle court auquel eussent conduit des résections multiples lorsque les atteintes de la maladie de Crohn (MC) étaient étagées. On peut donc dès à présent juger de leurs résultats à long terme (suivi moyen de 7 ans). Le critère de jugement principal a été la nécessité d’une réintervention. Une équipe britannique a réalisé en 25 ans 479 stricturoplasties sur 100 malades de 16 à 65 ans (57 hommes), dont 477 sur le grêle et 2 sur le côlon, au cours de 159 opérations (68 malades n’ayant eu qu’une seule stricturoplastie et les 32 autres une à six simultanément). Plus des deux tiers des malades (69) avaient déjà subi auparavant une laparotomie pour traitement de leur MC. L’indication essentielle de la stricturoplastie était la sténose. Le diamètre de la lumière intestinale a été calibré avec un ballon, et les plasties (en moyenne 3 par intervention) réalisées en règle selon la technique de Heineke-Mickulicz, les trois quarts des opérés subissant en même temps une autre opération (surtout résection d’un court-circuit antérieur). Des complications sont survenues dans 22,6 % des cas, surtout septiques, mais aussi occlusives ou hémorragiques. Elles ont conduit à 8 % de réinterventions précoces. Le seul cas de dégénérescence maligne n’est pas survenu sur un site de stricturoplastie. Il y a eu 3 décès précoces (fistules ou infarctus du grêle) et 3 tardifs à 3, 7 et 15 ans chez des malades qui avaient été réopérés pour leur MC dans l’intervalle. La nécessité d’une nutrition parentérale en péri-opératoire (malades dénutris, infectés) a été le seul facteur aggravant de la mortalité. Le taux de réinterventions se situe à 52 % quarante mois après la 1ère stricturoplastie, mais à 56 % deux ans après la seconde, puis à 86 % deux ans après la 3ème, ce qui explique que ce total de 159 interventions pour 100 malades. Toutefois, le fait de réitérer les stricturoplasties sur un site précédent n’augmente pas le risque de complications. La stricturoplastie dans la maladie de Crohn est donc une intervention qui assure des suites acceptables à long terme ; ses complications sont lourdes, mais la mortalité opératoire faible. Le taux de réinterventions reste élevé, mais n’augmente pas exagérément au fil des ans. Journal International de Médecine 2006
Fearnhead NS et coll. : “Long-term follow-up of strictureplasty for Crohn’s disease.” Brit J Surg., 2006 ; 93 : 475-82.
(2006/09) De nouveaux marqueurs sérologiques dans la maladie de Crohn
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon Pouvoir différencier plus aisément une maladie de Crohn (MC) d’une rectocolite ulcéro-hémorragique (RCH) reste un souci majeur en gastro-entérologie, ce qui explique qu’une recherche assidue soit consacrée à la découverte de nouveaux marqueurs sérologiques des colites inflammatoires (MICI). Les glycans, (sucres ou carbohydrates) sont des composants essentiels de la surface de nombreuses cellules telles les érythrocytes, les cellules immunitaires et les micro-organismes. En profilant les anticorps dirigés contre certains de ces glycans (mono, di et oligosaccarides), une équipe de Tel Aviv (Israël) a montré que la présence de certains d’entre eux était associée au diagnostic de MICI (Anti-laminaribioside (ALCA), anti-mannobioside (AMCA) et anti-chitobioside (ACCA)). Il restait à savoir s’ils permettent une distinction entre MC et RCH. La présence de ces anticorps a été recherchée dans le sérum soit en utilisant un éventail glycane (GlycoChip; Glycominds, Ltd, Lod, Israël) chez des patients atteints de MC (n = 72), ou de RCH (n = 56) ainsi que chez des contrôles sains (n = 41), soit par une technique ELISA (124 MC, 106 RCH, 101 contrôles). Associée à la mise en évidence d’anticorps anti-mannobioside, c’était la présence d’anticorps anti-laminaribioside (Glc[?1,3]Glc[?]) et anti-chitobioside (GlcNAc[?1,4]GlcNAc[?]) qui a montré la plus grande capacité de discrimination entre la MC et la RCH (p < 0,001 et p < 0,05, respectivement). De plus 44 % (12/27) des patients ayant une MC et négatifs pour les anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae ont été retrouvés positifs pour les anticorps antilaminaribioside ou antichitobioside. Chez les malades ayant une MICI et positifs pour les anticorps anti laminaribioside, chitobioside, ou mannan, le diagnostic de MC peut ainsi être avancé avec une sensibilité de 77,4 % et une spécificité de 90,6 %. La présence d’au moins deux de ces anticorps augmente la spécificité à 99,1%. Enfin, dans la MC les taux les plus élevés d’anticorps anti-laminaribioside ou mannobioside apparaissent associés de façon significative avec une atteinte de l’intestin grêle (p = 0,03 et p < 0,0001, respectivement). Dotan et coll. estiment donc que les anticorps antilaminaribioside et antichitobioside carbohydrate peuvent être considérés comme de nouveaux marqueurs sérologiques de la maladie de Crohn. Leur recherche semble pouvoir améliorer le diagnostic et l’évaluation pronostique de cette maladie. Journal International de Médecine 2006 Dotan I et coll. : “Antibodies Against Laminaribioside and Chitobioside Are Novel Serologic Markers in Crohn’s Disease” Gastroenterology 2006 ; 131: 366-378
(2006/10) Les maladies inflammatoires de l'intestin chez l'enfant
Dr Bruno Descos, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Lenval Nice Les maladies inflammatoires de l'intestin ne sont pas rares chez l'enfant. Elles doivent être connues des médecins et du grand public afin d'assurer un diagnostic et une prise en charge rapides. Quelques données épidémiologiques. En douze ans (1988-1999), 509 cas pédiatriques de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) (la limite d'âge est fixée à dix-sept ans au moment du diagnostic) ont été recensés par le registre EPIMAD qui recouvre 4 département du nord de la France (soit 7.2 % de l'ensemble des MICI). Ces 509 cas pédiatriques de MICI se répartissaient en 367 maladies de Crohn (MC) (72 %, une proportion beaucoup plus élevée que celle retrouvée chez l'adulte), 122 recto-colites hémorragiques (RCH) (24 %) et 20 (4 %) colites chroniques inclassées (CCI). Rapportée à l'ensemble de la population pédiatrique de la région recensée (1 312 141 enfants), l'incidence annuelle des MICI est de 3.1/100 000 dont 2.3/100 000 pour la MC, 0.8/100 000 pour la RCH et 0.12/100 000 pour les CCI. Le pourcentage de cas de MICI à début pédiatrique est beaucoup plus faible (7.2 %) que cela n'a été estimé précédemment. Chez les enfants, en douze ans, l'incidence de la MC est passée de 2.1 à 2.6/100 000 soit une progression de 24 %. Cette augmentation non significative est retrouvée dans d'autres pays. L'incidence de la RCH est en revanche restée stable chez l'enfant. Chez l'enfant, à l'inverse de ce qui est observé chez l'adulte, la MC affecte plus les garçons que les filles avec un sex ratio F/H de 0.94, et la RCH affecte plus les filles que les garçons avec un sex ration F/H de 1.4. Une histoire familiale de MICI a été trouvée chez 12 % des enfants atteints de MICI (13.1 % pour les MC, 8.2 % pour les RCH) Une concordance à la fois dans la localisation et dans le type de MC (inflammatoire, sténosant, fistulisant) est retrouvée dans 80 % dans les familles où plus de deux personnes sont atteintes. La maladie est plus précoce dans les formes familiales que dans les formes sporadiques. La clinique et le diagnostic La grande majorité des cas de MC (75 %) est diagnostiqué dans la première année suivant le début de la symptomatologie, dont 50 % dans les premiers deux mois. Le délai diagnostique est beaucoup plus court dans la RCH, du fait de la présence fréquente de rectorragies. Certains symptômes initiaux de la MC sont plus fréquemment présents chez l'enfant que chez l'adulte : la perte de poids ( 57 % des cas contre 40 % chez l'adulte), la fièvre (38 %), les lésions anales (26 %) alors que pour la RCH le signe majeur est, chez l'enfant comme chez l'adulte, la rectorragie. Les douleurs abdominales récurrentes sont présentes dans 60 % des cas des MC. La grande "banalité" des douleurs abdominales récurrentes chez l'enfant explique les délais diagnostiques relativement longs de la MC. La diarrhée est présente dès le début de la MC dans 50 % des cas et au moment du diagnostic dans 70 % des cas. Le retard statural fait partie des premiers symptômes de la MC chez près de 30 % des enfants. Des signes extra-digestifs sont au premier plan dès le début d'une MICI : manifestations articulaires, cutanéo-muqueuses, oculaires, hépatiques … L'ostéoporose est souvent présente au moment du diagnostic. Le bilan biologique inclue : numération formule sanguine, VS, CRP (plus spécifique), un dosage de l'albumine dans le sang, des tests hépatiques. La recherche d'anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires (pANCA) et anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae (ASCA) permet de distinguer MC et RCH. Les pANCA sont rencontrés plus souvent dans la RCH (74 % contre 24 % dans la MC) et les ASCA dans la MC (76 % contre 17 % dans la RCH). L'échographie intestinale est un examen non invasif qui permet de mesurer l'épaississement des parois de l'intestin et du côlon. Elle permet d'orienter le diagnostic de départ et participe à la surveillance de l'évolution. La Société Européenne de Gastroentérologie, Hépatologie et Nutrition Pédiatriques (ESPGHAN) a proposé en juillet 2004 des recommandations pour le diagnostic des maladies inflammatoires du tube digestif appelées les "critères de Porto". Chaque enfant suspect d'une MICI devrait pouvoir bénéficier d'une exploration complète comportant une coloscopie totale avec iléoscopie et une endoscopie digestive haute avec réalisation de biopsies multiples sur tous les segments du tube digestif nécessaire à une étude histologique complète. Les lésions caractéristiques de la MC ne se retrouvent que dans les biopsies du haut du tube digestif dans 11 à 29 % des cas. Une inflammation non spécifique du tube digestif haut est retrouvée dans 75 % des enfants atteints de RCH. L'examen radiologique de l'intestin grêle sera nécessaire dans tous les cas en dehors des RCH avérées. Le diagnostic de colite indéterminée ne peut être posé sans ces investigations complètes. La localisation de la maladie de Crohn est différente chez l'enfant et chez l'adulte. Chez l'enfant, la localisation initiale de la maladie est plus souvent iléo-colique : 71 % des cas (contre 60 % chez l'adulte). En revanche, les atteintes coliques pures et grêliques pures sont moins répandues : respectivement 10 % et 19 % des cas (contre 20 % et 21 % chez l'adulte). Ces différences entre enfants et adultes dans la topographie des lésions se retrouvent également dans la RCH avec chez l'enfant une atteinte rectale seule dans 11 %, une atteinte prenant le colon gauche dans 57 %, une pancolite dans 32 %. Une tendance à une plus grande sévérité de la MC a été notée chez l'enfant par rapport à l'adulte, liée essentiellement à la fréquence plus importante des localisations grêlo-coliques. La croissance Dans la MC, l'évaluation de la croissance est un élément essentiel pour le diagnostic, les choix thérapeutiques et le suivi de la maladie. La taille à l'âge adulte des enfants atteints de MC montre un déficit modéré de 2.4 cm par rapport à la taille cible déterminée par celles des parents. Mais 1/5 des enfants ont un déficit statural supérieur à 8 cm. C'est la sévérité de la maladie qui intervient de façon prépondérante dans la taille définitive. L'évolution et la prise en charge thérapeutique La MC évolue sur des années et son évolution est imprévisible, parfois émaillée de poussées minimes rapidement résolutives, dans d'autres cas avec des poussées subintrantes. Le but du traitement sera d'obtenir une rémission permettant une croissance, une puberté et une vie quotidienne la plus normale possible avec un traitement et des examens complémentaires les moins agressifs possible. Au moment des rechutes, le diagnostic est en général assuré. Une deuxième poussée peut permettre de compléter le bilan histologique de la maladie par de nouvelles endoscopies, si le bilan initial n'a pas été contributif. Cependant, dans un tableau typique avec atteinte du grêle et lésions segmentaires, il n'est probablement pas nécessaire de s'acharner à mettre en évidence des granulomes pour la MC au prix d'une nouvelle endoscopie. L'échographie, au mieux avec doppler, trouve là toute sa place. Il s'agit d'un examen non invasif, bien adapté à cette situation où le diagnostic est fait et où la localisation précise des nouvelles lésions ne changera en général pas les décisions thérapeutiques. Elle montre l'épaississement et l'hypervascularisation des parois digestives, les sténoses ainsi que la dilatation des anses d'amont. Le côlon est lui aussi accessible à l'échographie, les gaz intestinaux étant le principal obstacle à cette exploration. Plusieurs complications peuvent se rencontrer abcès, fistules et sténose. D'autres examens complémentaires (opacifications radiologiques, scanner, IRM) sont parfois nécessaires pour les mettre en évidence. La RCH a des aspects évolutifs multiples : les formes atténuées sont localisées au rectum ou au sigmoide. Elles n'altèrent jamais l'état général. Les formes à rechutes successives d'intensité moyenne, les plus fréquentes, touchent volontiers le recto-sigmoïde et le côlon gauche. Les poussées plus ou moins sévères sont entrecoupées de rémissions complètes qui peuvent durer des années. Les formes graves aiguës ou suraiguës nécessitent parfois un geste chirurgical en urgence. La RCH du nourrisson est souvent de diagnostic histologique difficile. Son évolution impose souvent des thérapeutiques vite lourdes (nutrition parentérale, traitements immunosuppresseurs, chirurgie). Le traitement Le traitement des MICI doit permettre la rémission clinique des poussées, le maintien de cette rémission et la prévention des rechutes. Le traitement ne peut se concevoir qu'après avoir analysé la situation de l'enfant dans son ensemble. Le choix de chaque traitement dépend en effet de l'état nutritionnel de l'enfant, de son âge, de la nature et de l'extension des lésions inflammatoires digestives, de la durée et du mode d'évolution de la maladie et des traitements antérieurs. Le traitement médical de la MC de l'enfant repose sur l'utilisation de thérapeutiques nutritionnelles, anti-inflammatoires ou immunosuppressives. Les dérivés des aminosalicylates (salazopyrine, 5-ASA) sont des anti-inflammatoires à effet local. L'efficacité modeste de ces médicaments les fait réserver aux formes mineures peu actives. Leur intérêt dans la prévention des rechutes n'est pas clairement établi. Les corticostéroïdes permettent d'obtenir une rémission clinique des poussées dans 65 à 90 % des cas. L'efficacité de la prednisone est comparable à celle de la nutrition entérale dans l'obtention de la rémission des poussées de MC en pédiatrie. Environ 30 % des patients deviennent corticodépendants et 20 % deviennent corticorésistants. Les corticostéroïdes n'ont aucun effet sur le maintient de la rémission et la prévention des rechutes. Les effets secondaires des stéroïdes sont bien connus et en limitent l'utilisation au long cours. La déminéralisation osseuse et le retentissement sur la croissance staturale sont particulièrement à redouter chez les enfants atteints de MC. L'administration de doses alternées (un jour sur deux) pourrait limiter les risques. Le principal facteur de gravité de la MC chez l'enfant est son retentissement sur la croissance staturo-pondérale et le développement pubertaire. La prise en charge nutritionnelle de la MC chez l'enfant a un double objectif : 1. prévenir ou corriger le déficit énergétique et les carences nutritionnelles spécifiques, 2. être une alternative efficace au traitement médicamenteux, en particulier à la corticothérapie, pour le traitement des poussées de la maladie. Chez l'enfant et l'adolescent, la nutrition semi-élémentaire par voir orale pourrait assurer à elle seule un traitement des poussées de la MC ainsi que l'a montré l'efficacité d'une nutrition orale polymérique exclusive pendant huit semaines (Modulen IBD). Aucun régime alimentaire n'a fait la preuve formelle de son efficacité dans la prévention des récidives de la MC. Nutrition entérale à débit continu (NEDC) et corticothérapie ont une efficacité identique chez l'enfant, avec un taux de rémission de l'ordre de 85 %. La NEDC présente un grand intérêt pour le traitement du retard staturo-pondéral et/ou pubertaire, et dans les formes corticodépendantes ou résistantes. La NEDC peut être poursuive à domicile et uniquement pendant la nuit. En cas de corticodépendance ou de corticorésistance, le traitement immunosuppresseur (azathioprine, méthotrexate, infliximab) de plus en plus largement utilisé chez l'enfant, constitue une alternative à la NEDC, surtout si l'état nutritionnel est satisfaisant. Pour l'infliximab une surveillance rapprochée est indispensable au long cours en raison du recul actuellement très faible de ce médicament chez l'enfant. Le traitement chirurgical de la MC chez l'enfant n'est pas consensuel. Certaines équipes sont plus interventionnelles que d'autres. Quoi qu'il en soit, la chirurgie n'entraîne pas de guérison et n'évite pas les récidives. Pour la RCH, les mesures hygiéno-diététiques et les traitements symptomatiques de la diarrhée ne sont jamais suffisants pour traiter une poussée de la maladie. Au cours d'une poussée, le régime doit être pauvre en résidus (fruits et légumes crus en particulier). Le lait n'est à éviter que s'il est mal toléré. Le traitement de la RCH est basé, comme celui de la MC, sur l'emploi de drogues à action anti-inflammatoires locale (aminosalycilates) ou générale (corticoïdes), et éventuellement immunosuppressive (azathioprine, methotrexate, ciclosporine). En cas d'échec, il fait appel à la chirurgie, qui est définitivement curative mais mutilante lorsqu'elle enlève le côlon et le rectum, et pour laquelle des techniques plus conservatrices se sont développées. Les retentissements familiaux et psychosociaux Les MICI induisent chez l'enfant des souffrances plus ou moins bien tolérées, qu'il est important de reconnaître et de prendre en compte. Les MICI créent des liens de dépendance entre l'adolescent et ses parents et rend plus difficile la période d'émancipation. La surprotection des parents peut être mal supportée. Les parents veillent à la bonne observance du traitement. L'enfant peut alors choisir délibérément de ne plus informer ses parents de la survenue de symptômes de peur de devoir affronter une attitude jugée trop envahissante. L'adolescent doit à la fois se sentir soutenu par ses parents dans l'épreuve et responsabilisé face à son traitement. L'adolescent est, par essence, une période où règne un sentiment d'invulnérabilité et de toute puissance. Leur maladie vient bouleverser cette impression rassurante de maîtrise. Elle confronte brutalement l'adolescent à des interrogations existentielles. Elle provoque des bouleversements de l'image corporelle qui ont souvent des répercussions psychologiques. Notamment, le retard de croissance lié à la maladie ou à son traitement (corticothérapie) est source de grande souffrance psychique. La petite taille et le retard pubertaire entraînent une blessure narcissique profonde et confrontent l'adolescent à une souffrance une perte de confiance souvent difficile à surmonter. Les contraintes de la nutrition entérale ne sont également pas sans conséquence. Le port de la sonde pose des problèmes esthétiques non négligeables. L'efficience intellectuelle n'est en rien altérée par la maladie. Les résultats scolaires des enfants atteints de MC sont égaux, voire supérieurs à la moyenne. La scolarité des enfants et adolescents atteints d'une MC doit être normale. Toutefois, lors des poussées sévères, les hospitalisations prolongées ou répétées conduisent à un absentéisme forcément regrettable à cet âge. Le stress est souvent incriminé dans la survenue des poussées évolutives, mais il n'existe aucune contre-indication générale et définitive à l'exercice d'une activité quel que soit son caractère stressant. Tous les sports peuvent être pratiqués. Le rôle délétère du tabac dans le risque d'apparition et dans l'évolution de la MC est établi avec certitude, donnant l'occasion de rappeler à l'adolescent les méfaits de ce dernier. Les maladies inflammatoires de l'intestin chez l'enfant sont des maladies chroniques qui fort heureusement ont des périodes de quiescence. L'enfant doit être assuré que tout sera mis en œuvre pour qu'il ait une croissance la plus proche de la normale, une vie normale par rapport à celle que peut vivre ses camarades et qu'il puisse, plus tard, suivre le projet professionnel qu'il aura choisi. Ceci passe par une bonne acceptation de sa maladie et de ses traitements. Conférence-Débat de Nice du 7/10/2006
(2006/10) Plaintes fonctionnelles digestives et troubles de l'humeur chez les patients atteints de MICI
Pr Benoît Coffin Service d'hépato-gastro-entérologie, Hôpital Louis-Mourier, Colombes La pratique clinique quotidienne montre que les symptômes d'allure fonctionnelle sont fréquents chez des patients ayant une MICI en rémission, maladie de Crohn (MC) ou rectocolite hémorragique (RCH). Cependant, la fréquence de ces symptômes est mal connue. Farrokhyar F, Marshall JK, Easterbrook B, Irvine EJ. Functional gastrointestinal disorders and mood disorders in patients with inactive inflammatory bowel disease: prevalence and impact of health. Inflamm Bowel Dis 2006 ; 12 : 38–46. Les troubles fonctionnels digestifs (TFD), dont le syndrome de l'intestin irritable (SII) est la forme clinique la plus répandue, sont particulièrement fréquents dans les pays occidentaux. En utilisant les derniers critères diagnostiques des TFD, les critères de Rome II, une enquête canadienne récente a montré que 62 % de la population présentent des TFD, résultat assez proche des données françaises. La physiopathologie des TFD est complexe, faisant intervenir des troubles de la motricité et une hypersensibilité digestive. Récemment, la mise en évidence du SII postinfectieux a relancé l'hypothèse d'une microinflammation impliquée dans la physiopathologie de ce syndrome. | . Cette étude, bien que souffrant de nombreuses limites come, par exemple, l’absence de groupe contrôle (sujets sans MICI, ayant ou non des TFD), souligne l’importance des plaintes digestives fonctionelles avec une forte prédominance du SII et des syndromes anorectaux. . Elle confirme également le fort retentissement de ces symptômes sur le qualité de vie, comme au cours de tous les TFD. | Plus de 80 % des patients atteints de mici sont concernés Au sein d'une cohorte de 149 patients ambulatoires (105 MC et 44 RCH) en rémission clinique depuis au moins 12 mois, F. Farrokhyar et coll. ont recherché la fréquence des symptômes fonctionnels en appliquant le questionnaire de Rome II. Ils ont ainsi montré que : - 82 % des patients avaient au moins un syndrome fonctionnel ;
- les syndromes œsophagiens et gastriques étaient répartis de manière identique dans les groupes MC et RCH. Le SII était plus fréquent en cas de MC (26 %) que de RCH (9 %). À l'inverse, la constipation indolore était plus fréquente au cours de la RCH (11 %) que de la MC ;
- les TFD les plus fréquents étaient les syndromes ano-rectaux, retrouvés chez près d'un patient sur deux. Une incontinence fécale était présente chez 37 % des patients au cours de la MC, versus 32 % au cours de la RCH ; les douleurs pelviennes rebelles concernaient respectivement 35 % et 9 % des malades.
Une prévalence élevée de troubles anxiodépressifs La mesure de l'anxiété et de la dépression par un questionnaire simple montrait que 3,4 % des patients avaient un syndrome anxieux et 20,9 % un syndrome dépressif. Ces taux étaient comparables chez les patients atteints de MC ou de RCH, mais les syndromes anxio-dépressifs étaient plus fréquents chez les patients ayant des symptômes fonctionnels (31,4 %) que chez ceux qui en étaient indemnes (7,4 %). De plus, la qualité de vie était plus altérée chez les patients ayant des troubles fonctionnels digestifs. Facteurs prédisposants En analyse logistique univariée, l'anxiété, l'âge et le tabagisme étaient des facteurs prédictifs de TFD associés à une MICI en rémission. L'analyse multivariée ne retrouvait que deux facteurs significatifs : l'anxiété et un âge supérieur à 40 ans. Commentaires La présence de symptômes digestifs fonctionnels chez les patients ayant une MICI en rémission est une situation très fréquente, comme le confirme cet article. Lors de sa pratique quotidienne, le gastro-entérologue est souvent confronté à ces plaintes qui, il y a quelques années, étaient fort peu prises en considération. Les immunosuppresseurs étaient peu utilisés, les biothérapies n'existaient pas, la chirurgie était une option thérapeutique très fréquente. On expliquait au patient que les symptômes fonctionnels étaient « le prix à payer » pour obtenir la mise en rémission d'une maladie chronique et grave. Ces dernières années, la large diffusion des immunosuppresseurs et le développement des biothérapies ont fondamentalement changé la prise en charge des patients atteints de MICI, la mise en rémission devenant un objectif plus facile à obtenir sur le moyen terme. Ainsi la notion de « MICI-fonctionnelle » (ou IBS-IBD [Irritable Bowel Syndrome - Inflammatory Bowel Disease]) est réapparue et à nouveau prise en considération. Il reste cependant difficile de différencier le caractère organique ou fonctionnel de ces symptômes résiduels. Actuellement, aucun questionnaire simple n'a été validé dans la littérature et il est souvent nécessaire de recourir à des explorations biologiques ou endoscopiques, qui s'avèreront normales. Dans ce travail, la fréquence de certains TFD semble plus élevée au cours de la MC que de la RCH, suggérant des mécanismes physiopathologiques différents pour chacune de ces pathologies. L'inflammation transmurale de la phase aiguë de la MC et les phénomènes de cicatrisation qui en découlent seraient peut-être susceptibles d'induire des lésions nerveuses pouvant se pérenniser et conduire à une douleur abdominale chronique. Ce concept de douleur chronique induite par un phénomène inflammatoire aigu est la base des douleurs neuropathiques, bien connues des algologues. Au niveau digestif, le concept d'inflammation ou de séquelles de l'inflammation comme mécanisme physiopathologique du SII a connu un regain d'intérêt ces dernières années, remettant au goût du jour la « colite postamibienne du colonial ». En effet, il a été montré qu'environ 20 % des patients ayant une gastro-entérite aiguë infectieuse vont développer un SII dans les 12 mois suivants. Chez ces patients, l'analyse immuno-histochimique de biopsies coliques a montré une augmentation des cellules entérochromaffines qui sécrètent essentiellement de la sérotonine, neurotransmetteur clé dans la régulation de la motricité et de la sensibilité digestive. Ces données n'ont pas été rapportées chez des patients ayant une MICI en rémission avec des symptômes digestifs. Le rôle de polymorphismes génétiques fréquents, comme celui du transporteur de la sérotonine, mériterait aussi d'être évalué. De manière intéressante, ce travail a montré une plus grande fréquence des personnalités dépressives chez les patients ayant des symptômes fonctionnels. En raison de la méthodologie de cette étude, il n'est malheureusement pas possible de savoir si cette personnalité est la conséquence des symptômes chroniques ou si elle préexiste à leur survenue.
| Il serait intéressant de savoir comment sont pris en charge ces symptômes fonctionnels. Actuellement, aucune étude ne permet de répondre à cette question, mais il ne serait pas étonnant de constater que ces symtômes sont la source d’une escalade thérapeutique au cours des MICI, notamment depuis l’apparition et l’utilisation de plus en plus large et précoce des biothérapies. | Crohn - RCH n° 24 - Octobre 2006 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2006/10) Traitement médical des MICI : le mieux est-il l'ennemi du bien?
Pr Marc-André Bigard Département d'hépato-gastro-entérologie, Hôpital de Brabois, Nancy L'expression populaire "Le mieux est l'ennemi du bien" indique que, quelquefois, il faut se satisfaire d'un bon résultat plutôt que de tenter d'obtenir un résultat encore meilleur au prix d'inconvénients qui vont annihiler le résultat initial. Au cours de nos consultations journalières de patients atteints de MICI, les malades nous indiquent cependant clairement qu'ils souhaitent aller encore "mieux". Ils préfèrent ne plus avoir du tout de douleurs abdominales, ne plus ressentir d'impériosité des selles et se sentir en forme toute l'année. Ces objectifs sont malheureusement quelquefois difficiles à atteindre, car l'escalade thérapeutique signifie la plupart du temps une augmentation des effets secondaires, la corticothérapie en fournissant un bon exemple. Au cours de la dernière année, notamment à l'AGA, on a assisté à la fois à une modification progressive des objectifs des traitements dans les MICI et à une préoccupation croissante à propos des effets secondaires des thérapeutiques employées. Les biothérapies, traitements les plus récents, avec notamment les anti-TNF, sont actuellement évaluées comme jamais ne l'ont été nos vieilles classes thérapeutiques telles que les corticoïdes et les immunosuppresseurs. Les essais cliniques, les registres, la surveillance post-marketing des biothérapies nous apprennent beaucoup de choses sur les nouveaux traitements, mais nous montrent également que nous avions probablement sous-estimé les effets délétères de nos anciens traitements. Nous avons, par exemple, de plus en plus de preuves de ce que la corticothérapie est un facteur majeur de survenue d'infections et que l'association de plusieurs thérapeutiques aux corticoïdes augmente très fortement le risque de sepsis grave. Cela conduit à réévaluer la stratégie d'association quasi systématique d'un immunosuppresseur à une biothérapie. Si cette association semble diminuer l'immunogénicité des biothérapies, elle majore significativement le risque d'effets secondaires sérieux. Sur un autre plan, les objectifs thérapeutiques semblent se modifier. Si le bien-être des patients reste l'objectif principal, d'autres se font jour. Parmi ceux-ci, l'obtention d'une cicatrisation muqueuse est un des plus séduisants. On a de bonnes raisons de penser que la persistance d'une inflammation chronique, même chez un patient asymptomatique ou paucisymptomatique, favorise la survenue de récidives plus précoces et constitue un facteur de risque pour la survenue d'une dysplasie ou d'une néoplasie. Il y a donc du pain sur la planche pour toutes ces prochaines années. Le défi à relever pour les médecins en charge des patients atteints de MICI est de parvenir à mettre en rémission, sans corticoïdes, un pourcentage élevé de patients, en minimisant le plus possible les effets secondaires précoces et tardifs des thérapeutiques. Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. IX - supplément au n°5 - octobre 2006 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2006/10) Une étude américano-canadienne d'association pangénomique identifie l'IL23R comme gène des MICI
Duerr RH, Taylor KD, Brant SR, Rioux JD, Silverberg MS, Daly MJ, Steinhart AH, Abraham C, Regueiro M, Griffiths A, Dassopoulos T, Bitton A, Yang H, Targan S, Datta LW, Kistner EO, Schumm LP, Lee A, Gregersen PK, Barmada MM, Rotter JI, Nicolae DL, Cho JH. A Genome-Wide Association Study Identifies IL23R as an Inflammatory Bowel Disease Gene. Traduit ou collecté par Christian de la Salle, sous toutes réserves (non-médecin) Résumé Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, maladie de Crohn et colite ulcéreuse (recto-colite hémorragique), ont en commun des troubles chroniques entraînant douleurs abdominales, diarrhées et saignements gastro-intestinaux. Afin d'identifier des facteurs génétiques qui pourraient y contribuer, nous avons réalisé une étude d'association sur tout le génome. Nous avons trouvé une association fortement significative entre la maladie de Crohn et le gène IL23R sur le chromosome 1p31, qui code une partie du récepteur pour la cytokine pro-inflammatoire interleukin-23. Une variante codante rare (rs11209026, c.1142G>A, p.Arg381Gln) confère une protection forte contre la maladie de Crohn, et des variantes additionnelles non-codantes de IL23R sont associés de façon indépendante. Des études de réplications ont confirmé des associations d'IL23R dans les cohortes indépendantes de patients présentant une maladie de Crohn ou une colite ulcéreuse. Ces résultats et études précédentes sur le rôle pro-inflammatoire d'IL-23 donnent la priorité à cette voie de signalisation comme cible thérapeutique dans les maladie inflammatoires chroniques de l'intestin. Commentaires Les équipes de chercheurs ont trouvé que plusieurs différentes variations de séquence dans le gène IL23R augmentent le risque de développer une MICI. Chose intéressante, la variante avec le plus grand effet sur ce risque protège, en fait, contre le développement de la maladie de Crohn. Par contre, cette variante est rare dans la population générale. Ne pas l'avoir n'est donc pas un indice de prédisposition à développer la maladie. Cependant, ces résultats mettent en évidence l'importance de la voie de signalisation IL23R dans les maladies chroniques inflammatoires intestinales et suggèrent des stratégies possibles de traitement. Communiqué de presse de l'Université de Montréal (extrait) : Selon l'auteure principale Judy H. Cho, M.D., professeure associée aux départements de médecine et de génétique de la Yale School of Medicine, ces conclusions mettent en évidence une voie inflammatoire majeure et changent notre façon de penser à la variation génétique associée à la maladie. « Cette voie est particulièrement intrigante puisqu'il semble que nous ayons identifié une variante du gène qui protège contre le développement des MICI », a déclaré la Dre Cho, qui est aussi directrice du Centre des maladies inflammatoires de l'intestin à Yale. Bien que les mutations du gène qui code pour un récepteur dans une voie inflammatoire majeure soient fortement associées à la maladie de Crohn, les chercheurs du consortium ont fait valoir qu'un type de mutation peut conférer une protection significative et identifier des cibles potentielles de traitements pharmacologiques pour la prise en charge de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse. Afin d'identifier d'autres gènes qui sont associés aux MICI, l'équipe internationale de chercheurs a criblé le génome – quelque 22 000 marqueurs – et analysé plus de 300 000 polymorphismes nucléotidiques simples, ou SNP, chez des personnes atteintes de la maladie de Crohn et chez un nombre similaire de personnes non atteintes de MICI. Ce criblage a mené à une découverte inattendue. Bien que plusieurs polymorphismes aient été associés à une augmentation significative du risque de développer des MICI, l'un d'entre eux semble conférer une très forte protection contre les MICI. « De tous les SNP que nous avons étudiés chez les personnes atteintes et non atteintes de MICI, ce SNP protecteur représente la découverte la plus significative de notre étude. Nous avons été un peu pris par surprise », a déclaré l'auteur principal Richard H. Duerr, M.D., professeur associé de médecine et de génétique humaine à l'Université de Pittsburgh. « Nous ne sommes pas encore certains de ce que cela signifie en termes d'amélioration des traitements pour les patients atteints de MICI. » Néanmoins, les membres du consortium tentent d'isoler les effets spécifiques de ce polymorphisme protecteur. Cependant, puisque le gène IL-23 joue un rôle important dans l'activation de l'inflammation, notamment dans les organes de l'appareil digestif, il pourrait devenir une cible majeure pour améliorer la prise en charge de la maladie de Crohn et d'autres MICI. « Les récentes études sur des souris chez lesquelles on a supprimé le gène IL-23 ont fait valoir que ce gène était essentiel au déclenchement de l'inflammation intestinale chronique. Ces conclusions probantes, conjuguées à notre découverte, suggèrent que les traitements qui ciblent la voie du gène IL-23 pourraient conduire à des traitements plus individualisés et mieux dirigés des MICI. En fait, le blocage de l'activité du gène IL-23 ou la manipulation de sa voie peut représenter un moyen efficace de prendre en charge les MICI », a déclaré le DrRioux en ajoutant: « Il ne fait aucun doute que les études génétiques qui seront réalisées par ce groupe continueront d'améliorer notre compréhension des maladies inflammatoires chroniques. » Science. 2006 Oct 26; [Epub ahead of print] Références 1. A Genome-Wide Association Study Identifies IL23R as an Inflammatory Bowel Disease Gene. Science. 2006 Oct 26; [Epub ahead of print] 2. Un gène lié à la maladie de Crohn identifié - Communiqué de l'Université Yale Des chercheurs canadiens et américains trouvent un gène cible qui pourrait protéger contre la maladie de crohn et la colite ulcéreuse - Communiqué de l'Université de Montréal.
(2006/10) Nutrition et MICI : données actuelles
Pr Xavier Hébuterne Service d'hépatogastroentérologie et nutrition clinique – CHU de Nice Propos recueillis par A. le Masne Nutrition entérale ou parentérale, renutrition périopératoire, mais aussi conseils d'alimentation au quotidien font partie intégrante de la prise en charge globale des patients atteints de MICI. Le professeur Xavier Hébuterne (service d'hépatogastroentérologie et nutrition clinique – CHU de Nice) nous apporte des pistes pratiques de mise en oeuvre de ces techniques. Crohn & RCH : Les théories physiopathologiques communément admises pour expliquer la genèse des mici laissent-elles une place pour un hypothétique agent alimentaire qui serait responsable du déclenchement de la réaction inflammatoire à l'origine de la maladie? Pr X. Hébuterne : On considère actuellement que les MICI sont dues à une rupture de tolérance entre un individu à risque et sa flore intestinale, induisant un dysfonctionnement de l'apoptose des cellules inflammatoires activées et une inflammation chronique. L'hypothèse est donc celle de l'intervention, sur un terrain prédisposé (vraisemblablement génétiquement), de facteurs environnementaux. Ceux-ci sont multiples, les plus reconnus étant les infections bactériennes, le tabac et, probablement, le stress, mais il est difficile de concevoir que des facteurs alimentaires n'aient pas un rôle dans des maladies qui touchent si spécifiquement le tube digestif ou l'un de ses segments. Nous ne disposons malheureusement pas à l'heure actuelle d'études épidémiologiques suffisamment précises pour bien étayer cette hypothèse, car les travaux sur l'alimentation sont extrêmement complexes en raison de l'intrication de multiples agents. Quelques données sont néanmoins disponibles, comme celles publiées par Shoda et coll. montrant que l'émergence de la maladie de Crohn (MC) au Japon est associée à une diminution de la consommation de poisson [1]. Chez l'enfant, le registre EPIMAD a également ouvert certaines pistes puisqu'une étude, présentée aux Journées francophones de pathologie digestive en 2004 par S. Baron et coll. [2], suggère que l'allaitement maternel augmenterait le risque de maladie de Crohn (OR = 2,5 [1,5–4,2]) alors que la consommation d'eau du robinet exercerait un effet protecteur (OR = 0,5 [0,3–0,8]). Beaucoup reste à faire avant de pouvoir arriver à des conclusions pratiques pour nos patients... Crohn & RCH : La nutrition entérale a longtemps eu une place de choix pour le contrôle des poussées de MC, notamment chez l'enfant afin d'éviter le recours aux corticoïdes et leurs conséquences sur la croissance. Qu'en est-il aujourd'hui, à l'ère de l'introduction précoce des immunosuppresseurs et des traitements biologiques? Pr X. Hébuterne : La nutrition entérale garde toujours largement sa place dans le traitement de la MC en pédiatrie, représentant une alternative à la corticothérapie. Elle est, pour certains, le traitement de première intention des poussées sévères. En effet, chez l'enfant, elle est aussi efficace que le traitement par corticoïdes [3] et permet d'en éviter les complications, notamment en termes de croissance. Chez l'adulte, bien que moins efficace que la corticothérapie [4], la nutrition entérale peut aussi représenter une alternative thérapeutique pour les poussées d'intensité moyenne à sévère. Elle est à discuter avec les patients qui souhaitent éviter les effets indésirables de la corticothérapie, en particulier en termes esthétiques ou de prise de poids, qui peuvent avoir des conséquences notables sur le plan social, professionnel ou psychologique. Lorsque les immunosuppresseurs ou les biothérapies sont indiqués, l'assistance nutritive a peu sa place dans un objectif thérapeutique. En revanche, elle peut tout à fait être proposée à visée nutritionnelle, pour corriger une dénutrition sévère. Le choix de la voie d'abord, entérale ou parentérale, dépend de l'état du tube digestif en sachant qu'il faut toujours privilégier la nutrition entérale. Seuls les malades qui ont une malabsorption sévère ou une sténose digestive responsable d'une occlusion intestinale chronique devront bénéficier d'une nutrition parentérale. Crohn & RCH : Existe-t-il des données dans la littérature concernant l'effet des techniques d'assistance nutritionnelle sur la cicatrisation muqueuse endoscopique? Pr X. Hébuterne : Bien que de plus en plus de travaux mettent en avant l'obtention d'une cicatrisation muqueuse endoscopique comme objectif thérapeutique dans les MICI, nous n'avons pas de données sur ce point concernant l'assistance nutritionnelle. S'il est possible d'imaginer un tel corollaire, il ne serait pas basé sur l'ancien concept de « mise au repos digestif » qui est aujourd'hui très discuté, mais plutôt sur des effets nutritionnels propres. Crohn & RCH : Lorsqu'un malade dénutri doit subir une chirurgie de résection intestinale pour MICI, quels sont, selon vous, les paramètres cliniques et biologiques les plus pertinents pour parler de dénutrition? Par exemple, que proposer à un patient dont l'indice de masse corporelle est à 18 et l'albuminémie à 24 g/l? Pr X. Hébuterne : Les critères de dénutrition essentiels à retenir sont simples et cliniques : perte de 2 % du poids en une semaine, ou de 5 % en un mois, ou de 10 % en 6 mois, et/ou indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 18,5. L'albuminémie seule n'est pas un bon critère de dénutrition en cas de MICI chez un adulte jeune, car une hypoalbuminémie peut être en rapport avec le syndrome inflammatoire ou l'entéropathie exsudative. En cas de dénutrition avérée avant chirurgie, les recommandations de la conférence de consensus sur la nutrition artificielle périopératoire en chirurgie programmée de l'adulte (SFNEP, décembre 1994) s'appliquent [5]. Ces malades doivent bénéficier d'une renutrition préopératoire de 7 à 10 jours, dont l'objectif est de faire passer le patient du catabolisme à l'anabolisme. Il a été montré que quelques jours suffisent pour atteindre ce but. Dans l'exemple choisi, l'IMC est à 18, il y a donc dénutrition. Si l'intervention n'a pas de caractère urgent, on peut proposer une renutrition pour une durée de 8 à 15 jours en préopératoire. L'utilisation de compléments nutritionnels oraux peut suffire pour augmenter significativement les apports énergétiques (30 à 35 kcal/kg/j) et protéiques (1,1 à 1,5 g/kg/j) ; en cas d'échec, une nutrition entérale cyclique nocturne par sonde nasogastrique est à mettre en place, sauf en cas d'occlusion intestinale chronique où la nutrition parentérale exclusive est la meilleure option en préopératoire. Crohn & RCH : Toujours dans le contexte préopératoire, existe-t-il une indication (autre que la dénutrition) Pr X. Hébuterne : En dehors de la prévention de la dénutrition, on s'intéresse beaucoup aujourd'hui au rôle des immunonutriments. Des compléments alimentaires enrichis en nucléotides, arginine et acides gras oméga-3 ont été étudiés en chirurgie digestive carcinologique majeure programmée, où leur administration dans les 5 à 7 jours préopératoires est associée à une réduction significative des infections postopératoires [7]. Il pourrait être intéressant de tester ce type de produits dans d'autres indications de chirurgie digestive lourde non carcinologique. L'assistance nutritionnelle concerne également tous les patients qui doivent être laissés à jeun avant l'intervention, pour prévenir la dénutrition et ses conséquences immunitaires qui peuvent apparaître dès 48 heures de jeûne. Crohn & RCH : Savez-vous pourquoi il n'y a jamais eu d'étude de grande ampleur pour évaluer l'intérêt de la renutrition pré- opératoire spécifiquement au cours de la maladie de Crohn?
Pr X. Hébuterne : De tels travaux seraient d'autant plus intéressants que nos malades sont soumis à des traitements catabolisants, comme les corticoïdes, et sont donc à plus haut risque de complications postopératoires. Nous disposons de quelques données rétrospectives, telles celles publiées par l'équipe de Jacques Cosnes [8]. Le manque d'études prospectives de grande ampleur et spécifiques de la maladie de Crohn s'explique probablement par le moindre nombre de malades concernés, par rapport à – par exemple – la chirurgie carcinologique. Néanmoins, les résultats obtenus en cancérologie ne sont pas forcément applicables aux MICI (patients plus jeunes, influence des thérapeutiques, etc.) et des études prospectives spécifiques restent donc nécessaires. Crohn & RCH : En dehors du contexte chirurgical, peut-on appliquer des mesures préventives de la dénutrition chez les patients atteints de MICI? Pr X. Hébuterne : Le suivi par une diététicienne me paraît aujourd'hui essentiel pour la prise en charge des patients atteints de MICI. Nous devons encore oeuvrer pour que tous les malades puissent avoir accès à ce suivi, qui ne doit pas se cantonner à l'hôpital, mais se développer dans le cadre des réseaux. Outre la dénutrition proprement dite et la perte de masse musculaire, nos patients, même en rémission, sont en effet exposés à un risque important de carences en vitamines et oligoéléments (figure ci-dessus) [9]. Des conseils alimentaires simples et de bon sens suffisent souvent pour atteindre les objectifs nutritionnels de façon adaptée au mode de vie personnel du patient : concilier épargne digestive et consommation de fruits et légumes, apports protéiques, couverture des besoins énergétiques, etc. Crohn & RCH : Quel est votre avis sur l'intérêt des probiotiques et des prébiotiques dans les MICI? Pr X. Hébuterne : L'idée qu'une manipulation de la flore intestinale puisse être associée à un contrôle des poussées ou à leur prévention paraît tout à fait intéressante. Les données initialement publiées étaient très positives dans le cas particulier de la pouchite, montrant l'efficacité de l'association de probiotiques VSL#3 dans cette indication [10]. Quelques études récentes ont, à l'inverse, fourni des résultats négatifs, notamment en prévention de récidives postopératoires [11]. Cette piste mérite néanmoins de continuer à être explorée, d'abord en améliorant nos connaissances fondamentales sur cette famille de produits qui ne sont certainement pas tous équivalents, puis en refaisant des essais cliniques afin de tester leur efficacité, peut-être en association avec les traitements classiques. Si les probiotiques et prébiotiques ne vont certainement pas se substituer aux traitements actuels, ce concept pourrait cependant avoir une place dans notre arsenal thérapeutique. Crohn - RCH n° 24 - Octobre 2006 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Shoda R, Matsueda K, Yamato S, Umeda N. Epidemiologic analysis of Crohn disease in Japan: increased dietary intake of n-6 polyunsaturated fatty acids and animal protein relates to the increased incidence of Crohn disease in Japan. Am J Clin Nutr 1996 ; 63 : 741-5. 2. Baron S, Gower-Rousseau C, Merle V et al. Quels facteurs influencent la survenue d'une Maladie Inflammatoire Chronique de l'Intestin dans l'enfance ? Résultats d'une étude cas-témoin pédiatrique dans le Nord-Ouest de la France. JFPD, Paris, 6 avril 2004. 3. Heuschkel RB, Menache CC, Megerian JT, Baird AE. Enteral nutrition and corticosteroids in the treatment of acute Crohn's disease in children. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2000 ; 31 : 8-15. 4. Griffiths AM, Ohlsson A, Sherman PM, Sutherland LR. Meta-analysis of enteral nutrition as a primary treatment of active Crohn's disease. Gastroenterology 1995 ; 108 : 1056-67. 5. Société Francophone de Nutrition Entérale et Parentérale. Conférence de consensus sur la nutrition artificielle péri-opératoire en chirurgie programmée de l'adulte : Recommandations du jury. Nutr Clin Metab 1995 ; 9 (Suppl 1) : 13-22. 6. Lewis SJ, Egger M, Sylvester PA, Thomas S. Early enteral feeding versus "nil by mouth" after gastrointestinal surgery: systematic review and meta-analysis of controlled trials. BMJ 2001 ; 323 : 773-6. 7. Gianotti L, Braga M, Nespoli L et al. A randomized controlled trial of preoperative oral supplementation with a specialized diet in patients with gastrointestinal cancer. Gastroenterology 2002 ; 122 : 1763-70. 8. Barbe L, Carbonnel F, Carat F et al. Effets de la nutrition artificielle préopératoire dans les résections intestinales pour maladie de Crohn. Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 852-7. 9. Filippi J, Al-Jaouni R, Wiroth JB, Hébuterne X, Schneider SM. Nutritional deficiencies in patients with Crohn's disease in remission. Inflamm Bowel Dis 2006 ; 12 : 185-91. 10. Gionchetti P, Rizzello F, Helwig U et al. Prophylaxis of pouchitis onset with probiotic therapy: a double-blind, placebocontrolled trial. Gastroenterology 2003 ; 124 : 1202-9. Marteau P, Lemann M, Seksik P et al. Ineffectiveness of Lactobacillus johnsonii LA1 for prophylaxis of postoperative recurrence in Crohn's disease: a randomised, double blind, placebo controlled GETAID trial. Gut 2006 ; 55 : 757-9.
(2006/10) Quelle prise en charge pour les lésions ano-périnéales de la maladie de Crohn en 2006?
Dr Laurent Peyrin-Biroulet Service d'hépato-gastro-entérologie, Hôpital de Brabois, Nancy Les lésions ano-périnéales (LAP) touchent environ un patient sur deux au cours de la maladie de Crohn. Les LAP sont d'autant plus fréquentes que l'atteinte digestive se situe bas sur l'intestin. La classification de Hughes (aussi appelée classification de Cardiff), spécifique aux LAP de la maladie de Crohn et datant de 1978, n'est pas utilisée, car complexe et peu reproductible. En pratique, c'est la classification de l'American Gastroenterological Association (AGA) qui doit être employée ; elle distingue les fistules “simples” des fistules “complexes”, pour lesquelles le recours à une chirurgie lourde est plus fréquent et le taux de guérison plus faible. Les fistules simples sont celles qui sont basses (superficielles, inter-sphinctériennes basses ou trans-sphinctériennes inférieures), avec un seul orifice externe, non abcédées, sans lésion rectale active, sans fistule recto-vaginale ni sténose ano-rectale. Lorsqu'un des critères précédemment décrits n'est pas respecté, on parle de fistule complexe, par exemple en cas de fistule inter-sphinctérienne haute [1]. Il faut également rappeler que la classification de Parks, initialement proposée en 1976 pour les fistules anales, reste la référence pour classer les fistules en fonction de repères anatomiques (intersphinctériennes, trans-sphinctériennes, supra-sphinctériennes, extra-sphinctériennes et superficielles). Les LAP de la maladie de Crohn sont associées à une morbidité élevée et à une altération de la qualité de vie du malade. Leur prise en charge est le plus souvent médicochirurgicale. Nous nous limiterons ici à la prise en charge des fistules ano-périnéales. Prise en charge des fistules simples Antibiothérapie seule Aucun essai contrôlé n'a démontré l'efficacité des antibiotiques dans le traitement des LAP de la maladie de Crohn. Seules des séries ouvertes sont disponibles dans la littérature. Une amélioration clinique est notée dans les trois quarts des cas environ sous métronidazole ou ciprofloxacine (une association ciprofloxacine-métronidazole n'a pas démontré sa supériorité par rapport à une monoantibiothérapie) [1]. Cependant, une durée minimale de traitement de 3 mois est nécessaire avant d'observer une efficacité maximale. De plus, des effets indésirables sont fréquents, avec notamment un risque de neuropathie périphérique sensitive sous métronidazole qui survient chez près d'un malade sur deux après 6 mois de traitement (préférer une posologie < 1,5 g/j pour le métronidazole en raison d'une neurotoxicité dose-dépendante). Enfin, une rechute est observée dans plus de 50 % des cas à l'arrêt du traitement [1]. Cette stratégie thérapeutique comporte donc plusieurs inconvénients et ne doit plus être utilisée en 2006. Fistulotomie La fistulotomie reste le traitement de référence des fistules simples. Elle réalise une mise à plat de la fistule en sectionnant tous les plans, de la peau du périnée jusqu'au trajet fistuleux. Elle ne doit pas être utilisée pour le traitement des fistules hautes, entraînant un risque majeur d'incontinence anale par section du muscle sphinctérien. Les taux de guérison (90 %) et de rechute (10 %) sont nettement en faveur de la fistulotomie dans les fistules simples. Elle ne doit cependant pas être réalisée s'il existe un doute quant au trajet fistuleux [1]. Il faudra alors s'aider d'une imagerie (IRM pelvienne ou échoendoscopie endoanale), alors qu'un examen clinique sous anesthésie générale est le plus souvent suffisant pour le bilan des fistules simples. Après fistulotomie, une simple surveillance est de mise. Il n'est pas nécessaire d'introduire un traitement médical de fond. Fistules complexes Bilan préopératoire Une imagerie (IRM pelvienne ou échoendoscopie endoanale), associée à un examen clinique sous anesthésie générale, est recommandée dans la prise en charge des fistules complexes, afin d'obtenir une précision diagnostique de 100 % [2] et de ne pas méconnaître des trajets fistuleux sources de récidives de l'atteinte ano-périnéale. Abcès anaux ou périnéaux En cas de fistule compliquée d'un abcès, il faut traiter en urgence le sepsis périnéal. Dans tous les cas, le principe de cette chirurgie d'urgence en milieu septique est de se limiter aux seules lésions locales, et c'est le geste le plus simple qui doit être réalisé. L'éradication du processus infectieux ne doit pas compromettre la fonction sphinctérienne, qui est particulièrement exposée. Le geste associe en urgence incision, drainage et antibiothérapie [1]. La mise à plat par fistulotomie des (rares) trajets fistuleux trans-sphinctériens bas ou superficiels peut être envisagée dans le même temps opératoire. Pour les fistules hautes (considérées comme complexes), qui correspondent à la majorité des cas, la recherche de l'orifice primaire et du trajet fistuleux ne doit pas être systématique au stade d'abcès, afin de limiter les risques d'incontinence postopératoire par lésion du sphincter anal. Association drainage par séton-infliximab (Remicade®) Pour les fistules complexes non abcédées (ou à distance du traitement d'un abcès ano-périnéal compliquant une fistule complexe), il faut réaliser un drainage par séton. La technique consiste à mettre en place, sous anesthésie, un fil (seta, en latin) ou un drain (en silicone, latex ou nylon) non serré, à partir de l'orifice cutané (orifice secondaire), le long du trajet fistuleux jusque dans le canal anal (orifice primaire). L'examen périnéal doit être minutieux, car il existe souvent plusieurs trajets fistuleux à drainer, et donc plusieurs sétons à mettre en place. La traction lente du drain permettant la mise à plat du trajet par section progressive du sphincter anal, préconisée dans le traitement des fistules cryptogénétiques, n'est pas conseillée dans la maladie de Crohn du fait du risque d'incontinence à long terme. En effet, même après drainage par séton, le risque d'incontinence n'est pas nul et atteint 50 % dans certaines séries [1]. La mise en place d'un drain de séton assure, chez les deux tiers des patients, un assèchement et une cicatrisation du périnée. Cependant, à distance de l'épisode aigu, l'ablation du séton est associée à un risque élevé (40 %) de récidive à long terme ; cela est lié probablement à la persistance de trajets secondaires passés inaperçus et non drainés. Ce traitement représente donc une première étape, en attendant la prise en charge proprement dite de la fistule (chirurgie secondaire/de réparation). Un traitement médical par injections d'infliximab (Remicade®) est systématiquement associé au drainage par séton des fistules complexes. En effet, deux larges essais randomisés contre placebo ont établi l'efficacité de cette molécule en traitement d'induction (perfusions de 5 mg/kg aux semaines 0, 2 et 6) et pour le maintien de la rémission (perfusions de 5 mg/kg toutes les 8 semaines) dans les fistules de la maladie de Crohn drainées [3,4]. C'est ainsi que, depuis août 1999, Remicade® a une AMM en France dans “la maladie de Crohn fistulisée ayant résisté au traitement conventionnel : antibiothérapie, drainage, immunosuppresseurs”. Il faut surtout insister sur le fait que l'infliximab ne doit pas être débuté si la fistule n'a pas été préalablement drainée, l'efficacité de l'infliximab seul étant de surcroît inférieure à celle de l'association drainage-infliximab [5]. Enfin, il faut noter que les analogues des purines (azathioprine et 6-mercaptopurine) ne sont plus utilisés en monothérapie dans le traitement des fistules complexes : leur délai d'action est long (3 mois au minimum), leur efficacité modeste, et nous ne disposons toujours pas de données rigoureuses quant à leur réelle efficacité dans cette indication. Chirurgie secondaire/de réparation Le maintien d'un séton non serré, appelé séton “perdu” et laissé en place plus de 6 mois, est parfois proposé par certaines équipes. Il s'agit cependant d'une solution souvent mal vécue par le patient, avec par ailleurs une récidive dans près de 50 % des cas au retrait du séton. Après la réalisation d'un drainage par séton, une chirurgie de réparation est donc habituellement indiquée. Actuellement, deux attitudes peuvent être envisagées : la colle biologique ou le lambeau rectal d'avancement. L'injection locale de colle biologique présente comme principal avantage son caractère peu invasif. Le trajet de la fistule est cureté sous anesthésie générale, de manière à aviver les berges. À l'aide d'un cathéter, on injecte dans le trajet fistuleux un mélange de fibrinogène et de thrombine qui permet instantanément la formation d'un réseau de fibrine obturant la fistule. Récemment, un essai du GETAID (qui n'a pas encore été publié) a comparé la colle Beriplast® au placebo chez 77 patients avec une maladie de Crohn. Le traitement par colle biologique s'est révélé significativement plus efficace que le placebo pour la mise en rémission des lésions à 8 semaines (38 % versus 16 % ; p = 0,048). Les résultats à long terme ne sont cependant pas connus. En 2006, la colle biologique semble donc représenter le traitement de première intention lorsque l'on envisage une chirurgie de réparation. En cas d'échec de la colle biologique ou si ce traitement n'est pas disponible, un lambeau rectal d'avancement muqueux peut être proposé. Cette technique consiste à réaliser, sous anesthésie générale et par voie trans-anale, un décollement de la muqueuse anale qui débute au niveau de la ligne pectinée et se poursuit vers le rectum, sur 3 à 4 cm, pour créer un lambeau muqueux englobant l'orifice fistuleux. Après résection de la zone fistuleuse, ce lambeau de muqueuse saine va recouvrir l'orifice fistuleux et être fixé, plus bas, par quelques points sur la ligne pectinée. On réalise ainsi une couverture de l'orifice primaire de la fistule par une muqueuse rectale saine, l'orifice secondaire étant laissé ouvert. Les avantages sont la simplicité de la technique ainsi que l'absence de risque de lésion du sphincter anal et donc d'incontinence. La contre-indication majeure est la présence d'une maladie active au niveau de l'anus et du rectum. Un maintien de la rémission à 3 ans est observé chez environ un patient sur deux. Le taux de récidive est cependant élevé, puisqu'il est de 34 à 57 % selon les séries [1]. Pour certains auteurs, la cicatrisation muqueuse sous infliximab pourrait permettre d'améliorer les résultats obtenus avec le lambeau rectal d'avancement ; cela reste à démontrer.
Que faire en cas d'échec de l'association drainage par séton-infliximab ? On a le choix entre ciclosporine i.v. et iléostomie de diversion du flux fécal. La ciclosporine i.v. est efficace, avec un taux de réponse initiale de 80 %, mais sa toxicité (effets indésirables graves jusque dans 17 % des cas, parfois irréversibles) et les fréquentes rechutes notées lors du passage à la forme orale (80 %) limitent largement son emploi chez ces sujets jeunes [1]. Elle est parfois tentée chez les malades refusant toute intervention chirurgicale. L'iléostomie de diversion du flux fécal permet une mise en rémission des lésions dans jusqu'a 83 % des cas [1]. Cependant, elle est contre-indiquée en cas de lésions rectales actives, le rétablissement ultérieur de la continuité n'étant quant à lui possible que dans 10 a 47 % des cas [1] ; surtout, elle n'évite pas le recours à la proctectomie, qui reste nécessaire chez près des deux tiers des malades. L'iléostomie de diversion temporaire permet en fait principalement de préparer psychologiquement le patient a la réalisation d'une stomie définitive (proctectomie). Conclusion La prise en charge des fistules simples repose sur la réalisation d'une fistulotomie qui permet une guérison des lésions dans 90 % des cas et n'expose pas les malades a un risque majeur d'incontinence. La prise en charge des fistules complexes reste difficile. En cas d'abcès, un geste associant incision, drainage et antibiothérapie est indiqué en urgence. Le traitement de la fistule consiste ensuite à réaliser un drainage par séton, en association à un traitement de fond par infliximab. En cas d'échec, la toxicité de la ciclosporine i.v. et l'impossibilité de rétablir la continuité digestive chez plus de 50 % des malades après iléostomie de diversion font que nous ne disposons toujours pas à l'heure actuelle de traitement de seconde intention acceptable. C'est ainsi que, à long terme, une proctectomie avec iléostomie définitive devra être réalisée chez un quart des malades souffrant de LAP. La prise en charge des fistules ano-périnéales simples et complexes est résumée dans la figure. Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. IX - supplément au n°5 - octobre 2006 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs) Références 1. Sandborn WJ, Fazio VW, Feagan BG, Hanauer SB. American Gastroenterological Association Clinical Practice Committee. AGA technical review on perianal Crohn's disease. Gastroenterology 2003;125:1508-30. 2. Schwartz DA, Wiersema MJ, Dudiak KM et al. A comparison of endoscopic ultrasound, magnetic resonance imaging, and exam under anesthesia for evaluation of Crohn's perianal fistulas. Gastroenterology 2001;121:1064-72. 3. Present DH, Rutgeerts P, Targan S et al. Infliximab for the treatment of fistulas in patients with Crohn's disease. N Engl J Med 1999;340:1398-405. 4. Sands BE, Anderson FH, Bernstein CN et al. Infliximab maintenance therapy for fistulizing Crohn's disease. N Engl J Med 2004;350:876-85. Regueiro M, Mardini H. Treatment of perianal fistulizing Crohn's disease with infliximab alone or as an adjunct to exam under anesthesia with seton placement. Inflamm Bowel Dis 2003;9:98-103.
(2006/10) La classification de Montréal des MICI : controverses, consensus et implications
Satsangi J, Silverberg MS, Vermeire S, Colombel JF, The Montreal classification of inflammatory bowel disease: controversies, consensus, and implications. Gut. 2006 Jun;55(6):749-53. La classification de Montréal, qui est le fruit de discussions lors du dernier congrès mondial de gastroentérologie, avait pour but d'intégrer à la classification clinique des MICI les nouvelles données sérologiques et moléculaires. La maladie de Crohn La classification de Vienne pour la maladie de Crohn (MC), bien que non encore largement utilisée en clinique, a été modifiée ; les trois paramètres prédominants ont cependant été conservés : l'âge au diagnostic, la topographie des lésions et le phénotype de la maladie (tableau 1). Les principales modifications apportées par Montréal portent sur : - l'âge, qui est séparé en trois catégories en raison des nombreuses études montrant des génotypes ou sérotypes particuliers dans les formes pédiatriques de MC ;
- les quatre topographies possibles ne sont plus maintenant mutuellement exclusives, cette adaptation est la conséquence de l'utilisation de la capsule endoscopique qui retrouve de façon relativement fréquente une atteinte du tractus intestinal supérieur ;
- l'existence d'une fistule ano-périnéale n'est dorénavant plus nécessairement associée à un phénotype fistulisant de la maladie et, si seules des lésions ano-périnéales sont présentes, elles doivent être classées séparément.
De nombreuses études ont montré que le phénotype de la maladie évolue avec le temps, il n'a donc pas été possible de définir un moment clé pour proposer cette classification. La recto-colite hémorragique (RCH) Il n'existait pas de classification consensuelle de la RCH. La classification de Montréal sur l'étendue de la RCH permet de définir trois sous-groupes (tableau 2). Cette classification simple présente un intérêt pour préciser la réponse aux traitements médicaux (différence entre traitements topiques et oraux) et prend en compte l'histoire naturelle de la maladie, le taux d'hospitalisation, de colectomie et le risque de cancer rectocolique. L'instabilité majeure de la maladie dans le temps souligne à nouveau le caractère dynamique des MICI. En effet, il est bien admis que la RCH peut s'étendre avec le temps, mais elle peut également régresser. Ainsi, le taux actuariel d'extension proximale d'une proctite est estimé entre 41 et 54 % à 10 ans ; la progression d'une colite gauche pourrait être plus rapide. À l'inverse, une maladie étendue peut régresser avec le temps, avec des taux de régression estimés de 1,6 à 71 % après 10 ans. La classification de Montréal propose de retenir l'étendue maximale de l'atteinte comme paramètre majeur. Une classification en 4 stades (S0 à S3) de la sévérité des rechutes de la RCH a été proposée. De nombreuses études ont évalué l'apport des marqueurs sérologiques et génétiques dans les MICI. Ces données ne sont pas, à l'heure actuelle, prises en compte dans les classifications ; une telle intégration nécessiterait la validation externe des données et semble encore prématurée. Le groupe de Montréal a recommandé que le terme de « colite indéterminée » soit réservé aux cas où, après colectomie, il est impossible de porter un diagnostic de MC ou de RCH alors que le diagnostic de MICI est formel. À l'inverse, le terme de « colite inclassée » doit être proposé en cas de lésion atteignant le côlon, sans atteinte du grêle, ni élément permettant de porter le diagnostic de MC ou de RCH. Une infection doit avoir été éliminée avant de retenir le terme de « colite inclassée ». Crohn - RCH n° 24 - Octobre 2006 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2006/11) L’anastomose iléo anale pour RCH multiplie par trois le risque d’infertilité
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon Cette méta-analyse, présentée par une équipe du Michigan (Etats-Unis) avait comme objectifs d’estimer, dans le cadre de la rectocolite ulcéro-hémorragique (RCH), le risque d’infertilité féminine après une anastomose iléo-anale (AIA) comparativement à un traitement médical, et d’évaluer les facteurs de risques modifiables pour diminuer cette infertilité. Elle a été réalisée à partir des principales bases de littérature médicale et a inclus 8 articles (sur 189 résumés potentiellement intéressants) à partir desquels les données ont été extraites. L’examen initial de ces 8 études montrait qu’il y avait une hétérogénéité significative entre les résultats (p = 0,004) du fait notamment d’une publication rapportant un taux d’infertilité préopératoire très élevé (38 %). Si l’on exclut les données de ce dernier travail, le risque relatif d’infertilité après AIA peut être calculé à 3,17 ( IC 95 % : 2,41-4,18) à partir des sept études restantes, avec cette fois ci une hétérogénéité non significative. Le taux pondéré d’infertilité dans ces 7 études était de 15 % en cas de traitement médical et de 48 % après AIA (50 % si les 8 études étaient incluses). Malheureusement il n’a pas été possible d’identifier des facteurs sur lesquels influer, lors de la réalisation d’une AIA, pour modifier de façon conséquente le risque d’infertilité Le risque d’infertilité, définie comme l’incapacité de concevoir après 12 mois de tentatives, est donc plus de trois fois supérieur après réalisation d’une anastomose iléo-anale que sous traitement médical. Ceci doit être prise en compte au moment de la discussion de la prise en charge avec les patientes atteintes de RCH et potentiellement candidates à une colectomie. D’autres études sont nécessaires pour rechercher des facteurs qui pourraient être modifiés afin de diminuer cette infertilité post chirurgicale. Journal International de Médecine 2006 Waljee A et coll. “Threefold increased risk of infertility: a meta-analysis of infertility after ileal pouch anal anastomosis in ulcerative colitis” Gut 2006; 55: 1575-1580
2005
(2005/03) Conséquences nutritionnelles des MICI
Pr Xavier Hébuterne, Service d'hépatogastroentérologie et nutrition clinique – CHU de Nice Résumé : Soixante-quinze pour cent des malades hospitalisés pour une maladie de Crohn sont dénutris et un tiers des patients porteurs d’une maladie de Crohn ont un indice de masse corporelle inférieur à 20. Chez ces malades, une diminution de la masse et de la force musculaire a été démontrée. De nombreuses carences en vitamines et en micronutriments sont retrouvées chez les malades porteurs d’une maladie inflammatoire cryptogénétique de l’intestin. Les carences en vitamines B9 et B12 peuvent avoir des conséquences importantes en favorisant notamment une hyperhomocystéïnémie associée à un risque accru de thrombose veineuse. Les anomalies nutritionnelles observées au cours des MICI sont favorisées en premier lieu par les carences d’apport mais aussi par la malabsorption et l’entéropathie exsudative ainsi que par les anomalies métaboliques propres à l’affection chronique ou dues aux traitements, en particulier la corticothérapie. Le dépistage des troubles nutritionnels est indispensable au cours de ces affections chroniques bénignes. La prise en charge va de simples conseils alimentaires associés ou non à une supplémentation vitaminique, à l’assistance nutritive dans les cas les plus graves et notamment chez l’enfant afin de limiter les conséquences de l’affection sur la croissance. Hépato-Gastro. Volume 12, Numéro 2, 123-34, Mars-Avril 2005, Mini-revue
(2005/04) Tolérance et efficacité du méthotrexate dans la maladie de Crohn de l'enfant
Dr Dominique Turck, Hôpital Jeanne de Flandre, Service de gastro-entérologie, hépatologie et nutrition, LilleIntroduction Plusieurs études randomisées ont montré l'efficacité du méthotrexate (MTX) dans la maladie de Crohn (MC) de l'adulte, pour l'obtention de rémissions et la prévention des rechutes. Une seule étude non contrôlée a été réalisée chez l'enfant. Le but de cette étude rétrospective était d'évaluer la tolérance et l'efficacité du méthotrexate dans le traitement de la maladie de Crohn de l'enfant et de l'adolescent. Patients et Méthodes Il s'agissait d'une étude rétrospective réalisée chez 15 enfants (10 garçons et 5 filles) suivis au CHRU de Lille, entre 1997 et 2004, pour une MC, traitée par MTX (une injection hebdomadaire IM, posologie médiane : 15,6 mg/m2). L'âge médian des patients au moment du diagnostic de maladie de Crohn était de 11,7 ans (extrêmes : 6,9 - 15,1 ans). Tous les enfants avaient reçu un traitement par azathioprine avant l'instauration du MTX. Le MTX avait été instauré en raison d'un échec de l'azathioprine (n = 12) ou d'une intolérance à ce médicament (n = 3). Onze enfants (73 %) étaient corticodépendants au moment de l'instauration du MTX. Le score d'Harvey-Bradshaw, les paramètres biologiques de l'inflammation, la dose de corticoïdes étaient recueillis à 1 mois puis tous les trois mois pendant 2 ans. Une rémission complète de la MC sous MTX était définie par un score de Harvey-Bradshaw inférieur ou égal à 4 et un arrêt de la corticothérapie, une rémission était partielle si le score d'Harvey-Bradshaw diminuait d'au moins 50 % et si la dose de corticoïdes était inférieure à celle reçue au moment de l'introduction du MTX. Résultats Cinq enfants présentaient une intolérance au MTX, deux d'entre eux présentaient une cytolyse dès le premier trimestre justifiant l'arrêt du traitement, malgré l'obtention d'une rémission partielle chez une des deux patientes. Le traitement par MTX permettait d'obtenir une rémission complète chez 9 patients (60 %), une rémission partielle chez 2 patients (13 %). La durée médiane du traitement par MTX chez les patients en rémission complète était de 15 mois (extrêmes : 6 mois - 31 mois). Deux patients en rémission complète sous MTX présentaient un échappement à ce traitement après 15 mois d'efficacité. Le MTX permettait un sevrage de la corticothérapie chez 7 patients (47 %) et une épargne de la corticothérapie chez 4 patients (27 %). Sept patients sont toujours en rémission sous MTX avec un recul médian de 13,7 mois (6 mois - 31 mois). La diminution de la médiane du score clinique de Harvey-Bradshaw, de la corticothérapie et des facteurs de l'inflammation tels que la vitesse de sédimentation, la protéine C réactive et l'orosomucoïde était statistiquement significative dès le premier mois de traitement, respectivement 4, 9, 36, 14 et 1,68 à l'introduction du MTX et 4, 6, 14, 13 et 1,61 à un mois de traitement (p < 0,05). Conclusion:
Le méthotrexate en administration parentérale permet d'obtenir une rémission clinique, biologique et une épargne des corticoïdes chez des enfants présentant une maladie de Crohn dès un mois de traitement. © SNFGE, 2005
(2005/04) Fréquence et caractéristiques de la pancréatite associée aux MICI
M Barthet; N Lesavre; S Desplats; M Panuel; M Gasmi; JC Dagorn; JP Bernard; JC Grimaud; Introduction Une grande partie des pancréatites survenant au cours des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) sont attribuées à une cause médicamenteuse. Des travaux récents ont montré que des pancréatites de type autoimmune peuvent être associées aux MICI et constituer une manifestation extraintestinale. Le but de ce travail prospectif était d'évaluer la fréquence et les caractéristiques de l'atteinte pancréatique au cours des MICI. Patients et Méthodes 79 patients, 51 hommes et 28 femmes ont été inclus prospectivement dans cette étude (accord CCPPRB n° 00/57) ; 71 avaient une maladie de Crohn et 8 une rectocolite hémorragique avec une durée moyenne d'évolution de l'affection de 10 ans. Trente patients avaient des antécédents de manifestation clinique de pancréatite ou biologique d'élévation de l'amylase ou de la lipase (groupe P) ; 49 patients n'avaient aucune atteinte pancréatique clinique ou biologique (groupe C). La fonction pancréatique exocrine a été évalué par mesure de l'élastase fécale et la morphologie des canaux pancréatiques par pancréato-IRM. L'état inflammatoire pancréatique et l'existence d'une autoimmunité pancréatique ont été recherché par dosage de la PAP sérique (pancreatitis associated protein), par mesure des Ig G4 et recherche d'autoanticorps pancréatiques. Résultats Une hyperamylasémie ou hyperlipasémie était significativement plus fréquente dans le groupe P que dans le groupe C (respectivement 23 % vs 6 % (p = 0,001) et 26 % vs 2 % (p = 0,01)) alors que le taux de CRP (10 vs 16 mg/L), la PAP (45 vs 26 ng/mL) ou la présence d'autoanticorps pancréatiques (16 vs 22 %) ne différaient pas significativement entre les 2 groupes. La mesure de l'élastase fécale a mis en évidence une altération significative de la fonction exocrine pancréatique (FEP) chez 50 % des patients du groupe P et 17 % du groupe C (14 %) (p = 0,04). Une seule valeur d'Ig G4 dépassait le seuil de la normalité. Dans l'ensemble de l'effectif, les autoanticorps pancréatiques étaient observés chez 22 % de l'ensemble des patients, une élévation de la PAP était présente chez 19 % des patients et une insuffisance pancréatique exocrine dans 30 % des cas. Des anomalies canalaires à type d'irrégularité ou de dilatation segmentaire du canal pancréatique principal étaient présentes chez 8 patients (10,8 %) sans différence significative de valeur des dosages de la CRP, PAP ou de la présence d'autoanticorps pancréatiques chez les patients avec ou sans anomalie de la pancréato-IRM. Conclusion La présence d'une insuffisance pancréatique exocrine chez 23 patients suggère qu'au moins 30 % des patients atteints de MICI ont probablement une pancréatite chronique associée, cette fréquence étant de 50 % chez des patients considérés comme ayant à priori une pancréatite médicamenteuse. Le dosage des Ig G4, de la PAP ou des autoanticorps pancréatiques ne semble pas utile dans cette indication. © SNFGE, 2005
(2005/04) Visilizumab, anticorps humanisé anti-CD3
G Van Assche ; S Targan; B Salzberg ; D Hommes ; S Plevy ; AU Dignass ; DC Baumgart ; L Mayer ; U Mahadevan; W Reinisch ; J Lowder ; Introduction Les cellules T activées jouent un rôle clef dans la physiopathologie des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI). La protéine CD3 est un des composants du récepteur T à la surface de la cellule. Le Visilizumab (Nuvion, PDL, Fremont, CA) est un anticorps monoclonal anti-CD3 humanisé en développement dans les MICI qui agit en induisant l'apoptose des lymphocytes T activés muqueux et en diminuant le recrutement des lymphocytes CXCR3+ dans la muqueuse. Patients et Méthodes Il s'agissait d'une étude multicentrique de phase I-II visant à évaluer l'efficacité, la tolérance et la pharmacocinétique du Visilizumab dans la rectocolite hémorragique (RCH) et à déterminer la dose optimale pour de futurs essais randomisés. Les malades présentaient une RCH réfractaire après au moins 5 jours de corticoïdes IV. L'activité clinique de la RCH a été mesurée par le score modifié de Truelove et Witts (MTWSI) à toutes les visites (score allant de 0 à 21 : > 10 = sévère ; < 4 = normal). L'index de sévérité Mayo comportant des paramètres cliniques et endoscopiques a été évalué à l'inclusion dans l'essai et à J30. Résultats Cinquante-quatre malades ont été inclus. Trente malades ayant reçu 5, 7,5, ou 10 mg/kg en 2 injections IV quotidiennes sont évaluables à J30. La dose de 12,5 mg/kg est en cours d'étude. A l'entrée dans l'essai, les malades avaient un MTWSI moyen de 12,7 et 80 % avaient des signes d'inflammation sévère à l'endoscopie. Une réponse a été observée pour toutes les doses dès la première semaine. Vingt-sept pour cent des malades avaient un MTSWI < à 4 et étaient sevrés en corticoïdes à la huitième semaine et 63 % avaient un Mayo score < 1 à J30. Un syndrome de largage des cytokines durant plusieurs heures a été observé pour toutes les doses utilisées. Une diminution du compte des lymphocytes T a été observée 10 minutes après l'injection avec un retour à la normale des valeurs en 2 à 6 semaines. Un malade a présenté une méningite varicelleuse. Aucun syndrome lymphoprolifératif n'est survenu. Les concentrations sanguines maximales de Visilizumab étaient proportionnelles aux doses utilisées et le Visilizumab était indétectable une semaine après l'injection. Conclusion
Dans cet essai, le Visilizumab a montré une efficacité clinique et endoscopique pour toutes les doses testées avec un effet rapide dans la RCH réfractaire aux corticoïdes. La poursuite de l'essai permettra de définir la dose optimale à utiliser pour de futurs essais. © SNFGE, 2005
(2005/04) Anticorps anti-intégrine a4 (Natalizumab) dans le traitement d'entretien de la MC.
Anticorps anti-intégrine alpha4 (Natalizumab) dans le traitement d'entretien de la maladie de Crohn (MC). Résultats d'un essai multicentrique international (ENACT-2). JF Colombel; A Cortot; B Feagan; JC Grimaud; S Hanauer; X Hebuterne; I Lawrance; P Rutgeerts; S Schreiber; S Targan; D Vetter; WJ Sandborn;
Introduction Le Natalizumab est un anticorps monoclonal humanisé dirigé contre l'intégrine 4. Il inhibe l'interaction des molécules d'adhésion a4ß1 et a4ß7 exprimées à la surface des leucocytes avec leurs récepteurs sur les cellules endothéliales bloquant ainsi le recrutement des leucocytes sanguins participant à l'inflammation intestinale. Le but de cet essai a été de déterminer l'efficacité et la tolérance dans la maladie de Crohn (MC) d'un traitement d'entretien de 12 mois par le Natalizumab dans le maintien de la réponse clinique et de la rémission obtenue chez des malades traités au préalable par Natalizumab pour une poussée de leur maladie (essai ENACT-1). Patients et Méthodes Trois cent trente neuf adultes avec MC ayant eu une réponse (réduction du CDAI = 70 points) et/ou une rémission (CDAI < 150) après avoir reçu du Natalizumab en traitement d'une poussée (ENACT-1) et avec un CDAI < 220 ont été randomisés à nouveau (ratio 1 : 1) pour recevoir des perfusions de Natalizumab (300 mg, n = 168) ou de placebo (n = 171) toutes les 4 semaines pendant 12 mois. Les critères principal et secondaire de jugement étaient le pourcentage de malades en maintien de réponse et de rémission à chaque visite durant 6 mois. Résultats Au bout du 6ème mois les pourcentages de maintien de réponse et de rémission étaient de 61,3 % (103/168) et 43,8 % (57/130) chez les malades traités par Natalizumab et de 28,2 % (48/170) (p < 0,001) et 25,8 % (31/120) (p = 0,003) chez les malades recevant le placebo. Au bout du 12ème mois les pourcentages de maintien de réponse et de rémission étaient de 53,6 % (90/168) et 39,2 % (51/130) chez les malades traités par Natalizumab et de 20 % (34/170) (p < 0,001) et 15 % (18/120) (p < 0,001) chez les malades recevant le placebo. Au 6ème mois, 58,2 % (39/67) des malades encore sous corticoïdes à la fin de l'essai ENACT-1 et de nouveau randomisés pour recevoir du Natalizumab lors de l'essai ENACT-2, ont été sevrés de corticoïdes versus 19,7 % (15/76) dans le groupe placebo (p < 0,001). Le nombre d'effets secondaires était similaire dans les groupes Natalizumab et placebo. Conclusion Dans la MC, le Natalizumab est efficace dans le maintien de la réponse et de la rémission induite par le même traitement et dans le sevrage en corticoïdes. Son administration pendant un an est bien tolérée. © SNFGE, 2005
(2005/05) Vivre avec une MICI au quotidien
Dr Bruno Mesnard, Service d'hépato-gastro-entérologie, Tourcoing La maladie de Crohn a une expression phénotypique extrêmement variée. Définir une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) moyenne n'est pas simple, car il y a peu de choses en commun entre une proctite qui saigne de temps en temps et une maladie de Crohn étendue ou ano-périnéale avec fistules multiples. La vraie vie peut se définir, d'après Montaigne, comme “celle qui se range au modèle commun, sans merveille”, ce qui pourrait se traduire par “celle qui consiste à assurer au quotidien ses besoins élémentaires”. Ces besoins élémentaires consistent à manger et boire, travailler, aimer (avec des déclinaisons variables), voyager, faire du sport et, pour certains, fumer. Manger Pendant les poussées de MICI, on doit conseiller un régime sans résidus large, car ce régime diminue la diarrhée, les douleurs et les risques d'occlusion. Son intérêt est démontré seulement en cas d'atteinte colique étendue. Sa durée recommandée est de 3 à 4 semaines. Un régime sans lactose est associé s'il existe une atteinte étendue du grêle. Aucun régime n'est recommandé en cas d'atteinte iléale courte isolée ou d'atteinte colique distale. Pendant les phases de rémission, on élargit le régime dès que la consistance des selles se normalise. En cas de syndrome de Kœnig, il faut éviter les aliments contenant des fibres longues (poireaux), ou dures et compactes (champignons). Sous corticothérapie se pose régulièrement la question du régime. En 2005, on estime que le régime sans sel est inutile, en tout cas chez les patients jeunes sans tare cardiovasculaire associée. L'adjonction de chlorure de potassium n'est pas indiquée. En revanche, il faut apporter une supplémentation systématique en calcium et vitamine D, dès la première prescription de corticoïdes. Les régimes d'exclusion personnalisés, étudiés par l'équipe de Cambridge, ont été finalement décriés en l'absence de réintroduction ultérieure des aliments incriminés. À noter cependant une étude récente qui a montré, avec un recul d'un an, que la consommation élevée de viande rouge multipliait par 5 le risque de rechute de recto-colite hémorragique (RCH). Le risque était multiplié par 2,7 en cas de consommation élevée d'alcool (figure 1). | - | 191 patients avec RCH en rémission | | - | 1 an : 52 % de rechutes | | - | Consommation élevée de viande rouge : | |
| OR rechute = 5,19 | | - | Consommation élevée d'alcool : | |
| OR rechute = 2,71 | |
| (Jowett SL et al. Gut 2004;53:1479-84) | | Figure 1. RCH : attention à la viande rouge? | | Il faut faire attention aux dérapages. Ainsi, dans un livre intitulé L'alimentation ou la troisième médecine (J. Seignalet), l'auteur ne craint pas d'écrire : “La maladie de Crohn ne guérit pas. Dans mon expérience, elle a presque toujours été curable par un mode nutritionnel bien choisi”. Ce mode nutritionnel correspond en fait aux régimes d'exclusion de type Cambridge. Des questions pointues sont quelquefois posées par des malades, comme celle de la provenance de la gélatine dans l'Imurel® (azathioprine) (végétale !). Boire Boire de l'alcool est possible “avec modération” Travailler La majorité des malades conservent une activité professionnelle à temps plein. Dans le cas de la RCH, une équipe danoise a montré que le taux d'arrêt de travail était de 30 % la première année après le diagnostic, puis tombait en dessous de 5 % les années suivantes. Dans la maladie de Crohn, la même équipe a montré que, globalement, la vie socio-professionnelle n'était pas différente de celle d'un groupe contrôle. Cependant, tout n'est pas possible. L'accès à la fonction publique n'est pas aisé en cas de maladie de Crohn. Une fraction de nos patients est réellement handicapée par la maladie, avec des répercussions sur le travail. La médecine du travail a un rôle important. Le maintien dans l'emploi est le plus souhaitable, éventuellement après contact avec l'employeur. Le mi-temps thérapeutique est un bon moyen de revenir dans l'activité professionnelle (figure 2). Le reclassement ou la mise en invalidité sont quelquefois indispensables. Le partenariat avec l'assistante sociale est capital, avec des certificats détaillés précisant le retentissement de la maladie dans la vie quotidienne. | Emploi (+) | malade | Emploi (-) | |  |
|  | | Maintien dans l'emploi |
| Formation | | Mi-temps thérapeutique |
| Reclassement professionnel | | Reclassement Invalidité |
| Allocation adulte handicapé | | Figure 2. MICI : maintenir ou trouver un emploi | | Aimer Sexualité Les problèmes sexuels ne font pas partie des craintes les plus fréquentes exprimées par les patients. Dans un travail du registre EPIMAD, paru en 1996, arrivait en première place le caractère imprévisible de la maladie, puis la fatigue, la crainte de la chirurgie, la douleur et les effets indésirables des traitements. Les problèmes sexuels arrivaient au dernier plan des préoccupations (figure 3). Une enquête parue en 1993 avait montré qu'il n'y avait pas moins (et pas plus !) de rapports sexuels chez les patients avec MICI par rapport à un groupe contrôle. Des formes conjugales de MICI ont été décrites. À propos de 30 cas, il a été montré que la première poussée de MICI survenait dans 22 cas après le mariage. | Classification des craintes et inquiétudes liées aux MICI | | Caractère imprévisible | 61,5 | | Fatigue | 60,4 | | Chirurgie | 57,5 | | Douleurs | 49,1 | | Effets indésirables des traitements | 45,5 | | Changement dans la vie intime | 39,2 | | Perdre le désir sexuel | 31,7 | | Ne pas être attirant(e) | 28,1 | | Relations sexuelles | 22,3 | | (Colombel JF. Gastroenterol Clin Biol 1996;20:1071-7) | | Figure 3. Sexualité et MICI | | Contraception Après une rémission de MICI, le risque de rechute n'est pas significativement supérieur, que les patients soient ou non sous œstroprogestatifs. En revanche, le tabagisme joue un rôle délétère, avec ou sans œstroprogestatif. En résumé, il n'y a pas de contre-indication à l'utilisation de la pilule si elle est microdosée, et en l'absence d'intoxication tabagique. Fertilité Elle est normale sauf après anastomose iléo-anale, où elle est diminuée de moitié. Il n'y a pas de risque particulier après anastomose iléo-rectale. Grossesse Le risque essentiel est celui d'un accouchement prématuré, avec un risque de prématurité multiplié par 3, même en cas de MICI quiescente au moment de la conception. Le troisième trimestre doit être très surveillé. Traitement des MICI et fœtus Le méthotrexate, le thalidomide et la ciprofloxacine sont contre-indiqués. Les corticoïdes, le 5-ASA jusqu'à 2 g/j et le métronidazole en cures courtes peuvent être utilisés. La prescription de budésonide, d'azathioprine, de ciclosporine et d'infliximab est débattue. Voyager En phase de poussée, il est déconseillé de voyager. En phase de quiescence, tout devient possible à condition de respecter un certain nombre de règles. Avant le départ Prendre une assurance rapatriement, ce qui n'est pas toujours facile. Dans la CEE, il faut voyager avec une carte Vitale européenne ; celle-ci existe depuis juin 2004, est gratuite et peut être obtenue en 15 jours. Le patient doit disposer d'une synthèse de son dossier ; il doit prendre ses médicaments avec lui et avoir une ordonnance rédigée selon les dénominations communes internationales. Pour les vaccinations, il faut faire attention aux sujets sous immunodépresseurs : azathioprine, méthotrexate, infliximab, corticoïdes au-delà de 20 mg/j pendant plus de 2 mois. Dans ce cas sont contre-indiqués la vaccination orale contre la poliomyélite (y compris pour l'entourage du patient), la rougeole, les oreillons, la rubéole, le BCG ; mais le principal problème est celui de la fièvre jaune. La fièvre jaune ne sévit pas en Asie mais en Afrique inter-tropicale et dans la partie nord de l'Amérique du Sud. Si le voyage est impératif, le patient doit se rapprocher de l'Institut Pasteur ou des services de maladies infectieuses agréés pour avoir un certificat de contre-indication à la vaccination, ce qui n'est pas toujours possible en cas d'épidémie dans le pays concerné. Si cela n'est pas possible, il faut évaluer l'évolutivité de la maladie, arrêter l'immunosuppression pendant 3 mois, pratiquer la vaccination et reprendre le traitement 3 semaines après. Prévention de la “turista” Il faut appliquer la règle alimentaire internationale “cuire, bouillir, peler ou oublier”. Eau de boisson sûre, décapsulée devant vous, lavage des mains. Les voyages n'augmentent pas le risque de rechute. Pendant les voyages, il faut être attentif à la prévention du paludisme et à celle des maladies sexuellement transmissibles (MST) ; il faut donc voyager “couvert” (moustiquaire, préservatifs). Faire du sport Le sport renforce l'os, et un minimum d'activité physique est conseillé (5 heures de marche par semaine). Un travail sur 12 patients atteints de maladie de Crohn a montré qu'une marche de 3,5 km en 30 minutes, 3 fois par semaine et pendant 12 semaines, améliorait la qualité de vie sans modifier l'index d'activité de la maladie ni l'index de masse corporelle. Fumer C'est non, surtout en cas de maladie de Crohn, mais également en cas de RCH !
Actualités MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément n°2 au n°3 - mai-juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2005/05) Impact sur la croissance et la scolarité - modalités de prise en charge
Pr Dominique Turck, Hôpital Jeanne de Flandre, Service de gastro-entérologie, hépatologie et nutrition, Lille Trois aspects de la maladie de Crohn chez l'enfant et l'adolescent seront abordés : - la croissance,
- la scolarité,
- la prise en charge.
Croissance Si la maladie de Crohn est probablement plus sévère chez l'enfant que chez l'adulte, et si les outils thérapeutiques sont semblables, la différence importante réside dans le fait que les enfants grandissent. Cela confère sa spécificité à l'approche pédiatrique. Pour avoir une idée de la croissance, il faut avoir des courbes de référence : courbes de taille ± 2DS qui définissent les petits et les grands. Stricto sensu, le retard de croissance staturale se définit par une taille inférieure à la moyenne (– 2DS). Cette définition est intéressante, puisqu'elle permet de comparer des séries ; elle n'est cependant pas suffisante, car trop statique. Si l'on regarde des séries de la littérature, on s'aperçoit que un tiers à deux tiers des enfants ont un retard statural au moment du diagnostic de MICI (tableau I). |
| Grybovski États-Unis 1978 (86) | Castile États-Unis 1980 (177) | LeLuyer Québec 1985 (93) | Navarro Paris 2000 (101) | | Retard statural | 33 % | 26 % | 28 % | 36 % | | Perte de poids | 92 % | 51 % | 71 % | 49 % | | Douleurs | 79 % | 79 % | 92 % | 60 % | | Diarrhée | 66 % | 68 % | 73 % | 77 % | | Tableau I. Retard de croissance staturale au diagnostic de MC. | | Il faut en fait regarder non pas la courbe de croissance, mais la courbe de vélocité de croissance, c'est-à-dire le gain annuel en centimètres. Si un enfant, entre l'âge de 3 ans et le début de la puberté, grandit de moins de 4 cm par an, la croissance n'est pas satisfaisante. Près de 90 % des patients d'une série de maladie de Crohn avaient un retard de vélocité de croissance, pour moitié avant et pour moitié après l'apparition des symptômes digestifs. Quelles sont les complications de ce retard de croissance au cours de la maladie de Crohn? - Il n'y a aucune anomalie endocrinienne (hormone de croissance, cortisol, thyroxine).
- La corticothérapie prolongée, à une posologie supérieure à 0,25 mg/kg/j, a un effet délétère, mais ce n'est pas la seule cause de retard de croissance.
- Le syndrome inflammatoire joue un rôle, avec un effet anticroissance du TNF.
- Le rôle principal est celui de la malnutrition, liée essentiellement à la diminution des ingesta en raison de la douleur abdominale et de la diarrhée. La malabsorption joue un rôle beaucoup plus faible.
Y a-t-il un risque de déficit en termes de taille si la maladie de Crohn débute dans l'enfance? Dans une étude de Markowitz ayant porté sur 48 jeunes adultes (21 ± 3 ans) (11,8 ± 2,4 ans), il existait un déficit de taille par rapport à la taille cible (# > 5 cm) dans 31 % des cas (14 cas de Crohn et un cas de RCH). Rappelons que la taille cible est la taille espérée en fonction des tailles du père et de la mère, exprimées en centimètres (pour les garçons : taille du père + taille de la mère + 13 divisé par 2 ; pour les filles : taille du père + taille de la mère – 13 divisé par 2). Il n'y avait pas d'influence de l'âge au moment du diagnostic ou de la localisation de la maladie, mais, en cas de retard de croissance staturale, la corticothérapie avait été de plus longue durée. Une étude écossaise a comparé la taille des sujets masculins ou féminins, atteints de RCH ou de maladie de Crohn ayant débuté dans l'enfance. À l'âge adulte, seuls 5 % des sujets avaient une taille inférieure à la taille cible, et 10 % des malades avaient un poids bas. L'âge des premières règles est normal si la maladie débute tard, mais il est retardé si la maladie débute tôt, même s'il n'y a pas de retentissement sur la taille finale. Une étude hollandaise récente a inclus 135 patients dont la maladie avait débuté à l'âge pédiatrique et dont l'âge au moment de l'enquête était compris entre 20 et 40 ans. Si la maladie débutait avant la puberté, les sujets étaient plus petits que ceux chez qui la maladie débutait à l'âge adulte. Si l'on tenait compte de la taille des parents, il n'y avait plus de différence. Il n'y avait pas d'influence de la localisation de la maladie au moment du diagnostic, mais la corticothérapie avait une influence néfaste. Globalement, on peut dire qu'il n'y a pas d'argument en faveur d'un déficit majeur de taille chez les patients avec MICI ayant débuté dans l'enfance, en gardant à l'esprit le fait que la corticothérapie joue un rôle délétère. Scolarité Une étude écossaise a repris 70 patients (50 Crohn et 20 RCH) à début pédiatrique de la MICI. Interrogés en moyenne 14 ans (5 à 30 ans) après le diagnostic, la moitié d'entre eux estimaient que leur maladie était un handicap à l'âge adulte pour leur éducation et leur carrière professionnelle. Plus de la moitié des malades avaient manqué l'école pendant plus de 2 mois, et, dans 15 cas sur 70, ils avaient manqué un examen en raison d'une poussée. En revanche, le niveau d'éducation et le pourcentage de succès aux examens étaient identiques à ceux de la population générale. Les performances scolaires des patients atteints de maladie de Crohn dans l'enfance étaient supérieures à celles des patients atteints de RCH, notamment chez les filles. La moitié des patients avaient suivi des études universitaires. Au moment de l'enquête, 47 sujets sur 70 travaillaient à plein temps, et seuls deux ne pouvaient travailler en raison de leur maladie. On manque d'autres études sur ce sujet de la scolarité et de l'insertion professionnelle. Les buts du traitement chez l'enfant sont : - permettre et maintenir une rémission de l'activité de la maladie,
- permettre un développement en poids et en taille, un développement pubertaire normal et une bonne qualité de vie.
La nutrition entérale a été souvent mise en avant par les pédiatres, car elle n'a pas les effets délétères de la corticothérapie, notamment des points de vue psychologique et cosmétique. Si l'on analyse rapidement la publication de Griffiths dans Gastroenterology en 1995, la corticothérapie doit être choisie (figure 1). Cependant, une méta-analyse spécifiquement pédiatrique a montré une efficacité identique des deux méthodes (tableau II) et l'évolutivité de la courbe de vélocité staturale ou pondérale montre clairement l'effet bénéfique de la nutrition entérale (figure 2). 
Ce qui doit guider le choix n'est pas l'âge, mais le paramètre “vélocité de croissance”. Des arguments toujours plus nombreux incitent à commencer plus souvent et plus tôt un traitement immunomodulateur en cas de MICI pédiatrique. Le premier argument est la similitude de la l'enfant du point de vue nosologique. Une étude multicentrique de Markowitz a comparé, en cas de première poussée, la prednisone à la prednisone + 6-mercaptopurine (6-MP). Les patients sous 6-MP ont un taux de rémission très élevé à 2 ans par rapport aux sujets n'ayant reçu que des corticoïdes (figure 3). En cas de poussée initiale sévère, pancolique et/ou de lésions périnéales, nous proposons systématiquement la mise sous immunosuppresseurs. Aucune donnée pédiatrique contrôlée n'est disponible sur le méthotrexate, mais il est utilisé avec succès dans un cas sur deux, avec un délai d'action de l'ordre de 6 semaines et un échappement important à 2 ans. L'expérience du traitement par infliximab dans 19 centres (Belgique, France, Suisse) a été récemment publiée. La série comportait 88 enfants (39 filles et 49 garçons) avec une maladie de Crohn atteignant le grêle seul (13 %), le côlon seul (26 %), ou iléo-colique (53 %). Les résultats sont identiques à ceux de l'adulte sur l'activité de la maladie, avec surtout la nette diminution de la corticodépendance et la possibilité d'arrêter la nutrition parentérale (tableau III). Si l'infliximab est utilisé dans les deux ans suivant le début de la maladie, les taux de rémission semblent plus importants que s'il est utilisé plus tardivement. Deux stratégies peuvent donc être employées : - une stratégie conventionnelle “step-up”, en allant progressivement des médicaments anti-inflammatoires ou du traitement nutritionnel au traitement immunomodulateur ;
- une stratégie “top-down”, en commençant avec l'infliximab en association avec l'azathioprine, le 6-MP ou le méthotrexate, de façon à modifier l'évolution naturelle de la maladie.
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(2005/05) Vie sexuelle, contraception et maternité
Dr Philippe Marteau, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Georges Pompidou Paris Le désir de maternité est une réalité chez nos patientes jeunes atteintes de MICI. Dans une grossesse normale, on compte 3 à 4 % de malformations et 1 % de mort in utero, et, lorsque la patiente est sous azathioprine, on se pose fatalement la question de la relation avec le traitement. Contraception et MICI Il n'y a aucune nécessité de changer de contraception chez une femme atteinte de MICI. Il faut savoir que l'efficacité de la pilule n'a pas été évaluée en cas de malabsorption sévère ou de résection intestinale étendue. Après résection modérée, il n'y a aucun problème. On constate que la pilule augmente le risque de maladie de Crohn, mais de façon très légère. Peut-on poursuivre la pilule en cas de maladie de Crohn ? On sait qu'il n'y a pas plus de risque de poussée chez les femmes prenant la pilule que chez celles ne la prenant pas. Enfin, quelques travaux chez l'animal et des cas isolés ont suggéré, sans le prouver, que l'efficacité des stérilets pouvait être diminuée par les corticoïdes. Les aminosalicylés n'ont en revanche pas d'effets, alors que les AINS diminuent de façon certaine l'efficacité des dispositifs intra-utérins. MICI et fertilité féminine En cas de MICI, la fertilité est normale, sauf après anastomose iléo-anale et chez la femme atteinte de maladie de Crohn (MC) active ou opérée. La fertilité peut être diminuée en raison de l'activité de la maladie, parfois en cas de rétrécissement des trompes par des adhérences, et, enfin, en raison de la peur provoquée par les lésions périnéales, la dyspareunie ou les conseils de médecins craintifs. Ce que nous avons appris ces dernières années, c'est la nette baisse de fertilité après anastomose iléo-anale pour recto-colite hémorragique. L'étude la plus citée est celle de Olsen, qui montre une baisse de la fertilité de 70 % (figure 1). D'autres séries sont moins alarmantes, mais il est absolument nécessaire de parler de ce risque à une femme jeune dont la recto-colite hémorragique nécessite un geste chirurgical. D'autres solutions chirurgicales peuvent être évoquées : on peut pratiquer une anastomose iléorectale, ou essayer de diminuer le risque d'infertilité par déplacement des ovaires en utilisant la cœlioscopie ou des plaques anti-adhérences ; toutes ces méthodes n'ont pas encore été évaluées. Effets des MICI sur la grossesse 
Les grossesses de patientes atteintes de MICI se déroulent généralement comme chez les femmes non atteintes. Une analyse de la littérature portant sur 1 300 grossesses au cours de la RCH et 700 grossesses au cours de la maladie de Crohn ne retrouve pas de différence avec une population normale en termes de pourcentage de bébés en pleine santé (85 %), d'anomalies congénitales (1 %), d'avortements spontanés (7 à 12 %) ou de bébés mort-nés (1 %). Les accouchements prématurés semblent en revanche trois fois plus fréquents chez les femmes atteintes de MICI, même quiescente (figure 2). Les accouchements prématurés surviennent au troisième trimestre, avec un poids moyen de naissance plus faible. Dans une série de 510 nouveau-nés de mères atteintes de maladie de Crohn, le poids moyen de naissance était inférieur de 185 g et il y avait 10,4 % de bébés de moins de 2 500 g, contre 4,7 % dans une population contrôle (risque multiplié par 2,4). Effets de la grossesse sur la MICI Si la MICI est inactive au moment de la conception, le risque de poussée pendant la grossesse ou après l'accouchement est de 25 à 33 %, chiffre identique à celui retrouvé en l'absence de grossesse. Le risque semblerait exister surtout en début de grossesse. Si la MICI est en poussée au moment de la conception, on note 45 % d'aggravation, 25 % de stabilité et 30 % d'amélioration. Le pronostic de la maladie à distance est inchangé. Ces données mériteraient d'être confortées et affinées en tenant compte du tabagisme, de nombreuses femmes s'arrêtant de fumer pendant leur grossesse. 
La grossesse diminue peut-être le risque évolutif de la maladie de Crohn, comme le suggère une étude italienne non contrôlée (figure 3). Il existe par ailleurs une corrélation inverse entre le nombre de résections chirurgicales et le nombre de grossesses au cours de la maladie de Crohn. Les malades qui ont eu des enfants ont besoin par la suite de moins d'interventions chirurgicales. On sait que la grossesse induit une immunosuppression, surtout si la mère et le bébé sont HLA différents. Traitement des MICI et fœtus Trois médicaments sont clairement contre-indiqués : - le thalidomide, rarement employé, et dont la prescription doit être très encadrée,
- le méthotrexate,
- la ciprofloxacine.
Les autres médicaments passent tous la barrière placentaire et, en cas de grossesse, il faut vérifier leur posologie et leur justification. Si la patiente est sous salazopyrine, il existe un risque de déficience en folates, qui peut entraîner des anomalies du tube neural. Une supplémentation en folates avant la conception et au début de la grossesse doit donc être instaurée. - Le méthotrexate est une contre-indication formelle en raison du risque létal et des malformations. La contraception est donc obligatoire en cas de traitement par méthotrexate. Si une grossesse survient, il faut discuter un avortement eugénique. Après arrêt du médicament, il n'existe pas de surrisque de malformations. Il suffit donc d'arrêter le méthotrexate au moins deux cycles avant la grossesse et de supplémenter en acide folique avant la conception.
- La ciprofloxacine est une contreindication à connaître. Les nouvelles quinolones entraînent des atteintes articulaires chez les bébés animaux. Il existe peu de données de pharmacovigilance. Une série a montré 63 grossesses normales, 18 avortements eugéniques, 10 avortements spontanés, 8 anomalies congénitales et 4 morts in utero.
- Les corticoïdes ne posent pas de problème particulier, notamment parce que la prednisone et la prednisolone, couramment utilisées dans les MICI, traversent peu le placenta par rapport à d'autres corticoïdes. En revanche, une attention particulière doit être observée avec les formes injectables, qui inondent le bébé de corticoïdes. L'utilisation de corticoïdes dans les MICI n'entraîne pas d'augmentation des risques de malformation. Il faut en revanche surveiller la mère, notamment sa tension artérielle, et rechercher éventuellement une intolérance au glucose. Une méta-analyse de mauvaise qualité a suggéré une augmentation du risque de fente palatine chez le bébé de sexe masculin, mais il s'agit très probablement d'une conclusion incorrecte.
- La sulfasalazine et l'acide 5-aminosalicylique traversent le placenta. Des séries importantes permettent d'affirmer qu'il n'y a pas de modification du risque maternel jusqu'à 2,4 g de 5-ASA par jour. Pour les fortes doses, on dispose de peu de données. Un cas de néphrotoxicité réversible avec 4 g/j pendant le deuxième trimestre de grossesse a été rapporté. Si l'on veut garder une dose supérieure à 2,4 g de 5-ASA sans avoir recours à une alternative thérapeutique, une surveillance des reins du fœtus par échographie doit être effectuée. Dans le cas rapporté de néphrotoxicité, les reins étaient hyperéchogènes.
- L'azathioprine et la 6-mercaptopurine posent plus de problèmes. Chez l'animal, à fortes doses, l'azathioprine entraîne des lésions chromosomiques, des avortements, des retards de croissance du fœtus et des malformations peu fréquentes. Ces données sont facilement accessibles pour les patientes. Les séries de femmes sous azathioprine pour MICI (environ 100 cas) ou pour transplantation ou lupus (plusieurs milliers de cas) ne montrent pas d'augmentation du risque de malformation (environ 4 %). L'étude la plus importante dans les MICI est rétrospective, portant sur 79 femmes et 76 hommes, avec un total de 325 grossesses. L'azathioprine ou la 6-mercaptopurine pouvaient avoir été prises au moment de la conception ou pendant la grossesse. Les deux groupes contrôles étaient constitués par les malades ayant pris ces médicaments avant la conception, mais les ayant stoppés, et ceux n'ayant pris ces médicaments qu'après la conception ou la grossesse. Les risques ont été comparés entre ces quatre groupes : aucune augmentation des risques en termes d'avortement, de bébé mort-né, de prématurité, d'infection ou de néoplasie n'a été retrouvée. Cette série est cependant trop petite pour apporter des conclusions définitives. Les analogues des purines passent la barrière placentaire et un risque d'immunosuppression chez le nouveau-né existe. En fait, il y a peu de données, avec des cas sévères exceptionnels et douteux. Ont été publiés quelques cas de diminution modérée des globules blancs ou des plaquettes et d'infections par cytomégalovirus. Le risque est diminué par l'adaptation de la dose chez la femme enceinte, en fonction de la leucocytose. Une légère diminution de la posologie en fin de grossesse est souvent souhaitable.
Médicaments des MICI et lactation Les corticoïdes et le 5-ASA sont possibles. Il faut proscrire la ciprofloxacine en raison du risque pour les cartilages, et les immunosuppresseurs en raison du risque d'infection et du risque théorique de tumeurs. Exploration des MICI chez la femme enceinte Il faut évidemment s'abstenir d'examens inutiles. Il n'y a pas de contre-indication à l'endoscopie si elle est nécessaire. Les examens radiologiques sont contreindiqués, notamment entre la 10e et la 17e semaine. En revanche, les risques sont faibles en fin de grossesse. L'IRM est possible. MICI et accouchement L'épisiotomie peut être dangereuse chez les patientes atteintes de maladie de Crohn, en raison du risque de fistule recto-vaginale. La présence de lésions anopérinéales actives de la maladie de Crohn au moment de l'accouchement est une indication à un accouchement par césarienne. Dans les formes quiescentes, la décision appartient à l'obstétricien, qui fera son choix en fonction de la taille du bébé et de la souplesse du périnée. Il en est de même chez les femmes ayant une anastomose iléo-anale avec réservoir. MICI et conseil génétique La question constamment posée est : “Quel est le risque pour mon bébé d'être atteint de cette maladie?” Si un parent est atteint, le risque est de 2 à 4 % ; si les deux parents sont atteints, il est de 33 %. Il n'y a pas de conseil génétique possible en fonction de la mutation du gène CARD-15, ce qui conduit à ne pas rechercher cette mutation. En conclusion, quels sont les messages à retenir ? - Globalement, assez peu de problèmes :
- 75 % des grossesses sont “normales” ;
- l'activité de la maladie est le facteur le plus important ;
- si possible, la grossesse ne doit pas débuter au cours d'une poussée.
- Les échanges gastroentérologueobstétricien sont primordiaux.
- Une prématurité survient dans 7 à 10 % des cas, et une surveillance pendant le 3e trimestre est ainsi nécessaire.
- Il est souhaitable d'avoir plus de données, ce qui doit inciter à mettre en place des banques de données et à favoriser la recherche dans ce domaine.
Actualités MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément n°1 au n°3 - mai-juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2005/05) L'apport des nouveaux traitements
Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis Paris Retranscription d'après l’exposé (10 février 2005) du Pr Marc Lémann En interrogeant les malades atteints de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI), on peut leur faire formuler leurs principales espérances et leurs principales craintes. Leur principale espérance est la guérison, mais ils ont bien conscience qu'il ne s'agit pas actuellement d'un objectif atteignable. Leur première crainte est liée au caractère imprévisible de la maladie, avec son évolution instable ; viennent ensuite la nécessité de la chirurgie, l'apparition éventuelle d'un cancer, les effets secondaires des traitements. Il existe enfin de nombreuses questions concernant la grossesse et les risques éventuels pour les enfants. Quels sont les objectifs des nouveaux traitements pour les MICI ? Un but important est de stabiliser la maladie plutôt que de traiter au coup par coup en fonction de la survenue des poussées. L'objectif des traitements est également de diminuer le recours à la chirurgie, de prévenir le cancer, d'avoir une meilleure tolérance, de diminuer les risques iatrogènes et de limiter les contraintes. Nous allons envisager les possibilités de nos “nouveaux” traitements. Si l'on regarde les critères de jugement utilisés dans les essais thérapeutiques actuels, il ne s'agit jamais des critères que nous venons d'énoncer. Le principal critère est généralement la diminution de l'indice d'activité (Crohn's Disease Activity Index [CDAI] pour la maladie de Crohn, Disease Activity Index [DAI] pour la recto-colite hémorragique). On se satisfait maintenant d'une baisse de 70 points pour le CDAI, alors qu'auparavant le but était de mettre les malades en rémission, et les durées d'étude ne dépassent jamais 12 mois, ce qui n'a pas de sens pour nos malades. Il existe cependant des critères secondaires dans ces essais, par exemple la rémission, la rémission sous corticoïdes, la qualité de vie appréciée par l'IBDQ (Inflammatory Bowel Disease Quality of Life), qui comporte 32 questions réparties en 4 domaines, à savoir les symptômes intestinaux, les symptômes généraux, le statut émotionnel et le statut social) et enfin, parfois, l'évolution endoscopique. 
Les tableaux I à III ont pour but de mettre en évidence le très grand nombre de produits testés actuellement dans les MICI. Le tableau I montre bien la place importante que prennent les anti-TNF, mais les anticytokines, les antimolécules d'adhésion et les antilymphocytes sont également présents. En rouge figurent les molécules les plus avancées dans leur développement, alors que l'infliximab est la seule molécule enregistrée en France dans les MICI (maladie de Crohn). Dans le tableau II figurent des molécules plus diverses sur lesquelles la recherche est moins active ; le tableau III concerne quant à lui des approches thérapeutiques moins agressives comme les probiotiques. L'exposé portera en particulier sur les anti-TNF, et essentiellement sur l'infliximab, pour lequel nous avons maintenant un recul de 5 ans d'utilisation. On connaît cependant d'autres anti-TNF potentiellement intéressants, comme l'adalimumab et le CDP 870.
En ce qui concerne l'infliximab, l'essai ACCENT I, portant sur la maladie de Crohn luminale, nous a montré qu'en traitement d'entretien, le pourcentage de malades en réponse clinique à un an est voisin de 50 %. Ce résultat est un peu décevant dans la mesure où il concerne uniquement les patients qui avaient répondu au traitement initial. Cet essai est en fait très complexe, difficile à analyser, et peut être interprété de façons très différentes. Les patients pouvaient en effet recevoir des injections à la demande ou être traités de façon régulière, avec éventuellement une augmentation des doses. Les patients du groupe placebo pouvaient également recevoir de l'infliximab. À l'extrême, on pouvait retrouver des chiffres très différents par groupe de patients, avec une réponse à un an allant de 30 % pour la dose de 5 mg/kg en prenant tous les patients sans crossover à environ 80 % si l'on considérait uniquement les patients répondeurs ayant bénéficié d'un crossover. Si on considère la rémission (CDAI < 150), on s'aperçoit qu'environ 50 % des patients sont dans ce cas au bout d'un an. On peut prendre d'autres critères, comme l'IBDQ ; on arrive alors à 45 % des patients ayant un IBDQ satisfaisant, supérieur à 170, à un an. Si l'on s'intéresse à l'endoscopie (sous-groupe belge de l'étude), on s'aperçoit qu'environ 40 % des patients sont en rémission endoscopique à un an. L'étude ACCENT I a également montré que le traitement régulier, par rapport au traitement à la demande, diminue la fréquence des hospitalisations. Le rythme du recours à la chirurgie - avec le recul faible d'un an - est également diminué avec le traitement à la demande, par rapport au traitement continu. On peut donc considérer que, au bout d'une année de traitement régulier par infliximab, environ 40 % de patients sont en rémission et 70 % ont une réponse au traitement. Les chiffres sont voisins pour la maladie de Crohn fistulisée, avec un pourcentage de succès voisin de 40 % à un an pour les patients en traitement continu (étude ACCENT II). Les résultats les plus récents de cette étude montraient également une diminution des hospitalisations et une baisse du recours à la chirurgie (figure 1). S'il existe indiscutablement un bénéfice de l'infliximab en termes de réponse clinique, de qualité de vie et probablement de recours à la chirurgie ou à l'hospitalisation, il faut mettre en parallèle les éventuels risques du traitement. Les risques sont notamment infectieux. On maîtrise actuellement bien la tuberculose grâce aux mesures préventives, mais il faut signaler des sepsis et des cas de réactivation du virus de l'hépatite B. Les problèmes de l'immunisation sont préoccupants lorsque l'on répète les perfusions, 10 % des patients développant des réactions, et certains évoluant vers une maladie sérique. En revanche, les problèmes d'autoimmunité sont rares en ce qui concerne les manifestations cliniques. 
Concernant les affections malignes, et notamment le risque de lymphome, nous ne sommes pas encore totalement rassurés car une augmentation de la fréquence des lymphomes au cours des polyarthrites rhumatoïdes traitées par infliximab vient de paraître. Une autre molécule susceptible d'arriver rapidement est le natalizumab. Les chiffres de réponse et de rémission sont un peu inférieurs à ceux obtenus avec l'infliximab si l'on considère les patients répondeurs à un traitement initial (figure 2). [NDLR: Ce médicament, qui était commercialisé aux États-Unis et indiqué dans la sclérose en plaques, a été retiré du marché fin février 2005 en raison de plusieurs cas de leucoencéphalite progressive.] Une autre approche thérapeutique paraît intéressante : il s'agit d'un probiotique (Escherichia coli Nissle) pour lequel trois études concordent pour le maintien en rémission de la recto-colite hémorragique (RCH). Dans les trois études, ce probiotique apparaît équivalent au 5-ASA, mais avec des taux de rémission très différents, allant de 80 à 30 %. D'autres essais sont en cours pour le maintien de la rémission : infliximab dans la recto-colite hémorragique (essais ACT 1 et 2), adalimumab dans la maladie de Crohn et CDP 870 dans la maladie de Crohn, par exemple. Si l'on fait le bilan des nouveaux traitements pour les MICI, on peut donner les résultats suivants à un an : - la maladie de Crohn peut être stabilisée dans 30 à 40 % des cas, la RCH dans 40 à 60 % des cas ;
- le recours à la chirurgie dans la maladie de Crohn est diminué avec l'infliximab sur une période d'essai d'un an ; on ne peut pas répondre pour la RCH ;
- aucune donnée n'est disponible pour la prévention du cancer, pas plus pour la maladie de Crohn que pour la RCH ;
- l'infliximab améliore la tolérance médicamenteuse dans la mesure où il permet une économie de corticoïdes.
Pour conclure sur l'apport de l'infliximab dans la vraie vie, sur ce qu'il a changé pour nos patients, on peut dire que l'infliximab est en fait une arme thérapeutique supplémentaire qui permet d'agir vite. Il a permis de diminuer les prescriptions de corticoïdes ; les hospitalisations longues ont disparu et la nutrition artificielle a été quasiment abandonnée. L'infliximab est indiscutablement une solution pour les lésions ano-périnéales sévères. Enfin, actuellement, la chirurgie, notamment la chirurgie lourde à type de colectomie totale ou de procto-colectomie, a nettement reculé, peut-être pour réapparaître deux ou trois ans plus tard... À côté de ces “plus”, il y a des “moins”, le principal “moins” étant que, lorsqu'on entre dans un traitement par infliximab, on ne sait pas quand on en sort. Deux fois sur trois, un patient traité par infliximab sera toujours sous infliximab au bout d'un an. Avec l'association immunosuppresseur-infliximab, on alourdit l'immunosuppression et ses risques. Il s'agit d'un traitement astreignant, avec des hospitalisations de jour régulières et des perfusions itératives. Les procédures sont lourdes et le coût très élevé. Enfin, nous sommes confrontés à une cohorte grandissante de patients en échec d'infliximab, pour lesquels nous attendons les nouvelles biothérapies. Actualités MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément n°1 au n°3 - mai-juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2005/06) AGA - L'infliximab (Remicade®) en pédiatrie
Dr Xavier Roblin Département médico-chirurgical de pathologies digestives, CHU, Grenoble Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Chicago, 15 au 18 mai 2005 Quelques communications ont été rapportées sur l'infliximab au cours de la MC de l'enfant : Un cas clinique (1) a présenté les valeurs sériques d'infliximab chez un enfant né d'une mère traitée par cinq injections d'infliximab pendant la grossesse. Les taux sériques chez l'enfant à six semaines étaient superposables à ceux de la mère, mais la demi-vie sérique était plus longue. De courtes séries ont montré l'innocuité de l'utilisation de l'anti-TNF, tant chez le père que chez la mère, pour le devenir de la grossesse et de l'enfant. En revanche, aucune donnée n'était rapportée sur d'éventuels passages de la molécule de la mère à l'enfant (taux, voie). L'équipe de Targan et al (1) innocente l'allaitement (taux nul à plusieurs reprises), mettant en cause le transfert placentaire. Les conséquences de l'exposition de l'enfant à l'infliximab devront être étudiées à moyen et long terme. Les auteurs ne rapportent dans ce cas aucun problème de réponse vaccinale. D. Thomas et al (2) ont rapporté l'effet de l'infliximab sur la croissance osseuse chez 32 enfants porteurs de MC et active sous traitement (stéroïdes et immunosuppresseurs). Tous présentaient à l'inclusion un retard staturopondéral net. Tous les enfants ont connu une amélioration de leur poids (p = 0,034) et de leur taille (p = 0,002). Malgré tout, ces résultats sont plus significatifs dans les stades les plus précoces de la puberté. Il s'agit d'une preuve supplémentaire de l'intérêt de l'infliximab chez l'enfant. Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément au n°3 - mai-juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs) Références 1. Vasiliauskas E et al. Gastroenterology 2005;128(suppl.2):26. 2. Thomas D et al. Gastroenterology 2005;128(suppl.2):27.
(2005/06) Nutrition entérale...
AGA - Nutrition entérale : induction, maintien de la rémission et réduction de la consommation de corticoïdes dans une population pédiatrique de MC Dr Antoine Blain Département médico-chirurgical de pathologies digestives, Institut mutualiste Montsouris, Paris Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Chicago, 15 au 18 mai 2005 La nutrition entérale (NE) est un traitement efficace lors de l'induction et du maintien de la rémission dans la MC. L'utilisation de ce traitement est toutefois limitée à certains centres. Il s'agit d'une étude rétrospective pédiatrique monocentrique de 130 patients atteints de MC traités par NE exclusive durant 6 à 12 semaines pour obtenir la rémission. Les auteurs évaluaient les données démographiques, l'étendue des lésions, les traitements associés, les paramètres biologiques classiques dans les 12 mois suivant la NE. Cent quinze patients (88 %) ont été traités par NE lors du diagnostic et 15 patients (12 %) dans l'année suivant le diagnostic. L'âge médian était de 12,2 ans (2,2-16,6). L'atteinte était jéjuno-iléale (63 %), iléo-colique (28 %) ou colique (10 %). Tous les patients ont reçu une NE exclusive par sonde naso-gastrique pendant 6 à 12 semaines pour obtenir la rémission. La NE utilisée était essentiellement semi-élémentaire (90 %). Une NE nocturne était ensuite proposée en association à un régime normal. Trente pour cent des patients ont commencé l'azathioprine et 69 % n'ont pas reçu de corticoïdes dans l'année. Les auteurs montrent que la NE permet une amélioration des données cliniques (courbe de croissance poids et taille) et biologiques à un an, en évitant la consommation de corticoïdes chez plus de deux tiers des enfants dans la première année suivant le diagnostic. Il s'agit, chez l'enfant, d'une bonne alternative thérapeutique dans la prise en charge de la MC en poussée et des troubles de la croissance associés (1). Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément au n°3 - mai-juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2005/06) AGA - Cancer et infliximab (Remicade®)
Dr Xavier Roblin Département médico-chirurgical de pathologies digestives, CHU, Grenoble Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Chicago, 15 au 18 mai 2005 Des cas de cancers, certes rares, ont été décrits sous infliximab. En général, il s'agissait de patients sous immunosuppresseurs associés, ce qui rend discutable la responsabilité de l'infliximab dans la carcinogenèse. L. Biancone et al (1) ont rapporté une étude cas-contrôle afin d'apprécier le risque de cancer sous infliximab. Les auteurs ont ainsi isolé deux bras : bras A avec 392 patients sous infliximab depuis au moins cinq ans et bras B de 392 patients appariés sur l'âge, le sexe, l'ancienneté de la maladie, traités par immunosuppresseurs et sans infliximab. Le nombre de cancers dans les deux bras était superposable : 9 versus 6 (p = 0,6). Il en était de même pour l'âge de découverte du cancer (p = 0,61) et la présence d'immunosuppresseurs en cas de cancer (p = 0,6). Cette étude cas-contrôle montre que, sur une durée moyenne de cinq ans d'infliximab, le risque de cancer chez les patients porteurs de MC n'est pas augmenté par rapport à celui observé chez les patients sans infliximab. Ces résultats sont superposables à ceux du registre de G.R. Lichtenstein et al (2), où l'incidence du cancer était de 0,42 % par an sous infliximab et de 0,51 % par an sans infliximab. Ces résultats montrent que l'infliximab n'augmente pas le risque de cancer à court terme ni, sans doute, à moyen terme. Le suivi des registres permettra de répondre pour le long terme. Cette étude, en revanche, ne rapportait pas de cas de lymphomes dans les deux groupes (non étudiés, ou non retrouvés?). Les résultats de Lichtenstein, là encore, sont rassurants (l'incidence de lymphomes étant comparable sous et sans infliximab : 0,062 versus 0,057 par an). Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Supplément au n°3 vol. VII - Mai-Juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2005/06) Évaluation multicentrique de l'utilisation des corticoïdes dans une population pédiatrique de MC de diagnostic récent
Dr Antoine Blain Département médico-chirurgical de pathologies digestives, Institut mutualiste Montsouris, Paris Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Chicago, 15 au 18 mai 2005 Depuis 2002, 20 centres américains et canadiens ont évalué de manière prospective les patients porteurs d'une MC récemment diagnostiquée nécessitant d'emblée un traitement par corticostéroïdes. Il s'agit d'un recueil prospectif des données concernant l'utilisation des corticostéroïdes, des immunosuppresseurs, de l'infliximab et du recours à la chirurgie. Cent neuf enfants ont été suivis. L'âge moyen était de 11,8 ans ; il y avait 64 garçons. Quarante-six d'entre eux (42 %) ont commencé les immunosuppresseurs dans les 30 jours suivant le diagnostic, et 73 (67 %) dans l'année. Après trois mois de traitement, 59 % (n = 64) avaient une réponse complète aux corticostéroïdes, 29 % (n = 32) étaient corticodépendants et 12 % (n = 13) étaient corticorésistants. Cinquante-sept patients répondeurs ont pu être évalués. Sur ces 57 patients, 38 ont eu une réponse prolongée, 16 ont dû avoir recours à l'infliximab ou aux corticostéroïdes dans l'année et trois ont eu recours à la chirurgie. Au total, un an près le diagnostic, 30 patients sur 109 ont reçu de l'infliximab et 37 patients (34 %) étaient encore traités par corticostéroïdes (n = 19), infliximab (n = 15) ou corticostéroïdes plus infliximab (n = 3). L'arrêt des corticostéroïdes est donc possible à trois mois chez 68 % des enfants. L'utilisation de l'infliximab en traitement d'entretien intéresse 13 % de cette population, et moins de 20 % reçoivent encore des corticostéroïdes. Cette étude a le mérite d'évaluer la pratique de plusieurs grands centres nord-américains lors de la prise en charge initiale de la maladie de Crohn. D'autres études permettront d'évaluer l'évolution au long cours de cette population et les bénéfices escomptés d'une prise en charge agressive d'emblée (1). Les Nouvelles des MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément au n°3 - mai-juin 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2005/07) Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis et maladie de Crohn : la controverse est relancée
Dr Philippe Seksik, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Antoine Paris Naser SA, Ghobrial G, Romero C, Valentine JF. Culture of Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis from the blood of patients with Crohn's disease. Lancet 2004;364: 1039-44.
Autschbach F, Eisold S, Hinz U et al. High prevalence of Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis IS900 DNA in gut tissues from individuals with Crohn's disease. Gut 2005;54:944-9. L'idée qu'une mycobactérie puisse être à l'origine de la maladie de Crohn (MC) a été soulevée dès la description anatomopathologique de lésions granulomateuses (1). Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis (MAP) est une espèce bactérienne responsable d'une infection intestinale animale appelée maladie de Johne qui partage des similitudes avec la MC (2). Par analogie, MAP a donc depuis longtemps été suspecté d'être impliqué dans la pathogénie de la MC, sans preuve formelle jusqu'à ce jour. MAP présente plusieurs caractéristiques qui expliquent les difficultés pour trancher cette question. Même s'il est pathogène pour les ruminants domestiques et sauvages, MAP est un microorganisme largement présent dans notre environnement. Il peut survivre jusqu'à un an dans des conditions favorables. Sa croissance est lente (les colonies se développent en 8 à 12 semaines) et exige des milieux spécifiques. La culture de MAP peut être masquée par le développement plus rapide de bactéries contaminantes. Les exigences de la culture de MAP ont ainsi justifié de faire appel aux outils de la biologie moléculaire. Un fragment d'ADN appelé IS900 (IS pour insertion sequence) représente une cible moléculaire spécifique de MAP qui permet de détecter MAP par PCR en s'affranchissant des contraintes de la culture (3). Cependant, la détection de IS900 dans un échantillon ne permet pas de distinguer les MAP viables des MAP non viables. L'hypothèse d'une implication de MAP au cours de la MC se voit renforcée depuis la parution de deux nouvelles publications (4,5). Après avoir isolé MAP par culture à partir de biopsies intestinales de patients atteints de MC et du lait maternel de femmes ayant une MC, une équipe américaine de Floride (Naser SA et al) s'est intéressée à la présence de MAP dans le sang de patients atteints de MC. Cinquante-deux malades ont été étudiés : 28 MC, 9 RCH, et 15 témoins sans MICI (dont 11 volontaires sains). Environ la moitié des patients atteints de MICI recevaient des immunosuppresseurs ou une corticothérapie. À partir d'un échantillon sanguin, MAP a été recherché à la fois par culture sur milieux spéciaux utilisant des temps d'incubation de 8 à 12 semaines et par une technique indépendante de la culture (PCR nichée) ciblant IS900. MAP a ainsi été isolé par culture chez 14 patients (50 %) atteints de MC, chez 2 patients (22 %) atteints de RCH et chez aucun des sujets contrôles (p = 0,0005 pour la comparaison MC versus témoins non MICI). L'ADN de MAP était détecté dans le sang de 13 patients (46 %) atteints de MC, dans celui de 4 patients (44 %) atteints de RCH et dans celui de 3 sujets contrôles (20 %). Chez tous les malades ayant des hémocultures positives pour MAP, la présence de l'ADN de MAP dans le sang était mise en évidence. Afin d'évaluer la présence de MAP au niveau de la muqueuse intestinale chez les patients atteints de MC, une équipe allemande (Autschbach F et al) a recherché MAP par PCR nichée ciblant IS900 à partir de pièces opératoires. Trois cents malades ont été inclus dans cette étude : 100 MC, 100 RCH et 100 malades sans MICI. Les taux de détection de MAP à partir de biopsies transmurales étaient les suivants : 52 % pour la MC, 2 % pour la RCH et 5 % pour les témoins sans MICI. Ce taux était significativement plus élevé pour la MC que pour la RCH et/ou les témoins sans MICI. Les échantillons tissulaires des patients atteints de MC sur lesquels MAP était mis en évidence provenaient de l'intestin grêle (n = 30), du côlon (n = 20) et du rectum (n = 2). La différence des taux de détection n'était pas liée au site de prélèvement. De plus, pour tous les malades – sauf un – chez qui deux prélèvements étaient analysés à deux sites différents, la détection de MAP était concordante pour les deux sites. Chez les patients ayant une MC, la mise en évidence de MAP n'était liée ni à l'âge au moment du diagnostic, ni au sexe, ni à la classification de Vienne ou à la présence de granulome. Commentaire L'article de S.A. Naser et al présente des données importantes à porter au crédit de l'hypothèse MAP dans la pathogénie de la MC. En effet, l'isolement en culture pure de MAP dans le sang de la moitié des sujets atteints de MC remplit les deux premiers items du postulat de Koch, qui sert de support pour incriminer un agent infectieux à l'origine d'une maladie : - association de l'agent causal au syndrome,
- isolement de l'agent en culture pure.
Cependant, même si ces résultats sont une pièce importante du puzzle, ils ne permettent pas de porter des conclusions définitives. La taille de l'effectif reste faible et ne permet pas d'écarter un lien entre la présence de MAP dans le sang et la prise d'un immunosuppresseur. De plus, il n'existe pas, dans cette étude, d'analyse tissulaire montrant la présence de MAP dans les lésions intestinales, élément capital pour incriminer MAP dans la pathogénie de la maladie. Même si l'on écarte une pathogénicité directe de MAP, ces résultats originaux restent très intéressants d'un point de vue physiopathologique. En effet, la présence d'un fragment génomique de MAP (IS900) dans la circulation sanguine de sujets sans MICI montre que MAP est un micro-organisme de l'environnement. En revanche, la présence de MAP viables dans le sang au cours de la MC conduit à se poser la question des mécanismes qui permettent à ce micro-organisme intracellulaire obligatoire de traverser la “barrière” intestinale et d'atteindre la circulation générale. On peut supposer que la présence de MAP viables dans le sang traduit une altération significative de la barrière intestinale portant sur l'immunité spécifique, mais aussi peut-être sur l'immunité innée. En effet, il a été récemment montré chez la souris invalidée pour NOD2/CARD15 qu'il existe une diminution de la protection contre des pathogènes tels que Listeria monocytogenes lorsque ce micro-organisme est administré par une voie intradigestive. La suppression de NOD2/CARD15 entraînerait une diminution de la production de defensine-related cryptidine 4, un équivalent murin des défensines humaines (6). La présence de MAP dans le sang pourrait donc n'être que le témoin d'une anomalie de l'immunité innée ou spécifique rendant défectueuse la barrière intestinale. La deuxième étude est également intéressante, car elle valide la présence de MAP dans les lésions tissulaires au cours de la MC. Les points forts de cette étude sont qu'elle porte sur un grand nombre de sujets (300 malades) et qu'elle est méthodologiquement robuste. En effet, dans la littérature, les taux de détection du fragment génomique de MAP (IS900) au cours des MICI sont extrêmement variables (de 0 à 100 %) et dépendent en grande partie des différentes techniques utilisées, et notamment de la procédure d'extraction de l'ADN (7-10). L'ADN de MAP est en faible quantité et se trouve en situation extranucléaire à l'intérieur des cellules, dans des phagosomes où la paroi des mycobactéries très complexe est difficile à lyser. Les conditions d'extraction de l'ADN doivent donc être suffisantes pour isoler l'ADN contenu dans ces phagosomes, et non pas seulement l'ADN nucléaire. Ces conditions sont réunies dans ce travail et donnent une valeur particulière aux taux de détection de MAP. De plus, ces taux de détection n'étaient pas dépendants de la localisation iléale ou colique des prélèvements, ce qui renforce le lien spécifique entre la MC et la présence de MAP. Le fait que les prélèvements dans cette étude soient transmuraux et non pas seulement muqueux peut expliquer aussi les différences de taux de détection observés dans d'autres études. On doit cependant noter qu'il n'a pas été trouvé d'association spécifique entre la détection de MAP et la présence de granulomes, alors que l'identification du fragment génomique IS900 dans les granulomes prélevés après microdissection laser a été décrite dans 50 % des granulomes issus de tissus de patients atteints de MC, et que ce fragment génomique n'a pas été mis en évidence dans les granulomes d'une autre origine (11). Conclusion Ces deux articles, même s'ils n'apportent pas d'éléments de certitude quant au rôle de MAP dans la pathogénie de la MC, ont le mérite de soulever deux questions : quelle signification donner à la présence d'un micro-organisme viable tel que MAP dans le sang d'un patient ? Et MAP peut-il être une cible thérapeutique de la MC ? Pour répondre à ces deux questions, il faudra, d'une part, mettre en évidence la présence de MAP viables dans le sang de patients avant que la MC ne se déclare (en suivant des apparentés au premier degré, par exemple), et, d'autre part, attendre les résultats définitifs de l'essai australien utilisant des antibiotiques tels que la clarithromycine, la rifabutine et la clofazimine, actifs contre MAP. Bulletin MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Supplément au n°4 vol. VIII - Juillet-Août 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs) Références 1. Dalziel TK. Thomas Kennedy Dalziel 1861-1924. Chronic interstitial enteritis. Dis Colon Rectum 1989;32:1076-8. 2. Chiodini RJ. Crohn's disease and the mycobacterioses: a review and comparison of two disease entities. Clin Microbiol Rev 1989;2:90-117. 3. Green EP, Tizard ML, Moss MT et al. Sequence and characteristics of IS900, an insertion element identified in a human Crohn's disease isolate of Mycobacterium paratuberculosis. Nucleic Acids Res 1989;17:9063-73. 4. Autschbach F, Eisold S, Hinz U et al. High prevalence of Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis IS900 DNA in gut tissues from individuals with Crohn's disease. Gut 2005;54:944-9. 5. Naser SA, Ghobrial G, Romero C, Valentine JF. Culture of Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis from the blood of patients with Crohn's disease. Lancet 2004;364:1039-44. 6. Kobayashi KS, Chamaillard M, Ogura Y et al. NOD2-dependent regulation of innate and adaptive immunity in the intestinal tract. Science 2005;307:731-4. 7. Bull TJ, Hermon-Taylor J, Pavlik I, El-Zaatari F, Tizard M. Characterization of IS900 loci in Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis and development of multiplex PCR typing. Microbiology 2000;146(Pt 9):2185-97. 8. Clarkston WK, Presti ME, Petersen PF et al. Role of Mycobacterium paratuberculosis in Crohn's disease: a prospective, controlled study using polymerase chain reaction. Dis Colon Rectum 1998;41:195-9. 9. Lisby JG, Hoiby N. Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis. Ugeskr Laeger 2003;165:4865-6. 10. Quirke P. Antagonist. Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis is a cause of Crohn's disease. Gut 2001;49:757-60. 11. Romero C, Hamdi A, Valentine JF, Naser SA. Evaluation of surgical tissue from patients with Crohn's disease for the presence of Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis DNA by in situ hybridization and nested polymerase chain reaction. Inflamm Bowel Dis 2005;11:116-25.
(2005/07) La protéine C-réactive (PCR) dans les MICI
Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis Paris La protéine C-réactive (PCR) doit son nom au fait qu'elle est capable de précipiter avec le polysaccharide C du pneumocoque. C'est en effet au cours d'infections bactériennes que l'on a détecté pour la première fois son élévation, dans les années 1930. Elle appartient à la classe des protéines de la “phase aiguë”, pour lesquelles on observe une élévation très précoce des taux au cours des phénomènes inflammatoires ou infectieux. Sa production est stimulée par l'interleukine 6, l'interleukine 1, et le TNF, en réponse à une infection ou à une inflammation tissulaire. La PCR est synthétisée par le foie, comporte cinq sous-unités, et sa masse moléculaire est de 110 kDa. En présence de calcium, elle se lie à la phosphocholine avec une forte affinité. En se fixant directement à de nombreuses bactéries et au fragment Fc, la PCR active le complément par la voie classique et augmente la phagocytose. On a également montré sa capacité à se lier à des auto-antigènes, et à faciliter l'élimination de cellules apoptotiques. L'élévation de la PCR a été observée dans de nombreuses maladies, dont la composante inflammatoire était jusqu'alors peu ou mal connue. C'est ainsi que la PCR est aujourd'hui utilisée dans des affections aussi diverses que les maladies cardiovasculaires d'origine athéromateuse (1) ou l'insuffisance rénale terminale (2). Elle est largement utilisée dans le cadre des urgences abdominales. Le taux normal de PCR est inférieur à 5 à 12 mg/l, selon le laboratoire. L'intérêt pronostique de la PCR dans les affections cardiovasculaires a stimulé le développement d'une technique de mesure ultrasensible qui permet de détecter de très faibles augmentations des taux de PCR (1). L'intérêt de la PCR au cours des MICI a été souligné au cours des dernières années. Ce marqueur de l'inflammation, facile à mesurer, trouve en effet sa place dans diverses situations : on y a recours pour différencier une poussée inflammatoire de manifestations fonctionnelles, si fréquentes au cours des MICI ; il permet de suivre l'efficacité d'un traitement au cours d'une poussée sévère ; il peut être utilisé comme marqueur prédictif des rechutes ; enfin, plusieurs études ont récemment souligné qu'il pourrait permettre de sélectionner les bons candidats à un traitement par biothérapie (tableau). | Tableau. Intérêt de la mesure de la PCR au cours des MICI. | Situation clinique | Interprétation et utilité du test | Limites du test | | Avant le diagnostic de MICI | Test de débrouillage face à des symptômes non spécifiques (douleur, diarrhée) pour décider d’explorations | MICI et/ou patients à PCR normale | | Poussée symptomatique | Déterminer la part inflammatoire dans les symptômes ; la distinguer des troubles digestifs fonctionnels (exemple : douleur) ou des troubles peu spécifiques (exemple : fatigue) | Poussées inflammatoires à PCR normale | | Poussée sévère | Suivi de l’efficacité du traitement dans la recto-colite hémorragique (RCH). Recherche de complications septiques | Spécificité imparfaite | | Rémission clinique | Suivi des patients Détection des patients à risque de rechute | Conséquences limitées sur la thérapeutique Risque de traitement excessif | | Essai thérapeutique | Sélection des répondeurs aux biothérapies Définition biologique de la rémission | Seuil de “normalité” du test encore mal défini Corrélation avec les scores cliniques et endoscopiques imparfaite | | La PCR pour le diagnostic des poussées inflammatoires On sait depuis fort longtemps qu'il existe une élévation des tests inflammatoires au cours des poussées inflammatoires de MICI. Divers marqueurs ont ainsi été utilisés, le plus ancien étant la vitesse de sédimentation. Les dosages de l'orosomucoïde, de l'alpha-1-antitrypsine, d'autres glycoprotéines, des plaquettes ou d'interleukines ont ainsi été proposés. Mais c'est finalement la PCR qui s'est imposée, en raison de sa réactivité : ses taux varient en quelques heures au cours d'une poussée, en cas de complications ou en réponse aux traitements. De façon paradoxale, il existe peu de travaux ayant étudié de façon systématique la fréquence et le taux d'élévation de la PCR au cours de poussées banales de MICI. Les informations les plus détaillées proviennent d'essais thérapeutiques pour lesquels la PCR était mesurée lors de l'inclusion. On observe ainsi une élévation de la PCR chez 60 à 80 % des malades présentant une maladie de Crohn (MC) cliniquement “active”, selon les scores habituels (3-5). Les données concernant la recto-colite hémorragique (RCH) sont encore plus réduites, mais l'on admet que la sensibilité du test est plus faible, notamment dans les formes distales (5). La spécificité du test est également imparfaite, si l'on prend comme “juge de paix” l'activité clinique : il est en effet fréquent de constater une élévation modérée de la PCR au cours de la MC en l'absence de tout symptôme. Ces limites font que la PCR ne peut pas, à l'heure actuelle, être utilisée dans la pratique courante pour discriminer de façon parfaitement fiable les patients ayant une maladie active de ceux ayant une maladie inactive. Il est possible que l'utilisation de la PCR ultrasensible améliore à l'avenir les performances du dosage. Le dosage de la PCR reste cependant utile lorsque l'on est en présence de symptômes modérés et chroniques, pour lesquels une intrication avec des symptômes fonctionnels est possible : dans cette situation, plutôt que de recourir à une nouvelle endoscopie, le dosage de la PCR peut être employé avantageusement. De plus, lorsque le diagnostic de MICI n'a pas encore été porté et que l'on est en présence de symptômes modérés et peu spécifiques, la mesure de la PCR constitue un très bon test de débrouillage pour décider des explorations. La PCR au cours des poussées sévères Depuis les travaux de Truelove dans les années 1950, l'augmentation de la vitesse de sédimentation (VS) est l'un des cinq critères classiques utilisés pour définir une poussée sévère de RCH. Peu à peu, la PCR a remplacé la VS dans cette situation. L'équipe d'Oxford l'a utilisée comme marqueur de la réponse aux corticoïdes. Travis et al ont en effet montré que l'absence de diminution de la PCR au-dessous de 45 mg/l après trois jours de traitement intensif par corticoïdes (et/ou la persistance de plus de 6 émissions sanglantes par jour) était très prédictive du risque de colectomie (6). Ce résultat a été confirmé par un travail similaire réalisé par une équipe suédoise (7). Dans la pratique, le suivi de la PCR est donc devenu un élément biologique indispensable pour juger de la gravité d'une poussée et surveiller ces patients, au même titre que le taux d'hémoglobine et l'albuminémie. Dans la MC, l'intérêt du dosage est moins bien établi. On y a souvent recours pour rechercher des arguments en faveur d'une complication infectieuse, des taux très élevés (en pratique supérieurs à 100 mg/l) suggérant une telle complication, bien qu'ils puissent être observés au cours d'une poussée sévère non compliquée. L'évolution de la PCR est ainsi volontiers utilisée pour juger de l'évolution d'un abcès traité médicalement. Prédiction des rechutes par la PCR La recherche de marqueurs biologiques prédictifs de rechute a pour but de sélectionner les patients à plus haut risque de rechute afin de leur proposer des traitements préventifs, ou, inversement, de ne pas traiter inutilement des patients à faible risque de rechute. Plusieurs travaux ont tenté d'établir une corrélation entre un taux élevé de marqueurs inflammatoires chez des malades en rémission clinique et le risque d'observer une rechute dans les semaines ou mois suivants (8-9). L'indice du GETAID (9) a ainsi été élaboré en utilisant les données d'un essai thérapeutique prospectif testant la mésalazine pour prévenir les rechutes dans la MC, essai au cours duquel des examens de laboratoire étaient réalisés systématiquement toutes les 6 semaines, pendant près d'un an, chez 71 patients. La prédiction portait ainsi sur les 6 semaines suivant chaque mesure. Les tests et leurs valeurs seuils ont été sélectionnés par une analyse multivariée tenant compte des mesures répétées. L'indice retenu est simple : VS > 15 mm/h et PCR > 20 mg/l. Un indice positif (au moins un des deux tests anormaux) est associé à un risque 8 fois plus élevé de rechute dans les 6 semaines. La valeur prédictive négative du score est de 97 % (prédiction de l'absence de rechute chez les patients ayant un indice négatif), mais sa valeur prédictive positive est de 15 % (prédiction de la rechute chez ceux ayant un indice positif). Cette faible valeur prédictive positive lui ôte son intérêt en pratique courante. En pratique, le dosage itératif et systématique de la PCR ne peut donc être actuellement recommandé pour surveiller un patient, car il est rare qu'une modification thérapeutique soit fondée sur une élévation isolée de la PCR. La mesure de la PCR peut être réalisée au cas par cas, chez certains patients pour lesquels des ajustements thérapeutiques sont possibles (par exemple, optimisation d'un traitement par immunosuppresseur). En revanche, il n'est pas licite d'instaurer un traitement par corticoïdes (voire par anti-TNF) chez un patient dont la seule anomalie est une PCR élevée ; il n'est pas non plus justifié, compte tenu des données dont on dispose aujourd'hui, de prolonger ces traitements sous prétexte que la PCR n'est pas normalisée. Cette attitude aboutit en effet à exposer le patient à une toxicité excessive (pour les corticoïdes surtout) ou à générer une anxiété chez certains patients qui s'alarment de la modification de leur taux de PCR. PCR et réponse aux biothérapies Au cours de plusieurs essais thérapeutiques récents testant des biothérapies dans la MC, on a constaté de façon reproductible que les patients dont la PCR à l'inclusion était augmentée avaient une meilleure réponse au traitement. Cette observation a été faite pour des anticorps anti-TNF (3-10), un anticorps antimolécule d'adhésion (4) et un anti-interféron- (11). Ces études montrent chez les patients dont la PCR est normale à l'inclusion une réponse au placebo particulièrement élevée (30 à 50 %), non différente de celle du traitement testé. Ainsi, dans une étude récente réunissant 13 essais contrôlés ayant inclus 733 patients, les deux éléments permettant de prédire une réponse élevée au placebo étaient une PCR basse et un index CDAI faible à l'inclusion (12). Ces résultats posent la question du type de patients recrutés dans les essais thérapeutiques. Le candidat idéal (d'un point de vue purement logistique) pour un essai est souvent un patient qui garde de façon chronique des symptômes ; à l'opposé, un patient qui devient brusquement très symptomatique est plus difficile à inclure à brève échéance dans une étude. Ce biais de sélection conduit à faciliter l'inclusion de patients ayant des troubles fonctionnels intriqués, ou des symptômes résiduels d'interventions chirurgicales antérieures. Il est également possible que certains patients ayant des signes indiscutables d'inflammation n'aient pas une PCR qui s'élève. Jusqu'à présent, aucune étude n'a délibérément exclu les patients à PCR normale à l'inclusion ; mais il est vraisemblable que, à l'avenir, la PCR constitue un critère pour sélectionner les patients dans les études. Le seuil au-dessus duquel les patients seront considérés comme “suffisamment inflammatoires” reste toutefois débattu ; le recours à la PCR ultrasensible sera sans doute intéressant pour une définition optimale de ce seuil. La PCR pour définir la rémission ? La PCR est parfois utilisée dans des études pilotes pour tester de façon grossière l'effet d'un nouveau traitement. Toutefois, jusqu'à présent, la rémission clinique restait le critère de jugement principal de tous les grands essais thérapeutiques dans les MICI. Un critère endoscopique n'était généralement ajouté que pour la RCH. Les limites des critères purement cliniques ont maintes fois été soulignées. Les scores d'activité ne sont pas parfaits : certains malades ont des symptômes relativement invalidants mais qui perturbent peu les scores d'activité ; à l'opposé, certains symptômes subjectifs (douleur, fatigue, etc.) modifient de façon très significative ces scores composites.
La nécessité de disposer de critères plus objectifs s'est donc imposée. En outre, avec le développement des biothérapies, des objectifs plus ambitieux que la simple rémission clinique ont vu le jour (13). L'amélioration de la qualité de vie, la prévention de la chirurgie et la cicatrisation des lésions sont désormais prises en considération. La disparition des stigmates d'inflammation infraclinique pourrait ainsi constituer un nouvel objectif. Une corrélation entre la baisse de la PCR et l'amélioration endoscopique a été montrée dans certains travaux (13), mais de façon imparfaite, et ces résultats sont en contradiction avec d'autres études (14). On peut le comprendre si l'on admet qu'il existe un décalage temporel entre les différents paramètres qui définissent l'activité de la maladie (figure). D'autres marqueurs biologiques, comme la calprotectine fécale, sont également à l'étude (15). Conclusion La mesure de la PCR s'est peu à peu imposée, jusqu'à devenir un outil indispensable pour la prise en charge des MICI. Dans des situations précises (tableau), ce dosage aide aux décisions thérapeutiques. Il n'est certes pas question de revenir à une époque révolue où les modifications de la VS conduisaient à exposer les patients à des traitements inutilement prolongés ou répétés, souvent toxiques. L'arrivée de nouvelles thérapeutiques conduit cependant à reconsidérer les objectifs classiques du traitement. L'utilisation de la PCR ou d'autres marqueurs sensibles d'inflammation infraclinique pourrait bientôt aider à choisir la thérapeutique et à assurer son suivi. Bulletin MICI La Lettre de l'hépato-gastroentérologue Vol. VIII - supplément au n°4 - juillet-août 2005 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs) Références 1. Tornvall P, Hamsten A, Hansson LO et al. Plasma C-reactive protein and lipoprotein levels, and progression of coronary artery disease after myocardial infarction treated with thrombolysis. Cardiology 2005;104:65-71. 2. Stenvinkel P, Lindholm B. C-reactive protein in end-stage renal disease: are there reasons to measure it? Blood Purif 2005;23:72-8. 3. Schreiber S, Rutgeerts P, Fedorak R et al. CDP870, a humanized anti-TNF antibody fragment, induces clinical response with remission in patients with active Crohn's disease (CD). Gastroenterology 2004;126:A61. 4. Ghosh S, Goldin E, Gordon FH et al. Natalizumab for active Crohn's disease. N Engl J Med 2003;348:24-32. 5. Jahnsen J, Froslie K, Henriksen H et al. C-reactive protein in inflammatory bowel disease at diagnosis and during a 5-year prospective follow-up period of a population based Norwegian cohort. Gastroenterology 2005;128:339. 6. Travis SP, Farrant JM, Ricketts C et al. Predicting outcome in severe ulcerative colitis. Gut 1996;38:905-10. 7. Lindgren SC, Flood LM, Kilander AF et al. Early predictors of glucocorticosteroid treatment failure in severe and moderately severe attacks of ulcerative colitis. Eur J Gastroenterol Hepatol 1998;10:831-5. 8. Brignola C, Iannone P, Belloli C et al. Prediction of relapse in patients with Crohn's disease in remission: a simplified index using laboratory tests, enhanced by clinical characteristics. Eur J Gastroenterol Hepatol 1994;6:955-61. 9. Consigny Y, Modigliani R, Colombel JF, Dupas JL, Mary JY. Biological markers of short term relapse in Crohn's disease. Gastroenterology 2001;120:753. 10. Sandborn WJ, Feagan B, Radford-Smith G et al. A randomized, placebocontrolled trial of CDP571, a humanized monoclonal antibody to TNF in patients with moderate to severe Crohn's disease. Gastroenterology 2004;126:A61. 11. Ding H, Maia M, Keller S et al. Fontolizumab (HuZafTM) pharmacokinetics (pk), pharmacodynamics (pd), immunogenicity and exposure/response relationship in patients (pts) with moderate and severe Crohn's disease (cd). Gastroenterlogy 2004;126:T1302. 12. Will L, Nikolaus S, Freitag S et al. Placebo response in the therapy of Crohn's disease: a comprehensive analysis of primary data from 733 patients from 13 randomized controlled trials. Gastroenterology 2005;128:338. 13. Rutgeerts P, Feagan BG, Lichtenstein GR et al. Comparison of scheduled and episodic treatment strategies of infliximab in Crohn's disease. Gastroenterology 2004;126:402-13. 14. Cellier C, Sahmoud T, Froguel E et al. Correlations between clinical activity, endoscopic severity, and biological parameters in colonic or ileocolonic Crohn's disease. A prospective multicentre study of 121 cases. Groupe d'études thérapeutiques des affections inflammatoires digestives. Gut 1994;35:231-5. Costa F, Mumolo MG, Ceccarelli L et al. Calprotectin is a stronger predictive marker of relapse in ulcerative colitis than in Crohn's disease. Gut 2005;54:364-8.
(2005/08) L’endoscopie par capsule comme nouveau « Gold Standard » pour évaluer les atteintes du grêle de la MC?
Pr Marc Bardou, Unité de pharmacologie clinique, centre d'investigations cliniques, CHU de Dijon Le but de cette étude conduite par une équipe de Polla (Italie) était d’évaluer de façon prospective les performances diagnostiques de l’endoscopie par capsule et du transit du grêle avec entéroclyse pour apprécier l’étendue de l’atteinte du grêle dans la maladie de Crohn. Ce sont 31 patients (20 hommes ; âge moyen 43 ans) ayant une maladie de Crohn, attestée par l’endoscopie et l’histologie, qui ont bénéficié d’un transit du grêle avec entéroclyse comme dernier examen, suivi par une endoscopie par capsule. Le radiologue qui réalisait le transit du grêle n’était pas au courant des résultats de l’endoscopie conventionnelle initiale qui comportait un cathétérisme rétrograde du grêle. Les gastro-entérologues qui analysaient les vidéos de l’endoscopie par capsule ne connaissaient pas non plus les résultats du transit du grêle au moment de cette analyse. Des anomalies ont été retrouvées chez 8 des 31 patients par le transit du grêle et chez 22 des 31 patients par l’endoscopie par capsule (25,8 % vs. 71 %, p < 0,001). Chez 16 malades ayant une atteinte de l’iléon terminal connue, les performances diagnostiques de l’endoscopie par capsule étaient supérieures à celle du transit du grêle (89 % vs 37 %, p< 0,001). Parmi 15 sujets sans atteinte connue de l’iléon terminal, des anomalies sur le grêle proximal on été identifiées dans 7 cas (46 %) par la capsule et seulement chez 2 (13 %) patients par le transit du grêle (p < 0,001). La capsule a détecté toutes les lésions, sauf 2, mises en évidence par le transit du grêle et a dépisté des lésions additionnelles, non vues sur le transit, dans 45 % des cas. Marmo et coll. concluent que l’endoscopie par capsule est supérieure au transit du grêle avec entéroclyse pour estimer la présence, et apprécier l’étendue, des atteintes du grêle dans la maladie de Crohn. L’endoscopie par capsule pourrait donc devenir le nouvel examen de référence pour évaluer les lésions du grêle chez les patients atteints d’une maladie de Crohn sans sténose ni fistule. Journal International de Médecine 2005 Marmo R et coll. : “Capsule Endoscopy Versus Enteroclysis in the Detection of Small-Bowel Involvement in Crohn’s Disease: A Prospective Trial” Clin Gastroenterol Hepatol., 2005 ; 3 : 772-76. © Copyright 2005 http://www.jim.fr
(2005/09) Manifestations ostéo-articulaires des MICI chez l'adulte
Pr Claude Matuchansky Hépato-Gastroentérologie et assistance nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris. Avec une prévalence globale moyenne de 15-20 % (extrêmes de 3,7 à 39 %) [1-3], les signes ostéo-articulaires sont la manifestation extra-digestive la plus fréquente des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) chez l'adulte. Ils peuvent s'exprimer par des arthropathies (rhumatisme entéropathique ou entéro-arthrites), des ostéopathies métaboliques, ou diverses autres manifestations plus rares. Dans cette mise au point, nous nous limiterons aux arthropathies ; les manifestations osseuses seront décrites dans le prochain numéro de la revue Crohn - RCH. Les arthropathies font partie du groupe des spondylarthropathies (SPA) inflammatoires séronégatives Ce groupe comprend notamment le rhumatisme psoriasique, les arthrites réactionnelles, la spondylarthrite ankylosante (SA) idiopathique (pelvispondylite rhumatismale), les SPA inclassées [1, 4]. Les arthropathies, qui sont la plus fréquente des manifestations rhumatologiques des MICI [1,2], s'expriment par 2 principaux tableaux : - les arthrites (synovites) périphériques ;
- le rhumatisme axial, qui inclut les sacro-iliites avec ou sans spondylite, et qui est similaire à la SA idiopathique [1, 5-7].
La distinction entre ces deux tableaux n'est qu'un schéma commode, de nombreux patients avec atteinte axiale ayant des signes périphériques. Un exemple de la fréquence et de l'expression clinique du rhumatisme entéropathique est illustré dans le tableau 1, à partir d'une série de 1459 patients [8] porteurs d'une MICI. Il peut comporter d'autres signes, notamment périarticulaires (enthésopathies, tendinites). | Tableau 1. Arthropathies au cours des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin : fréquence des modes d'expression clinique [d'après Orchard et al [8] : 1459 patients] | Type de l'arthropathie | Recto-colite hémorragique (RCH - 976 patients) | Maladie de Crohn (MC - 483 patients) | RCH + Crohn (1459 patients) | | Arthrites périphériques a | 6 % | 10 % | 7,4 % | | Arthralgies b | 5,3 % | 13 % | 7,8 % | | Spondylarthrite ankylosante c | 0,9 % | 1,2 % | 1 % | | Douleurs vertébrales de type inflammatoire d | 3,5 % | 8,7 % | 5,2 % | | Total | 15,7 % | 32,9 % | 21,4 % | a. avec signes cliniques objectifs d'inflammation articulaire b. sans signes cliniques objectifs d'inflammation articulaire c. selon les critères diagnostiques de New-York modifiés en 1984 [24] d. sans les critères de la spondylarthrite ankylosante [24], mais s'intégrant dans ceux du cadre plus vaste des spondylarthropathies [4] | Les arthrites périphériques s'expriment par des arthralgies avec gonflement articulaire L'atteinte est mono- ou pauci-articulaire (surtout genoux et chevilles), asymétrique, aiguë et transitoire, migratrice. Depuis 1998 [8], il est convenu de classer les arthrites périphériques en 2 types, pauci-articulaires et polyarticulaires, dont les principales caractéristiques sont dans le tableau 2. Typiquement, elles ne sont ni déformantes ni érosives.

Cependant, il peut exister, surtout dans le type 1, une enthésite, inflammation de l'attache osseuse juxta-articulaire des ligaments, tendons et capsule articulaire, et stigmate anatomique des spondylarthrites [6]. Ainsi, certaines mono-arthrites de type 1, associées à une tendinite du pied (tendon d'Achille, fascia plantaire) ou du genou, sont en fait l'expression d'une SPA, ce qui s'accorde avec la plus grande fréquence de l'HLA-B27 dans ce type 1. D'aucuns considèrent l'enthésite comme la lésion primaire essentielle des SPA, à l'échelon axial (pelvi-vertébral) mais aussi articulaire périphérique [6,9]. 
Les arthralgies périphériques sont peu souvent recensées, sauf dans la grande série d'Oxford [8] : elles sont plus fréquentes dans la MC que dans la RCH (tableau 2). Fréquence et relation chronologique des arthrites périphériques avec la MICI Elles surviennent dans 2,5 à 16 % des cas de MICI et, selon une récente étude prospective (654 patients) [10], plus souvent dans la MC (14 %) que dans la RCH (11 %). Dans la MC, elles sont plus fréquentes en cas d'atteinte colique (16 %) que d'atteinte du grêle (4 %) ou iléo-colique (3,6 %) [1]. Elles apparaissent surtout après (75 à 80 % des cas) le diagnostic de MICI, rarement avant (10 %) ou lors (15 %) du diagnostic. Les arthrites de type 1 accompagnent les poussées digestives. La procto-colectomie totale pour RCH induit la rémission des arthrites périphériques ; après anastomose iléo-anale avec poche, survient rarement une polyarthrite aiguë symétrique avec atteinte axiale [11], à interpréter comme une arthrite réactionnelle similaire à celles observées après court-circuit jéjuno-iléal [1]. Dans la MC colique, la colectomie, notamment partielle, a un effet moins net sur les arthrites périphériques [1]. Rhumatisme axial : les différents tableaux cliniques 
Le rhumatisme axial se traduit soit : - par une SA identique à une SA idiopathique ;
- par une sacro-iliite isolée asymptomatique et plus souvent asymétrique que dans la SA idiopathique [6] ;
- par d'autres signes du large spectre clinique des spondylarthropathies : douleurs vertébrales de type inflammatoire, synovites périphériques, dactylites et/ou enthésopathies [4].
Globalement, une SA ou une sacro-iliite uni- ou bilatérale isolée est observée dans 18 % des MICI en moyenne [12], plus souvent dans la MC (5 % à 22 %) que dans la RCH (2 % à 6 %) sauf dans une récente cohorte européenne (5,1 % dans la RCH, 2 % dans la MC) [12]]. La SA proprement dite touche, à elle seule, 3 à 12 % des MICI (2,6 % des RCH et 6 % des MC) [13], mais les sacro-iliites uni- ou bilatérales de découverte radiologique sont beaucoup plus fréquentes (11 % à 25-35 % des MICI, selon la technique de détection-radiologie standard, tomodensitométrie ou imagerie par résonance magnétique) [2, 13-15] (figures 2-3). Cliniquement, la SA se traduit par des douleurs rachidiennes, thoraciques et/ou fessières de rythme inflammatoire, et par des signes d'ankylose progressive allant de l'étage lombaire vers le rachis cervical avec réduction de l'ampliation thoracique ; dans 40-50 % des cas de SA, existent des signes d'arthrites périphériques [8] ; l'antigène HLA-B27 est présent dans 50-70 % des cas [1]. Relation chronologique des signes axiaux et des signes intestinaux L'évolution de la MICI et le déclenchement de l'atteinte axiale sont indépendants, les signes axiaux précédant souvent la maladie intestinale de plusieurs années (2 à 9 ans) [16]. L'étendue, la localisation de la MICI, ou des complications telles que sténoses ou fistules digestives n'affectent pas l'évolution de la spondylite, ni de la sacro-iliite [1]. La durée d'évolution de la MICI a [2] ou n'a pas [1] d'influence sur la fréquence d'une sacro-iliite. Relations physiopathologiques des arthropathies et de la MICI En raison de son indépendance d'installation et d'évolution, le rhumatisme axial ne serait pas, pour certains, une manifestation des MICI, mais une maladie associée [6]. Globalement, 50 à 70 % des patients ayant une SA associée à une MICI portent l'allèle HLA-B27 [1] (66 % dans la SA de la RCH ; 53 % dans celle de la MC) [6] ; ces pourcentages, bien supérieurs à ceux de la population générale (9 % en moyenne) et des MICI sans arthropathies (5 %) [1], sont néanmoins inférieurs à celui (90 %) des SA idiopathiques [6]. Une spondylite est plus souvent associée à la présence d'HLA-B27 qu'une sacro-iliite isolée [14]. Chez des patients ayant une SPA sans signes digestifs d'appel, et une inflammation iléale et/ou colique (sans lésions endoscopiques) sur des biopsies systématiques, les arthrites périphériques évoluent parallèlement à l'activité histologique de l'inflammation intestinale ; 6,5 % d'entre eux développeront finalement une MICI avérée [1, 16-18]. 
Les arthrites périphériques de type 1, contrairement à celles de type 2, peuvent être associées à HLA-B27 (26 % [1]. Ces 2 types diffèrent aussi par la fréquence des allèles HLA-B35 et DRB1*0103, élevée dans le type 1, et celle d'HLA-B44 élevée dans le type 2 (tableau 2), ce qui suggère une différence immunogénétique et étiologique [1]. Ce concept implique un mécanisme principal, la recirculation de cellules T mémorisées, spécifiques d'antigènes notamment bactériens et a été conforté par des modèles expérimentaux de colite (rats transgéniques pour HLA-B27 déclenchant ou ne déclenchant pas d'inflammation intestinale ou articulaire selon qu'ils sont élevés en milieu conventionnel ou axénique), et par l'observation d'arthrites périphériques au cours de pullulations microbiennes avec stase telles que les court-circuits jéjuno-iléaux [1]. Le rôle de complexes immuns circulants (notamment bactériens et à IgA) a été évoqué, mais ils n'ont pas été trouvés dans la synoviale inflammatoire. L'augmentation de la perméabilité intestinale dans les MICI joue certainement un rôle central, en permettant une accession plus directe des antigènes bactériens aux cellules dendritiques, premières cellules immunes à reconnaître les antigènes luminaux. | Tableau 2 : Classification des arthrites périphériques des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin d'après Orchard et al [8] (1459 patients : 976 avec RCH, 483 avec MC), Orchard et al [25] et la revue générale de Holden et al [1] | Type 1 : Arthrites périphériques pauci-articulaires | Type 2 : Arthrites périphériques poly-articulaires | | 4,4 % des MICI | 3 % des MICI | | < 5 articulations | <5 articulations | | Atteinte asymétrique plutôt des grosses articulations des MI (genoux et chevilles surtout, plus rarement coudes et poignets) | Atteinte symétrique de petites articulations (MP, IPP, puis poignets, coudes, genoux et chevilles) | | Poussées aiguës, auto-limitées (durée < 10 semaines) | Durée prolongée (mois à années) | | Poussées contemporaines des poussées digestives | Chronologie indépendante des poussées digestives | | Association fréquente aux autres manifestations extra-digestives, notamment érythème noueux et uvéite | Association à uvéite mais pas aux autres manifestations extra-digestives | | Fréquence dans : Crohn : 6 % RCH : 3,6 % | Fréquence dans : Crohn : 4 % RCH : 2,5 % | | HLA-B27 : 26 % a HLA-B35 : 33 % a HLA-B44 : 12 % | HLA-B27 : 4 % HLA-B35 : 7 % HLA-B44 : 62 % | | a. p<0,05 versus population générale b. IPP : interphalangiennes proximales | c. MI : membres inférieurs d. MCP : métacarpophalangiennes | | Le rôle d'HLA-B27 dans cette relation n'est pas complètement élucidé Cependant, on sait que le rôle premier des molécules HLA de classe I, comme HLA-B27, est de fixer des peptides issus de la protéolyse intracellulaire et de les présenter à la surface des cellules présentatrices d'antigènes aux cellules T-CD8 cytotoxiques. Ainsi, l'autoréactivité de ces dernières serait-elle issue de la présentation par HLA-B27 d'un autopeptide arthritogène, peut-être dérivé de l'articulation et du cartilage de l'enthèse ; ce processus pourrait impliquer une réactivité croisée avec des peptides d'origine bactérienne, hypothèse s'accordant avec la présence, dans les cas de SA, d'HLA-B27 de sous-types différents (il existe 25 sous-types sur la base de l'homologie de séquences nucléotidiques, codant pour 23 protéines différentes, d'HLA-B27*01 à B27*23) qui reflèteraient eux-mêmes des différences de spécificité, notamment bactérienne, des liaisons peptidiques [19]. Ainsi, une homologie de séquence en 6 acides aminés a-t-elle trouvée entre la nitrogénase de Klebsiella pneumoniae et des résidus d'HLA-B27*05, avec réactivité croisée d'anticorps. Il est possible aussi que les peptides dérivés d'HLA-B27 lui-même soient arthritogènes à la suite de leur présentation aux T-CD8 cytotoxiques, voire qu'HLA-B27 ait d'autres propriétés biologiques (pro-inflammatoires), non liées à la présentation d'antigènes [19]. L'identification de polymorphismes du gène NOD2 (CARD15) dans la MC, et le rôle, dans l'immunité innée, de CARD15 (reconnaissance de tous les peptidoglycanes intracellulaires issus des bactéries Gram+ et Gram-, rôle dans l'activation de NF-B en réponse aux lipolysaccharides bactériens) confortent l'idée d'un lien entre inflammations intestinale et articulaire : néanmoins, et bien que dans un récent travail des mutations sur CARD15 aient été significativement plus fréquentes (78 %) en cas de sacro-iliite associée qu'en son absence (48 %) [14], aucun rôle précis de CARD15 n'a pu être affirmé, dans un autre travail, dans les arthropathies des MICI ni dans les SA idiopathiques [20]. Pour ce qui est des effecteurs immunologiques (cytokines), la réponse Th1 est altérée (TNF, IL12, IFN, IL6, IL1), au cours des arthropathies entéropathiques, selon un profil pro-inflammatoire associé in fine à une diminution de la défense cellulaire T vis-à-vis des bactéries [14, 19]. Traitement des arthropathies associées aux MICI - Dans les SPA avec atteinte axiale (SA), la plupart des patients répondent aux AINS, dont la prescription doit être vigilante en raison de leur toxicité digestive, gastro-duodénale et intestinale (poussées de MICI, ulcérations coliques et du grêle) [1] ; la physiothérapie et les mesures orthopédiques ont une place importante. Dans les SA idiopathiques rebelles aux anti-inflammatoires, l'infliximab est très efficace sur les signes axiaux et périphériques [21] ; dans les MICI, il peut donc trouver une indication articulaire parallèlement à celle de l'entéropathie si celle-ci est sévère et réfractaire [22].
- Les arthrites périphériques peuvent répondre à la sulfasalazine dans la RCH, mais une corticothérapie s'avère in fine souvent nécessaire : celle-ci pourra être locale, si l'atteinte est pauci- ou surtout mono-articulaire et si la maladie intestinale n'impose pas une corticothérapie générale. Si l'atteinte est polyarticulaire, la corticothérapie générale est nécessaire, en s'efforçant d'arriver rapidement, après la dose d'attaque, à une dose d'entretien minimale (10 mg/j de prednisone) si l'entéropathie le permet ; de toute façon, cette dose est celle à ne pas dépasser lorsque le contrôle du rhumatisme impose l'addition de corticoïdes à des AINS [23].
- Dans la MC, la sulfasalazine est dans l'ensemble peu efficace sur l'atteinte digestive ; sa place dans les arthropathies est très limitée sinon nulle, même si peuvent être notés quelques cas d'arthrites périphériques lui ayant bien répondu lors de MC peu sévères. Dans les arthrites périphériques accompagnant les poussées moyennes ou sévères de MC, la corticothérapie générale est très souvent efficace ; il en est de même de l'infliximab, lorsqu'il est indiqué par le caractère réfractaire de l'entéropathie.
- Les immunosuppresseurs, efficaces dans la prévention des poussées intestinales de MICI, notamment de MC, peuvent simultanément prévenir celles des arthrites périphériques de type 1.
Crohn - RCH n° 21 - Septembre 2005 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Holden W, Orchard T, Wordsworth P. Enteropathic arthritis. Rheum Dis Clin North Am 2003 ;29:513- 30. 2. De Vlam K, Mielants H, Cuvelier C, De Keyser F, Veys EM, De Vos M. Spondyloarthropathy is underestimated in inflammatory bowel disease: prevalence and HLA association. J Rheumatol 2000 ;27:2860-2865. 3. Lemann M, Bonnet J, Allez M, Gornet JM, Mariette X. [Bone and joints in inflammatory bowel disease]. Gastroenterol Clin Biol 2004 ;28:D75-D82. 4. Dougados M, van der LS, Juhlin R, Huitfeldt B, Amor B, Calin A, Cats A, Dijkmans B, Olivieri I, Pasero G. The European Spondylarthropathy Study Group preliminary criteria for the classification of spondylarthropathy. Arthritis Rheum 1991 ;34:1218-1227. 5. Bardin T, Kuntz D, Ryckewaert A. Arthropathies secondaires ou associées à diverses maladies. In: Godeau P, Herson S, and Piette JC, eds. Traité de Médecine, 4e édition. Paris: Flammarion M/S, 2004:2254-2259. 6. Mielants H, Veys EM. Gastrointestinal tract and rheumatic disease. In: Hochberg MC, Silman AJ, Smolen JS, Weinblatt ME, and Weisman MH, eds. Rheumatology, 3rd edition. Edinburgh: Mosby, 2003:325-333. 7. Bouhnik Y, Benamouzig R, Rybojad M, Matuchansky C, Rambaud JC. Manifestations systemiques inflammatoires chroniques de l'intestin. Gastroentérol Clin Biol 1993 ;17:121-129. 8. Orchard TR, Wordsworth BP, Jewell DP. Peripheral arthropathies in inflammatory bowel disease: their articular distribution and natural history. Gut 1998 ;42:387-391. 9. McGonagle D, Gibbon W, Emery P. Classification of inflammatory arthritis by enthesitis. Lancet 1998 ;352:1137-1140. 10. Palm O, Moum B, Jahnsen J, Gran JT. The prevalence and incidence of peripheral arthritis in patients with inflammatory bowel disease, a prospective population-based study (the IBSEN study). Rheumatology (Oxford) 2001 ;40:1256-1261. 11. Axon JM, Hawley PR, Huskisson EC. Ileal pouch arthritis. Br J Rheumatol 1993 ;32:586-588. 12. Salvarani C, Vlachonicolis IG, van der Heijde DM, Forniaciari G, MacChioni P, Beltrami M, Olivieri I, Di Gennaro F, Politi P, Stockbrügger RW, Russel MG. Musculoskeletal manifestations in a populationbased cohort of inflammatory bowel disease patients. Scand J Gastroenterol 2001 ;36:1307-1313. 13. Palm O, Moum B, Ongre A, Gran JT. Prevalence of ankylosing spondylitis and other spondyloarthropathies among patients with inflammatory bowel disease: a population study (the IBSEN study). J Rheumatol 2002 ;29:511-515. 14. De Vos M. Review article: joint involvement in inflammatory bowel disease. Aliment Pharmacol Ther 2004 ;20 Suppl 4:36-42. 15. Mester AR, Mako EK, Karlinger K, Gyorke T, Tarjan Z, Marton E, Kiss K. Enteropathic arthritis in the sacroiliac joint. Imaging and differential diagnosis. Eur J Radiol 2000 ;35:199-208. 16. Mielants H, Veys EM, De Vos M, Cuvelier C, Goemaere S, De Clercq L, Schatteman L, Elewaut D. The evolution of spondyloarthropathies in relation to gut histology. I. Clinical aspects. J Rheumatol 1995 ;22:2266-2272. 17. Mielants H, Veys EM, Cuvelier C, De Vos M, Goemaere S, De Clercq L, Schatteman L, Gyselbrecht L, Elewaut D. The evolution of spondyloarthropathies in relation to gut histology. III. Relation between gut and joint. J Rheumatol 1995 ;22:2279-2284. 18. 1Mielants H, Veys EM, Cuvelier C, De Vos M, Goemaere S, De Clercq L, Schatteman L, Elewaut D. The evolution of spondyloarthropathies in relation to gut histology. II. Histological aspects. J Rheumatol 1995 ;22:2273-2278. 19. Maksymowych WP. Etiology and pathogenesis of ankylosing spondylitis. In: Hochberg MC, Silman AJ, Smolen JS, Weinblatt ME, and Weisman MH, eds. Rheumatology, 3rd edition. Edinburgh: Mosby, 2003:1183-1192. 20. Crane AM, Bradbury L, van Heel DA, McGovern DP, Brophy S, Rubin L, Siminovitch KA, Wordsworth BP, Calin A, Brown MA. Role of NOD2 variants in spondylarthritis. 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Clinical phenotype is related to HLA genotype in the peripheral arthropathies of inflammatory bowel disease. Gastroenterology 2000 ;118:274-278.
(2005/09) Facteurs d'environnement et maladies inflammatoires chroniques de l'intestin
Pr Franck Carbonnel Service de gastro-entérologie et nutrition – CHU de Besançon Propos recueillis par le Dr C. Mura D'immenses progrès ont été accomplis ces dernières années dans le domaine de la génétique de la maladie de Crohn. Les gènes n'expliquent pas, à eux seuls, l'étiopathogénie de cette affection. Des facteurs environnementaux encore mal connus, ont leur importance, comme nous l’explique le Pr Franck Carbonnel (Service de gastro-entérologie et nutrition – CHU de Besançon). Crohn & RCH : Quels sont les principaux arguments en faveur du rôle des facteurs environnementaux dans la genèse des MICI? Pr F. Carbonnel : Plusieurs éléments plaident en faveur du rôle des facteurs d'environnement dans le développement des MICI. Il existe une inégalité des répartitions des MICI dans l'espace. En effet, on note une fréquence plus élevée des MICI dans les pays du nord et les pays développés. Ce gradient est observé dans la maladie de Crohn, pas toujours dans la RCH. Cette inégalité de répartition géographique peut être liée à des facteurs d'environnement ou à des facteurs génétiques. Un autre argument est l'évolution des MICI en fonction du temps. Tous les registres ont constaté une augmentation de l'incidence de la maladie de Crohn depuis la fin de la 2e guerre mondiale dans les pays du nord, 10 à 20 ans plus tard dans les pays du sud. Une augmentation de cette ampleur, et sur une période aussi brève, ne peut être liée à des modifications génétiques. Elle témoigne soit de modifications de l'environnement, soit d'une meilleure reconnaissance diagnostique. La plupart des auteurs s'accordent sur le fait qu'une meilleure reconnaissance de la maladie ne peut expliquer, à elle seule, une telle augmentation d'incidence. Un autre élément en faveur du rôle des facteurs environnementaux est le fait que le taux de concordance chez les jumeaux monozygotes est loin d'être total. Il est de 30 à 40 % dans la maladie de Crohn et de 15 % environ pour la RCH. Cela signifie qu'avec le même patrimoine génétique, il existe des différences importantes quant au risque de développer la maladie. Crohn & RCH : L'effet délétère du tabac pour la maladie de Crohn et protecteur pour la recto-colite hémorragique est bien établi. Quels sont les principaux mécanismes actuellement avancés pour expliquer ces différences? Pr F. Carbonnel : L'effet du tabac sur les MICI est bien établi à la fois sur l'apparition de la maladie elle-même, mais également sur son évolution. Les patients qui fument ont plus de risque de développer une maladie de Crohn et ont une maladie plus grave comparée à ceux qui ne fument pas. Cet effet délétère du tabac s'exprime surtout pour les localisations iléales et chez les femmes. Dans la RCH, on observe l'inverse, c'est-àdire que le risque de développer la maladie est plus faible et son évolution moins sévère chez les fumeurs. En pratique courante, on retrouve souvent un arrêt du tabac qui a précédé de quelques mois ou quelques années le développement de la maladie. Les mécanismes d'action du tabac dans les MICI ont été récemment revus par Jacques Cosnes [1]. Schématiquement, on peut retenir 3 niveaux d'intervention : - Une action sur le mucus colique. Le tabac, particulièrement la nicotine, augmente la synthèse de mucine chez les patients ayant une RCH.
- Une action sur les molécules pro-inflammatoires au niveau de la muqueuse colique, avec en particulier une diminution de la libération d'interleukine 8.
- Une action sur les macrophages : le tabac entraîne un déficit fonctionnel de la fonction macrophagique qui se traduit par une diminution, voire une abolition, de la lyse intracellulaire des bactéries. Ce résultat fait penser à la mise en évidence d'un défaut d'activation de NF-B chez les individus porteurs d'une mutation homozygote de NOD2, une protéine fréquemment mutée dans la MC iléale.
Ainsi, le tabac et les mutations de NOD2 contribueraient à diminuer la fonction de défense antibactérienne par les monocytes/ macrophages. Crohn & RCH : L'effet protecteur de l'appendicectomie pour appendice inflammatoire réalisée avant l'âge de 20 ans semble bien démontré pour la recto-colite hémorragique. Pourriez-vous nous dire quels sont les mécanismes actuellement retenus pour expliquer cet effet protecteur? Pr F. Carbonnel : Les éléments proviennent d'études épidémiologiques et des données de l'expérimentation animale. Il semble que ce soit l'appendicectomie pour appendicite qui protège de la RCH, plus que l'appendicectomie en elle-même. On observe une diminution de l'incidence des appendicectomies pour appendicite dans les pays développés. Selon A Ekbom, un expert dans le champ de l'épidémiologie des MICI, la diminution de l'incidence des appendicites serait liée à l'amélioration des conditions d'hygiène, laquelle est supposée favoriser l'éclosion de la maladie de Crohn. L'analyse biologique des effets de l'appendicite nous renvoie à un modèle murin de colite inflammatoire : celui des souris invalidées pour la sous-unité alpha du récepteur T. Dans ce modèle, relativement proche de la RCH, les animaux développent spontanément une colite inflammatoire qui n'apparaît pas chez les animaux appendicectomisés. De plus, l'effet préventif de l'appendicectomie chez ces souris paraît lié au fait que l'appendice est une sorte de réservoir de lymphocytes auto-réactifs reconnaissant les colonocytes et produisant des anticorps dirigés contre une protéine du cytosquelette, la tropomyosine. Crohn & RCH : Les conditions favorables d'hygiène dans l'enfance, et plus récemment « la chaîne du froid » observée dans les pays occidentaux ont été avancés pour expliquer l'augmentation d'incidence des MICI dans ces régions. Qu'en est-il des mécanismes explicatifs? Pr F. Carbonnel : Tout d'abord, il faut préciser qu'il s'agit d'une hypothèse. L'étude du registre EPIMAD sur les facteurs d'environnement, récemment parue, ne la valide pas [2]. L'hypothèse de la meilleure hygiène a été évoquée dans la maladie de Crohn et dans d'autres maladies dysimmunitaires, comme la sclérose en plaques et l'allergie. L'augmentation d'incidence de ces maladies serait, en quelque sorte, le prix à payer de la diminution de la morbidité infectieuse. Il est démontré que les enfants qui ont été élevés à la ferme et qui, dans les premiers mois de vie, ont été en contact avec le LPS sont relativement protégés des maladies allergiques. Selon certains auteurs, l'hygiène nous a éloigné d'agents infectieux pathogènes, mais aussi d'agents infectieux qui jouaient un rôle bénéfique dans l'éducation des lymphocytes T régulateurs. Cette hypothèse, défendue en particulier par le groupe de G Rook (Angleterre), suggère qu'en nous éloignant des probiotiques, des helminthes ou encore de certaines mycobactéries que l'on retrouve en toute petite concentration dans l'eau de boisson non traitée, on s'éloignait également de cette flore qui jouait un rôle important dans l'éducation des lymphocytes T régulateurs. En leur absence, il y a un déficit de formation de ces lymphocytes T régulateurs avec comme conséquence un emballement du système immunitaire, notamment au niveau intestinal, qui pourrait favoriser la survenue de MICI. Crohn & RCH : La piste infectieuse semble solide, récemment étayée par la mise en évidence de Mycobacterium paratuberculosis dans le sang de patients atteints de maladie de Crohn par rapport à des témoins. Que pensez-vous de cette piste déjà avancée il y a plusieurs décennies? Ces hypothèses ouvrent-elles plutôt la voie aux traitements probiotiques ou aux antibiotiques? Pr F. Carbonnel : Un article récent, publié dans le Lancet, a relancé l'hypothèse du rôle de Mycobacterium paratuberculosis dans la maladie de Crohn [3]. Cette étude a été réalisée sur un petit nombre de malades. Les auteurs ont retrouvé plus de DNA de Mycobacterium paratuberculosis dans le sang des malades avec une maladie de Crohn par rapport aux témoins (40 % versus 20 %). Grâce à certaines techniques de culture, des bactéries viables ont également été retrouvées dans le sang des malades atteints de maladie de Crohn alors qu'on n'en trouve pas dans le sang des témoins. Cet article réactive donc l'hypothèse du rôle des Mycobacterium paratuberculosis qui avait été plutôt abandonnée ces dernières années. Le groupe de F. Shanahan avait montré, par une méthode de microdissection des granulomes dans la muqueuse de malades atteints de maladie de Crohn, la présence de DNA de mycobactéries, mais aussi d'E. Coli dans la muqueuse de ces patients. Ce dernier résultat remettait donc en question la spécificité de l'association maladie de Crohn/mycobactéries et traduisait plutôt une perméabilité accrue à certains agents bactériens. Le dernier article paru dans le Lancet remet donc en selle le rôle possible des mycobactéries bien qu'il soit controversé (cf correspondance dans le Lancet). Les auteurs de ces controverses pensent que la présence de DNA dans le sang de ces patients serait due à une translocation favorisée par les ulcérations de l'intestin. De plus, si Mycobacterium paratuberculosis avait un rôle dans le développement de la maladie de Crohn, on devrait avoir une incidence de cette maladie plus élevée dans certaines catégories socioprofessionnelles en contact avec les bovins, le lait… Or aucune étude épidémiologique n'a mis en évidence un tel excès d'incidence. Au total, ces résultats demandent à être confirmés par d'autres équipes. Il est donc un peu prématuré de répondre à la deuxième partie de votre question concernant le traitement antibiotique ou probiotique, d'autant que l'éditorial du Lancet qui accompagne cet article annonce les résultats d'une grande étude contrôlée d'éradication de Mycobacterium paratuberculosis par antibiotique chez les malades atteints de maladie de Crohn. Crohn & RCH : La majorité des patients consultant pour MICI est persuadée du rôle de facteurs alimentaires ou d'événements de stress dans la survenue de la maladie ou le déclenchement des rechutes. Quelle est votre opinion sur ces facteurs? Pr F. Carbonnel : Enormément d'études se sont consacrées au rôle des facteurs alimentaires dans la survenue des MICI. Aucune d'elle n'est convaincante du fait de problèmes méthodologiques. Ce sont effectivement des études cas-témoin dans lesquelles on demande aux malades et aux témoins de se rappeler leur régime alimentaire avant le début de la maladie. Il y a donc des biais de remémoration. Deux revues de la littérature sur ce sujet ont tiré les mêmes conclusions quant au rôle des facteurs alimentaires, à savoir que le biais de remémoration était présents dans toutes les études, ce qui ne permet aucune conclusion. En ce qui concerne le stress, il faut distinguer : - le rôle du stress dans le déclenchement de la maladie,
- le rôle du stress dans la survenue des poussées,
- le rôle du stress dans la maladie ellemême, et particulièrement dans son vécu.
Il n'y a aucune preuve que le stress joue un rôle dans le déclenchement de la maladie. Une étude publiée récemment (American Journal of Gastroenterology 2004) a étudié l'incidence de MICI chez des parents qui ont perdu un enfant. Aucune augmentation du risque n'a été mise en évidence dans cette population. En ce qui concerne les poussées, une étude du registre EPIMAD dont les résultats ont été communiqués il y 3 ans, n'est pas en faveur du rôle du stress dans les poussées de MICI. Beaucoup de malades incriminent le stress dans le déclenchement de la maladie ou des poussées. Ils ont peut être raison. Après tout, l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence. Nos moyens de mesure et d'observation sont trop grossiers. De plus, le rôle du stress est établi dans certains modèles animaux de colites inflammatoires. Toutefois, la vérité est qu'aujourd'hui, il n'y a aucun élément solide en faveur du rôle du stress dans le déclenchement des MICI ou de leurs poussées. Les malades doivent avoir cette information. S'agissant du troisième point, quelques résultats suggèrent que les facteurs psychologiques interviennent massivement dans le vécu de la maladie. Certains malades ont une maladie sévère et la supportent bien alors que d'autres ont une maladie modérée avec des conséquences importantes sur leur vie au quotidien. Le médecin et l'équipe soignante peuvent intervenir dans l'éducation et l'information des malades, lesquelles peuvent faciliter la prise en charge de la maladie au quotidien et améliorer son vécu. Ce champ d'intervention me paraît important. Voici quelques suggestions de thèmes éducatifs : comment reconnaître les poussées? Quels sont les effets indésirables des médicaments des MICI, comment les reconnaître et les prévenir? Quelle insertion professionnelle et familiale pour les malades atteints de MICI ? Mon enfant a une MICI comment l'aider au mieux? Vie quotidienne, alimentation et MICI… MICI et grossesse… Ces aspects correspondent aux préoccupations des malades et ne sont pas toujours abordés au cours de nos consultations. Il y a encore beaucoup à faire dans le domaine de l'éducation des malades atteints de MICI pour les médecins, les infirmières, les psychologues, les diététiciennes et les associations de malades. On peut s'inspirer de ce qui a été mis en place pour d'autres maladies chroniques, comme le diabète ou l'asthme. Crohn - RCH n° 21 - Septembre 2005 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. J Cosnes. Tobacco and IBD: relevance in the understanding of disease mechanisms and clinical practice. Best Pract Res Clin Gastroenterol. 2004 Jun;18(3):481-96 2. S Baron et al. Environmental risk factors in paediatric inflammatory bowel diseases : a population based case control study. Gut 2005;54:357-63 Naser SA, Ghobrial G, Romero C, Valentine JF. Culture of Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis from the blood of patients with Crohn's disease. Lancet 2004; 364: 1039-44.
(2005/11) Un défaut en alpha-défensines
Dr Béatrice Vuaille, International Aids Society
Une équipe de biologistes trouvent dans l'iléite de Crohn une réduction spécifique de certains peptides antimicrobiens, les alpha-défensines. Ce qui alimente la thèse physiopathologique faisant intervenir un déséquilibre bactérien dans la survenue de la maladie de Crohn. Et donne une orientation pour trouver un traitement visant à restaurer l'activité peptidase des cellules de Paneth. « NOUS AVANÇONS l'hypothèse qu'un déficit en alpha-défensines représente un processus clef de la pathogénie de la maladie de Crohn iléale, en compromettant l'immunité innée. Cette conception de la maladie justifie la recherche de stratégies thérapeutiques alternatives visant à restaurer les équilibres hôte/microbes de la muqueuse intestinale. » Une explication physiopathologique, largement relayée, de la maladie de Crohn fait intervenir l'action de bactéries intestinales qui instaurent puis entretiennent une inflammation muqueuse. Ce phénomène semble se produire chez des individus ayant une prédisposition génétique. « Comme il existe des variations à la fois de la susceptibilité innée et des phénotypes cliniques, on peut penser que la maladie de Crohn n'est pas un trouble homogène. » Les cellules de Paneth de l'intestin grêle constituent la source la plus importante de peptidases antimicrobiennes, qui comprennent notamment les alpha-défensines HD5 et HD6. Les cellules de Paneth relarguent des granules dans la lumière intestinale en réponse à une stimulation par des produits bactériens. Compromettre les défenses muqueuses de l'hôte. « Nous avons voulu tester l'hypothèse selon laquelle l'expression des alpha-défensines des cellules de Paneth est diminuée dans la maladie de Crohn. Ce déficit est de nature à entraîner une prédisposition à l'iléite de Crohn, en compromettant les défenses muqueuses de l'hôte », expriment Jan Wehkamp et coll. Ils présentent une étude réalisée à partir de la muqueuse intestinale de patients souffrant d'une iléite de Crohn. Les observations ont été réalisées sur des échantillons provenant de prélèvements chirurgicaux ou de biopsies au punch. Les résultats montrent une diminution de l'activité antibactérienne en même temps qu'une réduction spécifique des alpha-défensines HD5 et HD6. Par comparaison, les taux des alpha-défensines sont normaux dans les prélèvements provenant de patients dont la maladie de Crohn n'est pas localisée à l'iléon (colite de Crohn). Ils sont normaux aussi dans les prélèvements de muqueuse de rectocolite hémorragique (RCH). « La réduction des alpha-défensines ne peut être simplement attribuée à une réponse non spécifique de l'iléon à l'inflammation. » L'étude d'un modèle murin montre une conséquence fonctionnelle d'une modification de l'expression des alpha-défensines par les cellules de Paneth : la composition de la flore digestive varie en fonction de l'expression de HD5. Dans les états physiologiques, des interrelations complexes existent entre les microbes commensaux et la muqueuse intestinale, qui permettent la mise en place d'un équilibre délicat. On peut supposer que le déficit en HD5 et HD6 est une conséquence d'un défaut de régulation au niveau des cellules de Paneth. Le manque d'alpha-défensines est-il d'origine génétique ? Cela semble peu plausible, car les loci de HD5 et HD6 sont relativement éloignés et il ne semble pas qu'il y ait un défaut du nombre des copies du gène dans la maladie de Crohn. S'il existe un faisceau d'arguments en faveur d'une origine faisant intervenir l'action des bactéries, les mécanismes précis liant les facteurs de l'hôte aux micro-organismes demeurent obscurs. « Nous supposons que la réduction du taux des alpha-défensines affaiblit les défenses antimicrobiennes de la muqueuse iléale et conduit à des changements progressifs de la composition des bactéries, qui ont été rapportés par d'autres auteurs. » Finalement, les modifications de la flore intestinale sont à même de promouvoir l'invasion bactérienne de la muqueuse et de prédisposer à une inflammation chronique de l'iléite de Crohn. « Cette conception de la maladie fait penser que des stratégies thérapeutiques visant à restaurer les équilibres hôte/microbes au niveau de la muqueuse intestinale pourraient être supérieures à celles qui suppriment de manière large l'inflammation et l'immunité adaptative. »
Le Quotidien du Médecin 2005
2004
(2004/01) Intérêts et utilisation pratique des bourses afa destinées au financement des projets de recherche sur les MICI
Pr Pierre Desreumaux, Directeur du Centre de Recherche et de soins sur les MICI; CHRU de Lille, Nous publions l'article du Pr Desreumaux, bien conscients que son contenu scientifique est parfois difficile à comprendre pour le grand public, voire pour un gastro-entérologue clinicien. Toutefois, il montre bien le rôle joué par l'afa, il montre aussi comment l'ensemble de l'équipe lilloise menée par A. Cortot et J-F. Colombel a su progresser, en partant de la première étude épidémiologique, et en s'entourant de collaborations pluridisciplinaires, jusqu'à la constitution et la reconnaissance d'une unité de recherche autonome. La recherche scientifique appliquée à des pathologies est réalisée en France essentiellement par des structures universitaires en collaboration avec l'Institut National de la Santé et de la recherche Médicale (INSERM), l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et/ ou le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). L'intérêt de cette recherche scientifique appliquée est fondamental car elle permet de mieux connaître la physiopathologie des maladies et de faire évoluer leur prise en charge diagnostique et thérapeutique. Le nerf de la guerre dans le domaine de la recherche scientifique est l'obtention de financement pour transformer des projets stériles en programmes productifs. Cette productivité scientifique est alors facilement évaluable par 2 paramètres essentiels qui sont la production scientifique, quantifiable par les indicateurs bibliométriques, et la valorisation, appréciée par les indicateurs de propriété intellectuelle et notamment le dépôt de brevets. En fonction de ces paramètres objectifs reflétant l'activité scientifique, l'évolution des groupes de recherche est la structuration sous forme d'équipe (ou d'Unité) universitaire, INSERM, INRA et / ou CNRS. Ces structures ont deux intérêts essentiels : présenter un "label" de qualité et assurer un budget financier pendant un certain nombre d'années. Financement de l'afa : un rôle structurant important pour les groupes de recherche. Notre laboratoire mixte, reconnu depuis 2001 par l'INSERM et l'Université de Lille (EMI 0114), intitulé "Physiopathologie des Maladies Inflammatoires Intestinales" a suivi ce parcours. Initialement, le groupe médico-chirurgical en hépato-gastro-entérologie du CHU de Lille s'est structuré dans la recherche sur les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) depuis 1990 autour de trois grands axes. - Le premier, épidémiologique, est organisé autour du Registre épidémiologique des MICI de la région Nord-Ouest de la France (EPIMAD) reconnu par l'INSERM et l'Institut de Veille Sanitaire.
- Le second, thérapeutique, regroupe de nombreux essais multicentriques nationaux et internationaux réalisés pour la plupart dans le Service des Maladies de l'Appareil Digestif et de la Nutrition et le Centre d'Investigations Cliniques (CIC) (INSERM, CH et U de Lille).
- Les recherches du troisième axe sont physiopathologiques avec une orientation privilégiée vers la mise en évidence de nouvelles cibles thérapeutiques. Grâce à une aide financière constante de l'afa, nos premiers travaux de recherche sur les MICI ont pu être réalisés initialement dans l'Unité INSERM de Monique et André Capron à l'Institut Pasteur de Lille en 1992.
Nous avons ensuite obtenu une labellisation Universitaire, jeune équipe en 1994 puis Equipe d'accueil en 1998. Ceci a permis, avec le soutien du CHU de Lille, l'ouverture sur le site d'un Laboratoire de Recherche sur les Maladies Inflammatoires de l'Intestin en 1997 reconnue en 2001 par l'INSERM comme la première équipe en France de recherches intégrées sur les MICI. Actuellement, le laboratoire occupe une surface d'environ 200 m2 .Il contient les équipements nécessaires à la réalisation de Polymerase Chain Reaction (PCR), d'hybridation in situ, des techniques de northern et western blot, d'immunohistochimie, des techniques ELISA et de cytométrie de flux. Une pièce de biologie cellulaire permet la culture de cellules et l'extraction cellulaire à partir de tissus digestifs. Une vingtaine de personnes travaille dans ce laboratoire qui fait partie également de l'Institut de Médecine Prédictive et de Recherche Thérapeutique de Lille. Bourses de l'afa : financement de projets de recherche, évalués par un conseil scientifique, à l'origine de nombreuses découvertes. En plus d'être à l'origine de notre structuration en équipe INSERM-Université, les bourses de l'afa sont indispensables à la poursuite de notre recherche. En effet, les budgets annuels obtenus auprès de l'INSERM et de l'université ne représentent qu'environ 30 % du budget total nécessaire au fonctionnement de notre équipe. Il est donc essentiel que nous puissions continuer à bénéficier de budgets non institutionnels comme ceux de l'afa pour continuer à travailler dans les domaines épidémiologiques et physiopathologiques. Études épidémiologiques Les études épidémiologiques ont permis de déterminer l'incidence à 12 ans (1988-1999) des MICI dans les départements du Nord, Pas-de-Calais, Somme et Seine-Maritime. Les particularités cliniques des formes pédiatriques, les facteurs de risque d'apparition de MC ou de RCH chez l'enfant et le rôle du stress au cours des premières poussées de MICI chez l'adulte ont été étudiés. Nous avons pu montrer que, contrairement à ce qui est rapporté dans d'autres pays d'Europe du Nord, l'incidence de la MC a augmenté de 23 % entre 1988 et 1999 alors que celle de la RCH a diminué de 17 % sur la même période. Ceci indique que les facteurs modulant la fréquence des MICI sont toujours actifs dans cette partie de l'Europe et que les études dont le but est de les identifier (en particulier les facteurs environnementaux) ont plus de chance d'aboutir dans cette région géographique. Pour les formes pédiatriques, l'incidence de la MC est forte chez l'enfant dans le nord-ouest de la France, comparable à celles observées en Grande-Bretagne et en Scandinavie. Si cette incidence continue à augmenter chez l'adulte et l'enfant, la MC pourrait alourdir le poids qu'elle représente déjà pour le système de santé dans notre région. Enfin, nous avons mis en évidence, dans les mois précédant une première poussée de MC, une fréquence plus élevée d'évènements de vie, plus stressants par rapport à des témoins (donneurs de sang) ou des patients présentant une colite aiguë non-MICI. Ces résultats sont en faveur du rôle déclenchant d'un ou plusieurs facteurs psychologiques dans la première poussée de MC. D'autres études sont en cours à la recherche de facteurs environnementaux dans les familles de MC ayant au moins 3 membres ou plus atteints. Etudes physiopathologiques Les MICI sont des maladies inflammatoires chroniques secondaires à une réponse immunitaire anormale dirigée contre la flore intestinale chez des patients génétiquement déterminés. Nos axes de recherche financés par l'afa sont ciblés sur 2 facteurs essentiels dans la physiopathologie des MICI : la mise en évidence de bactéries particulières et l'étude de facteurs de régulation de la réponse immunitaire. Une implication spécifique d'Escherichia Coli est envisagée dans les MICI. Escherichia Coli fait partie des bactéries qui ont été trouvées de façon reproductible comme étant augmentées dans la flore luminale et adhérente. Les taux d'anticorps anti-Escherichia Coli sont plus élevés chez les patients avec MC que chez les sujets normaux. Des antigènes spécifiques d'Escherichia Coli ont été identifiés dans la muqueuse de MC au niveau des macrophages, des cellules géantes à la base des ulcérations, des granulomes et de la lamina propria. Plusieurs travaux en collaboration avec le Pr. Arlette Darfeuille-Michaud ont montré que des souches d'Escherichia Coli isolées de selles de patients avec MICI avaient des propriétés adhésives in vitro similaires à celles de souches entéropathogènes. Le programme financé par l'afa et réalisé par la collaboration de laboratoires universitaires et INSERM a permis la caractérisation d'un nouveau groupe pathogène de Escherichia Coli pouvant être associé à la MC, désigné AIEC pour "adherent-invasive Escherichia Coli". Les souches AIEC possèdent des déterminants génétiques leur permettant de résister à l'action bactéricide des macrophages. Elles pourraient ainsi jouer un rôle dans la formation des granulomes caractéristiques de la MC. Les facteurs de virulence de ces souches d'Escherichia Coli associées à la muqueuse iléale de patients atteints de MC ont été caractérisées. Plus de 80 % des souches d'Escherichia Coli associées à la muqueuse iléale de patients atteints de MC adhéraient aux cellules Caco-2 contre 33 % des souches d'Escherichia Coli de référence. Ces souches ne possédaient pas les gènes de virulence décrits pour les souches d'Escherichia Coli entéropathogènes et un quart d'entre elles synthétisait une ahémolysine induisant un effet cytotoxique sur cellules en culture. Ainsi, parallèlement à l'acquisition de souches d'Escherichia Coli exprimant certains facteurs de pathogénicité, le développement de la MC pourrait être également lié à une susceptibilité particulière des patients à être colonisés. Les perspectives de ces travaux sont de développer. 1. des tests de diagnostic permettant de mettre en évidence la présence de souches invasives AIEC afin de déterminer le niveau de risque chez les patients ; 2. des molécules thérapeutiques spécifiques bloquant la colonisation de la muqueuse intestinale par les AIEC. Concernant les facteurs de régulation de la réponse immunitaire, nos travaux financés en partie par l'afa ont permis de montrer que la réponse immunitaire intestinale n'était pas figée au cours de la MC, mais évolue en fonction des différents stades de la maladie. La MC est une maladie chronique évoluant par poussées entrecoupées de périodes de rémission. Cette évolution particulière est à l'origine de lésions d'âges différents que l'on peut distinguer en lésions précoces et chroniques. Nos travaux ont suggéré pour la première fois que les lésions précoces et chroniques de la MC étaient distinctes sur le plan histologique et immunologique. Un infiltrat inflammatoire riche en éosinophiles prédomine dans les lésions précoces alors qu'il est composé essentiellement de polynucléaires neutrophiles dans les lésions chroniques. Celles-ci sont caractérisées par une importante expression d'IFN, d'IL-18 et de cytokines inflammatoires dont le TNF. En revanche, les lésions iléales précoces survenant 3 mois après chirurgie sont caractérisées par une forte production d'IL-4 et d'IL-5 ainsi qu'à une augmentation de l'expression d'IgE. Ces résultats suggèrent que des mécanismes immunologiques différents sont à l'origine de l'induction et de la chronicité des lésions. Des protocoles thérapeutiques différents pourraient ainsi être nécessaires pour éviter la récidive de la maladie après chirurgie ou pour traiter des lésions chroniques au cours de la MC. Nos travaux physiopathologiques nous ont conduit également sur une nouvelle piste impliquant les cellules du tissu graisseux appelées adipocytes. Une caractéristique de la MC est l'hypertrophie de la graisse mésentérique et l'extension du tissu adipeux sur plus de 50 % de la circonférence de la paroi intestinale. Bien que cette particularité anatomique ait été décrite dans la description initiale de la MC en 1932 par le Dr Crohn et soit utilisée à titre diagnostique par les chirurgiens et les radiologues, l'origine et le rôle de cette obésité mésentérique, contrastant souvent avec la maigreur des patients, restaient mal connus. Nous avons montré que l'expression locale du récepteur activé pour les proliférateurs des peroxysomes (PPAR) pouvait participer à la genèse de cette graisse mésentérique au cours de la MC en augmentant la prolifération et la différenciation des adipocytes. La capacité de ces adipocytes mésentériques à produire du TNF suggère également l'implication de ce tissu adipeux mésentérique dans la constitution et la localisation longitudinale des lésions muqueuses au cours de la MC. Les perspectives de ces travaux sont de permettre une meilleure compréhension de l'origine et du rôle de l'hypertrophie mésentérique, caractéristique anatomique de la MC, et d'ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques en utilisant des traitements ciblés sur les adipocytes. Plus récemment, deux projets complémentaires financés par l'afa nous ont permis de définir deux nouvelles cibles thérapeutiques pour la prise en charge des MICI. La première est le récepteur activé pour les proliférateurs des peroxysomes (PPAR). Nos résultats indiquent que PPAR est essentiellement synthétisé par les cellules épithéliales coliques et à une action anti-inflammatoire importante dans les modèles de colite expérimentale chez la souris. Chez l'homme, nous avons mis en évidence un déficit d'expression par les cellules épithéliales coliques de ce récepteur anti-inflammatoire au cours de la RCH. L'origine de ce déficit est inconnu mais pourrait impliquer les bactéries de la flore intestinale qui interviennent dans la régulation de l'expression de PPAR au niveau intestinal. Les perspectives thérapeutiques de ce travail sont l'utilisation de médicaments capables d'activer PPAR et de rétablir son expression au cours de la RCH. Des essais thérapeutiques sont en cours avec ces molécules. La seconde cible thérapeutique est le récepteur pour les opioïdes. Les récepteurs pour les opioïdes sont exprimés essentiellement dans le système nerveux central mais également dans d'autres sites périphériques et, notamment, dans l'intestin. Ces récepteurs sont activés par la endorphine physiologique à l'origine d'un effet analgésique et anti-diarrhéique. In vitro, différentes études ont mis en évidence une action anti-inflammatoire de la endorphine. Les MICI étant caractérisées par des douleurs abdominales, une inflammation et une diarrhée, il est ainsi apparu que la possibilité de disposer d'agonistes des récepteurs pour les opioïdes pourrait permettre d'envisager un bénéfice thérapeutique dans ces affections. Deux agonistes spécifiques des récepteurs pour les opioïdes, DALGA et DAMGO, ont été choisis en raison de leur absence d'induction d'une dépendance et d'effets indésirables de type dépression respiratoire puisque ces molécules ne traversent pas la barrière hémato-méningée. Injectées par voie sous-cutanée dans un modèle animal de colite induite par le trinitrobenzène sulfate (TNBS) administré en intra-rectal, ces produits ont de fait prévenu totalement la survenue d'une inflammation intestinale et exercé un effet curatif lorsqu'une inflammation était déjà présente. Afin de s'assurer que ces propriétés anti-inflammatoires étaient bien dues à une action sur les récepteurs mu pour les opioïdes, l'administration intra-rectale de TNBS a ensuite été effectuée chez des souris invalidées pour ces récepteurs : les animaux sont tous morts en 48 heures d'une colite nécrosante. Une troisième expérience a été réalisée chez des souris immunodéficientes SCID. Après injection de lymphocytes T de phénotype CD45RBhi produisant de l'interféron- et du TNF en grandes quantités, les animaux ont également développé une colite expérimentale. Encore une fois, les deux agonistes des récepteurs pour les opioïdes ont alors eu un effet anti-inflammatoire. L'action des pentapeptides DALDA et DAMGO apparaît donc indépendante des modèles animaux employés, et s'exerce par le biais d'une diminution de cytokines inflammatoires telles que l'IFN et le TNF produites par les lymphocytes T. Ces résultats originaux attendent maintenant une confirmation chez l'homme. Ce nouvel éclairage de la régulation de l'inflammation intestinale permet également d'imaginer d'autres applications thérapeutiques par exemple dans les colopathies fonctionnelles ou même en d'autres sites comme la peau où l'on retrouve aussi des récepteurs mu : des essais thérapeutiques sont déjà en cours dans le psoriasis. De plus, en dehors d'un effet anti-inflammatoire médié par la réduction de cytokines inflammatoires, un autre mécanisme d'action a été avancé, celui d'une inhibition de la prolifération des cellules inflammatoires. Des applications dans les pathologies néoplasiques pourraient ainsi être envisagées. Conclusion Ma vision des financements à visée scientifique de l'afa est extrêmement positive. Ces budgets ont un effet essentiel dans la structuration des groupes de recherche en France sur les maladies inflammatoires intestinales et permettent de financer des projets précis, de grande valeur scientifique, à l'origine de découvertes importantes internationalement reconnues par le monde scientifique. Comparés aux financements institutionnels ou académiques, les montants moyens annuels des budgets mis à disposition par l'afa pour la recherche sur les MICI sont importants. Ils sont de l'ordre de deux cent mille euros et ont surtout une souplesse d'utilisation parfaitement adaptée aux besoins de notre recherche. Notre but ultime est la meilleure prise en charge diagnostique, clinique et thérapeutique des patients atteints de MICI. S'il est toujours hasardeux d'espérer obtenir rapidement chez l'homme des résultats d'intérêts cliniques ou thérapeutiques à partir d'études fondamentales réalisées in vitro ou in vivo chez l'animal et même ex vivo chez les patients, plusieurs des travaux scientifiques développés grâce à l'apport de l'afa sont aujourd'hui sur cette voie. Lettre de l'afa n°22 - janvier 2004
(2004/02) Moins d’occlusions et d’éventrations après résection intestinale sous cœlioscopie que par laparotomie
Dr Jean-Fred Warlin, Service Chirurgie viscérale, Hôpital Argenteuil La laparotomie (L) pour résection intestinale est source d’adhérences quasi constantes, causes majeures d’occlusions (OIA) ; quant aux éventrations, elles compliquent 10% des laparotomies et ont un taux de récidives très lourd (30%). Ces complications induisent une morbidité, une mortalité et un coût que cette étude rétrospective a cherché à définir et à comparer à ceux liés aux interventions sous cœlioscopie (C). Tous les malades ayant subi une colectomie segmentaire, subtotale, totale ou une résection du grêle entre Janvier 1995 et juillet 2000 ont été inclus, à l’exception des malades opérés par laparotomie moins de 30 jours après une cœlioscopie, des occlusions de cause tumorale, et des décès inexpliqués. Toutes les L avaient eu une incision médiane, les C, 3 à 5 orifices de trocarts et des incisions de 3 à 7 cm sous ombilicales pour l’extraction de la pièce opératoire.
Au total l’étude a porté sur 716 malades parmi lesquels 505 avaient été opérés par L et 211 par C. Les 26 conversions ont été classées L. Les 2 groupes se sont révélés différents avec dans le groupe C davantage de sujets plus jeunes (âge moyen 51 vs 58), plus de femmes (57% vs 50%) et une pathologie plus souvent bénigne ou inflammatoire (13% de cancers vs 43% dans le groupe L). Si la colectomie segmentaire représentait dans les 2 groupes l’intervention la plus pratiquée, la colectomie subtotale et la résection de grêle ont été réalisées bien plus souvent sous cœlioscopie.
Les éventrations ont été significativement plus fréquentes dans le groupe L (12.9% vs 2.4%) ; les 5 éventrations du groupe C siégeaient 4 fois sur les sites de trocarts et une fois sur l’incision d’extraction et ont été traitées 4 fois alors que 2/3 des éventrations après L n’ont pas été opérées. Quant aux OIA, elles sont survenues dans 6.1% des cas après L vs 1.9% après C, mais n’ont imposé la chirurgie que dans 1.5% des cas dans les 2 groupes. Si les maladies inflammatoires sont celles qui exposent le plus à l’OIA et aux éventrations dans les 2 groupes, il faut noter qu’après cancer, on a constaté dans le groupe L, 23% d’OIA et 13% d’éventrations vs 3 % et 0 après C (p< 0.05). Le taux de réinterventions pour ces 2 complications a été 2 fois plus élevé après L. (7.7 vs 3.8%).
L’abord cœlioscopique pour résection intestinale réduit significativement l’incidence des éventrations et des OIA postopératoires et, i pso facto, la morbidité et les dépenses induites par ces pathologies.
Journal International de Médecine 2004 Duepree HJ et coll. : “Does means of access affect the incidence of small bowel obstruction and ventral hernia after bowel resection ? Laparoscopy versus laparotomy”. J.Am.Coll.Surg.2003 ;197 :177-81. © Copyright 2004
(2004/04) Interruption de l'azathioprine (Imurel®) après une rémission prolongée
Suivi à long terme d'une cohorte de patients atteints de maladie de Crohn ayant interrompu l'azathioprine (Imurel®) après une rémission prolongée. Dr Xavier Treton, Dr Yoram Bouhnik, Dr Jean Frédéric Colombel, Dr Bernard Duclos, Dr Jean-Claude Soulé, Dr Eric Lerebours , Dr Robert Modigliani , Dr Marc Lémann. GETAID Introduction Après rémission par azathioprine (AZA) dans la maladie de Crohn (MC), la durée optimale du traitement reste inconnue. Le GETAID a mené un essai contrôlé randomisé (ECR) multicentrique comparant l'arrêt de l'AZA à sa poursuite après au moins 3,5 ans de rémission. A 18 mois, les taux de rechutes étaient de 21,3 % (groupe placebo) et 7,9 % (groupe AZA). Un suivi a été réalisé afin de préciser le devenir à plus long terme de cette cohorte. Patients et Méthodes 83 patients étaient inclus dans l'ECR entre octobre 1995 et novembre 1999. Après randomisation, 43 avaient été mis sous placebo à l'inclusion. Parmi les 37 patients (sur 40 inclus) qui ont poursuivi le traitement par AZA, 23 l'ont arrêté après les 18 mois de l'essai. La cohorte de l'étude actuelle comprend donc 66 patients ayant interrompu l'AZA, 29 hommes et 37 femmes, âgés de 39 ± 12 ans (moyenne ± SD), traités par AZA depuis 74 ± 28 mois, en rémission clinique depuis 67 ± 25 mois. Après clôture de l'ECR, un suivi a été réalisé jusqu'en janvier 2003. Le critère de jugement principal était la survenue d'une rechute définie par l'association d'un score de Harvey-Bradshaw > 4 et la reprise d'un traitement (en dehors des salicylés). Résultats Le suivi médian était de 54,5 ± 6,4 mois après l'arrêt de l'AZA. 32/66 malades ont présenté une rechute après l'arrêt du traitement. Les taux de rechute selon la méthode de Kaplan-Meier étaient de 14,0 ± 4,3 % à 1 an, 34,9 ± 6,5 % à 2 ans et 62,6 ± 7,2 % à 5 ans. Parmi les 32 patients qui ont rechuté après arrêt de l'AZA, 23 ont de nouveau reçu de l'AZA, avec succès pour 22 d'entre eux (96 %). Le seul échec du retraitement par AZA est survenu chez un patient souffrant de lésions anopérinéales. Conclusion Le suivi prolongé des patients ayant arrêté l'AZA au-delà des 18 mois de notre essai montre un taux élevé de rechute. Une rémission prolongée sous AZA n'évite donc pas les rechutes à l'arrêt de ce traitement. Le taux élevé de succès du retraitement par AZA en cas de rechute permet toutefois de discuter de l'interruption éventuelle de ce traitement dans certains cas. SNFGE 2004
(2004/04) Efficacité de l'azathioprine (Imurel®) dans les MICI corticodépendantes
Dr Xavier Roblin, Dr Françoise Serres Debeauvais, Dr Jean-Marc Phelip, Dr Frédéric Heluwaert, Dr G Bessard, Dr Bruno Bonaz
Introduction Très peu de données sont disponibles sur les taux de rémission avec sevrage en corticoïdes au cours de la maladie de Crohn (MC) et de la rectocolite hémorragique (RCH) cortico-dépendantes mises sous azathioprine (AZA). Notre but était d'évaluer le taux de rémission avec sevrage en corticoïdes chez les patients porteurs d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) corticodépendante et d'apprécier les taux de rechute à moyen terme sous AZA en s'aidant du dosage des métabolites actifs de l'AZA : les 6-thioguanines nucléotides (6-TGN). Patients et Méthodes 64 patients porteurs d'une MICI ont été inclus de manière prospective. Tous les patients présentaient les critères de cortico-dépendance avec une médiane de corticodépendance de 20 mg/jour (extrêmes : 15 - 40 mg). Tous les patients ont été mis sous AZA à une dose initiale de 2,5 mg/kg/jour avec surveillance des 6-TGN mensuelle dans les deux premiers mois puis trimestrielle. Le but était d'obtenir des 6-TGN > à 250 pmoles. Le score HBI, en cas de MC, et l'UCDAI, en cas de RCH, était calculé à chaque visite. La rémission clinique était définie par un HBI < 4 et un UCDAI < 1. En cas de rémission clinique sous AZA, la corticothérapie était abaissée par palier de 5 mg/semaine dans le but de sevrer les patients. Résultats 48 MC et 16 RCH (âge moyen : 37 ans, sex/ratio hommes / femmes : 1,2) ont été inclus. 45 patients (70 %) ont été mis en rémission clinique avec sevrage en corticoïdes. Tous ces patients avaient un taux stable de 6-TGN > 250 pmoles. Le délai d'obtention de la rémission clinique avec arrêt de la corticothérapie était de 3,6 mois (3 mois - 7 mois). Six mois après le sevrage en corticoïdes, aucune récidive clinique n'était notée dans ce groupe de patients. Il n'y avait aucune différence entre MC et RCH. Parmi les 19 patients encore corticodépendants, 10 présentaient un taux de 6-TGN < 250 pmoles malgré une élévation progressive de la posologie d'AZA en rapport avec une activité TPMT élevée dans 6 cas. Aucun des patients porteurs d'une MC présentant toujours une corticodépendance sous AZA n'avait arrêté de fumer alors que l'arrêt du tabac était obtenu chez 50 % des patients en rémission. Le suivi clinique a été au minimum d'un an (moyenne 1,8 ; extrêmes : 1 - 2,5 ans). 20 % des patients ont rechuté à un an sous AZA malgré des taux de 6-TGN > 250 pmoles dans le suivi ; ces patients ont répondu dans 80% des cas à l'anti-TNF. Conclusion Le traitement par AZA au cours des MICI corticodépendantes permet d'obtenir une rémission clinique avec sevrage en corticoïdes dans 70 % des cas avec dans tous les cas un taux de 6-TGN > 250 pmoles. Le taux de rechute est nul à 6 mois mais est de 20 % à un an. Les facteurs d'échec de l'AZA sont dans notre étude un taux de 6-TGN < 250 pmoles et, pour la MC, le non sevrage en tabac. SNFGE 2004
(2004/04) Variations régionales de l'incidence médico-sociale des MICI en France
Variations régionales de l'incidence médico-sociale des MICI en France : il existe un gradient Nord-Sud pour la maladie de Crohn mais pas pour la recto-colite hémorragique. S Louafi, E Monnet, A Weill, V Vanbockstael, GR Auleley, B Crochet, N Vallier, C Blum-Boisgard, H Allemand, F Carbonnel. Objectif L'incidence des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) n'est connue que grâce aux registres de population qui fournissent une information fiable mais limitée à quelques régions. L'incidence de la maladie de Crohn (MC) et de la rectocolite hémorragique (RCH), mesurée par le registre EPIMAD couvrant le Nord Ouest de la France, est respectivement de 6 et 4 pour 105 habitants (1). Les variations d'incidence des MICI sur l'ensemble de la France métropolitaine ne sont pas bien connues. Afin de les étudier, nous avons utilisé les données des 3 régimes d' Assurance Maladie (CNAMTS, CANAM et MSA) couvrant 96% de la population française. Matériels et Méthodes Les nouvelles attributions pour prise en charge à 100 % (ALD) de la MC et de la RCH en 2000 ont été collectées. Les données, anonymes pour les 3 régimes, concernaient l'âge, le sexe, le département de résidence et le diagnostic (MC ou RCH). Des taux d'incidence médico-sociale pour 105 personnes protégées (TI), standardisés sur la population française, ont été calculés pour la France entière et par région pour chaque maladie. Résultats
Il y a eu, en 2000, 4 620 ALD pour MC (TI = 8,2) et 3 656 pour RCH (TI = 7). Les cartes représentent les variations régionales du taux d'incidence médico-sociale de la MC (gauche) et de la RCH (droite), par rapport au taux France entière. Les sex ratios (femmes / hommes) étaient de 1,3 pour la MC et de 0,8 pour la RCH, identiques à ceux d'EPIMAD (1). Les variations des taux d'incidence par tranche d'âge étaient similaires à celles observées dans les registres de population, en France et en Europe (1,2). Discussion L'incidence médico-sociale est plus élevée que l'incidence mesurée par les registres, mais la concordance des répartitions par sexe et tranches d'âge suggère que l'incidence médico-sociale est un bon reflet de l'incidence diagnostiquée. Conclusion Il existe un gradient Nord Sud pour la MC (sur-incidence dans le Nord, la Picardie, la Lorraine et la Champagne-Ardenne) mais pas pour la RCH. Les facteurs d'environnement, possiblement impliqués dans ces disparités, mériteraient d'être recherchés par une étude analytique. SNFGE 2004
(2004/05) Pochite : diagnostic, pathogénie et complications
Pr Yoram Bouhnik, Hépato-Gastroentérologie et Assistance Nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris La colo-proctectomie avec anastomose iléo-anale (AIA) s'est imposée comme le traitement chirurgical de choix de la majorité des malades atteints de recto-colite hémorragique (RCH). La complication à long terme la plus fréquente de l'AIA pour RCH est la « pochite », caractérisée par une inflammation non spécifique du réservoir iléal (1). Le taux d'apparition des pochites est plus élevé dans les 6 premiers mois après fermeture de l'iléostomie de décharge, et diminue à partir du 12e mois (2). Le risque cumulé d'apparition d'un 1er épisode de pochite 1 et 10 ans après confection d'une AIA est respectivement de 18 % et 48 % (3). La fréquence de la pochite réfractaire est évaluée de 4,5 à 5,5 %, avec une nécessité d'ablation du réservoir dans 0,3 à 1,3 % des cas (4). La physiopathologie de cette complication, observée globalement dans 20 à 30 % des cas d'AIA pour RCH versus 3 à 14 % des AIA pour polypose adénomateuse familiale (PAF) (4, 6) montre l'importance du rôle de la flore des sujets atteints de maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI) dans la survenue des lésions épithéliales, voire dans la survenue de la RCH elle-même. Critères diagnostics et évolution Diagnostic clinique La pochite était initialement définie comme un syndrome associant une augmentation de la fréquence des selles, parfois associée à des rectorragies, des impériosités, des épisodes d'incontinence, des crampes abdominales, un malaise général ou de la fièvre ; ces symptômes devaient être présents pendant un minimum de deux jours et répondre rapidement à un traitement par le métronidazole) (1, 4). Diagnostic endoscopique En cas de pochite, la muqueuse du réservoir a un aspect œdémateux, granité, fragile, hémorragique, avec une perte de la vascularisation et de petites ulcérations superficielles (figure 1) ; précision importante, la muqueuse de l'iléon préterminal au-dessus du réservoir est normale (7) . Cet aspect simule celui observé en cas de RCH et les ulcérations creusantes sont rares. Diagnostic histologique 
Après rétablissement de la continuité par fermeture de l'iléostomie d'amont en cas d'AIA, la muqueuse iléale prend l'aspect d'une muqueuse colique. Ainsi, apparaissent une atrophie villositaire, une hyperplasie des cryptes et une inflammation chronique de la lamina propria (8). Ces modifications sont présentes chez la majorité des sujets avec AIA, mais ne sont pas corrélées à la fréquence des selles, aux lésions endoscopiques ou à la maladie initiale (RCH vs polypose adénomateuse familiale) (8, 9). Elles ne permettent donc pas de discriminer les sujets avec et sans signes cliniques de pochite. En revanche, les lésions inflammatoires "aiguës" du réservoir iléal (infiltration de la lamina propria par des neutrophiles, abcès cryptiques, ulcérations muqueuses) sont bien corrélées à l'augmentation du nombre de selles, aux lésions endoscopiques et au diagnostic préopératoire de RCH (8). Une définition prenant en compte les critères cliniques, endoscopiques et histologiques est nécessaire pour porter le diagnostic de pochite La pochite est aiguë lorsque les symptômes durent moins de 4 semaines, et chronique ou réfractaire au-delà. En cas de pochite réfractaire, plusieurs diagnostics différentiels doivent être éliminés : origine infectieuse par la réalisation d'une coproculture et de biopsies du réservoir, notamment pour exclure une surinfection à cytomégalovirus (10) ; fistule, sténose anastomotique ou mauvaise configuration de la poche par opacification du réservoir ; maladie de Crohn par la réalisation d'un scanner ou d'une IRM pelvienne afin de détecter abcès ou phlegmons inflammatoires à proximité du réservoir ; l'échoendoscopie pourrait avoir un intérêt dans cette situation (11). | Tableau 1. Aspect endoscopique en cas de pochite après AIA pour RCH | | items | score | Clinique Fréquence des selles (par rapport à la période postopératoire) |
| |
| Habituelle 1-2 selles/j en plus > 3 selles/j en plus | 0 1 2 | | Rectorragies |
| |
| Aucune ou rare Quotidienne | 0 1 | | Impériosité ou crampes abdominales |
| |
| Aucune Occasionnelle Fréquente | 0 1 2 | | Température > 37,8°C |
| |
| Absente Présente | 0 1 | Signes endoscopiques d'inflammation |
| |
| Erythème Aspect granité Fragilité au contact Perte du réseau vasculaire Exsudat de mucus Ulcérations | 1 1 1 1 1 1 | Signes histologiques d'inflammation aigüe |
| | Infiltrat à polynucléaires |
| |
| Minime Modéré + abcès cryptiques Sévère + abcès cryptiques | 1 2 3 | | Ulcérations par champ (moyenne) |
| |
| < 25 % 25 à 50 % > 50 % | 1 2 3 | | La pochite est définie par un score > 7 | | 
L'équipe de la Mayo Clinic a établi et validé un score diagnostique plus souple combinant clinique, endoscopie et histologie, permettant d'établir un Pouchitis Disease Activity Index (PDAI) (tableau 1).Ce score est basé, pour chacun des trois critères, sur une gradation de 6 points. La pochite est définie par un score > 7/18 points, la rémission un score < 7. Cet index quantitatif s'est imposé comme la référence dans toutes les études concernant l'étiologie, la physiopathologie ou le traitement de la pochite (12).
La figure 2 montre l'évolution observée après AIA pour RCH dans une population de 100 malades suivis à la Mayo Clinic (4)
Les conséquences des pochites aigues sur le fonctionnement à long terme de la poche ne sont pas claires. La pochite chronique est une cause rare d'excision de la poche (16, 17). Les femmes ayant eu une AIA ont un taux de fertilité significativement plus bas que celles qui ont une recto-colite hémorragique, sans AIA (18) ; des conséquences métaboliques peuvent être observées (diminution d'albumine, calcium, cholestérol, triglycérides, vitamine E, A, B12, D) (19). Une ostéopénie a été récemment rapportée chez des patients présentant une atrophie au niveau du réservoir, signe caractéristique de la pochite (20). Intérêt des anticorps : la valeur prédictive des anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles (pANCA) est controversée (21). Une étude récente réalisée chez 95 malades a récemment suggéré que le taux des pANCA pouvait être prédictif de la pochite chronique : le risque cumulé de développer une pochite chronique était significativement plus élevé chez les patients qui avaient des taux de pANCA élevés (> 100 EU/ml) par rapport à ceux qui avaient des taux modérés ou faibles ou pas de pANCA (22). Cependant, aucune conclusion ou recommandation ne peut être actuellement retenue concernant l'utilité diagnostique des pANCA. Pathogénie : l'étiologie et la physiopathologie de la pochite ne sont pas bien connues. Les deux hypothèses prédominantes sont récapitulées dans le tableau 2 (21). | Tableau 2. Hypothèses étiopathogéniques de la pochite (d'après 21) | | Mécanisme | Arguments en faveur | | Stase fécale | Amélioration de la pochite par le métronidazole (ou d'autres antibiotiques) Colonisation bactérienne chronique du réservoir Carence en acides gras à chaîne courte Cytotoxicité des acides biliaires fécaux | | Récidive de la RCH (ou nouvelle forme de MICI) | Rare au cours de la PAF (5, 6) Plus fréquente : - en cas de manifestations extra-intestinales
et/ou de cholangite sclérosante (24, 26) - en cas de positivité des pANCA (21, 27, 28)
- chez le non fumeur (2, 29)
Métaplasie colique de la muqueuse du réservoir Inflammation muqueuse similaire à celle observée dans la RCH | | 
L'hypothèse la plus communément admise est que le réservoir subi une transformation adaptative une fois qu'il est exposé au flux fécal. Fonctionnellement, il se transforme d'un organe absorptif à un organe de stockage. Les modifications anatomopathologiques reflètent cette transition. La muqueuse acquiert certaines caractéristiques des colonocytes telles que la production de sulfomucines d'origine colique plutôt que de sialomucines d'origine grêlique, l'atrophie villositaire et l'hyperplasie cryptique ; une métaplasie colique complète est cependant rare (23). En effet , des études récentes utilisant des anticorps monoclonaux ont montré que la métaplasie n'était que partielle, la muqueuse gardant simultanément des aspects phénotypiques grêliques et adoptant par ailleurs des aspects phénotypiques coliques. Dépistage de la dysplasie Plusieurs groupes ont noté la survenue d'une dysplasie au niveau de la muqueuse du réservoir, suggérant le risque d'apparition d'un adénocarcinome (24, 26). Dans une étude, 87 patients ont été suivis sur une moyenne de 6,3 ans. 3 types d'adaptation muqueuse au niveau du réservoir ont été définis : le type A (muqueuse normale ou atrophie très discrète et peu ou pas d'inflammation) observé dans 51 % des cas; le type B (atrophie villositaire transitoire) observé dans 40 % des cas et le type C (atrophie villositaire totale et sub-totale) observé dans 9 % des cas. La pochite serait plus fréquente et plus sévère chez les malades atteints de type C (26). Dans ce dernier groupe, une dysplasie de bas grade était retrouvée chez 3 des 8 patients. Le suivi de 7 malades avec une muqueuse de type C et de 14 avec une muqueuse de type A a montré la survenue d'une dysplasie dans 71 % des cas dans le type C vs 0 dans le type A.
Crohn - RCH n° 19 - Mai 2004 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Pemberton JH, Kelly KA, Beart RW Jr et al. Ileal pouch-anal anastomosis for chronic ulcerative colitis. Long-term results. Ann Surg 1987 ; 206 : 504-13. 2. Stahlberg D, Gullberg K, Liljeqvist L et al. Pouchitis following pelvic pouch operation for ulcerative colitis: Incidence, cumulative risk, and risk factors. Dis Colon Rectum 1996 ; 39 : 1012-1018. 3. Meagher AP, Farouk R, Dozois RR et al. J ileal pouch-anal anastomosis for chronic ulcerative colitis: complications and long-term outcome in 1310 patients. Br J Surg 1998 ; 85 : 800-3. 4. Sandborn WJ. Pouchitis following ileal pouch-anal anastomosis: definition, pathogenesis, and treatment. Gastroenterology 1994 ; 107 : 1856-60. 5. Perrault J, Berry R, Greseth J et al. Pouchitis in young patients after the ileal pouch anal anastomosis. Inflamm Bowel Dis 1997;3:181-185. 6. Dozois RR, Kelly KA, Welling DR et al. Ileal pouch-anal anastomosis: comparison of results in familial adenomatous polyposis and chronic ulcerative colitis. Ann Surg 1989 ; 210 : 268-71. 7. Di Febo G, Miglioli M, Lauri A et al. Endoscopic assessment of acute inflammation of the ileal reservoir after restorative ileo-anal anastomosis. Gastrointest Endosc 1990 ; 36:6-9. 8. de Silva HJ, Millard PR, Soper N et al. Effects of the faecal stream and stasis on the ileal pouch mucosa. Gut 1991;32:1166-9. 9. Apel R, Cohen Z, Andrews CW Jr et al. Prospective evaluation of early morphological changes in pelvic ileal pouches. Gastroenterology 1994;107:435-43. 10. Munoz-Juarez M, Pemberton JH, Sandborn WJ et al. Misdiagnosis of specific cytomegalovirus infection of the ileoanal pouch as refractory idiopathic chronic pouchitis: report of two cases. Dis Colon Rectum 1999 ; î42:117-120. 11. Solomon MJ, McLeod RS, O'Connor BI et al. Assessment of peripouch inflammation after ileoanal anastomosis using endoluminal ultrasonography. 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(2004/05) Risque fracturaire au cours des MICI
Pr Yoram Bouhnik Hépato-Gastroentérologie et Assistance Nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris Van Staa T.P.et al. Gastroenterology 2003 ; 125 : 1591-7. Grade B. Les MICI sont associées à une réduction de la masse osseuse, mais l'augmentation du risque fracturaire reste controversée. Les auteurs ont mené une étude cas -contrôle pour évaluer le risque de fractures chez les sujets atteints de MICI . 231 778 sujets atteints de fracture et 231 778 sujets contrôles appariés pour l'âge et le sexe ont été étudiés. Les informations provenaient de la base de données du centre de recherche des pratiques médicales du Royaume Uni, qui recense 6 % de la population. Un antécédent de MICI a été recherché à partir des observations médicales. La prévalence des MICI était de 156 et 282 pour 100 000, respectivement pour la maladie de Crohn et la recto-colite hémorragique. Chez les sujets atteints de MICI, on notait une augmentation du risque de fracture vertébrale (OR 1,72 ; IC95% 1,13 – 2,61), et de fracture de hanche (OR 1,59 ; IC95% 1,14-2,23) ; le risque de fracture de hanche était plus important en cas de maladie de Crohn (OR 1,86 ; IC95% 1,08 – 3,21) que de recto-colite hémorragique (OR 1,40 ; IC95% 0,92 – 2,13). La sévérité de la maladie, évaluée par le nombre de symptômes digestifs associés au risque [diarrhée, douleurs abdominales, anémie, rectorragies, amaigrissement ou hospitalisation], était prédictive du risque de fracture, même après ajustement pour l'utilisation des corticoïdes (OR 1,46 ; IC95% 1,04 – 2,04). Seul 13,1 % atteints de MICI avec antécédent fracturaire recevaient des traitements dans l'année suivant la fracture [biphosphonates (7 %), vitamine D (7 %), traitements hormonaux (1,5 %)]. Le risque de fracture attribuable à la MICI n'était pas différent entre les hommes et les femmes, et n'était pas significativement augmenté chez les sujets ayant subi une intervention chirurgicale. Les femmes et les hommes âgés de 65 ans atteints d'une MICI sévère avaient une probabilité de fracture de hanche à 10 ans de respectivement 7 % et 2,8 %. Ainsi, les sujets atteints de MICI ont un risque élevé de fracture en rapport avec l'activité de la maladie et l'utilisation de corticoïdes oraux. Cependant, peu d'entre eux reçoivent des traitements ostéoprotecteurs, ce qui souligne l'importance du dépistage et du traitement de l'ostéoporose dans cette population. Crohn - RCH n° 19- Mai 2004 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2004/05) Les MICI : une entité hétérogène et en accroissement
Pr Édouard Louis, Service de gastro-entérologie, CHU de Liège (Belgique) Propos recueillis par le Dr C. Mura Dans cet article, les hypothèses actuelles sont revues, de même que l'évolution de phénotype de la maladie de Crohn avec le temps et ses interactions avec les facteurs génétiques. Crohn & RCH : quels sont, selon vous, les facteurs responsables de l'augmentation de l'incidence des maladies inflammatoires chroniques intestinales ? Que pensez-vous de l'hypothèse de la chaîne du froid récemment soulevée par le professeur J.P. Hugot, qui souligne l'existence d'un rapport étroit entre l'apparition des frigidaires domestiques et l'incidence des maladies inflammatoires chroniques intestinales? Pr E. Louis : L'étiologie des MICI est déterminée à la fois par un terrain génétique et par des facteurs environnementaux. C'est l'interaction entre certains facteurs environnementaux et génétiques, tous deux encore méconnus, qui détermine l'apparition de la maladie. L'incidence des MICI a commencé à augmenter après la deuxième guerre mondiale. En effet, les premiers cas de MICI remontent aux années 30 aux Etats- Unis et aux années 40-50 en Europe, avec un accroissement progressif jusqu'aux années 70-80. La RCH est aujourd'hui stabilisée, ce qui n'est pas le cas de la maladie de Crohn qui continue à progresser, notamment dans les populations jeunes. Ces observations ne peuvent pas être liées à des modifications génétiques, puisque le patrimoine génétique de l'espèce humaine n'a pas changé en 60 ans. | On peut donc penser que ce sont les modifications des facteurs environnementaux qui sont à l'origine de l'augmentation de l'incidence des MICI. | Il est possible de mettre en évidence un parallélisme entre l'augmentation de l'incidence des MICI et certains paramètres, sans pouvoir établir de liens de cause à effet. Quant à la nature de ces facteurs environnementaux, il existe plusieurs hypothèses. La chaîne du froid en est une, comme l'utilisation accrue d'antibiotiques chez l'enfant, l'augmentation du nombre de césariennes ou encore l'amélioration des conditions d'hygiène. Par exemple, il y a quelques années une étude publiée dans The Lancet a montré un lien entre l'augmentation du risque de MICI et l'utilisation du dentifrice. Cet article, un peu provocateur, a l'intérêt de montrer qu'avec ce type d'études, il n'est possible de constater qu'un parallélisme entre différents phénomènes, mais pas nécessairement de liens de causalité. Ces différents éléments pourraient favoriser une anomalie de la réaction immunitaire au niveau de la muqueuse intestinale. | Tous ces éléments pourraient avoir un impact sur la flore intestinale et une influence sur la maturation du système immunitaire intestinal muqueux dans l'enfance. | Crohn & RCH : plusieurs travaux ont montré que les mutations de card 15 étaient associées aux formes sténosantes de maladie de Crohn (risque relatif x 7 chez les homozygotes) et à une localisation préférentiellement iléale de la maladie. Or, vous avez montré dans un travail récent que le phénotype de la maladie de Crohn n'était pas stable dans le temps, avec une modification de ce phénotype dans 50 % des cas après 10 ans d'évolution. Ces résultats signifient-ils que les corrélations actuelles phénotype-génotype n'ont pas de sens ou avez-vous d'autres explications? 
Pr E. Louis : L'étude des relations entre les variants génétiques et les profils de maladie est un terrain très intéressant. En effet, il est clair que la maladie de Crohn et la RCH sont des entités hétérogènes, comportant très certainement plusieurs sous-types. Ces sous-types dépendent de patrimoines génétiques et de facteurs environnementaux différents. On peut imaginer que ces sous-types ont une traduction clinique différente. Un travail de décryptage doit donc être réalisé. Le seul gène actuellement connu étant Card 15, il faut commencer le décryptage sur ce gène. Il existe une bonne concordance entre les études qui montrent que Card 15 est préférentiellement lié aux formes iléales de la maladie. Par exemple, dans une étude réalisée sur la population de Liège, aucun homozygote avec une mutation de Card 15 ne présentait une forme colique de la maladie de Crohn. Le comportement de la maladie de Crohn quant à lui change avec le temps chez un même malade puisque, par exemple, des sténoses peuvent apparaître progressivement sur 10 à 15 années d'évolution de la maladie. | Les études qui ne tiennent pas compte du changement du phénotype avec le temps ne sont pas valables. | En effet, lorsqu'un malade sans sténose après une année d'évolution est classé selon les mêmes critères qu'un malade sans sténose après 25 années d'évolution, on n'évalue très certainement pas le même type de patient. Actuellement, il y a très peu d'étude qui font des relations génotypes-phénotypes en tenant compte de la durée d'évolution de la maladie. On ne peut donc pas aujourd'hui conclure à une association entre Card 15 et les formes sténosantes. En revanche, nous avons pu démontrer l'absence d'association entre Card 15 et le développement précoce de sténoses grâce à l'étude d'une cohorte de patients qui avaient tous 5 ans d'évolution de la maladie. Après ce délai d'évolution de la maladie, nous n'avons pas mis en évidence de relation entre Card 15 et l'évolution vers une forme sténosante. | Au total, aucune donnée de la littérature ne permet de conclure à l'association entre card 15 et le développement précoce de sténoses. | Pour les formes sténosantes, le problème est très compliqué. La sténose est plus fréquemment observée dans les formes iléales que dans les formes coliques. Ce qui veut dire que si Card 15 est associé à la forme iléale, elle sera nécessairement associée aux formes sténosantes. Dans certains essais publiés on ne peut pas définir ce qui est lié à l'association réelle avec la forme iléale ou ce qui est lié à une association propre avec la forme sténosante. Beaucoup de travaux de recherche évaluent si des gènes, autres que Card 15, sont associés à certains profils de maladie. Dans toutes ces études, il est important de prendre en compte que le phénotype de la maladie est influencé par d'autres éléments, tels que la localisation de la maladie, mais également les traitements utilisés, le tabagisme... | Il faut donc être très prudent dans ce type d'analyse car au-delà du fait qu'il faut tenir compte de la durée d'évolution avant le développement du phénotype dans les études génétiques, les analyses multivariées doivent intégrer d'autres facteurs, non génétiques, qui peuvent influencer le phénotype et qui vont contribuer à déterminer le phénotype. | Crohn & RCH : quelle pertinence a selon vous la classification de Vienne, qui prend en considération l'âge au diagnostic, les localisations (iléon, côlon, iléo-côlon) et le type (non-sténosant, non perforant, sténosant-perforant) de la maladie? Pr E. Louis : La classification de Vienne est la dernière classification de la maladie de Crohn, publiée en 2000. Elle apporte des améliorations techniques par rapport aux classifications antérieures, notamment dans la définition des sous-groupes de maladies. Cependant, elle est loin d'être parfaite. Nous faisons l'erreur de vouloir chercher une classification qui réponde à tous les problèmes. Si on veut une classification de la maladie pour réaliser des essais cliniques ou thérapeutiques sur un groupe de patients homogène (par exemple traiter des patients sans fistule), la classification de Vienne est alors tout à fait valable, car elle décrit à un moment précis la présence d'une forme fistulisante ou non. En revanche, si on se sert de cette classification pour réaliser une étude génétique, sans tenir compte du délai entre le diagnostic et le développement des complications, l'étude perd toute sa valeur. Autre limitation, la classification de Vienne : la division des patients en deux groupes en fonction de l'âge de survenue de la maladie (avant et après 40 ans). Cependant, certains facteurs étiologiques peuvent être influencés par d'autres divisions de l'âge. On peut en effet imaginer qu'un facteur génétique ou environnemental soit particulièrement important pour des patients qui développent la maladie avant 20 ans par exemple. Ce facteur échappera à l'analyse si on divise les patients selon la classification de Vienne. De même, on peut imaginer que certains facteurs environnementaux sont spécifiquement associés à ces formes survenant au-delà de 60 ans par exemple.
| Il existe des imperfections dans la classification de Vienne qui sont liées au fait que l'on a cherché à avoir une classification qui soit un compromis qui réponde à toutes les attentes (études cliniques, génétiques, classification nosologique…). Il faudrait que les experts se réunissent afin de définir des classifications adaptées à chacun des objectifs fixés. | Crohn & RCH : les données du registre EPIMAD du nord-ouest de la France ont analysé l'évolution de la localisation initiale de la maladie de Crohn en france entre 1988 et 1999. Il existe une augmentation des formes iléo-coliques (de 52 % à 65 %) avec une diminution des formes coliques pures (de 26 % à 14 %). Disposez-vous de données analogues en Belgique? Pr E. Louis : Nous n'avons pas de données locales permettant de répondre à cette question dans la mesure où la première étude épidémiologique belge dans ce domaine a été réalisée entre 1993 et 1996. Nous ne pourrons donc comparer l'évolution de cette pathologie qu'une fois obtenus les résultats de la nouvelle étude épidémiologique que nous venons de mettre en place. Cliniquement, la prévalence de ces différentes localisations de la maladie varie d'une région à l'autre au niveau de la planète, ce qui peut parfaitement s'expliquer par des environnements différents. L'évolution de la localisation dans le temps dépend très probablement de facteurs environnementaux puisque le patrimoine génétique, quant à lui, ne peut pas se modifier en si peu de temps. Crohn & RCH : le phénotype de la maladie de Crohn est-il actuellement à prendre en considération dans les traitements, notamment en cas d'utilisation d'un agent immunosuppresseur sélectif? Pr E. Louis : Les phénotypes correspondent soit à des stades différents, soit à des profils biologiques différents de la maladie. Par conséquent les traitements n'auront pas la même efficacité sur tous les profils. Les traitements comme les corticoïdes, les salicylés, les immunosupresseurs sont peu spécifiques. On tend vers des traitements plus ciblés comme les thérapies biologiques qui sont souvent ciblées sur une molécule inflammatoire. Ces médicaments pourraient être plus efficaces sur des sous-groupes très précis de patients. Leur utilisation nécessite de tenir compte du phénotype clinique des patients, et pourquoi pas dans un avenir proche, de leur phénotype biologique. Un bel exemple est celui de l'étude de la prévention de la récidive post-opératoire par l'IL10. Cet essai a donné un résultat globalement négatif mais, les patients qui avaient au départ un taux bas d'IL10 au niveau muqueux bénéficiaient d'un traitement par IL10 recombinant. Cela signifie qu'il y a probablement différentes biologies de l'inflammation parmi les patients atteints de maladie de Crohn et que les thérapies biologiques devront être ciblées en fonction du profil biologique du patient. Au-delà de cet aspect, on peut penser que certains phénotypes de la maladie sont la traduction de certains phénomènes biologiques et par conséquent ces phénotypes pourront être traités de façon différente. Par exemple, les formes sténosantes de la maladie de Crohn ne répondent pas à beaucoup de traitements, car on n'a pas encore de traitement réellement antifibrosant qui solutionnerait le problème des cicatrices fibreuses. Pour ce qui est des fistules, on sait qu'elles ne s'améliorent pas sous corticoïdes, alors que les corticoïdes ont un bon effet sur l'inflammation muqueuse. Certains immunosuppresseurs comme l'azathioprine ou certaines thérapies biologiques comme l'infliximab, quant à eux, ont un effet qui permet dans bon nombre de cas de tarir des trajets de fistule. Toutes ces molécules ont donc une efficacité variable en fonction du phénotype. Ces phénotypes sont à identifier et à valider par des essais cliniques prospectifs qui classeront les patients en fonction de leur profil biologique et qui évalueront l'efficacité des différents traitements en fonction de ce phénotypage. | L'avenir est très certainement à l'identification des phénotypes biologiques de l'inflammation qui permettront de proposer des traitements adaptés. | Crohn & RCH : qu'en est-il actuellement de la classification moléculaire de la maladie de Crohn? Pr E. Louis : la classification moléculaire de la maladie est liée à l'identification et éventuellement la corrélation de ceux-ci à un génotype particulier par le phénotype biologique de la maladie. On a une réaction inflammatoire au niveau intestinale peu spécifique dont la traduction clinique qu'on appelle maladie de Crohn ou RCH peut correspondre à un grand nombre de mécanismes biologiques de l'inflammation. Dans les prochaines années, il sera très certainement possible d'identifier ces profils biologiques par des dosages des médiateurs inflammatoires, d'expression d'ARN au niveau des prélèvements grâce aux nouvelles techniques de génomique et de protéomique qui permettront de faire des analyses sophistiquées des profils d'expression génétiques et protéiques. Crohn - RCH n° 19 - Mai 2004 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2004/05) Examens morphologiques au cours des MICI (accés libre)
Dr Mourad Boudiaf & Dr Philippe Soyer & Dr Roland Rymer, Radiologie Viscérale et Vasculaire, Hôpital Lariboisière AP-HP, Le diagnostic des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin repose sur un faisceau d'arguments cliniques, morphologiques, et histologiques. La radiologie conventionelle est utile pour le diagnostic et l'évaluation de la longueur des segments atteints, pour le bilan d'extension en amont de lésions sténosantes et en cas d'échec de l'endoscopie [1]. Le diagnostic des complications abdominales est du domaine de l'échographie et surtout du scanner, en particulier pour la recherche d'abcès, de phlegmons et d'occlusions intestinales [2][3]. La technique d'entéroscanner qui combine les avantages de l'entéroclyse et du scanner hélicoïdal permet la détection de la maladie de Crohn au stade précose ainsi que des fistules entérales [4]. L'IRM et surtout l'entéro-IRM qui offrent la même résolution spatiale que le scanner, ont de nombreux avantages que sont les caractères non irradiant, non invasif, indolore et donc renouvelables. Imagerie radiologique de la maladie de CrohnLa maladie de Crohn est une entérocolite inflammatoire, idiopathique, granulomateuse et transmurale dont l'évolution est chronique. C'est ce caractère transmural que l'imagerie en coupe doit s'attacher à mettre en évidence. Opacifications digestives La place des opacifications digestives dans le cadre de la maladie de Crohn s'est considérablement réduite, remplacée par l'endoscopie. Le transit du grêle reste utile pour étudier les lésions digestives situées en aval de l'angle de Treitz, ou en amont d'une lésion sténosante. Le transit du grêle est indiqué pour confirmer une iléite terminale lorsque l'entéroscopie n'a pu être réalisée, ou pour l'évaluation d'une récidive après résection chirurgicale. Sur le transit du grêle, l'atteinte lésionnelle au cours de la maladie de Crohn est segmentaire, prédominant sur l'iléon terminal mais peut être multifocale séparée par des zones de muqueuse saine. Les ulcérations sont polymorphes. Certaines de ces ulcérations sont très évocatrices de la maladie de Crohn : ulcérations aphtoïdes, ulcères longitudinaux linéaires ou rhagades, ulcères serpigineux ou larges (en carte de géographie). Les modifications de la muqueuse consistent en une majoration du relief villositaire. Des images nodulaires peuvent être observées, elles correspondent à des polypes inflammatoires ou cicatriciels. Des micronodules disséminés correspondent à une hyperplasie lymphoïde ou à la juxtaposition d'îlots de muqueuse inflammatoire disséqués par des ulcérations longitudinales et transversales pour réaliser l'aspect en « pavage » ou de « cobblestone » [5]. Les sténoses du grêle sont fréquentes et traduisent l'évolution fibrosante des lésions (figure 1). Elles sont volontiers asymétriques, du fait de la sclérolipomatose du mésentère. Des trajets fistuleux sont parfois bien visualisés. Dans les atteintes coliques, et malgré sa qualité, le lavement en double contraste, a été détrônée par la coloscopie. La pratique du lavement baryté est actuellement réservée aux échecs de l'endoscopie (insuffisance technique, sténose infranchissable, fistules entérocoliques, colo-vésicales...). Échographie L'exploration de la paroi des viscères creux de l'abdomen est actuellement réalisable dans de bonnes conditions en raison de l'amélioration technologique des échographes (sondes sectorielles et linéaires de fréquence élevée, 5-7 MHz, 7-10 MHz, mode harmonique...). Le Doppler couleur ou énergie sont des outils complémentaires précieux pour la caractérisation des anomalies périétales digestives. Le Doppler pulsé n'a pas encore fait la preuve de son intérêt [6]. La majorité des anomalies pariétales échographiques peuvent se voir, quel que soit le stade de la maladie. On décrit classiquement au niveau de l'iléon, un épaississement circonférenciel, en règle hyperéchogène, lié à la fibrose sous muqueuse (figure 2). Des spiculations fibreuses hypoéchogènes du versant séreux le long des vaisseaux droits sont pathognomoniques de l'affection. Les lésions sont sous estimées en échographie d'environ 30 % par rapport à l'endoscopie et la radiologie barytée [7][8]. Le respect de la différenciation des couches pariétales est en faveur de lésions inflammatoires peu sévères pouvant régresser sous traitement médical. Dans le cas de lésions chroniques fibreuses, le Doppler montre aucune hypervascularisation pariétale. Il ne semble pas que les mesures de débimétrie portale et mésentérique apportent des renseignements sur l'activité de la maladie. L'échographie peut détecter les complications telles que les abcès, fistules et phlegmons. Scanner Le scanner est actuellement la méthode d'imagerie en coupe de référence pour détecter les complications abdominales liées à la maladie de Crohn [9]. Cette technique grâce à l'avènement des scanners multidétecteurs permet l'étude de l'ensemble de la cavité abdomio-pelvienne en quelque secondes avec l'obtention d'une qualité d'image ayant une résolution spatiale très élevée. Maladie de Crohn en poussée L'épaississement pariétal digestif dans la maladie de Crohn est en règle générale régulier, modéré compris entre 10 et 20 mm et circonférenciel symétrique [10]. Lors des poussées aiguës, on observe un rehaussement maximal du versant muqueux de la paroi, à la phase artériolo-capillaire (25 à 40 s après injection intraveineuse de produit de contraste iodé). Le signe de la cible peut être observé au cours des poussées aiguës de la maladie, il correspond à un aspect en 3 couches concentriques, l'une centrale hyperdense correspondant au rehaussement muqueux, l'autre moyenne hypodense correspondant à l'oedème de la sous muqueuse et du chorion, et la 3e périphérique hyperdense correspondant au rehaussement de la musculeuse propre (figure 3) [11]. Cet aspect laisse entrevoir le bénéfice d'un traitement médical. Au niveau mésentérique, le développement d'une fibrose le long des vaisseaux droits dilatés au sein d'un mésentère élargi par la surcharge graisseuse conduisent aux images typiques en dents de peigne « comb sign » caractéristiques de la maladie de Crohn en poussée active (figure 4) [12]. Au stade subaigu, on observe un rehaussement plus tardif de la sous muqueuse épaisse siège d'une fibrose jeune cellulaire. Dans les stades chroniques caractérisés par une fibrose acellulaire de toute la paroi, le rehaussement est homogène et modéré. Complications intestinales L'abcès survient chez environ 15 à 20 % des malades atteints d'une maladie de Crohn. Il est le plus souvent secondaire à une fistule entérale ou colique, ou peut survenir en période postopératoire [13]. Les abcès siègent le plus souvent au niveau mésentérique et pelvien, mais peuvent sièger au niveau rétropéritonéal, intramusculaire ou périnéal. Ils se présentent sous la forme d'une masse de densité liquidienne, limitée par une paroi, se rehaussant après injection intraveineuse de produit de contraste iodé (figure 5). Le scanner a l'avantage de permettre le guidage pour un drainage percutané efficace de ces abcès [14]. Le phlegmon correspond à une masse inflammatoire de siège préférentiellement mésentérique, pouvant régresser sous antibiotiques, ou évoluer vers l'abcès (figure 6) [15]. Les fistules surviennent chez 20 à 40 % des malades atteints d'une maladie de Crohn [16]. Elles peuvent être de siège iléo-iléal, iléocolique, recto-anal, recto-vaginal et entérovésical. L'entéroscanner semble plus performant que le scanner conventionnel pour la détection des fistules entérales [4]. Le scanner permet le diagnostic d'occlusion intestinale secondaire à une maladie de Crohn en mettant en évidence une dilatation du grêle en amont d'une anse à lumière rétrécie et à paroi épaissie inflammatoire (figure 7) [17]. Complications extra intestinales Le scanner permet le diagnostic des complications urinaires inflammatoires et infectieuses telles que les abcès, fistules entéro-vésicales, fibrose péri-urétérale, et l'obstruction urétérale sur calcul. Les complications hépato-bilio-pancréatiques sont relativement rares [18]. Le scanner peut détecter des complications telles que l'obstruction biliaire ou la cholangite sclérosante exceptionnelle dans la maladie de Crohn [19]. Les complications pancréatiques sont dominées par la pancréatite aiguë secondaire au traitement (corticoïdes), aux lithiases et aux fistules digestives adjacentes [20]. Des manifestations pulmonaires ou ostéo-articulaires peuvent être observées au cours du scanner. IRM L'IRM moderne offre actuellement la même résolution spatiale que le scanner. Elle a l'avantage d'être non irradiante, ne présente pas de toxicité rénale liée à l'injection de produit de contraste, et offre la possibilité d'acquisitions multiplanaires. La sémiologie en IRM de l'atteinte intestinale de la maladie de Crohn est exactement la même que celle décrite au cours du scanner (figure 8). L'IRM offre actuellement la possibilité d'acquisitions des images en une seule apnée allant de 1 à 20 s. Les séquences en apnée en pondération T2 permettent en objectivant l'hypersignal du contenu intestinal des segments d'intestin grêle (techniques single shot de type SSFSE, HASTE, RARE...) de se substituer au transit du grêle pour l'évaluation de la longueur de l'atteinte intestinale au cours de la maladie de Crohn [21]. La technique d'entéro-IRM offre une meilleure résolution spatiale que la technique d'hydro-MR en permettant un meilleur remplissage intestinal. Les séquences de type (True FISP, Fiesta) permettent une meilleure visualisation des ulcérations et des trajets fistuleux [22]. L'entéro-IRM a une sensibilité de détection et de localisation des segments atteints dans la maladie de Crohn voisine de 100 % [23]. L'IRM semble utile pour le suivi évolutif des malades atteints d'une maladie de Crohn. Il faudra néanmoins résoudre les inconvénients liés au coût et à l'accessibilité aux machines. Imagerie radiologique de la colite ulcéreuse Le diagnostic de colite ulcéreuse repose sur le tableau clinique, l'aspect endoscopique et l'examen histologique des biopsies coliques. Le rôle de l'imagerie radiologique est souvent réservé aux complications. ASP La radiographie d'abdomen sans préparation est essentielle lors des poussées sévères de la maladie. Le mégacôlon toxique s'accompagne d'une colectasie (calibre supérieure à 6 cm du côlon transverse, visible sur l'ASP en décubitus), et disparition des haustrations (figure 9). Il faut chercher soigneusement un pneumopéritoine signant la perforation [24]. Opacifications digestives Le lavement baryté est rarement pratiqué, il est indiqué en cas d'échec de la coloscopie en raison d'une sténose infranchissable et pour appréciation d'une microrectie [25]. Le lavement baryté en double contraste montre un aspect granité qui correspond à la phase congestive, un aspect réticulé qui correspond aux ulcères superficiels. Au stade chronique, on observe un aspect tubulé du recto-côlon, une microrectie avec augmentation de l'espace pré-sacré (figure 10). Des sténoses peuvent être associées. Échographie Cette méthode montre l'épaississement pariétal circonférenciel de la paroi colique sans perte de la différentiation des couches et sans anomalie de la graisse péri-rectocolique. Scanner L'apport du scanner est peu important dans la colite ulcéreuse car il existe rarement une extension extra murale. L'épaississement pariétal est peu marqué (inférieur à 1 cm) (figure 11). Le scanner montre un aspect tubulé du recto-côlon atteint. Lors des poussées aiguës, on peut observer une stratification pariétale donnant un aspect en « cible » correspondant au rehaussement muqueux, à l'oedème sous-muqueux et au rehaussement de la musculeuse [26]. Cet aspect de stratification pariétale n'est pas spécifique de la colite ulcéreuse puisqu'il est décrit dans la plupart des colites infectieuses [27]. Dans les formes chroniques, peuvent s'observer des remaniements polypoïdes ou une métaplasie graisseuse de la sous-muqueuse. IRM L'IRM est surtout utile dans la recherche des signes en faveur d'une cholangite sclérosante compliquant une colite ulcéreuse en mettant en évidence une succession de sténoses et dilatations des voies biliaires (figure 12) [28]. Cette technique est actuellement l'examen de référence des voies biliaires, car elle permet d'obtenir une bonne cartographie des voies biliaires. Conclusion L'imagerie actuelle des MICI incluant les nouvelles techniques d'exploration de l'intestin grêle telles que l'entéroscanner et l'entéro-IRM permet l'évaluation précise de l'atteinte intestinale ainsi que ses complications. Les techniques d'opacifications digestives hormis, le transit du grêle, n'ont pas d'intérêt si les endoscopies sont pratiquées, sauf cas particuliers (échec de l'endoscopie, sténose infranchissable...). La rationalisation des indications des examens doit se fonder sur le contexte clinique, l'accessibilité aux différentes techniques radiologiques et sur l'expérience de l'opérateur. Figure 1. Maladie de Crohn. Transit du grêle, aspect ulcéro-nodulaure de l'iléon.
Figure 2. Maladie de Crohn. Echographie. Epaississement pariétal circonférenciel localisé au niveau de l'iléon (flèche). 
Figure 3. Maladie de Crohn iléale en poussée. Scanner. Epaississement parietal régulier, circonférenciel de l'iléon distal avec réhaussement en cible (flèche).
 Figure 4. Maladie de Crohn en poussée. Scanner « signe du peigne » correspondant à une dilatation des vaisseaux droits au sein d'un mésentère élargi par la proliferation fibrograisseuse (flèche).
Figure 5. Maladie de Crohn compliquée. Scanner. Abcès pelvien (flèche).
Figure 6. Scanner. Phlegmon mésentérique compliquant une maladie de Crohn iléale (flèche).
Figure 7. Occlusion intestinale liée à une maladie de Crohn iléale. Anse iléale à paroi épaissie inflammatoire (flèche), responsable d'une dilatation du grêle d'amont.
Figure 8. Maladie de Crohn en poussée inflammatoire. IRM coupe sagittale en écho gradient dynamique T1 avec saturation de graisse après injection intraveineuse de Gadolinium, montrant un épaississement parietal iléal avec réhaussement muqueux et oedème de la sous muqueuse (flèche). Figure 9. Abdomen sans préparation. Colite ulcéreuse compliquée d'une colectasie.
Figure 10. Recto-colite hémorragique. Lavement baryté en double contraste. Aspect de granité muqueux avec colon tubulé.
Figure 1. Recto-colite hémorragique. Scanner. Epaississement pariétal du colon sigmoïde avec aspect tubulé (flèche).
Figure 2. Cholangite sclérosante compliquant une recto-colite hémorragique. Cholangio-IRM. Coupe radiaire en séquence single shot. Alternance de sténoses et dilatations des voies biliaires intra-hépatiques (flèches).
© Masson SAS, Paris, 2004 Sclerosing cholangitis complicating ulcerative colitis. MR-cholangiography. Coronal MR cholangiogram obtained with a single shot sequence demonstrates a narrowing and dilatation of intrahepatic bile ducts (arrow). Références: [1] Laufer I. Radiography versus colonoscopy in evaluation of colonic IBD. Inflamm Bowel Dis 1995 ; 1 : 228-30. [2] Gore RM, Ghahremani GG. Radiological investigation of acute inflammatory and infectious bowel disease. Gastroenterol Clin North Am 1995 ; 24 : 353-84. [3] Jacobs JE, Birnbaum BA. CT of inflammatory disease of the colon. Semin Ultrasound CT MR 1995 ; 16 : 91-101. [4] Turetschk, Shober E, Wunderbaldinger P, Schima W, et al. Findings at helical CT-enteroclysis in symptomatic patients with Crohn disease : correlation with endoscopic and surgical findings. J Comput Assit Tomogr 2002 ; 26 : 488-92. [5] Lichtenstein JE. Radiologic-pathologic correlation in inflammatory bowel disease. Radiol Clin North Am 25 : 3-24. [6] Erden A, Cumhur T, Olcer T. Superior mesenteric artery blood flow in patients with small bowel diseases : evaluation with duplex Doppler sonography. J Clin Ultrasound 1998 ; 26 : 37-41. [7] Rioux M. Echographie digestive. aspect échographique des iléo-colites. Feuillets de Radiologie, 1994 ; 34 : 267-83. [8] Sarrazin J, Wilson SR. Manifestation of Crohn disease at US. Radiographics 1996 ; 16 : 499-520. [9] Boudiaf M, Soyer P, Terem C, Pelage JP, Kardache M, Dufresne AC, et al. Complications abdominales de la maladie de Crohn : Aspects TDM. J Radiol 2000 ; 81 : 11-8. [10] Goldberg HI, Gore RM, Margulis AR, Moss AA, Baker EL. Computed tomography in the evaluation of Crohn disease. AJR 1983 ; 140 : 277-82. [11] Simpkins KC, Gore RM. Multiorgan involvement in Crohn's disease. In : Gore RM, Levine MS, Laufer I, eds.Textbook of gastrointestinal radiology, Philadelphia, Saunders, édit., 1994 : 2660-81. [12] Meyers MA, McGuire PV. Spiral CT demonstration of hypervascularity in Crohn disease : « vascular jejunization of the ileum » or the « comb sign ». Abdom Imaging 1995 ; 20 : 327-32. [13] Ribeiro MB, Greenstein AJ, Yamazaki Y, Aufses ATL. Intra-abdominal abscess in regional enteritis. Ann Surg 1991 ; 213 : 32-6. [14] Casola G, VanSonnenberg E, Neff CC, et al. Abscess in Crohn's disease percutaneous drainage. Radiology 1987 ; 163 : 19-22. [15] Gore RM, Balthazar EJ, Ghahremani GG, Miller FH. CT features of ulcerative colitis and Crohn's disease. AJR 1996 ; 167 : 3-15. [16] Gore RM, Laufer I. Ulcerative and granulomatous colitis : idiopathic inflammatory bowel disease. In : Gore RM, Levine MS, Laufer I, eds, Textbook of gastrointestinal radiology. Philadelphia : Saunders, 1994 : 1098-141. [17] Boudiaf M, Soyer P, Terem C, Pelage JP, Maissiat E, Rymer R. CT evaluation of small bowel obstruction. Radiographics 2001 ; 21 : 613-24. [18] Banner MP. Genitourinary complications of inflammatory bowel disease. Radiol Clin North Am 1987 ; 25 : 199-204. [19] Balan V, La Russo NF. Hepatobiliary disease in inflammatory bowel disease. Gastroenterol Clin North Am 1995 ; 24 : 647-63. [20] Eisner TD, Goldman IS, Mc Kinley MJ. Crohn's disease and pancreatitis. Am J Gastroenterol 1993 ; 88 : 583-6. [21] Lomas DJ, Graves MJ. Small bowel MRIusing water as a contrast medium. Br J Radiol 1999 ; 72 : 994-7. [22] Prassopoulos P, Papanikolaou N, Grammatikakis J, Rousomoustakaki M, Maris T, Gourtsoyiannis N. MR enteroclysis imaging of Crohn's disese. Radiographics 2001 ; 161-72. [23] Gourtsoyiannis N, Papanikolaou N, Rieber A, Brambs, Prassopoulos P. Evaluation of the small intestine by MR imaging. In Gourtsoyiannis N (ed) Radiological imaging of the small intestine 2002. Springer, Berlin Heidelberg New York, pp 157-70. [24] Sheth SG, Lamont JT. Toxic megacolon. Lancet 1998 ; 351 : 509-13. [25] Gore RM. Characteristic morphologic changes in chronic ulcerative colitis. Abdom Imaging 1995 ; 20 : 275-8. [26] Klein VHM, Wein B, Adam G, Ruppert D, Günther RW. Computed tomography of Crohn's disease and ulcerative colitis. Fortscht Röntgenstr 1995 ; 163 : 9-15. [27] Balthazar EJ. CT of the gastrointestinal tract : principles and interpretation. AJR Am J Roentgenol 1991 ; 156 : 23-32. [28] Fulcher A, Turner A, Franklin K, Shiffman M, Sterling R, Luketic V, Sanyal A. Sclerosing cholangitis : evaluation with MR cholangiography-a case control study. Radiology 2000 ; 215 : 71-80.
(2004/06) Les atteintes rhumatologiques des maladies inflammatoires de l'intestin
Pr Jacques Tebib, Département de rhumatologie, CHU Lyon-Sud, Pierre-Bénite Le processus inflammatoire qui préside à la recto-colite hémorragique (RCH) et surtout à la maladie de Crohn peut aussi affecter d'autres organes comme la peau, les yeux et surtout l'appareil ostéo-articulaire. De même, le handicap fonctionnel de ces deux maladies peut aussi entraîner des désordres dans la perception de la douleur qui forme le syndrome fibromyalgique. Pour le patient ces deux types d'affections sont très invalidants et pour le médecin qui les soigne, elles ont certaines similitudes au début mais elles se traitent très différemment. Il faut donc bien reconnaître ces deux entités pour mieux les combattre. Pour la clarté, nous aborderons successivement les manifestations inflammatoires spécifiquement associées à la maladie de Crohn et à la RCH puis nous développerons les connaissances utiles pour la fibromyalgie. Le concept de spondylarthropathie En 1976, Moll & Wright regroupaient sous le vocable de spondylarthropathie séronégative (SASN) un certain nombre de rhumatismes jusque là considérés comme des entités. En effet, dans un effort de classification, ces auteurs ont réussi à regrouper des rhumatismes considérés comme très différents les uns des autres en remarquant les points communs de ces maladies. Depuis cette date, cette présentation a largement été confirmée par le progrès des connaissances. Le concept de spondylarthropathies séronégatives se définit comme un ensemble de rhumatismes touchant indifféremment, et éventuellement simultanément, le rachis et les articulations périphériques, mais avec des caractères qui permettent de les différencier point par point des atteintes articulaires rencontrées dans d'autres rhumatismes de l'espèce humaine. A côté d'autres entités, on retrouve les rhumatismes associés aux maladies inflammatoires de l'intestin. Environ 10 % des patients affectés de maladie inflammatoire de l'intestin peuvent présenter des manifestations inflammatoires ostéo-articulaires. La spécificité du concept de Moll & Wright repose sur une notion de terrain favorisant commun, une atteinte très spécifique inflammatoire touchant les insertions des tendons et ligaments à l'os, l'enthèse, et une anomalie dans la reconnaissance défensive contre les bactéries. Le terrain Les SASN se rencontrent plus chez l'homme jeune que chez la femme. Surtout, on retrouve pour la majorité d'entre eux une notion d'héritabilité. Dans près de 2 cas sur 3, on retrouve dans la famille soit le même rhumatisme, soit un rhumatisme appartenant aux SASN, soit une maladie digestive inflammatoire, soit une maladie cutanée : le psoriasis. Ce terrain génétique est parfois authentifié biologiquement par la découverte d'un groupe tissulaire préférentiel comme le B27 ou les groupes B13-B17 en fonction de l'entité rhumatismale rencontrée. Dans les maladies inflammatoires digestives, le fait de porter ces gènes apporterait une note de gravité à l'atteinte rhumatismale. La lésion élémentaire : l'enthésite L'atteinte inflammatoire des SASN se situe au départ au niveau des enthèses qui sont les zones de jonctions entre l'os et les structures qui s'y attachent (tendons, capsules articulaires, ligaments). Cette inflammation a des caractéristiques spécifiques : - Après une période de destruction, on assiste en général à une phase de reconstruction avec ossification des structures juxta-osseuses qui conduit à un caractère clinique très spécifique de ces rhumatismes : la rigidité. Cette lésion élémentaire permet de regrouper sous une même origine, les lésions rachidiennes par ossification seconde des ligaments rachidiens et du bassin, l'aspect de doigt en saucisse surtout vu dans le rhumatisme psoriasique et qui correspond à l'inflammation de l'enthèse phalange-capsule articulaire. Elle explique aussi la fréquence de tendinites inflammatoires particulièrement handicapantes que l'on peut rencontrer.
- Elle répond très bien aux anti-inflammatoires non stéroïdiens qui sont malheureusement souvent difficiles à prescrire chez des malades affectés de maladie de Crohn ou de RCH sauf peut-être la nouvelle génération de ceux là, les coxibs.
Le déterminisme bactérien Il ne s'agit pas d'une invasion articulaire comme on peut la voir dans les arthrites à microbes classiques, mais bien d'une réaction pathologique au contact de certains germes le plus souvent par voie digestive ou uro-génitale. Cette notion a été démontrée entre autres, par le caractère épidémique des poussées articulaires et par la plus grande sévérité des spondylarthrites ankylosantes dans les pays à faible niveau de vie et à haut contage bactérien. Les progrès récents ont permis de mieux comprendre le processus étiopathogénique de ces maladies. 1. Les rats transgéniques pour le HLA B27 humain font dans les premiers mois de leur vie une affection grave qui regroupe toutes les manifestations SASN rencontrées chez l'homme : arthrites asymétriques, psoriasis, atteinte rachidienne et entérites inflammatoires. Si ces rats sont élevés dans des conditions stériles (c'est-à-dire des conditions où en particulier leur intestin n'est pas colonisé par une flore bactérienne), ils ne présentent aucune manifestation de la maladie. S'ils sont exposés à un environnement normal, ils déclenchent la maladie, démontrant bien que le contact (naturel) avec la flore bactérienne est responsable chez eux du déclenchement des signes de la maladie. 2. Les techniques de biologie moléculaire ont permis de trouver de l'ADN bactérien dans la synoviale des articulations touchées alors qu'aucun germe complet n'est retrouvé. Il n'y a pas aujourd'hui d'explication claire de ces résultats encore controversés par certains. Cependant, ces résultats appuient l'hypothèse selon laquelle, les patients affectés de SASN réagissent pathologiquement au contact le plus souvent digestif d'un germe pathogène. Leurs caractéristiques génétiques et en particulier la présence du B27 autoriseraient cette réponse immune anormale. Ces données n'ont pas qu'un intérêt scientifique puisqu'elles ont servi de base aux traitements antibiotiques et à l'usage de la Salazopyrine® dans les atteintes rhumatismales. Le concept de fibromyalgie La fibromyalgie est une maladie qui se caractérise par l'apparition de douleurs diffuses articulaires mais aussi musculaires. Ces douleurs apparaissent le plus souvent progressivement. Elles sont invalidantes par leur intensité, leur diffusion et leur possible horaire nocturne. Elles sont souvent associées à d'autres manifestations comme des insomnies ou des troubles digestifs. La conséquence de cette gêne peut être importante et source d'une inquiétude légitime pour le malade qui va alors consulter. A l'examen, le médecin ne trouve aucune anomalie patente et les examens demandés à la recherche d'une maladie sont négatifs, sauf bien sûr quand la fibromyalgie se surajoute comme ici à une maladie inflammatoire digestive. Toute la difficulté alors sera de séparer une réelle atteinte organique qui va nécessiter un traitement spécifique des manifestations fibromyalgiques, qui elles, doivent être traitées en fait comme une forme particulière de dépression. Il y a en effet deux manières d'évoquer cette maladie : une description qui fait appel à nos connaissances récentes sur les mécanismes de la douleur et une description psychanalytique qui essaye d'expliquer le pourquoi de la maladie dans une optique thérapeutique. Comme nous allons le voir ces deux descriptions se rejoignent assez bien. La vision neurophysiologique : La fibromyalgie est la conséquence d'un dysfonctionnement des circuits de la douleur. La douleur est le résultat d'une interaction entre deux circuits qui informent le cerveau sur notre relation avec l'extérieur. Très schématiquement, un premier circuit, véhiculé par des fibres nerveuses à condition lente communique au cerveau une information d'alerte lorsqu'il y a contact avec l'extérieur. Dans ce mode, tout se passe comme si toutes les communications tactiles étaient intégrées comme dangereuses et donc douloureuses dans notre mode de perception. Dans une vision finaliste, on peut écrire que ce premier circuit représente le moyen de nous préserver de l'extérieur. C'est le seul existant chez les animaux inférieurs où sa fonction est d'alerter et de permettre la fuite. Chez les êtres supérieurs, un deuxième système élaboré se surajoute au premier. Par différentes voies, il véhicule à partir du même contact périphérique tactile, une information beaucoup plus précise qui, arrivée au niveau du centre de la douleur va moduler (c'est-à-dire le plus souvent freiner) l'information envoyée par le premier système. C'est ce contrôle qui nous permet de différencier une caresse d'une sensation désagréable. Ce deuxième système est aussi en connexion avec de nombreux centres du cerveau comme le centre de la perception spatiale, de l'intégration des informations visuelles ou auditives. Il est en fait sous le contrôle étroit de tout ce qui constitue notre état moral à un moment donné. Le plus souvent ces influx ont une fonction frénatrice. Ainsi, pour une même stimulation périphérique, le vécu central sera différent en fonction de notre état "psychologique". Ainsi, en cas de "mal-être", l'influence centrale aura tendance à freiner le circuit élaboré et à donner à l'individu une perception de la stimulation plus "douloureuse" puisque ce dernier n'exercera plus de modulation sur le circuit primitif. Dans cette conception, la fibromyalgie est le résultat d'une freination excessive du circuit élaboré. La moindre perception sera alors vécue comme douloureuse. La vision neuropsychiatrique : La fibromyalgie est une forme particulière de dépression. La dépression est reconnue comme une réponse salutaire de notre intellect à une agression psychique sévère. Dans la conception psychiatrique, nous présentons une intégrité psychique originale de la même manière que nous avons un corps organique unique qui fait de chacun d'entre nous un être qui n'existera qu'une fois. Cette personnalité, ce noyau psychologique se forgent au gré des expériences que nous traversons au cours de notre enfance et se forment de l'agrégation progressive de toutes ces expériences. Sa désagrégation conduit à la perte de notre structure psychique, un peu comme un accident, qui déchirerait notre corps, conduirait à la mort. Les agressions psychiques (le décès d'un être cher, les mauvaises nouvelles, l'injustice, etc.) que nous subissons de l'environnement sont des accès d'énergies déstabilisatrices qui vont avoir pour effet d'ébranler notre noyau psychologique (ou "moi" psychanalytique). Nous évitons ce risque de déstructuration en refoulant cette énergie néfaste vers l'extérieur. Ce refoulement se matérialise par les signes de la dépression que nous connaissons : pleurs, tentative de suicide, agressivité envers les autres etc.. Au moyen de ces démonstrations, nous évacuons cette énergie néfaste vers les autres. Au total, la dépression apparaît ici comme un moyen salutaire de préserver notre intégrité psychique. Dans le processus fibromyalgique, le sujet n'a pas la capacité d'exprimer cette énergie par ces moyens classiques. Son psychisme arrive mal à réaliser cette opération complexe de transformation d'énergie en une série de signes très différents. Le sujet va tout de même réussir à expulser cette énergie par d'autres voies. En particulier, cette énergie va se dissiper en freinant de manière majeure le circuit modulateur de la douleur que nous avons déjà présenté. Le résultat net sera l'apparition de douleurs diffuses puisque le premier système archaïque n'est plus correctement freiné. Mais en exprimant des douleurs diffuses, le sujet éliminera cette énergie nuisible. La difficulté d'expulser l'énergie néfaste par les moyens classiques de la dépression qui caractérise le fibromyalgique s'associe à une personnalité particulière. Il s'agit souvent d'individus avec une intelligence déductive. Ils excellent dans les professions comme la comptabilité, l'enseignement des sciences exactes. Ils peuvent manquer de fantaisie et présenter un caractère rigide. Pour eux une cause a toujours le même effet. Ce sont des "cartésiens". L'avantage de ces deux conceptions est qu'il ouvre des perspectives de traitement. En effet, l'usage de produits qui stimuleront efficacement le circuit modulateur sera efficace pour atténuer les douleurs. De même, les médicaments anti-dépresseurs rendront des services en diminuant l'effet aigu freinateur de l'énergie néfaste sur le centre de la douleur. Dans le même cadre, l'analyse par le patient de l'origine souvent méconnue de son état dépressif représentera un moyen efficace de traitement, voire de guérison. Cependant, du fait de sa personnalité, le fibromyalgique aura du mal à admettre que l'ensemble de ses douleurs est en fait le résultat d'une dépression. Ces patients sont difficiles à soigner et risquent d'aller de médecin en médecin à la recherche d'une maladie qui expliquerait leur douleur. Conclusions La survenue de douleurs articulaires ou musculaires pendant (et parfois avant) une maladie inflammatoire de l'intestin pose un réel problème au médecin. Il ne pourra pas trop s'appuyer sur l'absence d'inflammation que l'on rencontre systématiquement dans la fibromyalgie puisque dans le cas des maladies inflammatoires de l'intestin, il y a toujours de l'inflammation mais la fibromyalgie peut s'ajouter à la maladie intestinale. Il devra s'attacher à rechercher les autres signes de spondylarthropathie avant de conclure à une fibromyalgie. C'est là que le médecin spécialiste doit redoubler d'attention car la confusion entre les deux maladies peut avoir des conséquences graves par exemple, par la prescription de traitements inadéquats dans un sens comme dans l'autre. En conclusion, la douleur articulaire ou musculaire est le signe d'appel de ces deux entités que l'on peut rencontrer dans les maladies inflammatoires de l'intestin, mais il convient de l'analyser avec circonspection avant d'en tirer des conclusions vis-à-vis d'un diagnostic ou d'un traitement. Lettre de l'afa n°23 - Juin 2004
(2004/09) Nouvelles molécules : adalimumab, natalizumab, fontolizumab, visilizumab, sargramostim, OPC 6535, Trichuris Suis
Pr Laurent Beaugerie, Service de Gastro-Entérologi, Hôpital Saint Antoine Paris Pr Claire Guédon, Service de Gastro-Entérologie, CHU Caen Pr Jean-Pierre Hugot, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Robert Debré Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint Louis Paris Pr Jean-Marie Reimund, Service de Gastro-Entérologi, CHU Caen Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Nouvelle Orléans, 15 au 20 mai 2005 L'adalimumab est un nouvel anticorps monoclonal anti-TNF entièrement humanisé, à haute affinité et spécificité pour le TNF, administré par voie sous-cutanée, déjà utilisée dans la polyarthrite rhumatoïde. Il a fait l'objet d'un essai (CLASSIC) portant sur 299 patients ayant une maladie de Crohn active, naïfs pour l'infliximab. Les patients étaient randomisés entre placebo à S0 et S4, adalimumab 40 mg à S0 puis 20 mg à S4, ou 80 mg puis 40 mg. Les taux de rémission à S4 étaient respectivement de 12 %, 18 %, 34 % et 36 % (P = 0,01 pour la dose la plus forte) ; les taux de réponse (variation du CDAI de plus de 70 points) étaient de 37 %, 54 % 59 % et 60 % (différence significative pour les trois posologies contre le placebo). Le natalizumab avait déjà fait l'objet d'essais pour l'induction de la rémission dans la MC. Un essai complétant une étude précédemment présentée a été mené pour le maintien de la rémission (Sandborn et al, Last Breaking Session) : 339 patients ayant une MC, répondeurs au natalizumab dans l'étude ENACT1 ont été randomisés entre poursuite du natalizumab, une perfusion de 300 mg toutes les quatre semaines pendant 12 mois et injections de placebo. A un an, les taux de maintien de la réponse avec le traitement étaient de 61 % contre 29 % avec le placebo ; les taux de maintien de la rémission était de 44 % contre 26 % (différences significatives). Un anticorps monoclonal humanisé anti-interleukine 12 (J695, ABT-874) a également fait l'objet d'une étude de phase II portant sur 39 patients ayant une MC active. Les patients recevaient chaque semaine une injection souscutanée de placebo ou du produit (1 ou 3 mg/kg) pendant 7 semaines. Les taux de rémission à S7 étaient respectivement de 0 %, 8 % et 38 %; les taux de réponse de 25 % 27 % et 75 % (Mannon et al,162). Le fontolizumab est un anticorps monoclonal anti-interféron gamma humanisé. Il a fait l'objet d'une étude de phase II, randomisée en double aveugle contre placebo, portant sur 133 patients ayant une MC active (Hommes et al, Last Breaking Session). Les patients recevaient des perfusions de placebo, ou de 4 ou 10 mg/kg du produit à S0 et S4. Les taux de réponse à S8 étaient de 33 % dans le groupe placebo, contre 38 % et 44 % dans les groupes recevant le traitement (différence non significative). Toutefois l'analyse post hoc montrait des différences significatives chez les patients ayant une élévation de la CRP = 10 mg/L à l'inclusion (14 % vs 77 % vs 71 %). Le visilizumab est un anticorps monoclonal anti-CD3 (donc dirigé contre les lymphocytes T) proposé dans la RCH. Une étude a été présentée par Plevy et al (579), portant sur 32 malades résistant aux corticoïdes IV. Les patients devaient être indemnes d'infection par le virus EBV. Deux doses étaient utilisées : 15 µg/kg (n=8) ou 10 µg/kg (n=24). Une réponse, jugée sur l'évolution du score de Truelove, était observée dans 84 % des cas, et une rémission dans 66 % des cas; une réponse endoscopique est observée dans près de 3/4 des cas. Il faut noter que 63 % des patients ont présenté un syndrome de libération des cytokines, marqué par des nausées, des arthralgies ou des douleurs diffuses à J2 de l'injection. Une baisse transitoire des lymphocytes T était observée entre 2 et 6 jours suivant l'injection. Aucune infection grave n'est survenue. La sargramostim est un facteur de croissance des leucocytes (GM-CSF) utilisés par les hématologistes au cours des chimiothérapies. Après quelques publications encourageantes, il a été testé dans la MC active par Korzenik et al (582) dans une étude de phase de phase II portant sur 124 patients. La posologie utilisée était de 6 /kg, chaque jour, en sous-cutané, comparée à un placebo, selon un ratio de 2:1. Le traitement était poursuivi 8 semaines. Le taux de réponse à 2 mois était voisin de 50 % contre 25 % avec le placebo ; les taux correspondant de rémission étant d'environ 40 et 20 %. Outre l'hyperleucocytose attendue, les effets secondaires les plus fréquents étaient une réaction au point d'injection (90 %) et des douleurs osseuses (38 %), surtout observées durant la première semaine de traitement. OPC 6535 n'est ni un anticorps monoclonal ni une molécule issue de la biotechnologie. C'est une petite molécule, que l'on peut prendre par la bouche, agissant comme inhibiteur des phosphodiesterases 4 (c'est donc un cousin des inhibiteurs des PDE 5 utilisés pour l'impuissance). Il possède des propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices, notamment anti-TNF, anti-leucotriène B4, anti-radicaux libres, anti-adhésion… et pourrait donc trouver sa place dans diverses affections inflammatoires chroniques, dont les MICI. Une première étude de phase II a été présentée par Hanauer et al (814) dans la RCH active : 186 patients ont été randomisés entre placebo, 25 mg ou 50 mg du médicament, pendant 8 semaines; les dérivés 5-ASA étaient autorisés, à condition d'être maintenus à posologie stable. Les taux d'amélioration (critère principal) étaient de 40 %, 55 % et 48 % (différence non significative). Pour les autres paramètres d'efficacité, la même tendance était observée en faveur du traitement (taux de rémission, diminution des saignements, diminution des indices d'activité), approchant la significativité. L'effet secondaire le plus fréquent était des nausées, obligeant à l'arrêt du traitement chez 8 % des patients recevant la plus forte dose. Mais la vedette du Congrès était sans nul doute Trichuris Suis, un parasite du porc dont l'utilisation a été proposée dans les MICI par le groupe de Summers. L'idée d'utiliser ce traitement est venue de l'épidémiologie des MICI, qui indique une relation inverse entre la fréquence de ces maladies dans le monde et celle de l'infestation par les helminthes, et de l'observation que la présence de ces parasites dans l'intestin est à l'origine d'une production locale d'interleukine 10, molécule a effet immunorégulateur, dont la production est supposée être favorable dans les MICI puisqu'il l'est dans des modèles animaux. Une étude pilote, ouverte, a donc été menée dans la MC active chez 29 patients (580) : 2 500 oeufs de Trichuris Suis étaient ingérés par les patients toutes les trois semaines, pendant 24 semaines. Les taux de réponse à 12 et 24 semaines étaient de 76 et 79 %, et les taux de rémission de 62 % et 72 % ! Il n'y avait pas d'effets secondaires du traitement et l'on ne retrouvait pas de vers au niveau des selles. Cette étude assez impressionnante (mais non contrôlée) était doublée d'une étude contre placebo, en double aveugle, dans la RCH active, chez 54 patients (644). Les patients recevaient 2 500 oeufs toutes les 2 semaines pendant 12 semaines (au terme desquelles un cross-over était effectué). Le taux de réponse était de 43 % dans le groupe traité, contre 17 % dans le groupe placebo. D'après les auteurs, les patients ne semblaient pas trop embarrassés à l'idée d'ingérer des parasites ! MICI n°56 - Septembre 2004 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2004/10) La psychothérapie a-t-elle une place dans le traitement des MICI?
Dr Marco Chiappelli, Psychologue psychothérapeute, Azienda U.S.L de Bologne. Si de nos jours on accuse le stress comme responsable de tous nos maux, paradoxalement l'origine psychosomatique de nombreuses maladies semble perdre du terrain. L'avancée spectaculaire des découvertes physiopathologiques et des nouveaux médicaments remet-elle en question la place du " Psy "? Marco Chiappelli, psychothérapeute à Bologne apporte une réponse nuancée. Au milieu du 20e siècle, la colite ulcéreuse (recto-colite hémorragique) faisait partie des maladies psychosomatiques, autrement dit ces troubles qui associent des symptômes organiques et physiologiques n'avaient pas une origine organique (aujourd'hui on les appelle communément troubles psychophysiologiques) mais étaient considérés comme psychogènes ( c.-à-d. d'origine psychique). Au cours des 30/40 dernières années, l'expansion géométrique des connaissances de la physiopathologie du tractus intestinal a changé radicalement le regard des gastro-entérologues qui se sont rapidement éloignés des explications psychologiques peu concrètes (et peut-être aussi peu comprises), pour adopter en un tournemain une négation rapide et triomphante du rôle du psychisme. Pour ce qu'on en sait aujourd'hui, les recherches sur les facteurs psychologiques dans les maladies inflammatoires intestinales ne permettent pas d'affirmer avec certitude que certains traits de la personnalité ou le stress puissent avoir un rôle quelconque dans l'origine des troubles. Différent est le discours si on parle du rôle que jouent les facteurs psychologiques dans l'évolution de la maladie : les raisons pour lesquelles l'inflammation intestinale passe de phases de rémission à la rechute restent encore largement mystérieuses. Seuls 10 % de ces variations s'expliquent par des facteurs de risque biologique certains ou suspects (Levenstein et al, 2000) Le stress de la maladie L'impact des maladies inflammatoires de l'intestin sur la personnalité est plus que probable, puisque les symptômes débutent souvent chez l'adolescent, quand la personnalité est en pleine construction, mettant le patient dans une position de réelle dépendance au moment où les recherches d'indépendance et d'autonomie sont les plus fortes, réduisant la confiance en soi par le sentiment de " la différence ", en l'excluant du groupe. Il n'est pas difficile d'imaginer - compte tenu également de conditions ambiantes et relationnelles défavorables - que sur ces bases, on puisse développer des comportements d'insécurité, de passivité, de retrait social, qui, dans les cas extrêmes peuvent devenir les " organisateurs " de la future personnalité. La maladie deviendrait, en somme, un facteur de " vulnérabilité " dans le développement psychologique. Et l'on sait parfaitement aujourd'hui que le stress peut entraîner des altérations profondes dans la régulation du système immunitaire, dont l'hyper réactivité est un des mécanismes fondamentaux de la physiopathologie des maladies inflammatoires intestinales. Les résultats des recherches sur le rôle du stress dans les MICI semblent suggérer que les événements ayant une forte répercussion sur la vie émotive et certains problèmes quotidiens sont susceptibles d'agir négativement sur les troubles de la maladie. En règle générale, les malades se sentent moins rassurés quand ils ont à faire au stress. Quoi qu'il en soit, la plupart du temps, le stress est un facteur qui vient s'ajouter aux causes de rechute. En revanche, affirmer que une fois traité le versant psychologique, la maladie pourrait disparaître, est une affirmation un peu abusive. Néanmoins, dans une situation d'angoisse, d'agitation, de peur, cause de l'aggravation des symptômes gastro-intestinaux, il peut être utile d'en trouver la raison. Partager pour aller mieux. Rappelons que les réponses d'un individu à un problème dépendent de l'individu lui-même (déjà porteur de ses propres problèmes). Les êtres vivants ne sont pas simplement " victimes " du stress, mais c'est surtout la façon d'évaluer les événements et de les affronter qui détermine la nature du stress individuel. Paradoxalement, la voie utilisée pour résoudre le problème peut parvenir à le compliquer ! … C'est dire tout l'intérêt de la confrontation des expériences individuelles, de l'utilité de l'entraide mutuelle des individus qui souffrent d'une même pathologie. Écouter les problèmes d'autrui aide à comprendre sa propre expérience personnelle, à trouver le courage nécessaire à s'exprimer sans culpabilité, à franchir les barrières de la discrimination et de l'ignorance. En créant un climat de confiance, on offre à chacun la possibilité de partager ses problèmes avec les autres dans l'espoir d'y trouver un soutien et des solutions éventuels. L'idée à la base de la création des groupes d'aide mutuelle est que les sujets concernés sont les meilleurs spécialistes du problème. Un des principes fondamentaux régissant les groupes s'exprime par la conviction que celui qui a fait l'expérience du vécu de la maladie possède une compréhension de ce vécu qui est impossible pour celui qui ne l'a pas ressenti. Le groupe est un espace de confrontation des expériences individuelles, d'expression, de partage des difficultés, des opinions ou des convictions, bref un espace de valorisation personnelle et de promotion de la santé. AMICI - Octobre 2004
(2004/12) Contraception et grossesse dans les MICI
Pr Philippe Marteau, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Européen Georges Pompidou, Paris La recto-colite hémorragique et la maladie de Crohn débutent souvent à un âge très jeune. Aussi, les questions concernant la contraception, la fertilité, la grossesse et l'accouchement sont-elles incontournables. Il faut d'ailleurs savoir les aborder dès les premières consultations afin d'éviter toute inquiétude non ou peu justifiée. Quelques travaux ont suggéré que la pilule contraceptive, surtout quand elle est fortement dosée, puisse très légèrement augmenter le risque de maladie de Crohn. Néanmoins, il est établi que les femmes, atteintes de cette maladie, n'ont pas plus de poussée quand elles reçoivent une contraception orale que quand elles n'en reçoivent pas. Aucune règle de prescription particulière des contraceptifs oraux ne s'impose en cas de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI). Il faut néanmoins, bien entendu, suivre les règles habituelles et le suivi sérieux car la pilule est une prescription médicale individuelle. L'association tabac + pilule est mauvaise tout particulièrement pour les vaisseaux et le tabac aggrave la maladie de Crohn. La fertilité dans les MICI est, dans la majorité des cas, strictement normale. Néanmoins, il a été reconnu qu'elle pouvait être diminuée dans 2 circonstances : après anastomose iléo-anale (essentiellement en cas de recto-colite hémorragique) et après chirurgie de la maladie de Crohn ou en cas de maladie de Crohn active. Même si la stérilité est loin d'être constante dans ces cas, elle est plus fréquente que dans la population générale. Elle est en général due à des rétrécissements ou une inflammation des trompes de Fallope par lesquelles doivent transiter les spermatozoïdes pour aller féconder les ovules. A ce jour, cette découverte assez récente fait prendre en compte un désir de grossesse ultérieure en cas de colectomie pour recto-colite hémorragique et doit stimuler les chercheurs pour tenter de prévenir cette complication. Globalement, les MICI ont très peu d'effet sur la grossesse et en moyenne, le nombre de bébés en bonne santé, le nombre de bébés souffrant d'anomalies congénitales, le nombre d'avortements spontanés (fausses couches) et le nombre d'enfants morts-nés n'est pas plus élevé au cours des MICI que dans la population générale. Néanmoins, il est bien établi que le risque d'accouchement prématuré est augmenté (environ multiplié par 3 c'est-à-dire d'environ 10 % dans les MICI). Ceci nécessite d'être prudent sur tous les autres facteurs qui pourraient intervenir tels qu'une activité excessive, une poussée de la maladie, des transports… tout particulièrement au 3e trimestre. Il a été établi de manière assez ancienne que si la MICI était en poussée au moment de la conception, obtenir une rémission pendant la grossesse était souvent relativement difficile. Au contraire, quand la MICI est inactive au moment de la conception, le risque de survenue d'une poussée pendant la grossesse ou après l'accouchement n'est pas différent du risque chez une femme non enceinte. Il est usuel pour les médecins de conseiller d'éviter de démarrer une grossesse en période d'activité nette de la maladie. Néanmoins, ces données mériteraient d'être confortées et surtout affinées.Un facteur intervenant certainement dans le changement d'évolution des MICI au cours de la grossesse est la fréquence de l'arrêt du tabac, ce qui s’avère bénéfique dans la maladie de Crohn. Traiter une poussée de MICI ou prévenir sa rechute au cours de la grossesse est tout à fait possible et, en pratique, seuls 3 médicaments sont strictement contre-indiqués : le Thalidomide®, le Méthotrexate® et (bien que les données soient moins alarmantes pour ce dernier médicament) la Ciprofloxacine®. Les autres médicaments peuvent être prescrits. Une prescription médicale bien pensée, ainsi qu'un suivi sont néanmoins, bien entendu, très importants. Il est utile et important de prendre des vitamines de type folates en prévision et pendant une grossesse en cas de prise de Salazopyrine®. La dose de 5-ASA ne doit habituellement pas dépasser 3 g/j. La cortisone et ses dérivés peuvent être prescrits, néanmoins, il convient de bien surveiller avec notamment recherche d'une hypertension artérielle et/ou d'une intolérance au glucose. Dans les études réalisées jusqu'ici, l'azathioprine (Imurel®) n'a pas augmenté les risques pour les enfants. Néanmoins, la nature de ce médicament invite à la prudence et à discuter au cas par cas de sa poursuite ou non en cas de grossesse (ce qui est souvent nécessaire pour contrôler l'activité de la maladie inflammatoire). Les médicaments passant régulièrement dans le lait maternel, il est souvent conseillé par les gynécologues et/ou les pédiatres de ne pas entreprendre d'allaitement maternel en cas de prise médicamenteuse. Si ceci est formel pour les immunosuppresseurs et la Ciprofloxacine®, cela l'est beaucoup moins pour les corticoïdes et les aminosalicylés avec lesquels certains médecins autorisent un allaitement maternel. Les explorations des MICI chez la femme enceinte doivent, bien entendu, être restreintes au maximum et ne comprendre que des examens utiles aux décisions thérapeutiques. Les examens radiographiques sont contre-indiqués particulièrement entre la 10ème et la 17ème semaine de grossesse mais peuvent dans certaines conditions être réalisés notamment en fin de grossesse. L'échographie, l'IRM et les endoscopies sont possibles. L'accouchement se fait dans la majorité des cas de la même manière que chez les femmes non atteintes de MICI. L'épisiotomie peut être délicate chez les patientes atteintes de maladie de Crohn avec un risque de fistule vaginale. De même, la présence de lésions ano-périnéales actives de maladie de Crohn au moment de l'accouchement est une indication à un accouchement par césarienne. Une césarienne n'est néanmoins pas indispensable et ne diminue pas le risque de rechute si les lésions ano-périnéales sont anciennes et calmes au moment de l'accouchement. Après anastomose iléo-anale, l'accouchement par les voies naturelles est possible mais doit être évité si le périnée manque de souplesse et/ou le bébé est très gros. C'est à l'obstétricien de décider au cas par cas. En résumé, si la fertilité et les grossesses sont habituellement chez les femmes atteintes de MICI similaires à ce qui est observé dans la population générale, il faut savoir que l'activité de la maladie juste avant et pendant la grossesse est un facteur important à prendre en compte et qu'il faut si possible éviter de démarrer une grossesse lors d'une poussée de la MICI. Les échanges entre le gastro-entérologue et le gynéco-obstétricien sont très importants pour assurer une meilleure qualité des soins et tenir compte des spécificités de la grossesse. Le risque de prématurité est augmenté et peut aller jusqu'à 10 %. Beaucoup de situations particulières, par exemple concernant des prises médicamenteuses, nécessitent néanmoins d'affiner nos connaissances et imposent une recherche. Ce sont les malades eux-mêmes et leurs familles qui permettront demain aux soignants de répondre de manière plus précise à leurs questions. Lettre de l'afa n°24 - Décembre 2004
2003
(2003/02) Histoire naturelle des fistules de maladie de Crohn
Pr Laurent Beaugerie, Service de Gastro-Entérologie et de nutrition, Hôpital Saint-Antoine Paris Schwartz DA, Loftus EV Jr, Tremaine WJ et a!. The natural history of fistulizing Crohn's disease in Olmsted county, Minnesota. Gastroenterology 2002 . Les formes perforantes de maladie de Crohn (MC) regroupent les perforations en péritoine libre et les fistules. L' importance des formes fistulisantes dans la population des MC ne peut être déterminée dans les séries hospitalières, biaisées par la prise en charge de formes plus sévères. La seule étude de population disponible jusqu'à alors était une série scandinave ancienne, portant seulement sur les fistules ano-périnéales et faisant état d'un taux de 23 % à 20 ans. L'équipe de la Mayo Clinic a établi les risques actuariels de survenue de fistules en général, et de fistules ano-périnéales en particulier, chez 169 patients du comté d'Olmsted (environ 100 000 habitants) dont la maladie avait été diagnostiquée entre 25 et 2 ans avant le point de l'étude en 1995, disponible pour tous les malades. A 20 ans, le taux de fistules en général était exactement de 50 %, la moitié de ces fistules ayant été diagnostiquées au moment du diagnostic (cas notamment des fistules internes découvertes sur pièce opératoire) ou même avant le diagnostic de MC (fistules anales ayant été considérées, à tort, comme sporadiques). Les fistules ano-périnéales représentaient plus de la moitié des fistules avec un taux de : 26 % à 20 ans. Dans le temps de suivi, un tiers seulement des malades n'avaient eu qu'un seul épisode de fistule. La chirurgie avait été nécessaire dans 83 % des cas. Seul 1 des 9 malades qui avait été mis sous immunosuppresseurs après le premier épisode de fistule avait récidivé. Commentaires Les chiffres de cette deuxième étude de population sur le risque de fistule au cours de la MC sont en concordance parfaite avec ceux de l'ancienne série scandinave (Gut 1980 ; 21 : 525-7). Pour un jeune adulte entrant dans une MC, il n'est pas donc pas réjouissant de savoir qu'il aura 1 chance sur 2 de voir apparaître une fistule dans les 20 ans qui suivent, au même titre qu'il aura plus d'1 chance sur 2 d'avoir une résection intestinale. Ces données sur l'histoire naturelle de la MC ont été établies avant que ne diffuse l'utilisation des immunosuppresseurs. Il est donc important de déterminer, dans le cadre d'études de population et de séries tertiaires, si l'usage de plus en plus fréquent et précoce des immunosuppresseurs a modifié ou non le risque de premier épisode de fistule puis de récidive. MICI n°52 - Février 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2003/02) Probiotiques dans les MICI
Pr Pierre Desreumaux, Directeur du Centre de Recherche et de soins sur les MICI; CHRU de Lille Borruel N, Carol M, Casellas F, et al. Increased mucosal tumour necrosis factor alpha production in Crohn's disease can de downregulated ex vivo by probiotic bacteria. Gut 2002 ; 51 : 659-64. Prantera C, Scribano ML, Falasco G, et al. Ineffectiveness of probiotics in preventing recurrence after curative resection of Crohn's disease: a randomised controlled trial with lactobacillus GG. Gut 2002 ; 51 : 405-9. Les probiotiques sont des suppléments nutritionnels composés de micro-organismes vivants (essentiellement lactobacilles et/ou bifidobactéries) qui exercent une action bénéfique sur l'hôte qui les ingère. Malgré l'absence de critères de sélection des probiotiques pour leur utilisation à visée thérapeutique et la mauvaise connaissance de leurs mécanismes d'action, plusieurs essais thérapeutiques ont été réalisés chez l'homme au cours de pathologies allergiques (eczéma de contact, allergie alimentaire) pour la prévention et/ou le traitement des diarrhées de l'enfant ou du voyageur, pour la prévention du cancer du côlon, dans les troubles fonctionnels intestinaux mais également des MICI. La littérature sur les probiotiques est importante : plus de 900 articles répertoriés dans la database Pubmed dont plus de 90 % publiés après 1997. Les essais thérapeutiques sur les probiotiques au cours des MICI sont, en revanche, rares : 4 essais randomisés en double aveugle publiés in extenso au cours de la RCH (n=2), de la MC (n=1) ou de la pochite (n=1). L'ensemble de ces essais a été réalisé chez des patients en rémission de leur maladie. Tous mettent en évidence une efficacité de l'administration quotidienne de probiotiques dans le maintien de la rémission (Tableaux 1 et 2). L'effet le plus spectaculaire est obtenu lors de l'administration d'un cocktail de probiotiques (VSL#3) chez des patients opérés d'une colectomie totale avec anastomose iléo-anale et confection d'une poche : l'administration quotidienne de VSL#3 pendant 9 mois permettait en effet de maintenir en rémission 100 % des patients vs 15 % dans le groupe placebo. Ces résultats, obtenus par une équipe italienne, ont été confirmés par une étude plus récente multicentrique (non disponible sous forme d'article) avec un taux de rémission à 1 an après le début du traitement de 90 % dans le groupe traité vs 6 % dans le groupe placebo (Tableau 2). Deux nouveaux articles concernant l'évaluation du mode d'action des probiotiques et leur efficacité au cours de la MC sont venus compléter cette littérature. Tableau 1. Etudes randomisées publiées sous forme d'articles concernant les probiotiques dans les MICI (E. coli : Escherichia coli ; S. : Saccharomyces ; cfu : colony forming units). | Pathologie | Etude | Pts (n) | Traitement | Quantité / durée | Rémission | Référence | | RCH en rémission | Multicentrique | 120 | E. coli Nissle vs 5-ASA 1.5g | 5.1010cfu / 3 mois | 84 % vs 89 % | Kruis Aliment Pharmacol Therap 1997 | | Monocentrique | 116 | E. coli Nissle vs 5-ASA 2.4 g | 5.1010cfu / 6 mois | 33 % vs 27 % 221 vs 206 jours | Rembacken Lancet 1999 | | MC en rémission | 32 | S. boulardii + 5-ASA 2g vs 5-ASA 3g | 1 g / 6 mois | 37 % vs 6 % (p < 0.04) | Guslandi M. Dig Dis Sci 2000 | | 45 | Lactobacillus GG vs placebo | 12.109 cfu / 13 mois | Clinique : 83 % vs 89 % Endoscopique : 40 % vs 65 % | Prantera GUT 2002 | | Pochite en rémission | 40 | VSL#3 vs placebo | 18.1018 cfu / 9 mois | 9 mois 100 % vs 15 % (p < 0.001) | Giouchetti Gastroenterology 2000 | | Tableau 2. Etudes randomisées publiées sous forme de résumé concernant les probiotiques dans les MICI (E. coli : Escherichia coli ; Bifid : bifidobactéries ; cfu : colony forming units). | Pathologie | Etude | Pts (n) | Traitement | Quantité / durée | Rémission | Référence | | RCH en rémission | Multicentrique | 327 | E. coli Nissle vs 5-ASA 4 g | 5.1010 cfu / 12 mois (p < 0.02) | 55 % vs 36 % | Kruis DDW2001 | | Monocentrique | 21 | Bifid + lacto vs placebo | 10.1013 cfu / 12 mois | 73 % vs 10 % (p < 0.007) | Ishikawa DDW2000 | | MC en rémission | 45 | VSL#3 vs 5-ASA 4g | 18.1014 cfu / 12 mois | Endoscopique : 40 % vs 20 % | Campieri DDW2000 | | Pochite en rémission | Multicentrique | 26 | VSL#3 vs placebo | 18.1014 cfu / 12 mois | 90 % vs 6 % (p < 0.0001) | T Mimura DDW2002 | | L'article de Prantera et al est un essai thérapeutique randomisé en double aveugle, monocentrique, visant à évaluer l'effet sur la récidive postopératoire de l'administration quotidienne de Lactobacillus casei de type rhamnosus (1.2xl0l0 cfu/j) ou d'un placebo chez 45 patients atteints de MC non traités par ailleurs et "blanchis" après une iléo-colectomie droite. Un an après la prise quotidienne de Lactobacillus, 17 % des patients présentaient une récidive clinique et endoscopique de la MC vs 10 % dans le groupe placebo (NS). Parmi les patients en rémission clinique, 60 % avaient une récidive endoscopique 1 an après la chirurgie dans le groupe recevant des probiotiques vs 35 % dans le groupe placebo (NS). Cette étude ne met donc pas en évidence d'intérêt thérapeutique de l'utilisation de ce probiotique dans la prévention de la récidive clinique et endoscopique de la MC après chirurgie. L'autre étude publiée dans le même numéro de Gut est réalisée ex vivo à partir de biopsies chirurgicales iléales prises en muqueuse saine et lésée chez 10 patients atteints de MC. traités par corticoïdes et immunosuppresseurs, et opérés d'une iléo-colectomie droite. La population contrôle était représentée par 5 patients atteints de cancer colique droit traités par iléo-colectomie droite. Après traitement par antibiotiques et mise en culture pendant 24 h des prélèvements iléaux, l'effet anti-inflammatoire de 4 différents probiotiques (Lactobacillus caseï, Lactobacillus bulgaricus, Lactobacillus crispatus et une souche non pathogène d'Escherichia coli) était évalué par le dosage du TNF dans le surnageant de culture mais également par l'importance de l'infiltrat de lymphocytes intra-épithéliaux et de la lamina propria. Les concentrations de TNF dans le surnageant étaient similaires après culture de biopsies iléales non inflammatoires de patients atteints de MC ou de cancer en présence de probiotiques. En revanche, chez les patients atteints de MC, les probiotiques de type Lactobacillus caseï et Lactobacillus bulgaricus permettaient une diminution du relargage de TNF dans le surnageant de biopsies iléales en muqueuse inflammatoire, comparées aux biopsies en muqueuse saine ainsi qu'une diminution du nombre de lymphocytes intra-épithéliaux CD4+ et produisant du TNF et des lymphocytes de la lamina propria ayant un phénotype CD3+-CD25+. Commentaires
L'étude de Prantera et al est le premier essai publié ne montrant pas de bénéfice thérapeutique avec la prise de probiotiques. Deux raisons peuvent être envisagées pour expliquer cette inefficacité : a. la physiopathologie de la récidive de la MC, qui est dépendante en partie du contenu du flux luminal, n'est pas influencée par les probiotiques : b. le type de probiotique utilisé dans cette étude n'est pas efficace. Une autre étude intéressant les mêmes patients est, actuellement, en cours avec un autre probiotique et permettra peut-être de répondre à cette question. Si l'on considère que l'effet thérapeutique d'un probiotique dépend de la nature des souches utilisées, le problème est qu'il n'existe actuellement aucun moyen in vitro pour sélectionner les "bons" et les "mauvais" probiotiques. Dans cette optique, l'étude de Borruel et al propose de mettre en culture le probiotique avec des biopsies coliques de patients atteints de MC et de rechercher des modifications de la production de médiateurs de l'inflammation. Cette approche a, cependant, de nombreux inconvénients : traitement des biopsies par antibiotiques, induction de médiateurs de l'inflammation secondaire à la mise en culture des tissus, méconnaissance de la source cellulaire à l'origine de la production du médiateur de l'inflammation, méconnaissance de la fixation de molécules inflammatoires liées à son récepteur. MICI n°52 - Février 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2003/02) Rupture de la tolérance immunitaire digestive dans la MC : tous pour un ou chacun pour soi?
Pr Jean-Marie Reimund, Service de Gastro-Entérologie, CHU de Caen Landers CJ, Cohavy 0, Misra R, et al. Selected loss of tolerance evidenced by Crohn's disease-associated immune responses to auto- and microbial antigens. Gastroenterology 2002 ; 123 : 689-99. L'hypothèse que la MC est la conséquence d'une réponse immunitaire T-dépendante anormale à des bactéries de la flore intestinale normale chez des individus génétiquement prédisposés est actuellement considérée comme peu probable. L'identification du gène CARD15 comme facteur de susceptibilité génétique chez environ 30 % des MC constitue un premier argument confortant cette hypothèse eu égard au rôle de CARD15 dans la réponse immunitaire non spécifique contre les agents pathogènes, et renforce l'intérêt des travaux concernant les interactions hôte-bactéries dans la MC (Curr Opin Microbiol 2002 ; 5 : 76). A côté des travaux dans des modèles animaux de colite expérimentale (Immunol Rev 1999 ; 169 : 195), les effets thérapeutiques de certains antibiotiques dans les MICI et les observations de Rutgeerts et al chez des MC avant et après rétablissement de la continuité digestive et donc du flux fécal (Lancet 1991 ; 338 : 771), soulignent le rôle des bactéries dans l'induction de l'inflammation intestinale. Reste à savoir quelles bactéries, par quels mécanismes et chez quels malades. C'est à ces questions que Landers et al ont essayé d'apporter quelques éléments de réponse. Les auteurs ont déterminé chez 330 malades atteints de MC les concentrations sériques de 3 anticorps dirigés contre des agents microbiens : a. des ASCA (IgA et IgG dirigés contre S. cerevisiae), IgA dirigées contre les porines C de la membrane externe de E. coli (OmpC) et IgA dirigées contre I2 (un autre antigène bactérien) ; b. des ANCA (IgG en ELISA et immunofluorescence) chez 330 MC. Les résultats sont indiqués dans le Tableau 3. | Tableau 3 | |
| Taux de positifs (n=330) | | Anticorps dirigés contre un Ag microbien |
| | ASCA (IgA et IgG) | 56 % | | IgA anti OmpC | 55 % | | IgA anti I2 | 50 % | | Au moins 1 des 3 | 78 % | | Au moins 2 | 57 % | | Les 3 | 26 % | | | | ANCA | 23 % | | | | Au moins 1 anticorps | 85 % | | Les 4 anticorps | 4 % | | Chez un même malade, le profil de positivité des anticorps était stable dans le temps et n'était, habituellement, pas influencé par l'activité de la maladie ou un traitement par infliximab (suivi moyen de 6 mois chez 73 malades). En revanche, chez un même malade, à profil sérologique constant, le titre de positivité des anticorps pouvait changer au cours du suivi. S'appuyant sur ces résultats et s'aidant d'un modèle mathématique, les auteurs distinguent 4 groupes de malades : 1. ceux ayant des taux élevés de pANCA, 2. ceux ayant des IgA et des IgG ASCA fortement positifs, 3. ceux présentant une positivité marquée des anticorps dirigés contre OmpC et 12, 4. le groupe des MC ayant une faible réactivité sérique pour les 4 anticorps étudiés. Ils émettent l'hypothèse que chacun d'entre eux détermine un sous-groupe de malades caractérisé par une rupture de la tolérance immunitaire à 1 ou plusieurs éléments spécifiques de la flore commensale, différents d'un groupe à l'autre. Commentaires Après avoir suggéré que des taux élevés d'ASCA en absence de pANCA étaient associés à des formes agressives de MC du grêle (Gut 2000 ; 47 : 487) et que l'élévation importante des pANCA était plus fréquente chez des RCH ayant des pochites sévères (Gut 2001 ; 49 : 671), l'équipe de Targan propose une utilisation supplémentaire de ces anticorps, en y ajoutant les anticorps dirigés contre OmpC et I2. Elle fait une hypothèse physiopathologique différente de celle d'une rupture globale de la tolérance immunitaire digestive à la flore intestinale dans la MC. Ainsi, il existerait plusieurs sous-groupes de MC ayant une interaction avec des agents pathogènes différents. Si séduisante soit-elle, cette hypothèse nécessite d'être vérifiée. Elle repose largement sur une modélisation mathématique. Les auteurs ne donnent aucune information dans le sens d'un phénotype particulier de la MC dans les 4 groupes proposés. La question de savoir (surtout pour les ASCA) si la présence de ces anticorps reflète plutôt une sensibilité à des agents pathogènes particuliers ou une susceptibilité génétique différente est débattue (Gastroenterology 1998 ; 115 : 182). Et comment intégrer dans ce schéma la positivité d'autres anticorps dirigés par exemple, contre Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis (Dig Dis Sci 2002 ; 47 : 2079) ou contre d'autres micro-organismes anaérobies (Eur J Gastroenterol Hepatol 2002 ; 14 : 1013) rapportées récemment dans la MC?
Ce travail souligne, cependant, à nouveau, le rôle des interactions hôte (intégrant la susceptibilité génétique) et bactéries au cours de la MC (Gastroenterol Clin Biol 2002 ; 26 : 1065). A côté de la recherche d'un phénotype clinique spécifique aux sous-groupes proposés par les auteurs, il serait aussi intéressant de savoir si les MC ayant une mutation de CARD 15 ont un profil sérologique particulier. Piste à suivre... MICI n°52 - Février 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2003/01) Apport de la génétique à la compréhension de la maladie de Crohn
Pr Pierre Desreumaux & Pr Antoine Cortot & Pr Jean - Frédéric Colombel Service des Maladies de l'Appareil Digestif et de la Nutrition, CHRU Claude Huriez, Lille Il y a un an, deux équipes européenne et américaine ont mis en évidence le premier gène de susceptibilité pour la maladie de Crohn Nod2 renommé depuis CARD15 par une commission de nomenclature internationale. Trois mutations principales et une trentaine de mutations mineures du gène de CARD15 ont été observées chez les patients atteints de maladie de Crohn (MC). Environ 50 % des patients ont une de ces mutations sur un chromosome (sujets hétérozygotes) et 15 % ont une mutation sur leurs 2 chromosomes (sujets homozygotes ou hétérozygotes composites). A partir de ces chiffres, on peut estimer que le risque d'avoir une MC est 1,5 à 3 fois plus important chez les hétérozygotes que chez les sujets n'ayant pas de mutation et environ 40 fois plus important chez les homozygotes, ce qui représente le plus important facteur de risque de MC connu à ce jour. Cette découverte scientifique pourrait avoir comme implications : 1. le développement de nouveaux tests diagnostiques dans la population générale ou pour différencier une MC d'une recto-colite hémorragique (RCH) ou pour redéfinir et préciser le diagnostic de colite inclassée, 2. la caractérisation d'un phénotype ou d'une évolution particulière de patients homozygotes ou hétérozygotes composites atteints de MC, 3. le développement de la pharmacogénétique et une meilleure compréhension de la physiopathologie de lamaladie permettant d'identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. CARD15 : un nouveau marqueur diagnostique? La connaissance des mutations devrait permettre la mise au point de tests fondés sur l'analyse de l'AD N à partir d'un prélèvement sanguin. Ces tests pourraient être utiles dans le diagnostic de la MC chez un sujet présentant un tableau clinique douteux et dans le diagnostic différentiel avec la RCH (les mutations sont en effet absentes dans cette maladie). Ils pourraient permettre de dépister la maladie avant l'apparition des signes cliniques chez les sujets à risque (formes familiales). Cependant, l'absence (aujourd'hui du moins) de traitements préventifs efficaces chez les sujets dépistés, en dehors de la non consommation de tabac ou du sevrage tabagique, limite la portée pratique d'un tel dépistage. L'étude des 3 principales mutations du gène CARD15 n'a actuellement pas d'intérêt dans le diagnostic de la MC. Si la spécificité des mutations à l'état homozygote et hétérozygote composite est très bonne proche de 100 % dans une population générale, la sensibilité de cette analyse génétique est faible puisque ces mutations ne touchent que 15 % des patients atteints de MC. La fréquence de ces mutations est similaire dans toutes les populations sauf chez les japonais où elles ne sont trouvées ni dans la population générale, ni chez les patients atteints de MC. La détermination du génotype n'a donc que peu d'intérêt dans le diagnostic de la MC ou pour le diagnostic différentiel avec la RCH. En ce qui concerne les colites inclassées, des résultats préliminaires d'une étude réalisée en Belgique indique que la valeur prédictive positive des mutations de CARD15 est très faible (7 %). Le génotypage de CARD15 n'apporte donc pas actuellement d'aide pour mieux classer les colites inclassées. D'autres études sont en cours pour déterminer la valeur diagnostique des 30 autres mutations dites " mineures " du gène CARD15.
CARD15 : un nouveau marqueur phénotypique? Il est possible que la présence des mutations de CARD15 soit associée à des formes cliniques particulières de MC : par exemple début précoce dans la vie et/ou localisation étendue et/ou évolutivité importante. Une étude portant sur 1500 malades va prochainement débuter en France pour tenter de préciser ces relations entre les manifestations cliniques (phénotypes) et les mutations du gène (génotypes). Les données d'études réalisées en France, Belgique, Allemagne, Angleterre, et Etats Unis révèlent que la présence des principales mutations de CARD15 est associée à un début plus précoce de la maladie (17 ans vs 20 ans), à des localisations intestinales plus volontiers iléales ou iléo-coliques sténosantes, et à la présence plus fréquente d'anticorps anti-saccharomyces (ASCA). Si l'association statistique des mutations à un sous-groupe particulier de patients atteints de MC ne fait pas de doute, l'intérêt clinique de l'identification de ce sous-groupe particulier n'est actuellement pas connu. CARD15 : un intérêt pharmacogénétique? Un autre domaine d'application concerne la pharmacogénétique, c'est à dire la possibilité de prévoir à partir du génotype d'un patient la réponse et la tolérance aux traitements de la MC comme les immunosuppresseurs ou les nouvelles biothérapies. Actuellement très peu de résultats sont disponibles. Une seule étude publiée prochainement par Vermeire et al montre que la réponse au traitement par l'infliximab, anticorps monoclonal anti-TNF, au cours de la MC est similaire chez les patients homozygotes, hétérozygotes simples ou composites et chez les patients sans mutation. D'autres études seront nécessaires pour apprécier une éventuelle implication de CARD15 dans la réponse aux immunosuppresseurs notamment. CARD15 : un intérêt physiopathologique et dans la recherche thérapeutique? CARD 15 est une protéine fortement exprimée dans le cytoplasme des monocytes/macrophages. Les seules études fonctionnelles ont été réalisées in vitro par transfection transitoire du gène CARD15 normal et muté dans des lignées de cellules embryonnaires de rein. Cette transfection transitoire permet d'introduire artificiellement dans la cellule des quantités très importantes du gène sauvage et muté. Il s'agit d'une étape simple et rapide qui permet d'évaluer sans beaucoup de précision les fonctions d'une protéine. Les inconvénients de cette technique sont le manque de signification clinique due à la nature de la cellule transfectée (cellule non différenciée) et surtout à la quantité anormalement élevée de gène introduit dans la cellule (souvent 106 fois plus qu'in vivo). Il a été cependant ainsi montré 1. qu'une délétion d'une partie de CARD15 entraîne une augmentation spontanée de l'activation de NF-B, facteur mucléaire impliqué dans la production de médiateurs de l'inflammation ; 2. qu'une délétion ou une mutation d'une partie de CARD15 diminue l'activation de NF-B après stimulation des cellules embryonnaires de rein avec différentes protéines bactériennes. CARD15 pourrait donc être un récepteur pour des composants bactériens comme les lipopolysaccharides, constituants essentiels de la paroi des bactéries gram négatif. CARD15 comporte plusieurs parties ou domaines, dont un appelé LRR (pour leucine-reach repeat) qui semble essentiel dans la reconnaissance des bactéries. Cette reconnaissance déclencherait une cascade d'événements dans la cellule aboutissant à l'activation de NF-B. Celui-ci pénètrerait alors dans le noyau de la cellule entraînant la transcription de nombreux gènes dont ceux des cytokines inflammatoires comme le TNF. Les rôles de CARD15 dans la reconnaissance des bactéries par le macrophage et dans la régulation de NF-B et du TNF feraient de ce gène un acteur clef de la réponse immunitaire naturelle. D'autres études sont nécessaires pour préciser l'implication réelle de ce gène dans la réponse inflammatoire par l'intermédiaire de l'activation des signaux de transduction, de la régulation des mécanismes d'apoptose (mort programmée des cellules) et la production de cytokines. Récemment, une étude publiée dans la revue Nature a montré qu'une souris invalidée pour un facteur de transcription appelée Rip2, partenaire de CARD15, avait un phénotype normal sans aucune anomalie intestinale. Plusieurs souris invalidées pour CARD15 sont en cours de développement et les premières constatations confirment l'absence de phénotype particulier de ces souris. Le rôle de CARD15 reste donc actuellement hypothétique ce qui limite la recherche de nouvelles cibles thérapeutiques centrées sur ce gène.
En conclusion, le premier gène de susceptibilité à la MC appelé CARD 15 vient d'être découvert. Les premières études réalisées à partir des 3 principales mutations mises en évidence chez les patients atteints de MC suggèrent que CARD15 permet de définir un sous-groupe de patients qui développent une maladie plus précoce, localisée plus fréquemment dans l'iléon et d'évolution plus volontiers sténosante. Les progrès diagnostiques de cette découverte sont encore aujourd'hui difficiles à apprécier. Des études chez l'animal et chez l'homme seront des apports considérables et indispensables pour espérer mieux comprendre la place de ce gène dans la physiopathologie de la MC et développer de nouvelles cibles thérapeutiques. 17e Journée d'hépato-gastro-entérologie et de nutrition de Nice 18 Janvier 2003
(2003/03) Les fractures du rachis sont fréquents chez les malades, même jeunes, atteints de maladie de Crohn
Dr Claire Guédon, Service des malades de l'Appareil Digestif et de la Nutrition, CHU Rouen Klaus J, Armbrecht G. Steinkamp M et al. Gut 2002 ; 51 : 654-8. L'ostéoporose et l'ostéopénie ont une incidence élevée dans les M.LC.I notamment dans la MC. Une prévalence de 28 % de l'ostéopénie chez des patients n'ayant jamais reçu de corticoïdes a été rapportée dans une étude française menée par Abitbol et al (Gastroenterology 1995 ; 108 : 417-22). Ostéoporose et ostéopénie seraient dues à une résorption osseuse élevée favorisée par l'inflammation plutôt qu'à un déficit de l'ostéoformation. L'ostéoporose est à plus haut risque de fractures vertébrales que l'ostéopénie. Au niveau du rachis, la diminution de l'os trabéculaire représente un risque de tassement vertébral. Chez des malades souvent jeunes, le handicap fonctionnel peut être important. Des fractures vertébrales fréquentes ont été rapportées dans de relativement petites séries. Néanmoins, la prévalence des fractures vertébrales chez les malades à faible densité minérale osseuse reste inconnue. Cette étude prospective allemande, méthodologiquement très bien menée, a cherché à évaluer la prévalence des fractures vertébrales dans la MC. Elle a porté, en 3 ans, sur 293 patients consécutifs atteints de MC. qui ont eu systématiquement une étude ostéodensitométrique du rachis lombaire et du fémur proximal droit. Chez 156 malades (53 %), la mise en évidence au niveau lombaire d'une ostéopénie (n=111) ou d'une ostéoporose (n=45) a conduit à réaliser une radiographie du rachis lombaire et dorsal qui ont fait l'objet d'une analyse minutieuse. Trente quatre des 156 malades (22 %), dont 18 femmes, avaient 1 ou plusieurs fractures vertébrales ostéoporotiques ; 12 d'entre eux avaient moins de 30 ans. Les fractures étaient cliniquement évidentes chez seulement 4 femmes: douleurs lombaires et impotence fonctionnelle. La densité minérale osseuse était significativement plus diminuée chez les patients ayant des fractures que chez ceux sans fracture. La prévalence de fractures du rachis était plus élevée chez les patients ostéoporotiques que chez les patients ostéopéniques. Aucune corrélation significative n'était observée entre la densité minérale osseuse et l'âge, la durée d'évolution de la maladie, l'étendue de la maladie, la corticothérapie et l'existence de résections intestinales antérieures. L'absence d'association avec les corticoïdes avait déjà été rapportée dans d'autres études. Commentaires Il s'agit de la première étude rapportant une prévalence des fractures vertébrales dans la M.C. (22 % des malades ostéo-péniques), chez des malades jeunes (âge moyen: 36 ans). Cette prévalence est plus élevée que celle observée dans l'étude épidémiologique européenne EVOS menée chez des femmes et des hommes de plus de 50 ans, qui était de 12 % (et 16,4 % dans la même région d'Allemagne, autour d'Heidelberg). Ces résultats confirment qu'une surveillance de la densité minérale osseuse des patients atteints de MC devrait être effectuée et ce, quel que soit l'âge (12 des 34 patients ayant une fracture avaient moins de 30 ans). Les conseils de prévention restent mal codifiés (vitamine D, biphosphonates?) en dehors de l'hormonothérapie substitu-tive de la ménopause. MICI n°53 - Mars 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
Dr Claire Guédon, Service des malades de l'Appareil Digestif et de la Nutrition, CHU Rouen L'origine des maladies inflammatoires cryptogénétiques de l'intestin (MICI) reste inconnue. Elle est probablement multifactorielle, impliquant des facteurs génétiques et environnementaux. Parmi les facteurs environnemen-taux, le stress a souvent été évoqué. Ainsi, la recto-colite hémorragique (RCH) a été longtemps considérée comme un modèle de maladie psychosomatique. L'effet des traitements par placebo, dans les essais thérapeutiques, dont le niveau est habituellement de 20 à 30 %, suggère également l'intervention de facteurs psychologiques. Le stress est, enfin, régulièrement évoqué par les malades comme ayant déclenché la première poussée de la maladie et/ou des poussées ultérieures. Néanmoins, contrairement à d'autres maladies comme, par exemple. les affections cardio-vasculaires, le rôle du stress reste controversé dans les MICI. Depuis quelques années, de nouvelles données, plus objectives, ont été publiées sur le sujet. Données expérimentales Un effet pro-inflammatoire du stress a été démontré chez le rat, dans un modèle classique de colite induite par l'acide trinitrobenzène sulfonique (T.N.B.S.). Chez des rats atteints de colite expérimentale, un stress de contention dans un cylindre aggravait la sévérité des lésions coliques [1]. Après guérison de la colite expérimentale, les lésions ont été réactivées par un stress associé à de faibles doses de T.N.B.S. qui, à elles seules, n'auraient pas induit de colite. Cet effet pro-inflammatoire du stress passe, au moins en partie, par les lymphocytes T CD4+. En effet, la réactivation d'une colite expérimentale cicatrisée par un stress mixte (acoustique et de contention) n'a pas été observée chez des souris déficientes en CD4+ [2] alors qu'elle l'était chez des souris non déficientes. La réactivation de la colite était associée à une diminution de la production de mucus et à une augmentation de la perméabilité intestinale. Cette étude, effectuée chez l'animal, ne peut pas être extrapolée à l'homme. Néanmoins, elle suggère que le stress augmente la perméabilité intestinale et peut faciliter l'accès antigénique à des lymphocytes CD4+ sensibilisés. La sensibilisation des lymphocytes se fait au moins en partie par le système nerveux. II existe, en effet, un axe S.N.C. - intestin - système immunitaire, et des interactions complexes entre les cellules muqueuses et l'axe hypotahlamo-hypophyso-surrénalien [3]. L'activation de ces systèmes fait intervenir des médiateurs centraux et périphériques, en particulier les corticostéroïdes, les catécholamines, le C.R.F. et la neurotensine. La nature exacte des médiateurs libérés dans le côlon par les lympho-cytes stimulés par le stress n'est pas connue. Le déclenchement de lésions muqueuses chez des rats " naïfs ", non préalablement sensibilisés, a également été montré avec des stress chroniques [4]. Les effets immuni-taires et les médiateurs libérés sont probablement différents selon qu'il s'agit d'un stress aigu ou chronique : en effet, il a été suggéré que la réponse à un stress expérimental aigu passe par une augmentation transitoire du nombre et de l'activité des cellules " killers " alors qu'un stress chronique naturel entraîne une immunosuppression. Données épidémiologiques et cliniques Les résultats des études rétrospectives portant sur la relation entre facteurs psychologiques et MICI donnent des résultats contradictoires. Une étude cas-témoins française récente a été réalisée à l'aide du registre EPIMAD du nord--ouest de la France [5]. Cette étude recensait les cas-incidents de MICI en 1998 soit 167 maladies de Crohn (M.C.), 74 RCH et 69 colites aiguës non spécifiques (pour lesquels 18 mois de suivi avaient permis d'éliminer le diagnostic de MICI). Des évènements de vie " stressants " étaient signi-ficativement plus fréquemment retrouvés dans les 6 mois précédant la survenue d'une MC qu'avant la survenue d'une RCH, d'une colite aiguë non spécifique ou d'un don de sang. Sept études prospectives sont également parues sur le sujet : la majorité est en faveur d'un rôle du stress. Par exemple, Duffy et al [6] ont suivi 124 malades pendant 6 mois. Les patients exposés à des stress ont eu des poussées plus fréquentes que les patients non exposés. Toutefois, il est toujours difficile d'établir un lien de causalité entre les 2 phénomènes, la poussée pouvant être elle-même source de stress. En revanche, North et al [7] ont suivi 32 malades sur 2 ans. Une moyenne de 2,2 poussées par patient a été observée pendant le suivi. En dehors de troubles de l'humeur, aucun événement de vie marquant ni de score de dépression n'a été associé aux poussées. Les critiques méthodologiques faites à ces travaux tiennent essentiellement à la définition du stress et à sa perception subjective. D'une façon générale, le stress est défini comme une menace pour l'équilibre de l'individu, qu'il se sent incapable de contrôler [8]. Les stress aigus n'ont peut-être pas les mêmes effets que les stress chroniques, classés pour certains dans les " tensions de la vie moderne " [8]. Dans la RCH, il a été montré [9] que de courtes périodes de stress n'entraînaient pas d'exacerbation des lésions intestinales alors que des périodes de stress chronique s'associaient à une plus grande fréquence des rechutes. Découlant de l'hypothèse d'une relation entre stress et MICI, des essais de prise en charge psychologique des MICI ont été réalisés. Leurs résultats ont été dans l'en-semble décevants : en particulier, une étude contrôlée mul-ticentrique allemande a montré que l'association d'une prise en charge psychothérapeutique à la corticothérapie n'était pas plus efficace que les corticoïdes seuls [10]. Conclusion Ces travaux récents plaident donc en faveur du rôle délétère du stress dans la survenue et l'évolutivité des MICI Les mécanismes invoqués font intervenir l'axe neuro-immunitaire. Ces données ouvrent des voies de recherche thérapeutique. MICI n°53 - Mars 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs) Références 1. Collins SM, McHugh K, Jacobson K et al. Previous inflammation alters the response of the rat to stress. Gastroenterology 1996 ; 111 : 1509-15. 2. Qiu BS, Vallance BA, Blennerhassetft PA, Collins SM. The rolee of CD4+ lymphocytes in the susceptibility of mice to stress-induced reactivation of expérimental colitis. Nat Med 1999 ; 5 : 1178-82. 3. Söderholm JD, Perdue MH. Stress and the gastrointestinal tract. II Stress and intestinal barrier function. Am J Physiol 2001 ; 280 : G7-G13. 4. Mayer EA. Psychological stress and colitis. Gut 2000 ; 46 : 595-6. 5. Lerebours E, Gower-Rousseau C, Hellot MF et al. Premières poussées de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (M.LC.L) et stress : résultats d'une étude cas-témoins. Gastroenterol Clin Biol 2002 ; A72. 6. Duffy LC, Zielezny MA, Marshall JR et al. Relevance of major stress events as an indicator of disease activity prevalence in inflammatory bowel disease. Behav Med 1991 ; 17 : 101-10. 7. North CS, Alpers DH, Helzer JE, Spitznagel EL, Clouse RE. Do life events or dépression exacerbate inflammatory bowel disease? Ann Int Med 1991 ; 114 : 381-6. 8. Hart A, Kamm MA. Review article : mechanisms of initiation and perpétuation of gut inflammation by stress . Aliment Pharmacol Ther 2002 ; 16 : 2017-28. 9. Levenstein S, Prantera C, Varvo V et al. Stress and exacerbation in ulcerative colitis : a prospective study of patients enrolled in remission. Am J Gastroenterol 2000 ; 95 : 1213-20. Jantschek G, Zeltz M, Pristch M, et al and the German study group on psychosocial intervention in Crohn's disease : Effect of psychotherapy on the course of Crohn's disease : results from the German prospective multicenter psychotherapy on treatment study on Crohn's disease. Scand J Gastroenterol 1998 ; 33 : 1289-95.
(2003/03) Effets des vaccinations, de la prise d'anti-inflammatoires non stéréoïdiens (AINS) et d'antibiotiques...
Effets des vaccinations, de la prise d'anti-inflammatoires non stéréoïdiens (AINS) et d'antibiotiques sur l'activité clinique de la maladie de Crohn. Pr Isabelle Nion-Larmurier, Pr Jacques Cosnes, Pr Jean-Pierre Gendre, Pr Laurent Beaugerie, Pr Antoine Flahault Le risque d'exacerbation de l'activité de la MC par une prise récente d'AINS a été suggéré dans des études cas-témoins [1] mais non confirmé dans les premières études de cohorte publiées [2]. Les effets d'une prise récente intercurrente d'AB et des vaccinations sur l'activité de la MC n'ont pas fait l'objet à ce jour d'étude spécifique. But Le but de notre étude prospective de cohorte a été d'évaluer chez des patients ambulatoires atteints de MC l'impact d'une vaccination et d'une prise intercurrente d'AINS par voie générale ou d'AB sur l'évolution à court terme de la MC. Méthodes De novembre 1999 à mai 2001, 149 malades suivis en ambulatoire pour MC ont noté prospectivement chaque mois pendant en moyenne 7,9 mois (extrêmes : 3-16) leur état clinique de la semaine précédente, ainsi que les vaccinations et les prises d'AINS par voie générale et d'AB pour affections intercurrentes dans le mois précédent, totalisant 1 173 mois-observations. Une augmentation significative de l'activité clinique de la MC a été définie conventionnellement par une augmentation égale ou supérieure à 3 points du score de Harvey-Bradshaw (delta HB ≥ 3) par rapport au mois précédent. Conclusion Au cours de la MC, la prise récente d'AB est un facteur significatif d'aggravation des signes cliniques, sans qu'il soit possible de faire la distinction entre une poussée de MC et un effet secondaire des AB. En revanche, la prise d'AINS et les vaccinations semblent peu modifier en général à court terme l'activité de la MC. 1. Evans JM et al. Gut 1997 ; 40 : 619-22. 2. Bonner GF et al. Am J Gastroenterol 2000 ; 95 : 1946-8.
SNFGE 2003
(2003/03) Infliximab (Remicade®), tabac et immunosuppresseurs
Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis Paris Parsi MA, Achkar JP, Richardson S, et al. Predictors of response to infliximab in patients with Crohn's disease. Gastroenterology 2002: 123: 703-13. Les taux de réponse à l'infliximab rapportés dans les essais contrôlés ou dans les études ouvertes varient de 65 à 80 % des cas. Certains malades présentent donc une résistance primaire à cet anticorps monoclonal anti-TNF. D'autres malades répondent aux premières injections puis développent une résistance secondaire. Sélectionner les patients susceptibles de répondre permettrait, si les critères étaient fiables, d'économiser ce traitement coûteux et non dénué de certains risques ou de le réserver à d'autres moments de la maladie plus propices. Le but de cette étude était donc, une fois de plus, de tenter d'identifier des facteurs de réponse à l'infliximab (5 mg/kg) sur une population de 100 patients traités de façon consécutive à la Cleveland Clinic Foundation entre 1998 et 2000, pour une MC intestinale (n=59 : la réponse étant jugée 4-6 semaines après la première injection) ou fistulisée (n=41 ; la réponse étant jugée 4-6 semaines après la 3e injection). La réponse était mesurée rétrospectivement en utilisant le score de Harvey-Bradshaw (diminution d'au moins 3 points) pour l'activité intestinale ou par la disparition de l'écoulement fistuleux d'au moins 50% pour les fistules. Les auteurs considéraient que la réponse était prolongée si elle durait plus de 2 mois. La moitié des patients recevaient un immunosuppresseur associé au traitement par infliximab (azathioprine ou 6-MP, n=48 ; méthotrexate, n=2). Le taux de réponse était, globalement, de 67 % (57 % dans le groupe MC intestinale et 80 % dans le groupe MC fistulisée). La durée médiane de réponse était de 3,8 mois pour le groupe MC intestinale, et de 5 mois pour les fistules. Les facteurs de réponse trouvés dans l'analyse multivariée (régression logistique) sont indiqués dans le Tableau ci-dessous. La durée de réponse tendait aussi à être plus courte pour les MC intestinales chez les fumeurs (1,8 vs 4,5 mois chez les non-fumeurs) et en l'absence d'immunosuppresseur. Pour les fistules, le taux de réponse complète était moins bon pour les fistules rec-to-vaginales (25 %) comparées aux fistules périnéales (68 %). |
| Réponse immédiate odds ratio | Réponse prolongée Odds ratio | | Groupe des MC intestinales (n=59) |
|
| | - Tabac | 0,09 (p<0,001) | 0,04 (p<0,003) | | - Association à un immunosuppresseur | 4,23 (p=0,01) | 9,15 (p<0,001) | | - Association aux corticoïdes | 1,19 (N S) | 0,73 (NS) | | Groupe des MC fistulisée (n=41) |
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| | - Tabac | 0,42 (NS) | 0,35 (NS) | | - Association à un immunosuppresseur | 0,91 (NS) | 1,14 (NS) | | - Association aux corticoïdes | 0,46 (NS) | 0,79 (NS) | | Commentaires Cette étude est, sans doute, ce que l'on peut faire de mieux dans un travail rétrospectif : le recensement des patients semble exhaustif, les critères de réponse sont simples et ont pu être reconstitués, une analyse multivariée est appliquée. Malheureusement l'effectif reste modeste, en particulier dans le groupe "fistule" où le taux très élevé de réponse rend l'analyse statistique pratiquement caduque. Le message est assez simple : chez les patients ayant une MC intestinale non fistulisée, la réponse est franchement moins bonne chez les fumeurs et chez les patients ne recevant pas d'immunosuppresseur. Ainsi, dans ce groupe, les chances de réponse immédiate étaient de 22 % pour les fumeurs (vs 73 % pour les non fumeurs) et de 39 % pour ceux ne recevant pas d'immunosuppresseur (vs 74 %) ; pour la réponse prolongée, les taux respectifs sont encore plus impressionnant : 6 % (vs 59 %) et 18 % (vs 65 %). Les taux de réponse pour les fumeurs ne recevant pas d'immunosuppresseur ne sont pas indiqués, sans doute du fait de très faibles effectifs mais l'on peut supposer, si les 2 facteurs sont indépendants, que les résultats sont très mauvais...
Cette étude est donc la première à souligner le rôle très négatif du tabac sur la réponse à l'infliximab. Des résultats similaires avaient déjà été montrés pour les immunosuppresseurs classiques (Gastroenterology 1996; 110: 424-31). L'effet bénéfique pour le taux de réponse de l'association infliximab et immunosuppresseur était suggéré par d'autres travaux (Gastroenterology 1999; 117: 761-9 ; Am J Gastroenterol 2000 ; 95 : 3490-7), mais sans que cette tendance régulièrement observée n'atteigne toujours la significativité statistique. La conclusion des auteurs de ce travail est qu'il faut inciter les patients (une fois de plus !) à arrêter de fumer, et, dans les formes intestinales de MC au moins, associer l'infliximab à un immunosuppresseur classique même si celui-ci ne fonctionnait pas lorsqu'il était pris isolément. Quand aux fistules, ce travail confirme que l'infliximab reste le seul traitement médical vraiment efficace de ces complications même si le résultat est souvent éphémère; les immunosuppresseurs, dont l'efficacité propre est assez limitée, ne semble pas ajouter grand-chose en terme d'efficacité. Ce travail ne permet pas complètement de répondre à la question posée en préambule : faut-il écarter certains patients de l'infliximab sous prétexte qu'ils n'en bénéficieront pas ? On peut simplement suggérer que si l'on doit prescrire le produit pour une MC intestinale à un fumeur, mieux vaut lui donner aussi un immunosuppresseur. La solution viendra, sans doute, de critères immunologiques ou génétiques qui restent à trouver. En attendant, pas d'autre moyen de savoir que d'essayer ! MICI n°53 - Mars 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2003/03) Fistules entéro-vésicales au cours de la maladie de Crohn
Dr Stéphane Benoist, Service de Chirurgie Digestive et Oncologique, Hôpital Ambroise Paré, Boulogne Fistulas to the urinary system in Crohn's disease : clinical features and outcomes. Solem CA, Loftus EV,Tremaine WD, Pemberton JH, Wolff BG, Sandborn WJ. Am J Gastroenterol 2002;97:2300-5. Au cours de l'évolution de la maladie de Crohn, il est assez fréquent d'observer des fistules entre l'intestin malade et les organes de voisinage. Si les fistules entéro-vésicales sont moins fréquentes que les fistules intestinales, elles ne sont cependant pas rares puisqu'elles concernent entre 2 et 7 % des sujets atteints de maladie de Crohn [1, 2]. La prise en charge et le traitement des fistules entéro-vésicales ne font pas l'objet d'un consensus. En effet, si pour la majorité des auteurs, la découverte d'une fistule entéro-vésicale au cours de l'évolution de la maladie de Crohn constitue une indication chirurgicale formelle en raison du risque d'infection urinaire grave, d'autres considèrent, au contraire, qu'il s'agit d'une maladie relevant d'un traitement médical et que le traitement chirurgical ne doit être réservé qu'à des malades sélectionnés. Cette controverse est liée en grande partie au fait que, d'une part, l'ensemble des études rétrospectives actuellement rapportées sur le traitement médical ou chirurgical des fistules entéro-vésicales de la maladie de Crohn ne porte que sur un nombre très limité de malades, et d'autre part qu'aucune étude contrôlée comparant ces deux options thérapeutiques n'est disponible. Résumé Entre 1976 et 2000, les dossiers de 78 malades traités à la Mayo Clinic pour une fistule entéro-vésicale crohnienne ont été analysés rétrospectivement. Il s'agissait de 44 hommes (56 %) et de 34 femmes (44 %), d'un âge moyen de 35 ans. Dans tous les cas, la fistule entéro-vésicale était prouvée, soit par des examens radiologiques ou endoscopiques, soit au cours de son traitement chirurgical. Dans quatre cas, il s'agissait d'une récidive post-opératoire de la fistule. Vingt-trois malades (30 %) avaient eu, avant l'apparition de la fistule entéro-vésicale, une résection intestinale pour maladie de Crohn. La durée moyenne entre le diagnostic de maladie de Crohn et l'apparition de la fistule entéro-vésicale était de 2,5 ans. En ce qui concerne les symptômes, plus de deux tiers des malades souffraient d'une pneumaturie ou d'une dysurie. Une fécalurie et une infection urinaire, le plus souvent poly-microbienne, étaient observées chez respectivement un tiers et un quart des malades. L'orifice intestinal de la fistule était l'iléon (64 %), le côlon (21 %), le rectum (8 %) ou de siège multiple (7 %). La cystoscopie permettait de visualiser la fistule chez 45/61 (74 %) malades. Le scanner objectivait la fistule dans 52 % des cas. Les autres examens comprenant coloscopie, urographie intra-veineuse, cystographie rétrograde et lavement baryté ne permettaient de mettre en évidence la fistule que dans moins de 30 % des cas. Une fistule interne était associée à la fistule entéro-vésicale chez 37 (49 %) malades. Au cours de l'évolution, une pyélonéphrite a été observée chez deux malades. Seuls les 71 malades traités de leur fistule entéro-vésicale à la Mayo Clinic ont été analysés pour évaluer l'efficacité du traitement médical ou chirurgical. 66 malades ont eu un traitement chirurgical de première intention. L'indication opératoire reposait sur la seule présence de la fistule entéro-vésicale chez 49 (69 %) malades, et était motivée par la sévérité de l'atteinte digestive chez 17 malades. Une cystectomie partielle a été nécessaire chez 6 (9 %) malades. Trois malades (5 %) ont récidivé sur un suivi moyen de 8 mois. Chez cinq malades, un traitement médical associant, en fonction des cas, une antibiothérapie au long cours, des corticoïdes, de l'azathioprine ou de la ciclosporine, a été tenté de première intention : un malade a été mis en rémission clinique complète et n'a pas présenté de récidive avec un suivi de 1,2 ans ; 4 malades ont dû secondairement être opérés Publication commentée Commentaires Cette étude est particulièrement intéressante dans la mesure où elle constitue la plus grosse expérience actuellement rapportée dans la prise en charge des fistules entéro-vésicales de la maladie de Crohn [3, 4]. Elle est essentiellement descriptive et confirme un certain nombre de points importants concernant les fistules dans la maladie de Crohn. Concernant le diagnostic positif de ces fistules, la réalisation systématique d'une cystoscopie et d'un scanner, comme le recommandent les auteurs, est très contestable. En effet, dans la majorité des cas, le diagnostic est clinique devant l'existence d'une pneumaturie ou d'une fécalurie. En ce qui concerne le scanner abdomino-pelvien, s'il ne semble pas très utile pour le diagnostic positif de fistule urinaire, il est en revanche indispensable pour rechercher la présence d'un abcès associé à la fistule, susceptible d'être drainé par voie percutanée au cours du même examen. Il semble également indispensable de réaliser d'autres examens comme un transit du grêle, un lavement baryté ou mieux, une coloscopie, non pas pour visualiser la fistule entéro-vésicale, mais pour déterminer le segment intestinal concerné par la fistule [6].  Cette étude ne permet pas de répondre à la question principale qui est de savoir si les fistules entéro-vésicales dans la maladie de Crohn relèvent d'un traitement médical ou chirurgical. Elle contribue cependant à faire tomber un argument souvent avancé par les défenseurs de l'attitude chirurgicale qui est le risque élevé d'infection grave à point de départ urinaire. Concernant le traitement médical, comme le soulignent les auteurs, aucune conclusion n'est possible étant donné le faible effectif de malades. Concernant le traitement chirurgical, les résultats rapportés dans ce travail sont excellents, avec en particulier un taux de succès sans récidive de 97 %, très largement supérieur aux taux de 35 à 50 % habituellement rapportés après traitement médical [6-8]. De plus, la morbidité opératoire était faible et, dans la majorité des cas, le geste chirurgical au niveau de l'appareil urinaire était simple et non mutilant. Pour connaître avec exactitude les résultats du traitement chirurgical, il aurait été intéressant d'analyser les résultats dans le sous-groupe de malades chez qui la fistule entéro-vésicale avait constitué de par sa seule présence une indication chirurgicale. En conclusion, cette étude de la Mayo Clinic montre que le traitement chirurgical de première intention des fistules entéro-vésicales dans la maladie de Crohn constitue une attitude qui, si elle peut paraître agressive, n'en est pas moins très efficace à long terme et constitue probablement la meilleure option thérapeutique actuelle. Il est possible que l'émergence de nouveaux traitements médicaux, comme l'infliximab, puisse modifier la prise en charge de cette affection. Cependant, étant donné la faible probabilité qu'une étude contrôlée soit réalisée vu le faible nombre de malades atteint d'une fistule entéro-vésicale au cours de la maladie de Crohn, cette étude devrait constituer la référence des résultats du traitement chirurgical pour l'évaluation des nouvelles thérapeutiques médicales. Crohn - RCH n° 16 - Mars 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/03) Les mutations de Nod2/CARD15 sont associées aux formes sténosantes de la maladie de Crohn
Abreu MT, Taylor KD, Lin YC, Gastroenterology 2002 ; 123 : 679-688 Les manifestations cliniques de la maladie de Crohn sont variées, allant de la sténose du grêle à l'inflammation colique. Ces distinctions peuvent représenter une hétérogénéité génétique, immunologique et microbiologique. Les mutations du gène Nod2, récemment décrites au cours de la MC, pourraient modifier la réponse immunitaire. Les auteurs ont soulevé l'hypothèse que les mutations de Nod2 pouvaient être associées à des phénotypes distincts de maladie de Crohn. Deux cohortes de malades consécutifs adressés à un centre de référence des MICI (N = 142 entre 1993 et 1996 ; N = 59 entre 1999 et 2001) ont été génotypés pour les 3 variants nucléotides rapportés de Nod2 -R675W, G881R et 3020InsC- et ont été phénotypés pour le type de la maladie, la topographie et les marqueurs sériques. L'analyse univariée a montré que les variants de Nod2 au cours de la maladie de Crohn étaient significativement associés à une forme sténosante dans chaque cohorte (P = 0,049 et P = 0,002, respectivement). Quand les deux cohortes étaient analysées simultanément, l'association entre les variants de Nod2 et le type sténosant de la maladie était plus significative (P = 0,001). Ces relations étaient observées à la fois chez les juifs et les non juifs, 46 % des patients avec une forme sténosante portaient au moins un de ces allèles, vs 23 % des patients sans forme sténosante (odds ratio 2,8 ; IC95% 1,6-5,2). L'analyse multivariée montrait une association entre les variants de Nod2 et les formes sténosantes, mais pas avec toutes les atteintes du grêle. Cette étude descriptive des corrélations génotype-phénotype au cours de la maladie de Crohn et du gène Nod2 suggère que des mutations de ce gène contribuent à l'apparition d'une forme fibrosténosante du grêle. Les 5 études actuellement disponibles sous forme d'article in extenso ou de résumés confirment que les variants de Nod2 sont associés à une forme iléale de la maladie de Crohn, la présence d'une sténose et un âge plus jeune d'apparition de la maladie. Crohn - RCH n° 16 - Mars 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/03) Incidence, présentation clinique et localisation au diagnostic des MICI chez l'enfant dans le Nord-Ouest de la France.
Incidence, présentation clinique et localisation au diagnostic des MICI chez l'enfant dans le Nord-Ouest de la France: Résultats du registre EPIMAD (1988-1999). S Auvin, D Turck : Clinique de Pédiatrie, Hôpital Jeanne de Flandre, Lille F Molinie, C Gower-Rousseau, B Grandbastien, R Mart, JL Salomez, Service D' Epidémiologie et de Santé Publique, Hôpital Calmette, Lille F Brazier, Services de Gastroentérologie, Hôpital Nord, Amiens V Merle, E Lerebours, Hôpital Charles Nicolle,Rouen JL Dupas, CHU Nord, Marseille JF Colombel, A Cortot, Hôpital Huriez, Lille Les données épidémiologiques concernant les MICI sont peu nombreuses chez l'enfant. But de l'étude 1) Préciser l'incidence, la présentation clinique et la localisation au diagnostic des MICI chez l'enfant de moins de 17 ans dans le nord-ouest de la France de 1988 à 1999 grâce au registre EPIMAD ; 2) comparer les caractéristiques des MICI au diagnostic chez l'enfant et chez l'adulte. Patients et méthodes Depuis le 1er janvier 1998, tout patient demeurant dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme ou la Seine-Maritime (5 790 526 habitants) et présentant des symptômes compatibles avec une MICI est déclaré par chaque gastroentérologue (GE) (n = 238) au registre EPIMAD. Les taux d'incidence pédiatrique (âge < 17 ans) ont pris en compte les formes certaines et probables de maladie de Crohn (MC), rectocolite hémorragique (RCH) et colite chronique inclassable (CCI). Résultats Entre 1988 et 1999, 509 cas de MICI ont été rapportés chez l'enfant de moins de 17 ans (7,2 % des MICI), dont : MC (72 %), RCH (24 %) et CCI (4 %). La proportion de MC était plus élevée chez l'enfant (72 %) que chez l'adulte (57 %) (p < 0,001). L'incidence moyenne standardisée des MICI était de 3,1/105 (95 % IC : 2,9-3,4) pour les MICI, dont 2,3/105 (2,0-2,5) pour la MC, 0,8/105 (0,6-0,9) pour la RCH et 0,12/105 (0,07-0,18) pour la CCI. Les antécédents familiaux de MICI étaient plus fréquents chez l'enfant que chez l'adulte pour la MC (13,1 % contre 9,3 % ; p = 0,02) et la RCH (8,2 % contre 4,0 % ; p = 0,02). Le sex ratio (F/G) au cours de la MC était plus faible chez l'enfant que chez l'adulte (0,4 contre 1,3 : p = 0,0002), contrairement à la RCH (1,4 contre 0,8 ; p = 0,001). Chez l'enfant atteint de MC, l'amaigrissement (70 %), la fièvre (38 %), les symptômes extra-digestifs (21 %) et les lésions anales (26 %) étaient plus fréquemment observés que chez l'adulte (p < 0,002). La localisation de la MC au diagnostic était moins fréquemment limitée au côlon chez l'enfant que chez l'adulte (10 % contre 20 % ; p = 0,001), contrairement à l'atteinte du grêle et du côlon (71 % contre 60 % ; p = 0,0001). La localisation de la RCH au diagnostic était moins fréquemment limitée au rectum chez l'enfant que chez l'adulte (11 % contre 31 % ; p < 0,001), contrairement à l'atteinte pancolique (32 % contre 18 % ; p = 0,005). L'incidence de la MC chez l'enfant augmentait de 2,1 à 2,6/105 (+ 20 %) entre 1988-90 et 1997-99 (p = 0,2), alors que l'incidence de la RCH restait stable à 0,8/105. Il n'y a pas eu de changement significatif de la localisation, des symptômes cliniques et du type d'investigations para-cliniques au cours de la période d'étude, tant pour la MC que pour la RCH. Conclusion L'incidence de la MC est forte chez l'enfant dans le nord-ouest de la France, analogue à celle des pays d'Europe du Nord, à l'inverse de la RCH. L'incidence de la MC pédiatrique tend à augmenter de 1988-90 à 1997-99. Gastroentérologie Clinique et biologique © Masson, Paris, 2003
(2003/03) Épidémiologie et histoire naturelle des MICI (accés libre)
Dr Eric Lerebours, Dr Guillaume Savoye, Dr Claire Guedon Service d'Hépato-Gastroentérologie et de Nutrition, Hôpital Charles Nicolle de Rouen Groupe ADEN Épidémiologie Épidémiologie descriptive Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), maladie de Crohn (MC) et rectocolite hémorragique (RCH), sont des affections rares, mais non exceptionnelles. Leur incidence varie de manière importante selon les pays [1] ; elle est plus élevée dans les pays du nord de l'Europe et en Amérique du Nord. L'incidence de la MC est habituellement plus faible que celle de la RCH. La France et la Belgique sont les deux seuls pays où l'incidence de la MC est supérieure à celle de la RCH. En France, les données du registre EPIMAD des MICI dans le nord-ouest de la France montrent une incidence standardisée moyenne annuelle de la MC de 5,6/100 000, alors que celle de la RCH est de 3,7/100000 [2], [3]. Le sex-ratio diffère entre les deux affections. La MC est plus fréquente chez la femme (6,2 X 106) que chez l'homme (5,1 X 106), alors que la RCH est plus fréquente chez l'homme (4,3 X 106) que chez la femme (3,2 X 106)(figures 1) et(2)). L'incidence est maximale entre 20 et 29 ans pour la MC et entre 20 et 39 ans pour la RCH avec un profil d'incidence en fonction de l'âge et du sexe très différent entre les 2 affections. Le pic d'incidence de la MC se situe entre 20 et 29 ans, de manière similaire dans les 2 sexes, inversement l'incidence de la RCH augmente dans les 2 sexes jusqu'à un pic situé entre 20 et 29 ans, mais l'incidence diminue ensuite rapidement chez les femmes, alors qu'elle reste relativement élevée jusqu'à la soixantaine chez l'homme(figures 1) et(2)). Il est classique d'admettre que, après une période de forte augmentation à partir des années 50, l'incidence des MICI a tendance à croître de manière plus lente, voire à se stabiliser depuis les années 80 dans les pays développés, alors que l'incidence continue à augmenter fortement dans les pays moins développés ayant initialement une incidence faible [1], [4][5][6]. L'augmentation du risque de MICI pour les Asiatiques migrant en Europe et inversement la diminution du risque chez les Européens migrant dans ces pays sont en faveur de l'existence de facteurs environnementaux dans la pathogénie des MICI [7]. Les données récentes du registre EPIMAD [3], sur une période de 12 ans, montrent une évolution opposée entre la MC, dont l'incidence a augmenté de 5,1 X 106 en 1988 – 1990 à 5,9 X 106 en 1997-1999, et la RCH dont l'incidence a inversement diminué pendant la même période de 4,2 à 2,8 X 106. Une telle évolution de l'incidence de la RCH a déjà été décrite aux États-Unis et au Danemark [8](figures 3) et(4)). Certaines études font état d'une forte augmentation de l'incidence des formes pédiatriques de MC. Il reste cependant à confirmer que cette évolution correspond à une réelle augmentation de l'incidence de la MC chez l'enfant et non pas à un diagnostic plus précoce de la maladie. L'évolution de la topographie des lésions intestinales au cours des dernières décennies fait l'objet de controverses. Dans l'étude EPIMAD, entre la période 1988-1990 et la période 1997-1999, le pourcentage des formes iléo-coliques de MC a augmenté de 52 à 66 % aux dépens des formes coliques (26 vs 13 %), alors que le pourcentage de formes iléales pures est restée stable [3]. Inversement, dans une étude suédoise, portant sur une période plus longue et plus ancienne allant de 1955 à 1989, le pourcentage des formes coliques a augmenté de 15 à 32 % et le pourcentage des formes iléocoliques a diminué de 58 à 41 % [5]. Il est possible que ces résultats discordants traduisent une modification non homogène dans le temps de la répartition topographique des lésions de MC. Pour la RCH, la répartition topographique des lésions est globalement la suivante : 50 % de formes coliques gauches, 15 % de formes pancoliques et 30 % de proctites. Dans l'étude EPIMAD [3], il semble exister une diminution du pourcentage des formes coliques gauches qui est passé de 58 à 52 % en 2 ans, au profit des formes pancoliques (12-20 %), alors que le pourcentage de proctites est resté globalement stable (30 %). Une augmentation de l'incidence des formes pancoliques a également été rapportée aux USA [8]. Épidémiologie causale La physiopathologie des MICI reste encore mal connue, faisant intervenir des facteurs génétiques, des anomalies de la réponse immune et inflammatoire et des facteurs d'environnement. Parmi ces derniers, seul l'effet du tabac est actuellement bien démontré, alors que le rôle de l'alimentation, des infections néonatales et des vaccinations semble pouvoir être écarté [9]. Le tabac a un effet protecteur au cours de la RCH et, inversement, il augmente le risque de MC colique et la sévérité évolutive de l'affection [10]. L'arrêt du tabac supprime le risque évolutif au cours de la MC [11]. Plusieurs études concordantes démontrent que l'appendicectomie a un effet “protecteur” vis-à-vis de la RCH en réduisant le risque de 70 % environ. Cet effet “protecteur” ne s'observe que chez les malades opérés avant l'âge de 20 ans pour une authentique appendicite [12]. L'effet bénéfique de l'appendicectomie sur le cours évolutif d'une RCH déjà diagnostiquée n'est pas démontré, mais des observations privilégiées suggèrent qu'une appendicectomie pourrait permettre d'obtenir une amélioration de l'évolution dans les formes sévères de RCH résistant au traitement [13]. Histoire naturelle L'évolution des MICI est habituellement imprévisible ; elle fait alterner des périodes de rémission, des poussées évolutives de gravité variable et des périodes d'évolution chronique active [14]. Il est important pour décider d'une stratégie thérapeutique et informer au mieux le patient de pouvoir prendre en compte le pronostic spontané, c'est-à-dire la véritable histoire naturelle de la maladie, la place des traitements et, notamment, de la chirurgie, le risque de cancer et l'espérance de vie. La très grande majorité des études consacrées à l'histoire naturelle des MICI s'est intéressée à la maladie de Crohn, la possibilité de “guérir” par la chirurgie les patients atteints de RCH expliquant probablement en partie le moindre intérêt pour l'étude de l'histoire naturelle de la RCH, mis à part le problème spécifique du cancer compliquant les MICI. Cours évolutif de la maladie L'évaluation de l'histoire naturelle spontanée des MICI est difficile à appréhender. En effet, les études publiées par des centres de référence sont généralement biaisées par le recrutement des formes les plus sévères. Seules les études de populations permettent d'évaluer réellement le pronostic de la maladie. L'histoire naturelle peut être indirectement évaluée par l'étude des malades des groupes “placebo” des études randomisées contrôlées. Au cours de la MC, 26 % des malades inclus en phase active de la maladie sont en rémission à 16 semaines et 18 et 0 % d'entre eux le restent à 1 et 2 ans. La probabilité pour un malade inclus en rémission dans le groupe “placebo” de le rester après 1 et 2 ans de suivi est respectivement de 64 et 40 % [14]. Dans l'ensemble des études du GETAID menées sur la prévention des rechutes de la MC avec un suivi moyen de 25 mois, la probabilité de maintien spontané en rémission est de 60 % à 12 mois et de 53 % à 18 mois, le délai médian de rechute étant de 21 mois après l'inclusion [15]. L'étude de Copenhague, basée sur le suivi d'une cohorte de malades pendant plus de 20 ans, élimine ces biais de recrutement et précise la place de la rémission dans l'histoire naturelle de la MC [16], [17]. Si 80 % des malades ont une MC active au moment du diagnostic, dans les années suivantes, un pourcentage relativement fixe de 55 % des malades est en rémission clinique, 15 % ont une activité faible et 30 % une activité forte de la maladie. Vingt à 30 % des malades peuvent espérer entrer en rémission chaque année pendant les 10 années suivantes, c'est-à-dire que la moitié des malades peut espérer avoir une année entière sans activité de la maladie pendant les trois années suivantes. Cette probabilité est assez stable pendant les 10 premières années d'évolution de la maladie. L'état du malade, à un moment donné, influence très fortement le profil évolutif de l'année suivante. Soixante-dix à 80 % des malades avec une MC active auront une maladie toujours active l'année suivante, et inversement, 80 % des malades en rémission le resteront l'année suivante. Néanmoins, le profil évolutif de la maladie tend à devenir moins sévère avec le temps. Si 80 % des patients ont une maladie active pendant la première année après le diagnostic, ce pourcentage n'est plus que de 30 % à un an. Le pronostic de la MC dans l'étude de Copenhague est nettement dépendant du profil évolutif pendant les premières années [16]. En effet, si on considère les 8 premières années suivant le diagnostic, l'évolutivité durant les 3 premières années influence directement le profil évolutif des 5 années suivantes. Globalement, pendant cette période de 5 ans, 25 % des malades ont une maladie de Crohn active de manière permanente, 22 % sont en rémission et 53 % ont une forme chronique active intermittente. La probabilité d'être en rémission est respectivement de 44 %, 24 % ou 5 %, selon que le patient avait pendant les 3 premières années une maladie active pendant 1 an, 2 ans ou active en permanence. L'étude du comté d'Omlsedt donne des résultats comparables [6]. Les malades atteints de MC avaient pendant 24 % du temps une évolution modérée, pendant 27 % du temps une évolution sévère répondant aux traitements, dans 1 % du temps une forme dépendante des traitements et pendant 2 % du temps une forme résistante aux traitements. Ils étaient pendant 41 % du temps en rémission postchirurgicale. Dans la même population, 13 % des malades avaient une évolution sans rémission, 73 % une forme intermittente et 10 % étaient considérés “guéris”. Quarante-trois pour cent des malades recevaient un jour ou l'autre des corticoïdes ; chaque année, environ 10 % des malades étaient traités soit par des corticoïdes, soit par des immunosuppresseurs, et 30 % par des dérivés du 5-ASA. Malheureusement, dans l'état actuel des connaissances, aucun test ne permet de prédire la survenue à court ou moyen terme d'une poussée évolutive. Les index composites intégrant diverses variables biologiques sont globalement d'un intérêt limité. Une des avancées importantes dans l'analyse de l'histoire naturelle des MICI a été l'individualisation, sur le plan évolutif, de trois phénotypes principaux : les formes fibrosantes et sténosantes, les formes perforatives et fistulisantes et les formes inflammatoires [18]. La répartition des 3 phénotypes varie selon les études et le mode de sélection des malades : étude de population ou recrutement dans un centre de référence. Dans l'étude du John Hopkins Hospital portant sur 552 malades, 43 % avaient une forme inflammatoire, 37 % une forme sténosante et 20 % une forme perforative [19]. Il existait une corrélation entre jeune âge au moment du diagnostic (< 20 ans), atteinte iléale, forme sténosante, fréquence élevée de forme familiale de MICI et recours à la chirurgie [19] Plusieurs études suggèrent que pour un malade donné, le phénotype évolutif reste stable et qu'en cas de récidive postopératoire, celle-ci se fait sur le même mode évolutif. De même, des études ont suggéré une relative stabilité de la topographie des lésions. Dans l'étude de Lapidus [20], 24 % des malades ayant une atteinte initialement colique ont eu une extension des lésions sur le grêle, ce pourcentage étant logiquement plus élevé chez les malades opérés (37 %), avec une évolutivité a priori plus sévère par rapport aux malades non opérés (11 %). Néanmoins, des études ultérieures ont montré que, si la localisation de la maladie restait globalement fixe dans le temps, moins de 15 % de changement de localisation à 10 ans, en revanche, le profil évolutif était beaucoup moins stable [21]. Dans près de 50 % des cas, le profil phénotypique se modifie, les changements les plus fréquents étant le passage d'une forme inflammatoire à une forme sténosante ou fibrosante (27 % dans un délai médian de 5,5 ans) ou à une forme pénétrante (29,4 % dans un délai de 6 ans) [21]. Ce changement phénotypique semble être un phénomène relativement stable au cours du temps, 25 à 33 % des formes inflammatoires devenant sténosantes ou perforatives tous les 5 ans. Ce résultat, s'il était confirmé par une étude sur le pronostic à très long terme, implique que, avec un recul suffisant, toutes les MC évolueraient vers une forme sténosante ou pénétrante [21]. Cette hypothèse est à rapprocher des résultats obtenus par l'équipe de l'hôpital Rothschild qui a montré que le taux actuariel à 20 ans de formes inflammatoires, sténosantes et pénétrantes étaient respectivement de 12, 18 et 70 % [22]. Cette instabilité phénotypique de la MC est importante à prendre en compte dans les études de corrélation phénotype-génotype. Des études récentes ont montré de manière assez concordante que la présence de mutations du gène CARD15 était associée à un âge plus jeune au moment du diagnostic et à une localisation iléale de la MC [23][24][25] et à un profil de type fibrosant et sténosant [23], [25], [26], ce résultat n'étant pas retrouvé par Ahmad et al.[24]. L'histoire naturelle des formes fistulisantes de MC a fait l'objet de peu de travaux. Dans les 2 études de population [27], [28], l'incidence cumulée de fistules péri-anales était de 25 % environ après 20 ans de suivi. La survenue d'une fistule est un événement habituellement précoce dans l'histoire naturelle de la MC, puisque la fistule survient dans près de la moitié des cas dans le mois [27] ou les 6 mois [28] précédant ou suivant le diagnostic. Contrairement aux données des études thérapeutiques publiées basées sur des populations sélectionnées dans des centres de référence, la majorité (66 %) des patients n'a qu'un seul épisode de fistule [27]. Les études concernant l'histoire naturelle de la RCH sont moins nombreuses et généralement plus anciennes, en dehors des études concernant la survenue de cancer. Le risque d'extension des proctites en formes pancoliques est de 30 % à 12 ans et de 30 à 50 % pour les formes distales. Le plus souvent, la maladie évolue sur un mode intermittent, avec une alternance de poussée et de rémission [29]. La probabilité de survenue d'une poussée évolutive diminue avec le temps, passant de 50 % dans la première année après le diagnostic, à 10-15 % après 15 ans d'évolution. Parallèlement, le pourcentage de formes chroniques active diminue avec le temps, une majorité de ces patients est opérée. Place de la chirurgie dans l'histoire naturelle La place et le rôle de la chirurgie dans l'histoire naturelle des MICI sont particulièrement importantes à prendre en compte dans la MC, compte tenu du fait que, à la différence de la RCH, il n'est pas possible d'espérer “guérir” le malade par la chirurgie qui est associée à un risque élevé de récidive postopératoire. Globalement, près de 70 à 80 % des malades atteints de MC seront opérés à un moment ou l'autre. Le recours à la chirurgie dans la MC varie considérablement selon les études en fonction du type de malades inclus, de la durée du suivi et de l'ancienneté de la publication. Parallèlement à l'amélioration de la prise en charge médicale, le recours à la chirurgie a diminué au cours de la poussée initiale, en revanche le pourcentage de malades opérés au cours des années ultérieures n'a pas diminué. Dans une étude de 507 malades atteints d'une forme colique pure, l'équipe de R Löfberg a noté une réduction du recours à une chirurgie majeure lors du diagnostic, de 1955 (24 %) à 1999 (14 %) [20]. Inversement, la probabilité d'avoir recours à une chirurgie majeure après un délai de 10 ans n'a pas changé pendant la même période (49 vs 47 %), ce risque étant accru (RR 1,7) dans les formes fistulisantes et réduit dans les formes coliques gauches (RR 0,6). Le risque cumulatif d'avoir une iléostomie définitive était respectivement de 16 %, 25 % et 38 % dans un délai de 5, 10 et 25 ans après le diagnostic [20]. La fréquence de la récidive postopératoire dépend du critère retenu pour définir la récidive : récidive endoscopique dépistée par une endoscopie systématique, récidive clinique ou récidive chirurgicale en ne prenant en compte que les malades réopérés. La récidive endoscopique est très fréquente, survenant dans plus de 50 % des cas à 3 mois et dans 70 à 90 % des cas à 10 ans. La sévérité de la récidive endoscopique est prédictive de la survenue d'une récidive clinique. Une récidive clinique survient dans 30 à 55 % des cas à 5 ans et 50 à 70 % des cas à 10 ans. La récidive “chirurgicale”, imposant une nouvelle intervention, est beaucoup moins fréquente survenant dans environ 30 % des cas à 5 ans et 40 % à 10 ans. De très nombreux travaux ont essayé de rechercher des facteurs prédictifs de récidive postopératoire. Le rôle néfaste du tabac est parfaitement bien établi. Le taux de récidive clinique est plus élevé chez les fumeurs (64 %) que chez les ex-fumeurs (32 %) et les non-fumeurs (43 %), il en est de même pour le recours à une seconde intervention (25 % vs 11 et 9 %) [28]. Certaines études démontrent que le risque de récidive est plus élevé en cas d'intervention pour une forme perforante, mais ce résultat n'est pas trouvé dans d'autres études [30]. En revanche, en cas d'intervention pour une complication perforative, la récidive se fera selon le même phénotype évolutif. L'influence du siège des lésions et de la durée d'évolution sur le risque et le délai de la récidive reste également controversé. La corrélation entre la durée d'évolution préopératoire et le risque de récidive est selon les études positive ou négative. Les études de corrélation génotype-phénotype postopératoire ont montré que le risque de récidive après résection d'une sténose iléale n'est pas influencé par l'existence de mutations du gène CARD15 [24]. Risque de cancer et espérance de vie Le risque de survenue de cancer a fait l'objet de très nombreuses études avec des résultats parfois contradictoires [31], [32]. Globalement, le risque de cancer est plus élevé au cours de la RCH que de la MC, mais il est similaire si on compare uniquement la MC colique à la RCH. Une méta-analyse récente a confirmé la réalité du risque de cancer colorectal associé à la RCH et en a précisé l'ampleur [33]. La probabilité cumulée de survenue d'un cancer est de 2 % après 10 ans d'évolution, 8 % après 20 ans et 18 % après 30 ans. L'incidence du cancer colorectal ne semble pas avoir augmenté chez les patients atteints de RCH au cours des dernières décennies. Le risque de cancer colorectal est significativement plus élevé chez les malades ayant une cholangite sclérosante associée à la RCH, sans que le mécanisme physiopathologique expliquant cette association ne soit connu [34]. De manière apparemment paradoxale, la méta-analyse de Eaden montre une corrélation positive entre le taux de colectomie et l'incidence du CCR sur RCH, alors qu'on aurait pu espérer qu'une approche plus chirurgicale de la maladie limiterait le risque de développement de CCR [33]. Ce résultat pourrait s'expliquer par, outre un biais de sélection, une politique de surveillance et de dépistage plus stricte et donc une découverte plus fréquente de cancer par les équipes qui ont l'attitude la plus radicalement chirurgicale [33]. La réduction du risque de cancer colorectal par la prescription de dérivés salicylés, démontrée dans certaines études, doit être confirmée par des études de cohorte ou mieux par des études prospectives. L'espérance de vie des malades atteints de MC est selon les études soit normale, soit légèrement diminuée par rapport à celle d'une population témoin [8][32][35][36], alors que l'espérance de vie semble normale au cours de la RCH. Au cours de la MC, l'excès de mortalité est observé à la fois pendant les premières années d'évolution des formes sévères de MC et chez les sujets âgés ayant une MC ancienne. Dans le premier cas, la mortalité est liée aux complications infectieuses et postopératoires, alors que chez les sujets plus âgés, l'incidence accrue de cancer du côlon et du grêle explique la surmotalité. L'étude d'une cohorte danoise de 374 malades avec un recul moyen de 17 ans a montré que la surmortalié était observée préférentiellement chez les femmes âgées de plus de 50 ans ou avec une MC évoluant depuis plus de 20 ans [36]. Les décès non liés à la MC sont dus à des causes infectieuses ou digestives. De manière surprenante, il n'y a pas dans cette étude de surmortalité de cause respiratoire, alors que dans l'étude italienne menée à Florence, l'association opposée avec le tabac expliquait une augmentation d'un facteur 3 et une diminution d'un facteur 5 respectivement du risque de cancer du poumon chez les patients atteints de RCH et de MC [35]. Globalement, les malades atteints de MICI peuvent, malgré une qualité de vie altérée, mener une vie proche de la normale [14], même s'ils présentent une morbidité accrue, notamment sur le plan osseux avec une augmentation de 40 % de l'incidence des fractures [37]. En conclusion, des progrès importants ont été réalisés au cours des dernières années dans l'étude de l'épidémiologie et de l'histoire naturelle des MICI. Ces résultats ouvrent des perspectives prometteuses pour améliorer notre compréhension de la physiopathologie des MICI et la mise au point de nouvelles stratégies thérapeutiques. Gastroentérologie Clinique et biologique © Masson, Paris, 2003 Références: [1] Shivananda S, Lennard-Jones J, Logan R, Fear N, Price A, Carpenter L et al. Incidence of inflammatory bowel disease across Europe: is there a difference between North and South? Results of the European Collaborative Study on Inflammatory Bowel Disease (EC-IBD). Gut 1996;39:690-7. [2] Gower-Rousseau C, Salomez JL, Dupas JL, Marti R, Nuttens MC, Votte A et al. Incidence of inflammatory bowel disease in northern France (1988-1990). Gut 1994;35:1433-8. [3] Registre EPIMAD. Evolution de l'incidence de la maladie de Crohn et de la Rectocolite hémorragique (1988-1999) dans le nord de la France. Résultats non publiés. [4] Logan RF. Inflammatory bowel disease incidence: up, down or unchanged? Gut 1998;42:309-11. [5] Lapidus A, Bernell O, Hellers G, Persson PG, Lofberg R. Incidence of Crohn's disease in Stockholm County 1955-1989. Gut 1997;41:480-6. [6] Loftus EV Jr, Schoenfeld P, Sandborn WJ. 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Mortality and causes of death in Crohn's disease: follow-up of a population-based cohort in Copenhagen County, Denmark. Gastroenterology 2002;122: 1808-14. [37] Bernstein CN, Blanchard JF, Leslie W, Wajda A, Yu BN. The incidence of fracture among patients with inflammatory bowel disease. A population-based cohort study. Ann Intern Med 2000;133:795-9. Figure 1. Incidence de la maladie de Crohn par âge et par sexe dans le nord-ouest de la France (adapté de réf. 3). Figure 2. Incidence de la rectocolite hémorragique par âge et par sexe dans le nord-ouest de la France (adapté de réf. 3). Figure 3. Évolution de l'incidence de la maladie de Crohn (adapté des références 3, 6 et 8). Figure 4. Évolution de l'incidence de rectocolite hémorragique (adapté des références 3, 6 et 8).
(2003/06) Conseils à un malade porteur de MICI partant à l'étranger
Pr Eric Lerebours, Service de gastro-Entérologie, Hôpital Charles Nicolle Rouen Le fait d'être atteint d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) ne doit pas être une limitation à voyager à l'étranger. Certaines recommandations peuvent néanmoins être faites concernant : Le choix du moment du départ et du lieu de destination : Dans la mesure du possible, il est préférable d'éviter de partir à l'étranger lorsque la maladie est mal contrôlée par le traitement ou à fort risque de récidive : poussée évolutive sévère traitée par corticoïdes, période postopératoire précoce… Dans ces circonstances, il faut certainement éviter de partir dans des pays à faible niveau de développement sanitaire ou dans des conditions de voyage où une prise en charge médicale serait difficile : trekking au fin fond du Népal ou traversée du Sahara à dos de chameau, par exemple…! En revanche, lorsque la maladie est bien contrôlée avec ou sans traitement, il n'y a aucune limitation à un voyage à l'étranger. Emporter avec soi le traitement nécessaire pour la durée du séjour afin de ne pas se trouver à court de médicaments. Une précaution supplémentaire pour les voyages en avion : garder ses médicaments dans ses bagages à mains et éviter de les mettre dans les bagages en soute. Les bagages peuvent s'égarer, voire disparaître …! En cas de séjour prolongé, il peut être prudent de connaître la dénomination internationale des médicaments. En effet, les médicaments n'ont pas le même nom dans tous les pays, par exemple azathioprine pour Imurel®, mésalazine pour Pentasa®. Cette précaution permettra de pouvoir demander à un médecin local de represcrire le traitement si les stocks sont insuffisants ou en cas de perte du médicament. Vaccination : il n'y a aucune contre indication à la vaccination chez les patients porteurs de maladie inflammatoire chronique de l'intestin, en dehors du cas particulier des patients traités par immunosuppresseurs (Imurel®, Purinéthol®, Méthotrexate®, traitement "d'entretien" par Rémicade®) pour lesquels les vaccins vivants atténués sont contre indiqués, c'est le cas en particulier de la fièvre jaune. Il est important de se préoccuper suffisamment tôt de la mise à jour des vaccinations. Chez les patients porteurs de MICI, il est fortement conseillé de réaliser une vaccination contre l'hépatite A en cas de voyage en pays en voie de développement. Les recommandations concernant les vaccinations peuvent être obtenues sur le site "Santé Voyages" du CHU de Rouen. Prévention du paludisme : aucune contre indication à l'utilisation des médicaments pour prévenir le paludisme. Le schéma thérapeutique dépend de la zone de voyage. Les recommandations de l'OMS peuvent également être obtenues sur le site du CHU de Rouen. La turista : la diarrhée survient le plus fréquemment 3 à 5 jours après l'arrivée et disparaît spontanément en quelques jours. Il peut exister un deuxième pic de fréquence vers le 10e jour. L'Amérique Latine, l'Afrique et l'Asie du sud-est sont des zones à haut risque. La cause de la turista est essentiellement infectieuse. Le risque n'est pas augmenté en cas de MICI, mais la symptomatologie peut être plus bruyante et invalidante, gênant le patient lors de son séjour. La prévention repose sur le respect d'un certain nombre de règles élémentaires d'hygiène alimentaire : peler les fruits, éviter les crudités, cuire les aliments à plus de 65°, ne boire que des boissons encapsulées ou bouillies. Il peut être utile de demander à son médecin traitant de prescrire avant le départ un anti-diarrhéïque (Tiorfan®) et éventuellement un antibiotique à visée intestinale de la famille des quinolones (Noroxine®, Oflocet®, Ciflox®). La prise d'antibiotiques ne doit pas être systématique en cas de diarrhée, mais uniquement si celle-ci persiste. Se méfier néanmoins des possibles phénomènes de photosensibilisation avec ces médicaments responsables de "coup de soleil". Prévoir systématiquement une assurance annulation et une assurance rapatriement (1). Certaines cartes de paiement comprennent ce type d'assurance, se renseigner auprès de sa banque et de l'agence de voyages. Cette longue énumération de précautions ne doit pas vous empêcher de partir si vous en avez le souhait et les moyens. Bon voyage !!! Lettre de l'afa n°21 - Juin 2003 1. Vérifier qu'il n'existe pas de critères d'exclusion. C'est souvent le cas des maladies chroniques. 2. Demander à l'afa le passeport EFCCA qui donne un certain nombre d'informations sur le malade et sa maladie. 3. Demander à l'afa, quand elle existe, la brochure "La maladie de Crohn, la RCH et le tourisme (Royaume-Uni, Espagne)".
(2003/06) Les complications urinaires de la maladie de Crohn
Dr Philippe Tellier,
Les complications urinaires ne sont pas exceptionnelles au cours de la maladie de Crohn. Elles posent des problèmes diagnostiques et des dilemmes thérapeutiques qui méritent d’être rappelés au travers des résultats d’une étude rétrospective. Celle-ci a inclus au total 312 observations de sujets atteints de cette maladie, recueillies en l’espace de 15 années. Les données cliniques et radiologiques ont été systématiquement passées en revue. La cystite est le trouble le plus courant, puisqu’elle a été observée chez 51 malades. Dans ce cas, l’hospitalisation est une éventualité exceptionnelle et le traitement peut s’effectuer en ambulatoire.
Les complications urinaires qui ont nécessité une hospitalisation sont en fait au nombre de 22. Dans 6 cas, il existait une fistule iléo-vésicale (FIV) avec participation colique chez un malade. Dans un autre cas, la fistule a échappé aux examens radiologiques et endoscopiques. Elle n’a été confirmée qu’à l’intervention chirurgicale, laquelle s’est imposée dans tous les cas de FIV.
Chez 4 des malades hospitalisés, le tableau était celui d’une obstruction urétérale compliquée d’hydronéphrose : dans 3 cas, un traitement conservateur a été possible, mais, chez un malade, le segment iléal atteint a dû être réséqué. Chez 4 autres malades, la complication était un abcès rétropéritonéal à l’origine de symptômes urinaires. Dans 12 cas, il existait une lithiase rénale droite développée dans le cadre d’une maladie de Crohn évoluant de longue date : dans ce cas de figure, une résection iléale avait été nécessaire dans le passé.
La plupart des complications graves ont concerné des sujets de sexe masculin, alors que la majorité de la population étudiée (70 %) se compose de femmes. Dans l’ensemble, la maladie de Crohn se complique fréquemment de localisations urologiques volontiers préoccupantes et, dans son suivi, il convient d’avoir cette éventualité présente à l’esprit.
Journal International de Médecine 2003
Ben-Ami H et coll. : “Diagnosis and treatment of urinary tract complications in Crohn’s disease : an experience over 15 years.” Can J Gastroenterol 2002; 16: 225-229. Copyright Sanofi-Synthelabo France 2003.
(2003/07) L'infliximab (Remicade®) n'est pas efficace dans le traitement de RCH modérément active corticorésistante
C S J Probert, S D Hearing, S Schreiber, T Kühbacher, S Ghosh, I D R Arnott, and A Forbes. infliximab in moderately severe glucocorticoid resistant ulcerative colitis: a randomised controlled trial. Traduit par CdlS, afa Résumé Contexte : la production de Tumor Necrosis Factor (TNF) est augmentée dans la muqueuse de patients souffrant de recto-colite hémoragiqure active. L'intérêt de l'infliximab a été démontré dans le cadre de la maladie de Crohn. Nous avons recherché son efficacité dans celui de la recto-colite hémorragique. Méthodologie : nous avons conduit un essai randomisé contrôlé contre placebo de l'infliximab (5 mg/kg) dans le traitement de recto-colite hémorragique corticorésistante. Les perfusions ont été administrées aux semaines 0 et 2. L'activité de la maladie et la qualité de vie ont été relevées sur un suivi de 8 semaines. La rémission était définie par un Ulcerative Colitis Symptom Score (UCSS) de 2 et / ou un score de Baron de 0 à la semaine 6. Aux patients qui n'étaient pas en rémission, était proposé alors un traitement ouvert d'infliximab à 10 mg/kg suivi d'un réexamen 2 semaines plus tard. Résultats : Au bout de 2 semaines, la différence entre les groupes infliximab et placebo n'était pas statistiquement significative avec une proportion de patients ayant un score de Baron de 0 égale à 13 % (3/23) vs 5 % (1/19) (95 % intervalle de confiance (CI) - 9 % à 24 %); p=0.74). Au bout de 6 semaines, les taux de rémissions (UCSS 2) étaient de 39 % (9/23) vs 30 % (6/20) (95% CI -19 à 34%; p=0.76). L'amélioration médiane de l'UCSS était de 3 pour le groupe infliximab et 2.5 pour le groupe placebo (p=0.82, U test Mann-Whitney). Le score de Baron de 0 était semblable dans chaque groupe (26 % (6/23) vs 30 % (6/20) (9 5% CI -30% to 23%); p=0.96). L'amélioration de l'IBDQ et de l'EurQoL n'était pas significativement différente d'un groupe à l'autre (p=0.22 et 0.3, respectivement, U test Mann-Whitney). Vingt patients éligibles ont reçu des perfusions ouvertement étiquetés. La rémission a été obtenue chez 3/11 (27 %) des patients qui avaient été traitées auparavant à l'infliximab et chez 1/9 (11%) de ceux qui l'avaient été par un placebo. Conclusion : Ces résultats ne sont pas en faveur de l'utilisation de l'infliximab dans le traitement de recto-colite hémorragique modérément active corticorésistante Gut OnLine 2003;52:998-1002
(2003/08) Tabac, RCH et manifestations extra-intestinales
Pr Laurent Beaugerie, Service de Gastro-Entérologie et Nutrition, Hôpital Saint-Antoine Paris. Pr Franck Carbonnel, Service de Gastro-Entérologie, CHU Besançon. Pr Pierre Desreumaux, Service de Gastro-Entérologie, CHU Lille. Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis Paris Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Orlando, 18 au 21 mai 2003 Le tabac et l'appendicectomie ont un rôle protecteur au cours de la RCH. L'étude italienne de D'Arienzo et al (28) remet en cause cette affirmation en montrant que le tabac et l'appendicectomie augmentent le risque de manifestations extra-intestinales cutanées et articulaires de la maladie. Cinq cent trente cinq patients atteints de RCH dont 120 fumeurs (22 %) et 50 appendicectomisés (9 %) ont été suivis pendant 11 ans. La prévalence globale des manifestations extra-intestinales de la maladie était de 25 % (137/535). Les manifestations extra-intestinales articulaires et cutanées étaient significativement plus fréquentes chez les fumeurs (risque relatif, RR=2,2) et chez les patients appendicectomisés (RR=1,8) avec un risque relatif de 3,2 chez les patients cumulant ces 2 facteurs. Aucune association n'était mise en évidence pour les autres manifestations extra-intestinales de la maladie, oculaire (uvéite) ou hépatique (cholangite sclérosante). MICI n°54 - Août 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2003/08) Flore bactérienne et immunité innée : récepteurs Toll et NOD
Pr Laurent Beaugerie, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Antoine Paris. Pr Franck Carbonnel, Service de Gastro-Entérologie, CHU Besançon. Pr Pierre Desreumaux, Service de Gastro-Entérologie, CHULille. Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis Paris. Les MICI à la Digestive Disease Week (AGA), Orlando, 18 au 21 mai 2003 L'étude du rôle des bactéries pathogènes et commensale sur la physiologie intestinale est devenue un axe majeur de recherche au cours des MICI. Plusieurs cibles correspondant à des récepteurs pour les bactéries, appartenant à la famille des Toll (TLR) ou des NODs, sont susceptibles de jouer un rôle important. Ces nouvelles familles de récepteurs pourraient, notamment, expliquer l'effet bénéfique des probiotiques et, inversement, comment la flore intestinale peut induire une inflammation intestinale au cours des MICI. Plus de 10 TLR sont déjà identifiés. Parmi eux, le TLR-2 reconnaît essentiellement les bactéries à gram positif alors que TLR-4 est activé par le LPS des bactéries à gram négatif. Parmi les NOD, NOD1 est un récepteur pour les bactéries à gram positif alors que NOD2 reconnaît les peptidoglycanes et notamment l'acide muramique, composé membranaire des bactéries à gram positifs et négatifs. Plusieurs travaux ont montré que NOD1 et TLR2 étaient exprimés de façon ubiquitaire notamment par les cellules épithéliales. Une fois activés, ces récepteurs sont capables de déclencher une cascade d'événements dans le cytoplasme de la cellule et notamment l'activation des voies NFB/IB et des stress kinases (MAPK), impliquées dans les mécanismes inflammatoires et la résistance des cellules aux infections bactériennes et virales. Le travail de Cario E. et al (180) montre que l'expression de TLR-2 par les cellules épithéliales est capable d'activer la protéine kinase C (PKC), molécule clef de la régulation de la barrière épithéliale, mais également de la prolifération et différenciation cellulaire. Ainsi, les probiotiques qui sont généralement des bactéries à gram positifs, pourraient avoir un effet bénéfique via le TLR-2 exprimé par les cellules épithéliales. La ou les sources cellulaires capables d'exprimer TLR-4 et NOD2 dans l'intestin sont un sujet très controversé. Si ces 2 récepteurs sont présents dans la majorité des lignées immortalisées de cellules épithéliales, TLR-4 n'est pas exprimé in vivo ou l'est de façon incomplète - donc non fonctionnelle - par les cellules épithéliales de l'intestin grêle ou du côlon. Pour être fonctionnel, le TLR-4 doit former un complexe avec 2 autres molécules CD14 et MD2 pour pouvoir transmettre le message à la cellule en activant la voie NFB et des MAPK via des facteurs de transduction MyD88-IRAK-Tollip. Plusieurs études ont montré que les éléments du complexe TLR-4 n'étaient pas exprimés physiologiquement par les cellules épithéliales digestives (Savidge T et al, 358 ; Ayabe T et al, 357) mais qu'il évitait une augmentation de l'expression au cours des MICI (Abreu MT et al, M1248). Une autre cellule importante de l'épithélium est la cellule de Paneth. Cette cellule, présente au fond des cryptes de l'intestin grêle et du côlon, exprime un TLR-4 fonctionnel et NOD2, à l'origine notamment de la production de défensines qui sont de puissantes molécules antibactériennes (Lala SG et al, 822 ; Ayabe T et al, 357). Trois polymorphismes ont été identifiés pour le gène TLR-4, dont un (ASP299GLY) est associé à une mauvaise réponse pulmonaire après inhalation de LPS. Cette mutation du gène TLR-4 a été recherchée au cours des MICI dans 5 études différentes réalisées en Belgique, Hollande et Angleterre. Les résultats sont contradictoires : 2 études trouvent une association entre MC et ASP299GLY (Braat H et al, 1543 ; Franchimont DP et al, 1548) alors que les 3 autres sont négatives (OostenbruU LE et al, M1557; Nimmo ER et al, M1561) ou ne trouvent d'association entre ce polymorphisme de TLR-4 qu'avec la RCH (Pierik M et al, M 1543). Le rôle fonctionnel de ces récepteurs au cours des MICI reste hypothétique. Ils pourraient avoir un effet direct en induisant une résistance cellulaire à l'infection, rendre les cellules tolérantes à de nouveaux antigènes (cross-tolerance) (Savidge T et al, 358) ou réfractaires à une nouvelle stimulation (reverse signaling) (Ringheanu M et al, 766). La meilleure connaissance de cette famille de récepteurs capables d'interagir avec les bactéries à gram négatifs est à l'origine du développement d'une molécule (RDP58) qui inhibe le complexe TRAF6-MyD88-IRAK et donc, plus en aval, la voie de signalisation de NFB et des MAPK. Des essais de phase II sont en cours chez les patients atteints de MICI avec ce nouveau médicament capable d'inhiber spécifiquement l'inflammation médiée par les bactéries (Lazarov M et al, 770). A20 est une autre molécule qui semble jouer un rôle important dans la régulation de l'inflammation intestinale induite par les bactéries. II s'agit d'une protéine cytoplasmique anti-inflammatoire, exprimée physiologiquement dans les cellules du tube digestif. Son rôle est encore mal connu mais les souris invalidées pour A20 développent une colite spontanée. Les 2 modes d'action principaux de cette protéine sont l'inhibition de l'apoptose des cellules épithéliales (Chang JC et al, T1088) et de la voie NFB après stimulation des cellules par du LPS (Boone DL et al, 360). Il s'agit donc d'un élément clef dans la régulation de l'inflammation induite par les bactéries. Etant donné le lien entre A20, les bactéries et la voie NFB, une étude a été réalisée pour évaluer les interactions entre NOD2 et A20 : A20 est capable d'inhiber l'activation de la voie NFB induite par NOD2 et notamment la production d'IL-8 exprimé par les cellules épithéliales activées par le MDP (Gong Y et al, 768). L'ensemble de ces travaux fait donc jouer un rôle important à la flore intestinale et aux cellules de l'épithélium dans la mise en place de la réponse immunitaire innée. Ces études permettent de mieux comprendre comment les probiotiques pourraient apporter un bénéfice dans l'homéostasie de l'inflammation intestinale et, inversement, améliorer nos moyens de lutte contre les bactéries pathogènes. MICI n°54 - Août 2003 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2003/09) Facteurs influençant l'évolutivité de la maladie de Crohn
Pr Edouard Louis, V Michel, Jean-Pierre Hugot, C Reenaers, F Fontaine, Marc Delforge, F El Yafi, Jean-François Colombel & Jacques Belaiche. Early development of stricturing or penetrating pattern in Crohn’s disease is influenced by disease location, number of flares, and smoking but not by NOD2/CARD15 genotype. Gut 2003 ; 52 : 552 La maladie de Crohn est une entité hétérogène. Une classification phénotypique permettant de distinguer les formes sténosantes, pénétrantes ou non sténosantes - non pénétrantes a été proposée, mais il a été récemment suggéré que le comportement de la maladie de Crohn pouvait se modifier avec le temps. Le but de l'étude était d'analyser le développement d'une forme sténosante ou pénétrante de maladie de Crohn et de le comparer aux caractéristiques démographiques, cliniques et génétiques (Nod2/CARD15) des malades. 163 patients atteints d'une maladie de Crohn de type non pénétrant - non sténosant au moment du diagnostic ont été étudiés. Les caractéristiques démographiques, cliniques, sérologiques (anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae) et génotypiques (Nod2/CARD15) ont été analysées, puis comparées entre les sous-groupes de patients selon l'évolution de la maladie 5 ans après le diagnostic. Les caractéristiques de la maladie, 5 ans après le diagnostic, étaient : - forme non sténosante - non pénétrante (67,5 %),
- forme sténosante (11 %)
- et forme pénétrante (21,5 %).
En analyse multivariée, la localisation de la maladie et le nombre de rechutes annuelles étaient significativement discriminants entre les 3 sous-groupes (p = 0,009 et 0,0001). La localisation iléale de la maladie était associée à un type sténosant et un nombre élevé de rechutes était associé à un type pénétrant. Le tabagisme actif était également associé à un type pénétrant, mais uniquement par rapport au type non sténosant - non pénétrant. Les ASCA étaient significativement plus fréquents chez les sujets atteints de forme pénétrante, mais cette signification ne subsistait pas en analyse multivariée. Aucune association entre le génotype nod2/card15 et le comportement de la maladie n'était retrouvé, ce qui contraste avec les études antérieures qui avaient montré une corrélation avec la topographie iléale de la maladie et, pour certain, avec le type sténosant. Ainsi, le développement précoce d'une forme sténosante ou pénétrante de maladie de Crohn est influencé par la topographie de la maladie, son activité clinique, le tabagisme, mais pas par le génotype Nod2/CARD15. Crohn - RCH n° 17 - Septembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/09) Gènes, microbes et cellules T : nouvelle approche dans la pathogénie des MICI
Dr Elson CO, Alabama, USA, ateliers de la Falk Foundation, avril 2003 – Berne – Suisse L'existence d'une susceptibilité génétique aux MICI est maintenant bien connue. Le gène NOD2 intervient dans la reconnaissance du système immunitaire au peptidoglycane bactérien. NOD2 active le facteur de transcription NF-B qui stimule des gènes impliqués dans l'inflammation et aboutit à la production élevée de protéines de l'inflammation retrouvées dans les lésions de la maladie de Crohn. Des modèles expérimentaux de MICI sont apparus ces dernières années, faisant intervenir des manipulations génétiques, consistant en l'insertion (animaux transgéniques) ou la délétion sélective (animaux délétés) des gènes. Dans quasiment tous ces modèles, l'inflammation intestinale n'est observée qu'en présence d'une flore bactérienne. Cette dernière est extrêmement complexe, et des centaines de micro-organismes n'ont jamais été cultivés, mais peuvent maintenant être identifiés par des méthodes moléculaires. |
| Cette flore bactérienne est le principal stimulus au développement du système immunitaire intestinal. Il est probable que seul un petit sous-groupe d'antigènes "immunodominants" reconnu par le système inflammatoire de l'hôte soit responsable de cette stimulation, et non pas les micro-organismes présents dans la flore dominante. L'isolement et la caractérisation de ces antigènes immunodominants est d'un intérêt crucial pour la compréhension de la réponse immunitaire et sa régulation. L'hypothèse " immunologique " actuellement en vogue pour expliquer la survenue des lésions des MICI est une dysrégulation du système immunitaire muqueux, en particulier de la réponse cellulaire TCD4+ aux antigènes de la flore intestinale, chez un individu prédisposé (susceptibilité génétique). | Un concept récent est que l'épithélium est un membre actif participant aux défenses immunitaires muqueuses, communiquant à la fois avec la flore bactérienne et les cellules lymphoïdes intestinales. De ce fait, les perturbations de la couche épithéliale pourraient aboutir à une réponse immunitaire anormale et à l'inflammation intestinale. Crohn - RCH n° 17 - Septembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/09) Etiopathogénie : les MICI résultent d'une rupture des fonctions de régulation des cellules T
Weaver CT, Alabama, USA, ateliers de la Falk Foundation, avril 2003 – Berne – Suisse Les travaux fondamentaux concernant la régulation immunitaire ont permis de mieux comprendre les mécanismes par lesquels le système immunitaire permettait le maintien d'un contrôle homéostatique des stimuli inflammatoires et antigéniques liés aux bactéries de la flore intestinale. Les nombreux travaux sur modèles animaux ont évalué les interactions entre les bactéries luminales, l'épithélium intestinal et les cellules immunitaires et ont montré l'importance du système immunitaire dans ce contrôle homéostatique. Les facteurs génétiques ou environnementaux qui perturbent cette homéostasie peuvent entraîner une inflammation intestinale chronique maintenue par une mauvaise régulation des cellules T aux antigènes bactériens de la flore intestinale. Un trouble similaire de la réponse homéostatique aux bactéries de la flore intestinale est supposé être impliqué dans la pathogénie des MICI chez l'homme. Les mécanismes par lesquels la réponse immunitaire adaptative et innée permet une bonne tolérance à la flore intestinale sont de mieux en mieux connus. |
| Les mécanismes par lesquels cette tolérance peut être perdue font l'objet de nombreuses recherches qui devraient déboucher sur la mise au point de traitements ciblés pour restaurer l'homéostasie immunitaire chez les sujets atteints de MICI. | Crohn - RCH n° 17 - Septembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/10) La pancréatite auto-immune : une nouvelle entité bien nommée ?
Pr Philippe Lévy, Fédération Médico-Chirurgicale d'Hépato-Gastroentérologie, Hôpital Beaujon, AP-HP, Ces dernières années ont vu la proportion de pancréatite (aiguë ou chronique) dite « idiopathique » diminuer de façon importante en raison notamment de la découverte de causes diverses comme les causes génétiques [1] et le développement du concept de pancréatite auto-immune (PAI). Ce dernier concept est cependant encore loin d'être bien établi et de nombreuses incertitudes persistent sur la physiopathologie, l'histoire naturelle et la réponse au traitement corticoïde de cette maladie. Les rapports entre la PAI et la pancréatite par destruction des canaux (« duct destructive pancreatitis ») [2] sont aussi au coeur des débats. Les maladies associées à la PAI sont variées et incluent les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) que ce soit la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique [3][4]. L'article publié dans ce numéro de la revue par Barthet et al. [5] en association avec l'équipe de J.F. Colombel apportant de nouveaux arguments en faveur d'un rapport de cause à effet entre l'induction d'une colite expérimentale chez la souris et l'apparition de lésions de pancréatite, nous donne l'occasion de faire le point sur la PAI. Le pancréas, cible de l'auto-immunité ? Une atteinte pancréatique a été décrite au cours de plusieurs maladies systémiques auto-immunes. Elle peut révéler, accompagner ou succéder au diagnostic de la maladie générale. Ces maladies peuvent être une connectivite (lupus érythémateux disséminé, syndrome des anti-phospholipides, syndrome de Gougerot-Sjögren, etc.), une vascularite (péri-artérite noueuse, maladie par embols de cholestérol, etc.) ou une granulomatose comme la sarcoïdose [6]. Une atteinte pancréatique peut aussi être associée à la cirrhose biliaire primitive ou à la cholangite sclérosante. Au cours de toutes ces maladies, le diagnostic différentiel entre une atteinte pancréatique spécifique et une toxicité pancréatique de l'un des médicaments utilisés pour la traiter est parfois complexe. Ces associations morbides démontrent, si nécessaire, que le pancréas peut être atteint comme tous les autres organes par des mécanismes auto-immuns. Plus récemment, des atteintes pancréatiques apparemment isolées ou prédominantes ont été publiées amenant au concept de PAI [7][8][9][10][11][12][13][14][15][16][17][18]. Comment définir la pancréatite auto-immune ? La terminologie anglophone de la PAI a beaucoup varié : « sclerosing pancreatitis », « duct destructive chronic pancreatitis », « chronic inflammatory sclerosis of the pancreas », « sclerosing pancreatocholangitis », « lymphoplasmatic pancreatitis », « autoimmune pancreatitis ». La PAI reste une maladie rare dont la fréquence est inconnue. Moins de 200 cas ont été publiés dont la grande majorité dans la littérature japonaise. Notre série en cours de publication comporte 39 cas [19]. La PAI peut se définir par un ensemble de critères résumés sur le tableau I et qui sont plus ou moins présents selon les cas. Ces critères ont été publiés par des auteurs japonais [9] et comportent des items cliniques, morphologiques, sérologiques et parfois histologiques. La pertinence de ces critères mérite d'être discutée. Les critères cliniques Il existe une légère prédominance d'hommes. L'âge au premier symptôme est varié allant en moyenne de 28 à près de 60 ans [16][17][19]. La fréquence des manifestations cliniques est extrêmement variée. Les douleurs sont fréquentes. Les pancréatites aiguës sont exceptionnellement citée dans la littérature japonaise [17] alors qu'elles représentent 5 cas sur 12 dans la série de Ectors et al. [2]. Dans notre série, une pancréatite aiguë était notée dans 86 % des formes « duct destructive » et 55 % des formes pseudo-tumorales [19]. Il en est de même pour la cholestase (habituellement ictérique) présente dans 75 à 100 % des séries japonaises [12][16][20], 5 cas sur 12 de la série belge [2], 46 % des formes pseudo-tumorales et 11 % des formes « duct destructive » de notre série [19]. L'altération de l'état général est habituellement absente ou modérée. Imagerie La PAI peut prendre deux formes : une atteinte diffuse ou une forme pseudo-tumorale. La forme pseudo-tumorale est caractérisée par la présence d'une ou plusieurs masses intra-pancréatiques qui peuvent être confondues avec une tumeur maligne. Ceci peut aboutir à l'indication inappropriée d'une résection pancréatique, voire d'une chimiothérapie si une biopsie n'est pas réalisée. Dans notre expérience, les formes pseudo-tumorales représentent environ 30 % des PAI [19]. Le parenchyme pancréatique est généralement « délobulé », avec une hypertrophie parfois très importante. Il peut être entouré par un pseudo-anneau hypodense en scanographie, hypointense en imagerie par résonance magnétique (IRM) pondérée en T2 due à l'infiltrat inflammatoire péri-pancréatique. La glande elle-même est hypointense en IRM pondérée en T1 et le contraste est pris avec retard que ce soit en scanographie ou en IRM [21]. L'imagerie canalaire est plus univoque montrant une raréfaction des canaux pancréatiques secondaires, un canal pancréatique principal anormalement fin et irrégulier avec des sténoses étagées sans dilatation. Cet aspect est comparable à celui des voies biliaires dans la cholangite sclérosante (« en arbre sec »). Il a été particulièrement bien décrit dans l'article de Ectors et al. [2]. En échoendoscopie, le canal pancréatique apparaît fin, irrégulier avec des parois parfois épaissies. En raison de la finesse du système canalaire, celui-ci est difficilement visible en pancréato-IRM. Ceci peut justifier une pancréatographie rétrograde endoscopique à visée diagnostique. Fait caractéristique, le canal pancréatique n'est habituellement pas dilaté en amont des formations pseudo-tumorales. Cet argument est essentiel pour remettre en cause le diagnostic de tumeur maligne. Les calcifications pancréatiques ne sont jamais présentes et les pseudo-kystes sont exceptionnels [2][19][21]. Auto-anticorps La présence d'auto-anticorps nombreux et variés a été décrite. Il s'agît du facteur rhumatoïde, des anticorps anti-nucléaire, anti-lactoferrine, et anti-anhydrase carbonique [16][17]. Ces deux derniers sont difficilement dosables en France en pratique courante et leur réel intérêt diagnostique n'est pas démontré. La lactoferrine et l'anhydrase carbonique qui sont présentes sur de nombreuses cellules d'organes aux fonctions exocrines pourraient être des cibles antigéniques. D'autres auteurs ont montré que les IgG4, la concentration sérique de complexes immuns et la sous-classe IgG4 des complexes immuns étaient plus élevées chez les malades ayant une PAI que chez les témoins. De plus, ces différentes concentrations diminuaient sous traitement par corticoïdes [20]. Cependant la PAI ne s'accompagne habituellement pas de manifestations en rapport avec le dépôt d'immuns complexes comme les arthrites ou la glomérulonéphrite. Le rôle des IgG4 dans la pathogénie des PAI reste donc à confirmer. La fréquence des auto-anticorps dans les séries japonaises est très élevée (60 à 75 pour les facteurs antinucléaires) et la présence de ceux-ci est devenue un critère d'inclusion dans cette littérature [16]. Notre expérience et celles d'autres auteurs sont très différentes. Dans la série d'Ectors et al. [2] comportant 12 malades ayant une pancréatite « duct destructive », il était noté l'absence de facteurs antinucléaires et d'hypergammaglobulinémie chez la totalité d'entre eux. Ce fait avait motivé le refus de l'éditeur d'appeler « auto-immune » cette forme de pancréatite. En prenant comme critères d'inclusion des critères cliniques, morphologiques et histologiques comparables aux séries asiatiques, nous n'avons noté la présence de facteurs anti-nucléaires que dans 8 % des cas et d'une hypergammaglobulinémie dans 7 % [19]. Wakabayashi et al. associant 3 cas personnels à 15 cas publiés dans la littérature japonaise ont décrit 3 groupes dans les formes « duct destructive » : les PAI associées : a) au syndrome de Sjögren ou à une cholangite sclérosante primitive (n = 8) ; b) avec hypergammaglobulinémie ou facteurs antinucléaires positifs (n = 5) ; c) sans stigmates biologiques d'auto-immunité ni maladie auto-immune associée (n = 5) [22]. Notre expérience suggère que ce troisième groupe est prédominant. L'intérêt diagnostique de la recherche des auto-anticorps reste dont à démontrer. Leur positivité est indiscutablement un argument en faveur du diagnostic de PAI mais leur valeur prédictive négative est sans doute faible. Anatomie pathologique Une analyse anatomopathologique est rarement disponible. Néanmoins, il n'est pas rare que la preuve de la maladie soit apportée a posteriori après une résection inappropriée dans une forme pseudo-tumorale. Les lésions consistent en une fibrose et un infiltrat lympho-plasmocytaire péri-canalaire [9][10][11][12]. Ceci a particulièrement été bien décrit dans la série belge reposant sur des pièces opératoires [2]. L'infiltrat lymphocytaire est composé en majorité de lymphocytes T CD4 + HLA-DR + [2][10][14]. La découverte d'un infiltrat lymphocytaire sur une biopsie sous scanographie ou sous échoendoscopie faite pour une tumeur pancréatique doit faire remettre en question le diagnostic de cancer et faire évoquer celui de PAI surtout si le contexte clinique, d'imagerie et sérologique n'est pas celui d'un adénocarcinome. Une tentative de synthèse La définition de la PAI est encore loin d'être stable car l'examen de référence qu'est l'analyse anatomopathologique manque le plus souvent. Dès lors, ce diagnostic doit reposer sur un faisceau d'arguments parmi lesquels le contexte clinique et les données d'imagerie sont certainement déterminants. La place des marqueurs sériques immunologiques reste à déterminer tant sont discordants les résultats entre les séries japonaises et les séries européennes. Ce diagnostic doit désormais être systématiquement évoqué en présence d'une masse tumorale pancréatique lorsqu'un certain nombre de signes sont discordants vis-à-vis du diagnostic d'adénocarcinome : âge, absence ou faible intensité des douleurs et de l'altération de l'état général, Ca 19-9 normal, absence de dilatation du canal pancréatique en amont de la « tumeur ». En cas de doute, il doit conduire à la réalisation d'une biopsie et d'un test thérapeutique aux corticoïdes dont l'efficacité est habituellement rapide. La PAI doit aussi être évoquée en cas de pancréatite « idiopathique », surtout en l'absence de calcifications et de dilatations canalaires pancréatiques ? après que le diagnostic d'alcoolisme, de lithiase biliaire et qu'une cause tumorale (notamment un petit adénocarcinome ou une tumeur intracanalaire papillaire et mucineuse) aient été dûment écartés. Les maladies associées La PAI peut être associée à d'autres maladies auto-immunes. La fréquence de cette association est diversement appréciée allant de 35 à 56 % dans la littérature japonaise [12][17], 16 % dans la série belge [2] et 8 % dans notre série [19]. Parmi ces maladies, nous souhaiterions en mettre en exergue deux. La cholangite Au cours de la PAI, une cholestase est souvent présente. Elle peut être due à une simple compression de la voie biliaire principale par une atteinte céphalique. Plus fréquemment, elle est due à une atteinte spécifique et inflammatoire de la voie biliaire principale [12][18][23][24][25][26]. Elle se traduit par une sténose de la partie distale de celle-ci avec rétro-dilatation en amont, ce dernier signe permettant de la distinguer de la cholangite sclérosante primitive. Dans une collection récente de 22 cas de cholangite associée à une PAI publiés au Japon, Horiuchi et al. [18] ont montré une atteinte isolée aux canaux extra-hépatiques (généralement le dernier tiers) dans 68 % des cas, l'absence de MICI et une efficacité de la corticothérapie dans tous les cas. Cette sensibilité aux corticoïdes distingue encore l'atteinte biliaire au cours de la PAI de la cholangite sclérosante primitive, habituellement non sensible. Une atteinte spécifique de la voie biliaire est possible même après résection de la PAI dans les formes pseudo-tumorales et peut être une cause post-opératoire de cholestase. Maladies inflammatoires chroniques intestinales L'atteinte pancréatique est désormais considérée à part entière comme une manifestation extra-intestinale des MICI [3][4][27][28]. Sa fréquence dépend de la manière dont elle est cherchée. Le taux d'amylase sérique est élevé dans environ 15 % des cas de MICI mais cette élévation est rarement d'origine pancréatique. Dans une étude danoise de registre, le risque relatif de pancréatite aiguë était de 4,3 en cas de maladie de Crohn et de 2,1 pour la rectocolite hémorragique [28]. La fréquence des pancréatites qui se manifestent cliniquement est de l'ordre de 1 à 1,5 % [4]. Le diagnostic différentiel avec une atteinte médicamenteuse due aux dérivés salycilés ou à l'azathioprine d'une part et avec une pancréatite d'origine biliaire en cas de maladie de Crohn iléale d'autre part peut être particulièrement difficile. Les manifestations pancréatiques sont aiguës dans un quart des cas, des douleurs chroniques avec altération de l'état général s'observent dans 14 % des cas et une pseudo-tumeur avec cholestase dans également 14 % des cas [4]. Une insuffisance pancréatique exocrine est possible qui peut concourir à la malabsorption [29]. La pancréatite peut précéder l'expression clinique de la MICI de quelques jours à plusieurs années. Ceci est plus fréquent en cas de rectocolite hémorragique (56 %) qu'en cas de maladie de Crohn (20 %) [4]. Il n'y a pas d'association claire entre la localisation et l'activité de la MICI d'une part et les manifestations pancréatiques d'autre part. Ces faits pourraient justifier la réalisation systématique d'endoscopies digestives haute et basse avec biopsies systématiques chez tous les malades ayant une pancréatite aiguë ou chronique considérée comme idiopathique ou, en tout cas, au moindre signe évocateur d'une possible MICI associée. L'atteinte pancréatique n'est habituellement pas due à une atteinte duodénale satellite de la maladie de Crohn et une atteinte granulomateuse apparemment spécifique a été décrite sur une pièce de pancréatectomie [30]. Dans les autres cas où une résection pancréatique a été faite, l'atteinte histologique est la même que celle décrite pour les PAI [2]. L'association avec une atteinte biliaire dans le cadre des MICI mériterait sûrement d'être à nouveau étudiée car il est possible qu'un certain nombre de cas de cholangite sclérosante primitive soit en fait des cas de cholangite comme ceux que l'on note en association avec la PAI, c'est-à-dire corticosensibles. La pancréatite peut elle-même répondre à la corticothérapie à l'instar des PAI sans MICI associée [31] et un cas de réponse à l'infliximab a été publié [32]. Cette association entre MICI et PAI pose le problème de la poule et de l'oeuf. Est-ce l'atteinte pancréatique qui provoque la MICI ? Est-ce l'inverse ? Ou le pancréas et l'intestin sont-ils atteints par un mécanisme commun. Dans le travail de Barthet et al. publié dans ce numéro [5], les auteurs ont étudié les lésions pancréatiques provoquées par l'induction chimique de colite par instillation de TNBS chez la souris. Ce modèle de colite est un des plus utilisé pour tenter d'expliquer la physiopathologie des MICI. Les auteurs ont montré la présence de lésions macroscopiques et histologiques pancréatiques chez 5 des 8 souris traitées par le TNBS versus aucune des souris témoins. Comme le soulignent les auteurs, ces résultats sont ambigus car les lésions ont été notées à la périphérie du pancréas, dans des zones au contact du côlon. Ceci ne peut permettre d'exclure le simple effet de la diffusion du TNBS ou de médiateurs inflammatoires à partir du côlon. En revanche, la surexpression de la pancreatitis-associated protein (PAP), détectée par immunohistochimie, est plus convaincante car elle a été notée au niveau de l'ensemble des cellules acinaires de la glande pancréatique des souris traitées. Les cellules canalaires et endocrines n'étaient pas affectées. La PAP est un marqueur très sensible de stress au niveau du pancréas [33][34]. L'expression de la PAP pourrait donc marquer la présence d'une atteinte pancréatique infra-histologique. Une agression colique plus prolongée pourrait être susceptible de provoquer une atteinte pancréatique plus marquée. Ces résultats sont en faveur du rôle causal de l'atteinte intestinale. Ils doivent être confirmés sur d'autres modèles expérimentaux. Histoire naturelle de la pancréatite auto-immune Celle-ci est inconnue dans la littérature. Les atteintes pancréatique et biliaire sont habituellement sensibles de façon spectaculaire à la corticothérapie [9][10][11][12][13][14][17][31]. En cas d'angiocholite associée ou révélatrice, le traitement de celle-ci par un drainage biliaire est nécessaire avant la mise sous corticoïdes. Des cas de régression d'un diabète sous corticothérapie ont été publiés [35]. Une évolution spontanément favorable a aussi été décrite [14][17][19]. Le risque de récidive de PAI est inconnu mais semble très faible. Le risque d'apparition métachrone d'une autre maladie auto-immune doit aussi être quantifié. L'évolution en imagerie se fait vers une disparition de l'hypertrophie pancréatique, voire vers une atrophie parfois importante de la glande pancréatique. L'avenir permettra de savoir quel est le devenir de cette maladie. Les messages La PAI existe, nous sommes plusieurs à l'avoir rencontrée. Elle se traduit par des signes de pancréatite aiguë ou chronique, parfois associés à une cholestase ictérique. En imagerie, elle peut prendre une forme diffuse (« duct destructive ») ou pseudo-tumorale. Ces deux maladies sont probablement des formes cliniques différentes de la PAI. Ce diagnostic différentiel doit systématiquement être évoqué chez un malade ayant une « tumeur » pancréatique dans un contexte clinique, épidémiologique, sérologique ou d'imagerie qui ne cadre pas complètement avec le diagnostic d'adénocarcinome du pancréas. Une courte corticothérapie (< 4 semaines) est sans doute moins délétère chez un malade ayant un adénocarcinome pancréatique qu'une pancréatectomie (voire une chimiothérapie !) chez un malade ayant une PAI. Le diagnostic de PAI repose sur un faisceau d'arguments cliniques et radiologiques. La valeur diagnostique des marqueurs plasmatiques et notamment des auto-anticorps doit être précisée dans l'avenir. Un certain nombre de maladies auto-immunes est associé aux PAI. Parmi celles-ci : a) l'atteinte biliaire proche de la cholangite sclérosante primitive mais particulière par sa cortico-sensibilité ; b) les MICI dont la PAI peut être révélatrice justifiant la recherche d'une maladie de Crohn ou d'une RCH chez les malades ayant une pancréatite considérée comme idiopathique (et réciproquement). Bien que certainement en rapport avec le système immun, le caractère auto-immun de la PAI doit être vérifié. Cette maladie ne semble pas récidiver (au moins à court terme et sur des séries assez courtes) contrairement à la plupart des maladies auto-immunes pour une raison pour l'instant totalement inconnue. Gastroentérologie Clinique et biologique © Masson, Paris, 2003 [1] Buscail L. Des nouveautés dans la pancréatite idiopathique. Gastroenterol Clin Biol 2003 ; 27 : 391-3. [2] Ectors N, Maillet B, Aerts R, Geboes K, Donner A, Borchard F, et al. Non-alcoholic duct destructive chronic pancreatitis. Gut 1997 ; 41 : 263-8. [3] Seyrig JA, Jian R, Modigliani R, Golfain D, Florent C, Messing B, et al. Idiopathic pancreatitis associated with inflammatory bowel disease. Dig Dis Sci 1985 ; 30 : 1121-6. [4] Barthet M, Hastier P, Bernard JP, Bordes G, Frederick J, Allio S, et al. Chronic pancreatitis and inflammatory bowel disease : true or coincidental association ? Am J Gastroenterol 1999 ; 94 : 2141-8. [5] Barthet M, Dubucquoy L, Garcia S, Gasmi M, Desreumaux P, Colombel JF, et al. 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(2003/11) Leptine et maladies inflammatoires chroniques intestinales
Pr Jean-Marie Reimund Service d'Hépato-Gastroentérologie et d'Assistance Nutritive, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Hôpital de Hautepierre, Depuis le début des années 1990, notre compréhension de la physiopathologie des maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) s'est notablement améliorée. Certes, ni pour la maladie de Crohn (MC) ni pour la rectocolite hémorragique (RCH), la (ou les) anomalie(s) originelle(s) n'a (n'ont) été identifiée(s) jusqu'ici, mais il est désormais possible de décrire avec une certaine précision les grandes étapes menant à l'inflammation chronique de la muqueuse intestinale et d'y placer les principaux acteurs malgré l'augmentation constante du nombre des suspects. Ainsi, de plus en plus d'arguments viennent conforter l'hypothèse, déjà ancienne, d'une interaction complexe entre facteurs environnementaux (en particulier bactériens) et susceptibilité génétique, à l'origine de l'induction puis de l'entretien de la réponse inflammatoire et immunitaire muqueuse [1]. Dans ce domaine, l'identification de NOD2 comme le premier gène de susceptibilité à la MC a été essentielle. Le gène NOD2 contient deux domaines de recrutement et d'activation des caspases (enzymes clés du processus apoptotique) situés au niveau de son extrémité N-terminale (CARD1 et CARD2), un site de liaison aux nucléotides (NBS), et enfin un domaine C-terminal composé de motifs répétés riches en leucines (LRR pour Leucine-Rich Repeats). Ce dernier, lieu préférentiel des mutations de NOD2 au cours de la MC, intervient dans la reconnaissance spécifique et la réponse à un composé de la paroi bactérienne, le muramyldipeptide [2][3]. Les mutations de NOD2 pourraient ainsi expliquer, au moins en partie, et uniquement chez les malades qui les présentent, l'activation excessive et prolongée de la cascade inflammatoire au sein de la lamina propria intestinale. Dans la MC, cette réponse inflammatoire revêt un profil particulier conséquence de la différentiation préférentielle des lymphocytes T auxiliaires (CD4+, encore appelés lymphocytes T helper) en lymphocytes de type Th1 sous l'influence de l'interleukine (IL)-12 (mais également de l'IL-18 et de l'interféron-? (IFN-?)) sécrétée par des cellules dendritiques (présentatrices de l'antigène) ayant un phénotype spécifique [4]. Les lymphocytes Th1 produisent essentiellement de l'IFN-? et de l'IL-2, deux cytokines impliquées dans l'activation des macrophages tissulaires et de leur production de TNF-? (pour Tumour Necrosis Factor-?) mais également d'IFN-?, d'IL-6, d'IL-12 ou d'IL-18 [4]. Ce schéma très simplifié pointe du doigt certaines cibles thérapeutiques potentielles ; l'exemple le plus démonstratif étant le TNF-? même si l'efficacité des anticorps anti-TNF-? (infliximab, Remicade®) semble aujourd'hui plus probablement liée à l'apoptose des lymphocytes T qu'ils induisent qu'à leur propriété d'anticorps neutralisants [5]. A l'inverse, dans la RCH, la polarisation des lymphocytes T helper oriente vers un profil de type Th2 impliquant des médiateurs différents mettant en jeu d'autres voies de transduction du signal [6]. Dans ce numéro de Gastroentérologie Clinique et Biologique, un nouvel acteur apparaît sur la scène de l'inflammation dans les MICI. Barbier et al. [7] rapportent en effet une augmentation de l'expression de l'ARN messager (ARNm) de la leptine dans le tissu adipeux mésentérique de malades opérés pour une MC ou une RCH. La leptine (du grec leptos, mince) est une protéine découverte en 1994 [8], identifiée initialement comme l'une des hormones majeures de la régulation de la prise alimentaire, de la dépense énergétique et finalement de la masse corporelle [9]. Si la leptine est essentiellement synthétisée par les adipocytes [9], des travaux récents ont montré qu'elle l'est également au niveau gastrique, par les cellules intestinales [10] ou par certains myocytes, et que les lymphocytes [11][12], les monocytes/macrophages [13] ou encore les polynucléaires neutrophiles [14] expriment des récepteurs de la leptine (OB-R) [15]. Dans les MICI, notamment au cours de la MC, ce sont dans un premier temps les éventuelles relations entre concentration circulante de leptine et état nutritionnel qui ont été explorées. La concentration plasmatique de leptine est en effet directement corrélée à la masse grasse [16] : schématiquement, son augmentation induit une élévation de la leptine plasmatique qui, en franchissant la barrière hémato-encéphalique et en se fixant aux aires de contrôle de la satiété au niveau de l'hypothalamus, entraîne une anorexie et la perte pondérale qui en résulte [17]. Ces effets régulateurs de la masse corporelle ne sont cependant pas uniquement centraux : la leptine est par exemple capable d'induire l'apoptose des adipocytes [18] ou encore, au moins en partie par le biais d'une action périphérique, de réduire l'expression de la stéaroyl-CoA désaturase-1, une enzyme hépatique favorisant le stockage énergétique [19]. Leptine-hormone et statut nutritionnel au cours des MICI Les travaux qui ont analysé le rôle de la leptine comme l'une des hormones impliquées dans l'anorexie et l'amaigrissement des malades ayant une MICI, qu'il s'agisse de malades en poussée ou de malades chroniques, adultes ou enfants et adolescents en période de croissance, n'ont pas observé de différence de la concentration de leptine plasmatique par rapport aux témoins sains [20][21], même si dans tous les groupes la leptinémie est corrélée à l'indice de masse corporelle et/ou à la masse grasse [20][21][22]. Si elle participe à la régulation de l'appétit et de la masse corporelle dans les MICI (mais comment expliquer alors l'augmentation de la leptinémie rapportée récemment sous forme de résumé chez des MC après un traitement par de l'infliximab ? [23]), la leptine ne serait donc qu'un médiateur parmi de nombreux autres (cytokines inflammatoires, 5-hydroxytryptamine, etc.) de la balance énergétique dans les MICI. Leptine-cytokine : un nouveau médiateur inflammatoire dans les MICI Rapidement après sa caractérisation, la structure chimique de la leptine et de ses récepteurs, voisine de celle des cytokines de classe I (IL-6, IL-11, etc.) et de leurs récepteurs, ainsi que l'identification de ses récepteurs (en particulier de la forme longue, OB-Rb) sur les cellules immunocompétentes [11][12][13][14] a suggéré que la leptine était vraisemblablement impliquée dans la régulation de la réponse inflammatoire et immunitaire au cours de la dénutrition [24] ou dans la réponse inflammatoire dans certains modèles de colite expérimentale [25][26][27]. Chez l'Homme, l'hypertrophie de la graisse mésentérique (fat wrapping) ayant été reconnue comme l'une des caractéristiques histologiques de la MC [28][29][30] d'une part, et à l'origine d'une augmentation de l'expression de TNF-? et de PPAR-? (pour Peroxisome Proliferator-Activated Receptor-?, un facteur transcriptionnel impliqué dans la régulation de l'expression du gène codant la leptine) [30] d'autre part, il apparaissait logique d'étudier l'expression des ARNm de la leptine au sein du tissu adipeux mésentérique. C'est ce travail qui est présenté ici [7] montrant une augmentation du niveau d'expression de l'ARNm de la leptine dans le tissu adipeux mésentérique de sujets ayant une MC ou une RCH, à la fois dans les zones où la muqueuse est inflammatoire et au voisinage des zones de muqueuse macroscopiquement normale. Si la (les) raison(s) de l'hypertrophie du tissu adipeux mésentérique restent mal connue(s), les adipocytes mésentériques n'en apparaissent pas moins comme de véritables cellules productrices de médiateurs inflammatoires : TNF-? [30] et leptine [7]. Cette dernière est maintenant bien connue pour ses propriétés immunomodulatrices [31], dont certaines pourraient rendre compte, au moins en partie, de certaines particularités de la réponse inflammatoire et immunitaire au cours de la MC : a) facilitation de la prolifération et de l'activation des lymphocytes T [12], b) orientation des lymphocytes T vers un phénotype Th1 [11], c) activation de la production d'IL-6 et de TNF-? par les monocytes [32], d) résistance à l'apoptose des cellules mononucléées [33][34], une partie de ces effets étant médiée par l'activation par la leptine d'une voie de signalisation intracellulaire impliquant STAT3 (STAT pour Signal Transducers and Activators of Transcription) [35][36] qui est augmenté dans la MC [37] et qui a récemment été identifié comme étant une des cibles de l'azathioprine [38]. De la fascination du labyrinthe [39] L'apparition sur scène d'un nouveau protagoniste ne rend cependant pas forcément plus facile la reconstitution progressive du puzzle. Bien sûr, chaque nouvelle pièce éclaire un peu mieux la scène, permettant d'appréhender plus précisément certaines étapes clés de la compréhension de la physiopathologie des MICI, voire de pressentir une nouvelle cible thérapeutique potentielle. Parfois cependant, tels des Janus des temps modernes, l'envers de la face visible dévoile de nouveaux chemins dans un labyrinthe déjà bien complexe. Ainsi, comment expliquer la discordance entre l'élévation de l'ARNm de la leptine au niveau du tissu adipeux mésentérique et la normalité de la leptinémie ? Comment expliquer son augmentation dans la RCH où il n'y a habituellement pas d'hypertrophie de la graisse mésentérique ? et enfin, comment concilier les travaux qui suggèrent un rôle pour l'activation de STAT3 dans l'induction de l'inflammation par la leptine [35][36] et par voie de conséquence l'intérêt potentiel de son inhibition [38] avec ceux, tout aussi récents, qui indiquent que la suppression de STAT3 chez la souris est responsable d'une entérocolite ayant des caractéristiques proches de celles de la MC [39][40] ? D'intéressantes réflexions en perspective pour les amateurs de labyrinthes [41]. Gastroentérologie Clinique et biologique © Masson, Paris, 2003 Références: [1] Elson CO. Genes, microbes, and T cells ? new therapeutic targets in Crohn's disease. N Engl J Med 2002 ; 346 : 614-6. [2] Inohara N, Ogura Y, Fontalba A, Gutierrez O, Pons F, Crespo J, et al. Host recognition of bacterial muramyl dipeptide through NOD2. Implications for Crohn's disease. 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(2003/12) Résultats à long terme de la ciclosporine IV à faible dose dans la RCH cortico-résistante
Pr Yoram Bouhnik, Hépato-Gastroentérologie et Assistance Nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris Rayner CK. Aliment Pharmacol Ther 2003 ; 18 : 303 La ciclosporine IV est le traitement standard de la RCH corticorésistante sévère, habituellement administré à la dose de 4 mg/kg/j en association à une corticothérapie IV. Ce traitement est efficace, mais associé à une morbidité considérable. Les auteurs ont utilisé une dose plus faible (2 mg/kg/j), le plus souvent sans corticothérapie associée, pendant 7 ans et rapportent l’évolution de leurs malades. Les observations de tous les malades admis pour RCH sévère traitée sur cette période, ont été revues. Trente et un malades ont reçu un traitement par ciclosporine à la dose de 2 mg/kg/j pour une durée médiane de 8 jours. Onze malades ont reçu une corticothérapie IV concomitante, 3 malades ont présenté une hypertension artérielle nécessitant une diminution des doses, une élévation de la créatinine et une élévation des enzymes hépatiques (toutes transitoires), et 4 malades ont présenté une infection (2 cellulites au bras, 1 abcès ano-périnéal, 1 infection pariétale postopératoire). Vingt-quatre (77 %) malades ont évité une colectomie en urgence et ont reçu un traitement en relais par ciclosporine orale et azathioprine. Après une médiane de 18 mois (extrêmes 3 – 77), 14 malades (45 % du total) ont évité une colectomie et, parmi eux, 8 avaient des rechutes répondant à un traitement médical et 2 une forme active persistante modérée. Ainsi, le traitement par ciclosporine IV à faible dose, habituellement utilisé en monothérapie et suivi par un traitement par azathioprine, permet d’obtenir une efficacité à long terme similaire à celle des traitements par ciclosporine à forte dose associés aux corticoïdes dans la RCH sévère. La morbidité d’un tel traitement apparaît diminuée. Crohn - RCH n° 18 - Décembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/12) Traitement endoscopique des sténoses intestinales au cours de la maladie de Crohn
Pr Kourouche Vahedi & Pr Yoram Bouhnik Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Lariboisière Paris 
Les sténoses intestinales sont les complications les plus fréquentes de la maladie de Crohn, rapportées jusque dans 60 % des cas, et constituent la première indication à un traitement chirurgical [1, 2]. Elles siègent préférentiellement au niveau de l'iléon terminal et/ou de la valvule iléo-cæcale. Ces sténoses ont une composante inflammatoire et/ou fibreuse. Leur retentissement clinique est variable, allant des formes asymptomatiques (révélées par des examens radiologiques ou endoscopiques) au syndrome occlusif. Seules les sténoses symptomatiques, avec ou sans dilatation du grêle d'amont, nécessitent un traitement spécifique. En cas de sténose inflammatoire, le traitement repose sur les corticoïdes [1] ; en cas de sténose fibreuse, le traitement est généralement chirurgical, avec un risque élevé de récidives [3], pouvant conduire à une ré-intervention jusque dans 90 % des cas à 15 ans [4]. Une alternative aux résections segmentaires au niveau de l'intestin grêle est la stricturoplastie chirurgicale, mais cette technique ne diminue pas le risque de récidive chirurgicale [5, 6]. Lorsque la sténose siège au niveau de l'iléon terminal ou de la valvule de Bauhin, ou en cas de sténose gastro-duodénale, jéjunale proximale, rectale, colique ou anastomotique, un traitement endoscopique peut être envisagé. La figure 1 montre différents types de sténoses crohniennes. Deux possibilités de traitement endoscopique d'une sténose intestinale au cours de la maladie de Crohn ont été rapportées : la dilatation hydrostatique per-endoscopique et la mise en place d'endoprothèse auto-expansible. Ce traitement endoscopique est envisageable lorsque la sténose est courte (moins de 5 cm de long), de préférence unique, siégeant sur un segment intestinal accessible en endoscopie, et qu'il existe des signes cliniques attribués à la sténose, résistants à un traitement médical bien conduit, généralement par corticoïdes. Le traitement endoscopique n'est envisageable qu'en l'absence de poussée évolutive de la maladie (Index de Best < 150-200) et de syndrome occlusif, péritonéal ou septique (abcès, fistule) évolutif. La dilatation hydrostatique per-endoscopique  La dilatation hydrostatique per-endoscopique au ballonnet a été proposée comme une alternative au traitement chirurgical [7-10]. Il s'agit d'une méthode relativement simple et peu onéreuse, avec des taux de succès immédiats de 90 à 100 % [10-13], les échecs immédiats étant le plus souvent dus à une angulation [13]. La dilatation hydrostatique utilise actuellement des ballonnets à usage unique, introduits à travers le canal opérateur de l'endoscope (figure 2). L'examen débute par une endoscopie classique, si possible sous anesthésie générale, utilisant un gastroscope, un coloscope ou un entéroscope, selon le siège de la sténose. Un contrôle radioscopique facilite souvent la procédure. Une fois la sténose repérée, un fil-guide est introduit à travers la sténose, puis un ballonnet de dilatation hydrostatique est monté sur le fil guide et placé à travers la sténose sous contrôle radioscopique. Il existe plusieurs types de ballonnet de dilatation, avec des longueurs, des pressions et des diamètres de dilatation variables. En général, on débute la dilatation avec un ballonnet de 18 mm, gonflé avec de l'eau stérile à l'aide d'un dispositif de gonflage. Ce diamètre de 18 mm présente le meilleur compromis sécurité/ efficacité [12]. Le temps de gonflage est de l'ordre de 2 à 3 minutes, à une pression de 30 à 45 psi (ou 2 à 3 atmosphères), selon les ballonnets utilisés et le diamètre de la sténose. Le ballonnet est ensuite dégonflé (aspiration du liquide à l'aide du dispositif de gonflage-dégonflage), et on s'assure de visu de l'absence de complication (hémorragie, brèche voire perforation).  Une tentative de franchissement de la sténose par l'endoscope est alors réalisée, et définie généralement le succès de la dilatation (figure 3). Dans une étude rétrospective multicentrique récente, les résultats de cette technique chez 38 patients traités et suivis sur une période moyenne de 22,8 mois ont été rapportés [15]. La probabilité de resténose clinique était de 40 % à 1 an et de 63 % à 5 ans, nécessitant une seconde séance de dilatation chez 12 patients et une troisième séance chez 3 patients. Le taux de recours à la chirurgie était de 26 % à 1 an et de 43 % à 5 ans. L'âge, le sexe, le siège de la sténose et les traitements médicaux concomitants n'avaient pas d'influence significative sur l'efficacité de la technique. Une autre étude portant sur 43 malades a montré que le risque de recours à un traitement chirurgical était en fait plus élevé dans les 24 mois qui suivaient la dilatation (90 %) qu'au-delà (29 %, P < 0,002) (Morini S, DDW 2003). |
| Malgré sa facilité de mise en place, la survenue de complications après dilatation hydrostatique n'est pas rare, avec des taux de perforation rapportés jusque dans 11% des cas (14). De plus, le risque de resténose reste élevé, avec des taux de récidive clinique de l'ordre de 30 à 60 % sur un suivi moyen de 15 à 45 mois [10-15] (Tableau 1),nécessitant soit une nouvelle séance de dilatation endoscopique, soit une résection chirurgicale. | Deux types de traitement ont été proposés pour diminuer le risque de resténose : a. l'utilisation systématique de budésonide en association à l'azathioprine : dans une étude contrôlée sur 30 malades, ce traitement [budésonide (9 mg/j) - azathioprine (100 mg/j)] était associé à une diminution significative du risque de resténose à 12 mois [20 % dans le groupe traité versus 53% dans le groupe placebo (p = 0,02)] [16] ; b. l'injection locale de corticostéroïdes (bétaméthasone 5 mg) au niveau de la sténose [17] : dans une étude ouverte, le taux de resténose était de 15 % avec un suivi médian de 48 mois chez 13 malades traités par dilatation et injection locale de béthaméthasone ; la tolérance était acceptable, malgré le développement d'une fistule à 3 ans chez un malade ; une autre étude a montré que l'injection d'un corticoïde à libération prolongée (la triamcinolone à une dose de 10 à 40 mg) après la dilatation, permettait une rémission clinique prolongée chez 11/14 (78,5 %) malades, avec un recul de 16 et 28 mois après une ou plusieurs (2 à 4,médiane 3) séances de dilatation, sans aucune complication [18]. Dans une étude rétrospective récente portant sur 30 malades, le taux de resténose était respectivement de 44,4 % et 8,3 % chez les patients traités par dilatation endoscopique seule ou associée à l'injection de corticoïdes (Singh V,DDW 2003). Le traitement par endoprothèses expansibles Récemment, des auteurs japonais ont rapporté des résultats encourageants après mise en place d'endoprothèses métalliques auto-expansibles couvertes (de type Z-stent®), précédées de dilatations au ballonnet, en cas de sténoses fibreuses intestinales (colique et iléocolique), avec une morbidité immédiate quasi-nulle [19] (figure 4). Le suivi sans récidive a été de 3 à 4,5 ans, malgré une migration spontanée des endoprothèses (récupérées par voie trans-anale) entre 1 et 5 mois après leur mise en place [20], ce qui suggère un effet persistant à long terme de cette "stricturoplastie endoscopique", associant dilatation et endoprothèse métallique, une fois l'activité de la maladie contrôlée par des traitements immunosuppresseurs (corticoïdes puis azathioprine).  La pose des endoprothèses débute par une endoscopie classique, si possible sous anesthésie générale avec intubation trachéale, utilisant un coloscope ou un entéroscope. Une fois la sténose repérée, un fil-guide à extrémité souple (longueur 260 cm, diamètre 0.9 mm), est introduit par le canal opérateur, franchissant la sténose et poussé le plus loin possible dans la lumière intestinale, sous contrôle radioscopique. En fonction de la sténose, une endoprothèse d'une longueur de 4 à 10 cm est choisie, de sorte que la totalité de la sténose soit enjambée, avec un dépassement de part et d'autre de la sténose d'au moins 1 cm. Le cathéter d'introduction de l'endoprothèse est lubrifié à son extrémité, puis est poussé le long du fil guide sous contrôle radioscopique, soit à travers le canal opérateur de l'endoscope, soit après retrait de l'endoscope, le fil guide étant laissé en place, selon le type d'endoprothèse utilisée. Le cathéter est positionné au niveau de la sténose entre les repères opaques, la sténose étant placée au centre des repères. Une fois le bon positionnement obtenu, l'endoprothèse est déployée sous contrôle radioscopique, tout en la maintenant au centre des repères opaques. Le système d'introduction (fil-guide et cathéter) est ensuite retiré. La position de l'endoprothèse et l'absence d'effets secondaires immédiats sont vérifiées endoscopiquement. Le déploiement complet de la prothèse est obtenu en 24 à 72 heures. Les limites des endoprothèses expansibles classiques sont le risque de complications (perforations, ulcérations de contact, fistules, obstructions), certaines difficultés techniques (impossibilité de mise en place à travers le canal opérateur de l'endoscope, procédure gênée par le péristaltisme grêlo-colique, possibilité de migration très précoce) et l'impossibilité de retrait endoscopique après la pose. L'utilisation de ces endoprothèses a été validée dans le traitement de sténoses oesophagiennes bénignes [21] ou malignes [22], ainsi que dans les sténoses coliques malignes [23]. Une étude récente a également montré leur efficacité et leur innocuité dans le traitement des sténoses intestinales, y compris dans l'estomac et l'intestin grêle [24]. |
| Le développement de nouvelles endoprothèses expansibles en nitinol, extractibles et couvertes (de type Hanarostent®, Life Europe), pourrait réduire les risques de complications et faciliter leur mise en place. Leur caractère couvert (couche de polyuréthane recouvrant la partie métallique afin de minimiser les phénomènes d'obstruction secondaire au développement d'un tissu de granulation et de la fibrose), non définitif (retrait possible par traction sous endoscopie), flexible (mémoire de forme constante, résistance aux forces radiales, maintien de l'intégrité de la lumière) et leur facilité d'utilisation (libération proximale permettant un contrôle visuel du positionnement, cathéter à rigidité variable pour améliorer le passage à travers des sténoses) en font un traitement potentiellement intéressant dans les sténoses intestinales courtes de la maladie de Crohn. | Conclusions et perspectives La dilatation hydrostatique des sténoses de la maladie de Crohn est efficace dans 66 à 90 % des cas, avec une morbidité inférieure à 10 %. La meilleure indication semble être la sténose anastomotique courte. Lorsqu'elle est techniquement possible, elle doit être préférée au traitement chirurgical. Cependant, après la dilatation hydrostatique, une récidive est observée dans 30 à 60 % des cas. L'intérêt de la mise en place d'endoprothèses, composées de nouveaux matériaux prothétiques (plastique, biodégradable) susceptibles d'améliorer leur tolérance à long terme ou la possibilité d'extraction secondaire, mérite d'être évalué dans cette situation. Crohn - RCH n° 18 - Décembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma | Tableau 1. Résultats de la dilatation électrostatique des sténosesintestinales au cours de la maladie de Crohn | | 1er Auteur (référence) | Effectif | Suivi médian (mois) | Complications (sévères) | Taux de récidive | | | | Blomberg (10) | 27 | 7 % (7 %) | 15 | 33 % | | Breysem (12) | 18 | 0 % | 25 | 50 % | | Couckuyt (14) | 59 | 11 % (10 %) | 33 | 62 % | | Dear (13) | 22 | 0 % | 45 | 40 % à 1 an | | Sabaté (15) | 38 | 9 % (2 %) | 32 | 63 % à 5 an | | Références 1. Gendre JP, Modigliani R. Maladie de Crohn. In : JC Rambaud, eds. Traité de Gastroentérologie. 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(2003/12) L'évolution des indications et des techniques chirurgicales dans la maladie de Crohn
Pr Yves Panis Service de chirurgie générale et viscérale, Hôpital Lariboisière, Paris Propos recueillis par le Dr C. Mura Grâce aux progrès des techniques, cœlioscopiques particulièrement, et aux résultats des grandes séries publiées ces dernières années, il est possible de préciser davantage aujourd'hui les indications chirurgicales des différentes formes de la maladie de Crohn. Le Pr Y. Panis (Service de chirurgie générale et viscérale, Hôpital Lariboisière, Paris) nous fait part de son expérience dans ce domaine. Crohn & RCH : Plusieurs études ont montré que 70 à 80 % des patients atteints de maladie de Crohn seront opérés et que le risque de récidive clinique dépasse 50 %. Quel bilan pré-opératoire systématique doit être pratiqué selon vous et quels sont les grands principes actuels du traitement chirurgical de la maladie de Crohn ? Quelle marge de sécurité doit-on respecter ? Y a-t-il un type d'anastomose grêlo-colique à privilégier ? Pr Y. Panis : Du fait que la maladie de Crohn peut atteindre tous les étages de l'intestin, on a tendance à faire un bilan pré-opératoire assez complet : au minimum un transit du grêle, une coloscopie et un examen de l'anus. Il s'agit là, par ordre de fréquence, des trois localisations les plus souvent rencontrées. Par ailleurs, au moindre doute d'atteinte haute, on effectue une endoscopie œso-gastro-duodénale et au moindre doute d'abcès (fièvre, masse inflammatoire), on demande un scanner abdominal. Dans ce dernier cas, on drainera l'abcès avant d'intervenir. Ainsi, dans le cadre d'un tableau clinique d'atteinte de l'intestin grêle, si les examens révèlent à la fois des lésions du grêle et du côlon, nous serons amenés, selon les circonstances, à intervenir sur les deux sites ou, au contraire, à intensifier le traitement médical pour éviter la chirurgie. En effet, la chirurgie la plus utile est celle qui retire des lésions limitées. Les grands principes du traitement chirurgical sont aujourd'hui clairement définis. Tout d'abord, on n'opère que des patients ayant des symptômes cliniques, ce qui signifie que l'on ne pose pas d'indication opératoire sur la seule base d'images radiologiques. Cette intervention s'effectue soit en urgence, lorsqu'il s'agit de formes compliquées de péritonite ou d'abcès, soit après échec du traitement médical. Il n'y a pas de chirurgie préventive de la maladie de Crohn. Le deuxième grand principe consiste à n'effectuer que l'ablation des tissus qui apparaissent macroscopiquement comme responsables des symptômes. On ne passe pas au large, contrairement à la recto-colite hémorragique. L'objectif est ici de préserver au maximum le tube digestif, en raison du risque de futures interventions chirurgicales. En effet, il faut éviter d'aboutir à un grêle court avec une insuffisance intestinale, qui s'observe encore dans 3 à 5 % des cas. Sur le plan de la marge de sécurité à respecter, une étude randomisée a montré qu'il n'existe aucune différence, en matière de récidive clinique, entre une marge de 2 cm et de 12 cm. Aussi, quelles que soient les lésions microscopiques qui ont pu être observées, on garde une marge de sécurité de seulement 2 cm. L'intervention la plus fréquente consiste à faire une anastomose entre le grêle et le côlon droit, après une résection iléo-cæcale. Cependant, la maladie récidive toujours au niveau du grêle sus-anastomotique. Cela pourrait s'expliquer par le fait que les bactéries coliques remontent dans le grêle. Aussi, faut-il envisager des interventions qui empêchent cette colonisation bactérienne. Dans ce cadre, une étude randomisée internationale a débuté il y a quelques mois : elle compare les anastomoses termino-terminales ou termino-latérales et les anastomoses latéro-latérales, censées s'opposer davantage au reflux colique dans le grêle. Les résultats de cette étude permettront peut-être de conforter cette hypothèse. Crohn & RCH : Le diagnostic de maladie de Crohn est parfois découvert en peropératoire devant un tableau pseudo-appendiculaire. Dans cette situation, faut-il procéder à une résection iléo-cæcale ou ne rien faire ? Pr Y. Panis : Il s'agit d'une situation qui n'est pas exceptionnelle et qui fait l'objet d'un débat. Il n'existe qu'une seule étude et elle est en faveur de la résection. La conclusion des auteurs est le résultat d'un constat : dans les formes pseudo-appendiculaires, la seule appendicectomie, effectuée en urgence, était suivie d'une récidive dans l'année. Et cette récidive a nécessité une résection iléo-cæcale. En d'autres termes, il s'agit, pour les auteurs, de formes très agressives qui justifient d'une résection iléo-cæcale d'emblée. Ce n'est pourtant pas un conseil à donner. En effet, il semble plus logique, face à un tableau appendiculaire, de ne faire qu'une appendicectomie, si l'appendice est macroscopiquement malade ou de s'abstenir si le tableau associe une iléite terminale et un appendice sain, puis de faire un bilan postopératoire (transit du grêle et coloscopie), quitte à entreprendre, le cas échéant, un traitement médical. Bien entendu, si le tableau est celui d'un abcès péri-appendiculaire éventuellement avec un grêle perforé, la résection s'impose, mais toujours en essayant de retirer le moins de grêle possible. Crohn & RCH : On a souvent tendance à opposer les formes pénétrantes et les formes sténosantes de la maladie de Crohn. Lorsqu'une indication opératoire est portée, le type de la maladie influe-t-il sur la difficulté du geste ou sur le risque de complication ? Pr Y. Panis : Certes, un grand nombre d'études ont été publiées, mais de qualité variable. Des articles récents indiquent que les formes les plus graves sont les formes pénétrantes, mais il s'agit d'études rétrospectives qui incluent des patients ayant des atteintes du grêle et du côlon. L'étude la plus intéressante est celle de Yamamoto [1] qui n'a repris que des formes iléo-cæcales. Il conclut qu'il n'existe aucune différence pronostique. De même, dans l'étude suédoise rétrospective multivariée de Bernell [2], le caractère perforant ou sténosant n'apparaît pas non plus comme un facteur pronostique. On sait également que les patients atteints de maladie de Crohn ont tendance à récidiver sous la même forme, qu'elle soit sténosante ou pénétrante. Cependant, il existe un plus grand risque de complications à court terme s'il existe une fistule ou un abcès. Yamamoto a montré, dans une analyse multivariée, que le risque de complications infectieuses post-opératoires était augmenté dans 4 situations : dénutrition, corticothérapie au long cours, fistule et abcès découverts en peropératoire. En revanche, il n'existe aucune différence sur le risque de récidive à long terme. Crohn & RCH : La découverte d'un abcès abdominal doit-elle, selon vous, conduire systématiquement après drainage et antibiothérapie à une chirurgie de résection ? Sur quels arguments ? Dans quel délai ? Pr Y. Panis : Il n'y a pas de consensus, mais la majorité des chirurgiens est favorable à une chirurgie de résection. Quand on découvre un abcès, on le draine sous scanner et on propose systématiquement l'intervention. Un abcès est en fait une perforation borgne. Aussi, une fois drainée, si l'on ne traite pas chirurgicalement la lésion, on sera amené à proposer des immunosuppresseurs et/ou des corticoïdes à un patient qui a eu un abcès. Cette attitude ne paraît pas raisonnable, aussi préférons-nous proposer une résection chirurgicale de la zone perforée. Un argument de plus en faveur de cette attitude est le risque de récidive de l'abcès sous forme de péritonite. Quant au délai, si l'intervention est trop tardive, l'abcès risque de récidiver entre temps et si l'intervention est trop précoce, elle nécessitera, du fait de l'inflammation locale, de faire une stomie. Aussi,opérons-nous ces patients 4 à 6 semaines après avoir effectué le drainage sous scanner. Crohn & RCH : La présence d'une fistule iléo-vésicale a été longtemps considérée comme une indication opératoire formelle. Des travaux récents suggèrent qu'un traitement médical pourrait permettre de contrôler durablement cette situation. Quel bilan pré-opératoire proposez-vous dans cette situation ? L'urographie I.V. ou la cystoscopie ont-elles un intérêt ? Très peu d'études ont cherché à évaluer l'intérêt d'un traitement médical dans les fistules iléo-vésicales. Quelques articles suggèrent qu'un traitement immunosuppresseur serait susceptible de fermer la fistule, mais, aujourd'hui, il n'existe pas d'argument sérieux pour ne pas opérer ces patients. De plus, nous les opérons en considérant que l'on prévient de cette manière le risque d'infection urinaire et donc d'atteinte rénale. Par ailleurs, il est clair que l'on cherche à éviter aux patients une pneumaturie ou une fécalurie. Dans l'immense majorité des cas, la fistule se situe sur le dôme de la vessie et, au cours de l'intervention, on voit très distinctement le grêle collé à la vessie. En conséquence, il est inutile d'effectuer une urographie I.V. ou une cystoscopie dans le bilan pré-opératoire. Au cours de l'intervention, après avoir décollé le grêle de la vessie, soit l'on repère la fistule sur le dôme vésical et l'on fait un point de suture, soit on ne la repère pas et elle cicatrisera spontanément après avoir placé une sonde urinaire. Le bilan préopératoire doit donc simplement comporter un transit du grêle et une coloscopie pour juger de l'étendue des lésions intestinales, voire un scanner pour repérer un abcès. Crohn & RCH : La stricturoplastie a été proposée pour tenter d'économiser la longueur de résection intestinale, mais d'autres ont fait le procès de cette intervention puisqu'elle laisse en place un tissu a priori non fonctionnel. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Pr Y. Panis : A l'heure actuelle, la stricturoplastie n'a pas d'indication d'emblée sur une sténose unique. En effet, dans ce cadre, la résection n'ampute que faiblement le capital intestinal. En revanche, lorsqu'il existe plusieurs sténoses étagées, on a le choix entre la stricturoplastie ou les résections multiples Il n'existe aucun essai randomisé dans la littérature comparant les deux techniques, mais toutes les études rétrospectives montrent qu'elle sont équivalentes tant en ce qui concerne la morbidité postopératoire que le risque de récidive. En fait, la stricturoplastie peut constituer une alternative lors des réinterventions ou lorsqu'il existe de multiples sténoses, mais il faut garder en tête que l'on ne peut préjuger du devenir à long terme du tissu non fonctionnel laissé en place par cette intervention. Crohn & RCH : La colectomie segmentaire a-t-elle une place dans le traitement chirurgical de la maladie de Crohn ? Pr Y. Panis : : Comme on l'a vu, la philosophie de la chirurgie de la maladie de Crohn consiste à faire des résections segmentaires les plus limitées possibles. Jusqu'à ces dernières années, ce n'était pas vrai pour la chirurgie colique. En effet, on disait que les formes coliques étaient souvent graves, aiguës et qu'il était nécessaire de réséquer quasiment tout le côlon d'emblée, car si on en laissait une partie, la maladie allait récidiver, même si ce raisonnement n'est pas très logique par rapport au grêle. Aussi, on réalisait une colectomie totale ou subtotale, en un temps ou en deux temps, pour aboutir à une anastomose iléo-rectale. En fait, deux équipes, celle d'Anderson [3] et de Martel [4] ont analysé leurs résultats de colectomies segmentaires et de colectomies totales. La réponse est très claire : la colectomie segmentaire n'augmente pas de manière rédhibitoire le risque de récidive, même si celle-ci est plus précoce. Par ailleurs, en cas d'atteinte du côlon gauche par exemple, la colectomie gauche aboutit à un résultat fonctionnel (nombre de selles par jour…) nettement meilleur qu'en cas de colectomie subtotale.
Il y a donc une place réelle pour la colectomie segmentaire, mais il faut sûrement discuter d'un traitement préventif immunosuppresseur pour éviter les rechutes. En termes d'indications, nous avons tendance à effectuer une colectomie segmentaire chez des patients qui n'ont jamais eu d'atteinte pancolique et une colectomie totale d'emblée chez les autres. Crohn & RCH : La faisabilité technique de la chirurgie cœlioscopique pour la résection iléo-cæcale au cours de la maladie de Crohn semble démontrée. Pouvez-vous nous résumer les bénéfices de cette intervention et les possibilités d'extension des indications de ce type de chirurgie ? Pr Y. Panis : La dernière étude en date publiée par Milsom et al. [5] montre de manière indubitable que la résection iléo-cæcale par voie coelioscopique diminue les complications mineures et est équivalente à la laparotomie pour ce qui est des complications majeures. Il n'y a donc plus de débat : la voie coelioscopique est la meilleure voie d'abord pour effectuer une résection iléo-cæcale. Par ailleurs, dans ce type de chirurgie, on s'adresse à des patients jeunes pour qui les aspects esthétiques ne sont pas négligeables. De plus, la cœlioscopie diminue la durée d'hospitalisation, les douleurs postopératoires et permet une reprise plus rapide de l'activité professionnelle. Enfin, étant donné le risque de réintervention, il parait préférable d'éviter les interventions favorisant éventrations et adhérences. Dans tous les cas, il s'agit d'une chirurgie qui n'augmente pas la morbidité et qui permet l'obtention d'une cicatrice plus petite. L'expérience amène les équipes à effectuer sous cœlioscopie des interventions de plus en plus difficiles : sténoses sèches, abcès, fistules iléo-vésicales, récidives… On peut donc penser que dans les 5 années à venir, toute maladie du grêle pourra être opérée par cœlioscopie, si on en a l'expérience. En revanche, peu d'équipes réalisent des colectomies subtotales sous cœlioscopie. Dans cette indication, la chirurgie par voie coelioscopique demande plus d'expérience : l'intervention, au début, dure plus longtemps que par voie classique, mais avec une certaine expérience, la durée devient équivalente, voire plus courte. Crohn - RCH n° 18 - Décembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Yamamoto T, Allan RN, Keighley MR. Perforatin ileocecal Crohn's disease does not carry a high risk of recurrence but usually re-presents as perforatin disease. Dis Colon Rectum 1999 ; 42 : 519-24 2. Bernell O, Lapidu A, Hellers G. Recurrence after colectomy in Crohn's colitis. Dis Colon Rectum 2001 ; 44 : 647-54 3. Agwunobi AO, Carlson GM, Anderson ID et al. Mechanisms of intestinal failure in Crohn's disease. Dis Colon Rectum 2001 ; 44 : 1834-7 4. Martel P, Bettin PO, Gallot D et al. Crohn's colitis : experience with segmental resections ; results in a series of 84 patients. J Am Coll Surg 2002 ; 194 : 448-53 Milsim JW, Hammerhofer KA, Bohm B et al. Prospective, randomized trial comparing laparoscopic vs conventional surgery for refractory ileocolic Crohn's disease. Dis Colon Rectum 2001 ; 44 : 1-8
(2003/12) Il faut peut-être débuter plus tôt les immunosuppresseurs si on veut éviter la chirurgie
Pr Jacques Cosnes Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint Antoine Paris Etre opéré est une des principales craintes exprimées par les patients ayant une maladie de Crohn. C'est une crainte légitime : comme le rappelle Yves Panis, le taux de chirurgie d'exérèse intestinale est supérieur à 80 %, 20 ans après l'énoncé du diagnostic. Un patient porteur de maladie de Crohn est opéré en moyenne tous les 15 ans. Et c'est un minimum, car ces statistiques ne prennent pas en compte la chirurgie ano-périnéale ni les interventions ne comportant pas d'exérèse (exploration simple, stricturoplastie, dérivation interne). On peut atténuer la crainte des patients de deux façons : diminuer le recours à la chirurgie, c'est le rôle des médecins ; améliorer le vécu de la chirurgie, c'est le rôle des chirurgiens. Pour ce dernier point, des progrès remarquables ont été réalisés au niveau de la sécurité anesthésique et des suites opératoires, mais cela ne suffit pas : les souhaits de l'opéré c'est aujourd'hui « pas de douleur, pas de sonde gastrique et pas de cicatrice ». On commence à répondre à cette exigence, mais encore trop lentement. Le rôle des médecins est d'essayer de limiter les indications chirurgicales. Les immunosuppresseurs, pourtant formidables médicaments en entretien et dont la tolérance est acceptable, ne permettent pas de diminuer le recours à la chirurgie. Non parce qu'ils sont inefficaces, mais très probablement parce que nous les prescrivons trop tard dans l'histoire de la maladie, parce que nous attendons d'être sûr qu'il s'agit bien d'une maladie grave pour ne pas risquer une prescription excessive. Nous avons souvent tort. En attendant, nous laissons les lésions anatomiques évoluer jusqu'à un point de non retour et nous arrivons trop tard. Il faut donc peut-être revoir les indications des immunosuppresseurs et savoir les prescrire plus vite chez des malades sélectionnés. Crohn - RCH n° 18 - Décembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2003/12) Autogreffe de cellules souches dans le traitement de la maladie de Crohn : est-ce raisonnable?
Dr Matthieu Allez Service de Gastroentérologie, Hôpital Saint-Louis, - Craig RM, Traynor A, Oyama Y, Burt RK. Hematopoietic stem cell transplantation for severe Crohn's disease. Bone Marrow Transplantation 2003 ; 32 : S57-S59. - Burt RK, Traynor A, Oyama Y, Craig R. High-dose immune suppression and autologous hematopoietic stem cell transplantation in refractory Crohn disease. Blood 2003 ; 101 : 2064-6. - Stallmach A, Wittig BM, Moser C, Fischinger J, Duchmann R, Zeitz M. Safety and efficacy of intravenous pulse cyclophosphamide in acute steroid refractory inflammatory bowel disease. Gut 2003 ; 52 : 377-82. L'autogreffe de cellules souches est un traitement proposé dans les formes sévères de certaines maladies auto-immunes (sclérodermie, lupus,…) lorsque le pronostic vital est engagé. Bien que la maladie de Crohn ne soit pas à proprement parler une maladie auto-immune, certaines équipes ont proposé ce traitement à des patients atteints de MC sévère, résistante au traitement médical. Il existe dans la maladie de Crohn une activation locale du système immunitaire, avec une perte de tolérance de ce système vis-à-vis de la flore intestinale. Craig et al. rapportent leur expérience d'un traitement par autogreffe de cellules souches chez 4 patients atteints de maladie de Crohn sévère et réfractaire [1]. Le même auteur a présenté à la dernière DDW, les résultats obtenus chez 8 patients. Ce traitement comporte une première phase de mobilisation avec recueil de cellules souches (cyclosphophamide 2 g/m2 et G-CSF), puis un conditionnement par cyclosphophamide 200 mg/kg et globulines anti-thymocytes, suivi de l'injection des cellules souches [2]. Cet article n'apporte quasiment aucune information sur la sélection des patients. L'évolution a été favorable, sans effet secondaire grave. Commentaire Au-delà des critiques sur la qualité de l'article et sur le peu d'informations concernant la sélection des patients, on peut dégager des points positifs. L'autogreffe de cellules souches pourrait représenter un traitement efficace dans les formes sévères, résistantes aux traitements médicaux. Ce traitement est capable d'induire une rémission clinique et endoscopique prolongée (3-18 mois d'après la présentation à la DDW). Cependant, cette efficacité est peut-être liée à l'utilisation de la cyclosphophamide. Dans un essai pilote, Stallmach et al. ont en effet rapporté une évolution favorable chez 8 patients ayant une maladie de Crohn sévère résistante aux corticoïdes [3]. Le traitement, qui consiste en des perfusions mensuelles de 750 mg de cyclosphophamide, semble capable d'induire une rémission prolongée. Comment l'autogreffe de cellules souches pourrait-elle induire une rémission prolongée de la MC ? Le schéma thérapeutique utilisé entraîne probablement des modifications majeures de la muqueuse intestinale. Le cyclosphophamide est un immunosuppresseur puissant capable d'affecter significativement le nombre et la fonction des lymphocytes B et T. Les doses utilisées dans l'autogreffe de cellules souches induisent une aplasie médullaire, et probablement une disparition des lymphocytes de la muqueuse. La réinjection de cellules souches permet la repopulation de l'épithélium par de nouvelles populations lymphocytaires probablement naïves. Par ailleurs, les cellules souches pourraient également se différencier en cellules épithéliales et recoloniser la muqueuse intestinale. Ce traitement agressif peut-il avoir sa place dans la prise en charge des patients atteints de MC ? La mortalité associée à l'autogreffe de cellules souches dans les maladies auto-immunes est de l'ordre de 5 %, avec des variations selon la pathologie sous-jacente. Par conséquent, ce traitement ne peut être envisagé que dans les situations exceptionnelles, telles celles mettant en jeu le pronostic vital ou celles pouvant aboutir, après résection étendue du grêle, à un syndrome du grêle court. Ces situations sont heureusement rares dans la maladie de Crohn. En effet, les formes résistantes aux traitements classiques (azathioprine, méthotrexate…) associées aux thérapies anti-TNF (infliximab) sont peu fréquentes. L'autogreffe de cellules souches pourrait donc se discuter chez certains patients sélectionnés, après confirmation de son efficacité dans des essais thérapeutiques. En conclusion, l'autogreffe de cellules souches pourrait être utilisée chez des patients sélectionnés ayant une MC sévère et résistant aux traitements médicaux. Ce type de traitement à risque ne peut être envisagé qu'après avoir essayé et optimisé les traitements classiques. On peut espérer, avec l'avènement de nouvelles thérapeutiques, ne pas avoir recours à de tels traitements. Crohn - RCH n° 18 - Décembre 2003 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
2002
(2002/02) La thioguanine (Lanvis®) en cas de résistance à la 6-mercaptopurine au cours de la MC
Pr Yoram Bouhnik, Hépato-Gastroentérologie et Assistance Nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris
Dubinsky MC, Hassard PV, Seidmann EG et al. Inflammatory bowel disease 2001 ; 7 : 181-9. La 6-mercaptopurine ou l'azathioprine sont parfois prises en défaut quant à l'obtention d'une rémission clinique complète au cours de la maladie de Crohn. L'impossibilité d'atteindre des taux thérapeutiques de 6-thioguanine nucléotides (6TGN) en rapport avec une surproduction de dérivés méthylés (6MMP) malgré l'augmentation de la dose d'AZA/6MP caractérise un sous-groupe de patients atteints de maladie inflammatoire chronique intestinale "résistant". L'administration de thioguanine (Lanvis®), qui produit plus directement des dérivés 6TGN, pourrait être intéressante chez ces patients. Les auteurs ont évalué la tolérance et l'efficacité de la thioguanine dans un sous-groupe de sujets atteints de maladie de Crohn non contrôlée par les traitements classiques par AZA/6MP. Dix sujets atteints de maladie de Crohn avec un profil métabolique montrant une augmentation des dérivés méthylés en cas d'augmentation de la posologie d'AZA-6MP étaient inclus dans cet essai pilote. Sept des 10 patients avaient présenté un effet secondaire en rapport avec la 6MP. 70 % des patients (7/10) ont répondu ou étaient en rémission à la seizième semaine de traitement par thioguanine. La réponse clinique était apparente dès la 4e semaine dans la majorité des cas. L'administration de thioguanine entraînait des taux de 6TGN 9 fois supérieurs à ceux qui étaient notés avec la 6MP, alors que les taux de dérivés méthylés étaient indétectables. On peut préciser cependant qu'il est fort probable que la méthode de dosage des 6TGN ne permette pas de distinguer les métabolites présumés actifs (6TGN) du médicament administré (thioguanine). Aucun patient n'a présenté une récidive de la maladie, ni une toxicité hépatique ou hématologique. La thioguanine pourrait être un agent plus sûr et plus efficace dans le sous-groupe de patients atteints de MICI et résistants au traitement par AZA/6MP. Des essais contrôlés plus importants sont nécessaires pour évaluer à la fois l'efficacité et la tolérance à cours et long terme de ce médicament dans ce sous-groupe de patients et plus généralement au cours des MICI. Crohn - RCH n° 13 - Février 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/02) Manifestations articulaires au cours des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin
A. Laatar, R. Hajri, S. Kassab, S. Chékili, L. Zakraoui A côté des atteintes intestinales, les MICI peuvent être à l'origine de manifestations extra-digestives touchant en particulier l'appareil locomoteur. Ces dernières comptent parmi les plus fréquentes des atteintes extra-intestinales et peuvent se voir aussi bien au cours de la maladie de Crohn (MC) que de la recto-colite hémorragique (RCH). Elles sont souvent à l'origine d'une gêne importante et justifient un diagnostic précis et une prise en charge thérapeutique adaptée. Les MICI peuvent être à l'origine de manifestations rhumatologiques fréquentes et diverses Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) constituent un groupe d'affections pouvant s'accompagner de manifestations extra-digestives avec une fréquence telle que certains les considèrent comme de véritables maladies systémiques à expression digestive prédominante. Parmi ces atteintes extra-intestinales, les manifestations rhumatologiques en sont les plus fréquentes. Elles devancent les atteintes cutanées, oculaires et hépatiques, dont les fréquences ne dépassent pas 10 % [1]. Outre les manifestations osseuses représentées par l'ostéoporose et les ostéonécroses, les MICI peuvent être à l'origine de manifestations articulaires diverses (Tableau I). | Tableau 1 : Manifestations rhumatologiques des MICI | | Types de manifestations |
| | Articulaires | arthralgies et arthrites périphériques, spondylarthrite ankylosante, sacro-iliite isolée | | Osseuses et articulaires | syndrôme SAPHO, ostéoarthropathie hypertrophiante... | | Osseuse | ostéopénie et ostéoporose, ostéonécroses | Aspects nosologiques Les manifestations articulaires rencontrées au cours des MICI sont habituellement classées dans le groupe des spondylarthropathies à côté du rhumatisme psoriasique, des arthrites réactionnelles et de la spondylarthrite ankylosante. Ceci découle du fait que ces différentes entités partagent certains points communs, à savoir : - la fréquence de l'atteinte du squelette axial et celle des enthèses
- un terrain immunogénétique commun attesté par l'association fréquente au groupe HLA B27
et l'absence du facteur rhumatoïde et d'anticorps antinucléaires dans le sérum Les atteintes articulaires sont parmi les manifestations extra-digestives les plus fréquentes La prévalence des atteintes articulaires est estimée entre 15 et 60 % en fonction des séries [1, 2, 3]. Dans une étude transversale, réalisée auprès de 103 patients atteints de MICI (non connus atteints de spondylarthropathies), De Vlam et al ont pu relever des manifestations articulaires cliniques dans 39 % des cas, des lombalgies inflammatoires dans 30 % des cas, des arthrites dans 10 % et une sacro-iliite découverte à la radiographie dans 10 % des cas [4]. La majorité de ces malades (90 %) ont satisfait aux critères diagnostiques des spondylarthropathies (SpA) proposés par l'European Spondylarthropathy Study Group (ESSG) et 10 % correspondaient à d'authentiques tableaux de Spondylarthrite Ankylosante (SPA).
Les atteintes articulaires peuvent être scindées en 3 catégories 
Les manifestations articulaires peuvent se voir au cours de toutes les MICI. Au cours de la MC, elles se verraient en particulier dans les formes coliques, alors que dans la RCH elles seraient surtout l'apanage des formes compliquées de suppuration ou associées à des pseudo-polypes. Les atteintes articulaires sont globalement semblables dans les différentes MICI. Elles ont été initialement considérées comme une variante de la Polyarthrite rhumatoïde, puis ont été ultérieurement individualisées par l'American Rheumatism Association [5]. Le rhumatisme périphérique Il constitue la forme la plus fréquente. Il est rencontré chez 15 à 20 % de l'ensemble des patients atteints de MICI [5]. Il est représenté par les classiques arthrites entéritiques, touchant indifféremment les 2 sexes, mais qui semblent plus fréquentes au cours de la MC qu'au cours de la RCH [6]. L'atteinte articulaire est très rarement inaugurale (10 %) et débute habituellement quelques années après les troubles digestifs, à la faveur d'une poussée évolutive intestinale. Le tableau est plus souvent fait d'arthralgies inflammatoires que de véritables arthrites. Il s'agit alors d'une oligoarthrite périphérique, asymétrique et migratrice touchant avec prédilection les articulations des genoux et des chevilles et à un moindre degré celles des poignets, des mains, des avant-bras et des épaules. Beaucoup plus rares sont les polyarthrites symétriques, qui simulent une polyarthrite rhumatoïde. La sérologie rhumatoïde et le gène HLA B27 sont en règle absents et les explorations cytologiques du liquide articulaire et histologique de la synoviale ne sont pas contributives. Les radiographies sont habituellement normales et les arthrites érosives et destructrices restent exceptionnelles [7, 8]. Les poussées articulaires durent en moyenne quelques semaines et passent rarement à la chronicité. La sévérité et l'étendue de l'atteinte articulaire sont en général corrélées à la sévérité de l'atteinte colique. La guérison des lésions intestinales, notamment après colo-proctectomie s'accompagne de la disparition de ces arthropathies périphériques. En revanche, à l'occasion d'épisodes d'inflammation du réservoir après anastomose iléo-anale (pochite), on peut assister à la réapparition d'arthralgies [9, 10] 
. Dans ce cadre, on regroupe les atteintes articulaires à prédominance axiale. Le tableau réalisé est alors celui d'une SpA ou d'une sacro-iliite isolée. La sacro-iliite isolée : L'atteinte des sacro-iliaques, uni ou bilatérale, se voit alors isolément sans signes rachidiens [6]. La sacro-iliite est souvent asymptomatique. Elle n'est suspectée cliniquement que dans près de 3 % des cas, mais peut être de découverte fortuite sur des radiographies standard chez 18 % des MICI ou par tomodensitométrie dans environ 30 % des cas [11, 12]. Elle peut aboutir à une ankylose des articulations sacro-iliaques. L'atteinte des sacro-iliaques devrait être évoquée devant des douleurs fessières d'horaire inflammatoire ou devant des sciatalgies tronquées bilatérales ou à bascule (figure 1). L'examen clinique, souvent pauvre, permet de rechercher des signes d'irritation de l'articulation sacro-iliaque. Les anomalies des sacro-iliaques sont habituellement mises en évidence sur les radiographies standard (figure 2) ou mieux sur les coupes tomodensitométriques (figure 3). A un stade précoce, les anomalies des sacro-iliaques sont infraradiologiques et ne peuvent être mises en évidence que par l'IRM [4]. |
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| | figure 2 : 
| figure 3 :
| Ce tableau de sacro-iliite isolée semble constituer une entité à part car il n'évolue généralement pas vers le tableau classique de SpA et diffère de cette dernière par sa survenue sur un terrain différent caractérisé par la prédominance féminine et l'absence du gène HLA B27 [11]. La spondylarthrite ankylosante : Un tableau de SpA est noté dans 3 à 10 % des cas au cours des MICI, sans différence significative entre la MC et la RCH [5]. La prédominance masculine y est moindre par rapport aux SpA isolées, dites primitives (Tableau 2). Le groupe HLA B27 y est retrouvé à une moindre fréquence par rapport aux SpA primitives [6]. La présence du gène HLA B27, chez un sujet atteint de MICI, majore le risque de survenue d'une SpA. | Tableau 2 : Différences épidémiologiques entre les formes primitives de SpA et celles rencontrées au cours des MICI | |
| SpA au cours des MICI | SpA primitives | | Sex Ratio | 2/1 | 4-7/1 | | HLA B27 | 50-75 % | 95 % | Les signes articulaires peuvent débuter à n'importe quel âge et précèdent les premiers signes digestifs dans plus de 50 % des cas. Le délai entre le début des signes articulaires et les troubles digestifs est variable et atteint parfois 20 ans. L'atteinte articulaire serait plus fréquente lorsqu'existe une atteinte rectale ou colique. Mais contrairement au rhumatisme périphérique, les signes articulaires ont tendance à évoluer pour leur propre compte et ne régressent pas après colectomie. Les signes cliniques et radiologiques sont en tout point comparables à ceux de la SpA primitive. Les signes fonctionnels prédominent sur le squelette axial : rachis, sacro-iliaques et articulations thoraciques antérieures. L'atteinte de la colonne vertébrale est annoncée par des rachialgies débutant souvent à la charnière dorso-lombaire et pouvant s'étendre secondairement aux autres segments rachidiens. L'évolution, par poussées, se fait progressivement vers la limitation de l'ampliation thoracique et l'enraidissement rachidien. Les radiographies peuvent objectiver des signes évocateurs tels les syndesmophytes, qui apparaissent sous la forme de fins spicules osseux verticaux reliant deux corps vertébraux contigus (figure 4). Les syndesmophytes résultent d'une métaplasie et correspondent à une ossification des ligaments intervertébraux (figure 5). Lorsque l'atteinte rachidienne devient diffuse, elle réalise un aspect de colonne de bambou avec une ankylose complète du rachis (figure 6). La survenue d'arthrites thoraciques antérieures intéressant les articulations sterno-claviculaires (figure 7) ou sterno-costales est assez évocatrice des spondylarthropathies. A cette atteinte axiale peuvent s'associer des enthésopathies. Ces dernières correspondent à un remaniement inflammatoire de certaines enthèses comme l'insertion calcanéenne du tendon d'Achille, le grand trochanter ou les branches ilio- et ischio-pubiennes. Les enthésopathies restent souvent méconnues surtout lorsqu'elles sont de siège pelvien car peuvent être prises à tort pour des douleurs d'origine digestive. Les arthrites périphériques touchent en particulier le genou. L'atteinte de l'articulation coxo-fémorale est redoutable car elle grève le pronostic fonctionnel du patient. Les coxites justifient souvent le recours à une synoviorthèse à l'acide osmique.
Autres manifestations articulaires | L'hippocratisme digital est fréquemment rencontré au cours des MICI [13]. Il peut se voir isolément ou alors dans le cadre d'une ostéoarthropathie hypertrophiante, associant un hippocratisme digital, une périostite et une arthropathie. Sa fréquence au cours de la MC et de la RCH est estimée respectivement à 38 % et à 15 %. Ces chiffres sont plus bas dans les formes avec atteinte rectale pure et plus élevés dans les entérocolites cryptogénétiques [13]. Cette fréquence semble corrélée à l'activité de la maladie et à l'importance de la fibrose intestinale. La régression de l'hippocratisme digital après résection colique reste possible [13]. Sur les 61 cas de SAPHO (Synovite, Acné, Pustulose palmo-plantaire, Hyperostose, Ostéite aseptique) rapportés par Kahn et al, 8 étaient porteurs de MICI, dont 6 correspondaient à une MC et 2 à une RCH [14]. Les manifestations ostéoarticulaires avaient précédé les signes digestifs dans les trois quarts des cas. Leur évolution semblait se faire indépendamment de celle des troubles digestifs. Des arthrites d'origine infectieuse ont également été décrites surtout au cours de la MC, de même que quelques observations d'association à une Polychondrite atrophiante [15]. Diagnostic Sur le plan pratique, deux cas de figure peuvent se présenter. Dans le premier, les manifestations ostéoarticulaires surviennent de manière concomitante à une poussée de MC ou de RCH déjà connues. Les tableaux de rachialgies inflammatoires ou d'oligoarthrite asymétrique et migratrice peuvent alors être rattachés à l'entéropathie après avoir éliminé de principe une atteinte articulaire d'origine infectieuse. Des explorations radiologiques et biologiques simples pourront aider à étayer le diagnostic. La deuxième situation est plus délicate. Elle correspond à des manifestations ostéoarticulaires en apparence isolées et ou précédant les signes digestifs. La démarche diagnostique sera faite en deux étapes. Il conviendra d'abord d'affirmer le diagnostic de spondylarthropathie sur des arguments cliniques et para-cliniques (critères de l'ESSG ou d'Amor [16, 17]). Une fois le diagnostic de spondylarthropathie retenu, il faudra alors éliminer les autres spondylarthropathies (rhumatisme psoriasique et arthrites réactionnelles) et procéder à une exploration digestive dans le but de rechercher une éventuelle MICI. Cette exploration sera basée sur l'anamnèse, l'examen clinique et surtout l'endoscopie. Prise en charge thérapeutique Elles requièrent de ce fait un diagnostic précis et une prise en charge spécifique et adaptée à chacune des formes articulaires. Les arthralgies et les arthrites entrant dans le cadre du rhumatisme périphérique sont généralement orchestrées par les poussées digestives et disparaissent habituellement l'entrée en rémission de celles-ci. Ces manifestations répondent habituellement à un traitement antalgique. Le recours aux AINS, réputés plus efficaces mais accusés d'aggraver l'atteinte digestive, est réservé aux formes polyarticulaires ne répondant pas aux antalgiques [18]. Les nouveaux AINS (anti-cox 2) sont contre-indiqués au cours des MICI. L'utilisation de corticoïdes à des doses de l'ordre de 5 à 15 mg par jour d'équivalent prednisone est proposée en cas de résistance aux AINS. Les atteintes mono et oligoarticulaires constituent une excellente indication aux traitement locaux, par infiltration de corticoïdes d'action retard ou par synoviorthèse d'acide osmique en cas d'atteinte de la hanche ou du genou. La Sulfasalazine peut être utilisée à la dose de 2 à 3 g par jour comme traitement de fond des formes articulaires chroniques. Aucune étude n'a, toutefois, confirmé de façon probante son efficacité. Dans une étude prospective multicentrique randomisée, menée sur 263 spondylarthropathies, Dougados et al ont pu démontrer que la sulfalazine était statistiquement supérieure au placebo concernant trois critères d'évaluation : la douleur et l'appréciation globale du patient et du médecin [18]. Les manifestations articulaires constituant le rhumatisme axial évoluent pour leur propre compte et ne sont pas influencées par l'entrée en rémission de l'atteinte digestive. Leur prise en charge thérapeutique est en gros celle proposée pour la SpA primitive. L'atteinte axiale requiert la prescription d'AINS tant que l'état digestif le permet. Les antalgiques sont parfois peu efficaces et le bénéfice des corticoïdes, en cas de poussées axiales pures, est très controversé. Les infiltrations locales sont également d'un grand apport. Elles s'adressent à certaines enthésopathies et arthrites périphériques, ainsi qu'aux sacro-iliites tenaces. Le recours à la sulfasalazine est discutable [19]. Son efficacité a été surtout notée sur les atteintes articulaires périphériques et reste moindre sur l'atteinte axiale. L'association d'atteintes articulaires périphériques semble constituer un facteur prédictif de bonne réponse. Comme pour la forme de rhumatisme périphérique, l'emploi d'autres molécules destinées à traiter l'atteinte digestive, comme le méthotrexate, l'azathioprine et la ciclosporine pourrait théoriquement agir en même temps de manière bénéfique sur la composante articulaire. Ces molécules ont déjà prouvé leur bénéfice sur d'autres rhumatismes inflammatoires chroniques et notamment dans la SPA primitive [20, 21]. Récemment, l'usage de l'infliximab (Remicade®) dans le traitement des manifestations digestives a permis de relever des résultats très encourageants sur les atteintes articulaires [22]. Ces molécules devraient être testées à plus grande échelle. Crohn - RCH n° 13 - Février 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/02) Prise en charge de la maladie de Crohn de l'enfant
Pr Jean-Pierre Cézard, Service Gastro-Entérologie, Hôpital Robert Debré Paris La prévalence des maladies inflammatoires chroniques intestinales ne cesse d'augmenter et pourrait atteindre le chiffre de 200 000 en 2005. Qui plus est, cette augmentation de prévalence atteindrait particulièrement les enfants, avec un âge de survenue des symptômes de plus en plus jeune. "Crohn - RCH" s'est donc proposé d'interviewer le Pr Jean Pierre Cézard, service d'hépato-gastro-entérologie pédiatrique de l'Hôpital Robert Debré. Crohn & RCH : la prévalence de la maladie de Crohn ne cesse d'augmenter et il semble qu'il en soit de même pour le pourcentage des formes révélées dans l'enfance, c'est-à-dire avant l'âge de 15 ans, voire beaucoup plus tôt. Dans votre pratique clinique, avez-vous noté une augmentation du nombre d'enfants atteints par cette affection? Le type des principales présentations cliniques a-t-il changé? Pr J-P Cézard : effectivement, nous notons, depuis quelques années, une augmentation de nouveaux cas de maladie de Crohn chez l'enfant dans notre service. Il n'y a pas de données épidémiologiques en France qui permettent de confirmer cette constatation | En revanche, dans les pays anglo-saxons, en particulier, l'incidence de la maladie de Crohn aurait récemment doublé, en passant de 2-3 enfants/100 000/an à 5 enfants/100 000/an. La situation est donc probablement similaire en France, mais nous ne disposons pas de données récentes permettant de le prouver. | Les seules données à notre disposition datent du début des années 90 où l'incidence était de 2 à 3 enfants/100 000/an dans les régions du nord et de l'ouest de la France. Les formes cliniques sont similaires. Nous n'avons pas noté de changement ni dans l'âge de survenue (aux alentours de 12-15 ans), ni dans la présentation des tableaux cliniques qui peuvent être souvent trompeurs et entraîner un retard diagnostique de plusieurs mois. Crohn & RCH : parmi les particularités de la maladie de Crohn de l'enfant, on cite généralement le risque de retard de croissance et le risque de retard pubertaire. Quelle stratégie thérapeutique de 1re intention proposez-vous pour prévenir ces risques? Pr J-P Cézard : le retard de croissance représente la complication spécifique de la maladie de Crohn de l'enfant. Au début des années 90 et selon les résultats des études, cette complication était retrouvée chez 20 à 50 % des enfants. En France, nous avons réalisé une étude multicentrique, dont les résultats devraient être bientôt publiés, qui montre qu'un retard de croissance > -1DS est retrouvé chez 30 à 50 % des enfants et > -2DS chez 17 % des enfants. Dans l'étude longitudinale que nous avons réalisée entre 1996 et 1998, ce retard persiste dans le suivi dans 21 % des cas (retard > -2DS). Ainsi, cette complication reste d'actualité et n'a pas disparu malgré les progrès techniques. La stratégie de prévention repose essentiellement sur la surveillance attentive de la croissance et le parfait contrôle de la maladie Ce contrôle est non seulement clinique, mais également biologique avec, en particulier, le contrôle du syndrome inflammatoire. En effet, les formes les plus sévères présentent le retard de croissance le plus important. Il n'y a pas de prévention spécifique du retard de croissance. Comme je le mentionnais, la seule prévention consiste en un contrôle parfait de la maladie, soit par un traitement médicamenteux, soit par la nutrition entérale, lorsque le traitement médical ne suffit pas. Malheureusement, la nutrition entérale ne donne pas toujours des résultats positifs. Le pourcentage d'échecs sur la croissance est ainsi de l'ordre de 30 à 40 %. Le retard pubertaire est associé au retard de croissance. La puberté survient avec retard et le retard de croissance porte sur environ 20 % des patients avec une perte de l'ordre de 15 cm par rapport à la taille prévue. |
| Au total, le traitement médicamenteux associé ou non à la nutrition entérale, quand cela est nécessaire, et la surveillance de la croissance permettent d'éviter les retards de croissance. | Crohn & RCH : il est classique de considérer que l'on manque d'essais contrôlés randomisés pour évaluer l'efficacité des traitements au cours de la maladie de Crohn de l'enfant. Les résultats impressionnants de l'étude de Markowitz et al ont-ils changé votre stratégie thérapeutique? Proposez-vous plus rapidement les immunosuppresseurs pour éviter le recours prolongé aux corticoïdes chez l'enfant? Pr J-P Cézard : les essais contrôlés chez l'enfant étaient effectivement rares, mais il y en a de plus en plus. En particulier, une étude multicentrique vient de se terminer en France sur l'efficacité du 5-ASA et sera bientôt publiée. Une autre étude, européenne, a été réalisée sur l'efficacité du budésonide (Entocort®). L'étude à laquelle vous vous référez, celle de Markowitz, est très intéressante. Il y a deux façons d'analyser les résultats : - soit conclure qu'il faut systématiquement traiter par azathioprine et corticoïdes dès la déclaration de la maladie afin d'éviter l'utilisation prolongée des corticoïdes, puisque les résultats montrent un succès dans près de 95 % des cas à 18 mois,
- soit considérer qu'environ 45 % des enfants n'ont pas besoin de traitement d'entretien, car chez ces derniers on n'observe pas de rechute à 18 mois. Ainsi, on peut considérer que, chez ces patients, le traitement par immunosuppresseur n'est pas nécessaire.
Je pencherai pour cette deuxième analyse. En effet, je pense que la mise d'emblée sous azathioprine ne doit pas être systématique du fait des complications relativement fréquentes d'un tel traitement alors qu'environ 45 % de ces patients "vont bien". N'oublions pas que ce traitement est responsable de pancréatite dans 5 % des cas, de problèmes hématologiques dans 3,5 % des cas et d'autres complications hépatiques ou infectieuses. Après une première poussée traitée par corticoïdes, mon attitude consiste soit à ne pas donner de traitement, soit à proposer un traitement par 5-ASA. Le traitement corticoïde ne doit pas dépasser 0,2mg/kg/j pendant plus de trois mois par an. En cas de corticodépendance ou de rechute sous 5-ASA, l'azathioprine est alors prescrite. Crohn & RCH : quels sont les médicaments disponibles au cours de la maladie de Crohn chez l'enfant? Parmi les thérapeutiques biologiques, le Remicade® a-t-il des indications chez l'enfant? Pr J-P Cézard : tous les médicaments utilisés chez l'adulte dans la maladie de Crohn sont disponibles chez l'enfant, selon les mêmes indications. Il n'y a pas de contre-indication, même pour le Remicade® en ce qui concerne l'enfant. Le Remicade® est de plus en plus utilisé en France depuis deux ans. Dans notre service, nous avons traité 20 enfants par Remicade®. Les indications sont les mêmes que chez l'adulte, à savoir les formes corticodépendantes ou corticorésistantes, traitées par un immunosupresseur. Les autres indications sont les fistules digestives après échec des corticoïdes et des immunosuppresseurs pendant 3 mois. |
| Les résultats avec le Remicade® sont spectaculaires dans la grande majorité des cas. Malheureusement, l'effet est temporaire et 50 % des patients rechutent dans les 3 à 6 mois. | Le Remicade® est très efficace, mais nous n'avons pas beaucoup de recul concernant ses inconvénients, notamment infectieux et allergiques. La production d'anticorps anti-Remicade® pourrait expliquer une résistance ultérieure lors de nouvelles injections. L'apparition d'anticorps anti-ADN pourrait être à l'origine d'un syndrome lupoïde. Sur les 20 enfants traités, 5 d'entre eux ont développé des anticorps antinucléaires après perfusion et 2 des anticorps anti-ADN sans manifestation clinique. On peut réutiliser le Remicade® chez l'adulte tous les 2 mois. Pour éviter les rechutes chez l'enfant, nous en sommes au stade de l'approche prospective dans le cadre d'une étude qui débutera en Mars 2002. Crohn & RCH : chez les adolescents atteints de maladie de Crohn, proposez-vous de façon systématique un soutien psychologique pendant cette période charnière de la vie? Pr J-P Cézard : cette maladie survient à un âge critique. La chronicité de la maladie accentue son retentissement psychologique. Nos jeunes patients sont informés qu'ils ont une psychologue à leur disposition. Lorsque, en consultation, on note des problèmes conflictuels ou dépressifs, le recours à la psychologue est plus autoritaire, mais il n'y a pas de prise en charge systématique. Crohn & RCH : avez-vous des conseils particuliers à faire passer concernant le traitement de la maladie de Crohn chez l'enfant? Pr J-P Cézard : la maladie de Crohn de l'enfant est différente de celle de l'adulte pour une raison : le retard de croissance. A la différence de l'adulte, cela impose un contrôle parfait d'un point de vue clinique et biologique. La nutrition entérale a fait la preuve de son efficacité chez l'enfant en ce qui concerne le contrôle des poussées mais également sur la croissance, même si dans certains cas, elle est inefficace. En cas de retard de croissance, il faut pouvoir imposer une nutrition entérale qui est certes un traitement lourd, avec des conséquences sur la qualité de vie, mais qui, en revanche, ne présente aucune toxicité. Crohn - RCH n° 13 -Février 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/02) Apport du scanner abdominal dans la maladie de Crohn
| Dr Mourad Boudiaf Service de Radiologie Viscérale et Vasculaire, Hôpital Lariboisière, Paris La maladie de Crohn est une entérocolite inflammatoire, idiopathique, granulomateuse et transmurale dont l'évolution est chronique. Le diagnostic de la maladie repose sur un faisceau d'arguments cliniques, morphologiques (en règle fournis par l'endoscopie digestive) et histologiques. La radiologie conventionnelle et l'endoscopie digestive sont utiles pour le diagnostic et l'évaluation de la longueur des segments atteints [1]. Le diagnostic des complications abdominales est du domaine de l'échographie, mais surtout de la tomodensitométrie (TDM), en particulier pour la recherche d'abcès, de phlegmons et d'occlusions intestinales [2, 3]. | |  | Technique d'imagerie | | | L'examen TDM doit être effectué selon une technique adaptée. L'ingestion de produit de contraste (iodé dilué à 2 % ou suspension de sulfate de baryum), à la dose de 1000 ml, ingéré une heure avant le début de l'examen, permet d'opacifier l'ensemble des anses grêles. A l'étage colique, la distension pariétale est obtenue soit par l'administration d'un lavement aux hydrosolubles dilué, soit par l'insufflation d'air. Des coupes sans injection de contraste sont réalisées en cas de suspicion de complication urinaire, comme une lithiase opaque. Afin d'identifier les processus inflammatoires, une acquisition volumique en coupes de 5 mm d'épaisseur est réalisée après injection intraveineuse de produit de contraste (120 ml ; 300 mg d'iode/ml) avec un débit de 3 ml/sec, depuis les coupoles diaphragmatiques jusqu'au périnée.  |
| Les signes TDM de la maladie de Crohn en poussée comprennent l'atteinte murale et mésentérique. | - L'atteinte murale
 est représentée par un épaississement pariétal modéré compris entre 10 et 20 mm. L'épaississement est souvent régulier, circonférentiel et symétrique (Fig.1) [4]. Après injection de produit de contraste, on peut observer un rehaussement homogène dont l'intensité est variable. L'épaississement pariétal peut réaliser un aspect en double halo. Celui-ci est constitué par un anneau central hypodense, correspondant à l'œdème muqueux et sous-muqueux, et un anneau périphérique hyperdense. Le signe de la cible peut être observé au stade aigu de la maladie, et correspond à un aspect en 3 couches concentriques, l'une centrale : la couche hyperdense, correspondant à un rehaussement maximal du versant muqueux de la paroi lors du premier passage du produit de contraste, à la phase artériolo- capillaire (25 à 40 sec après injection IV) ; la couche moyenne hypodense correspondant à l'œdème de la sous-muqueuse et du chorion ; et la couche périphérique hyperdense correspondant au rehaussement de la musculeuse propre (Fig. 2) [5]. Cet aspect laisse entrevoir l'éventualité d'une action bénéfique du traitement médicamenteux. Au stade subaigu, on observe un rehaussement plus tardif à la phase de post-équilibre, de la sous-muqueuse épaissie, siège d'une fibrose "jeune" laissant donc augurer d'une réponse moins favorable au traitement médical.
- L'atteinte extra-murale se manifeste par une infiltration inflammatoire de la graisse péridigestive sous la forme d'une augmentation de densité du tissu graisseux péripariétal occupé par des densités tissulaires. Les manifestations caractéristiques de la fibrose sur le versant séreux de la paroi avec le développement d'une fibrose le long des vaisseaux droits dilatés au sein d'un mésentère élargi par la surcharge graisseuse conduisent aux images typiques en dents de peigne "comb sign" caractéristiques de la maladie de Crohn en poussée (Fig. 3) [6]. Des adénopathies mésentériques peuvent être observées. Leur taille est en règle inférieure à 1 cm. Au-delà de cette taille, une complication à type de cancer solide ou de lymphome doit être suspectée [7]
Crohn - RCH n° 14 - Septembre 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Laufer I. Radiography versus colonoscopy in evaluation of colonic IBD. Inflamm Bowel Dis 1995 ; 1 : 228-30. 2. Gore RM, Ghahremani GG. Radiological investigation of acute inflammatory and infectious bowel disease. Gastroenterol Clin North Am 1995 ; 24 : 353-84. 3. Jacobs JE, Birnbaum BA. CT of inflammatory disease of the colon. Semin Ultrasound CT MR 1995 ; 16 : 91-101. 4. Goldberg HI, Gore RM, Margulis AR, Moss AA, Baker EL. Computed tomography in the evaluation of Crohn disease. AJR 1983 ; 140 : 277-82. 5. Simpkins KC, Gore RM. Multiorgan involvement in Crohn's disease. In: Gore RM, Levine MS, Laufer I, eds, Textbook of gastrointestinal radiology, Philadelphia: Saunders, 1994 : 2660-81. 6. Meyers MA, McGuire PV. Spiral CT Demonstration of hypervascularity in Crohn disease:«vascular jejunization of the ileum» or the «comb sign». Abdom Imaging 1995 ; 20 : 327-32. 7. Bansal P, Sonnenberg EJ. Risks factors for colorectal cancer in inflammatory bowel disease. Am J Gastroenterol 1996 ; 91 : 44- 8. |
(2002/03) Intérêt de l'automédication dans la RCH
Pr Pierre Desreumaux Directeur du Centre de Recherche et de soins sur les MICI; CHRU de Lille Robinson A, Thompson DG, WiIkin D, Roberts C. Guided self-management and patient-directed follow-up of ulcerative colitis : a randomised trial Lancet 2001 ; 358 : 976-81 Alors que les instances gouvernementales insistent sur le libre accès des patients au dossier médical, la nécessité de les responsabiliser et d'intégrer leur point de vue dans la prise en charge thérapeutique de leur pathologie, cette étude publiée dans le Lancet met en évidence l'intérêt de l'information des patients pour une meilleure prise en charge médicale de leur maladie et la maîtrise des frais de santé. Deux cent trois patients atteints de RCH quiescente ont été inclus dans cette étude randomisée multicentrique réalisée dans la région de Manchester en Angleterre. Ces patients, répartis en 2 groupes homogènes et comparables pour le sexe, l'âge, l'étendue des lésions sur le côlon et la durée de la maladie. ont été suivis pendant au moins 11 mois après l'inclusion dans l'étude. Les 102 patients du Groupe I avaient une visite médicale initiale les informant d'un protocole personnalisé de prise en charge diagnostique et thérapeutique de la maladie qui consistait à leur permettre de reconnaître les symptômes cliniques d'une poussée de RCH et à mettre en route eux-mêmes un traitement adapté associant la prise systémique ou topique de salicylés ou de corticoïdes. En cas de nécessité, les patients pouvaient joindre leur médecin par téléphone et un examen clinique était proposé en cas : 1. d'échec du traitement instauré depuis au moins 7 jours ; 2. de récidive clinique lors de la décroissance ou de l'arrêt du traitement ; 3. de renouvellement de la prescription de corticoïdes administrés par voie systémique ; 4. de la survenue de rectorragies importantes survenant en dehors des poussées de la maladie ou d'amaigrissement inexpliqué. Les patients du groupe II (groupe contrôle, 101 patients) avaient un suivi conventionnel de leur maladie avec une visite médicale systématique et un accès classique aux soins, à la demande du patient. Après un suivi moyen de 14 mois, l'information du patient et l'apprentissage à l'automédication permettait dans le groupe I par rapport au groupe contrôle : a. d'accélérer la mise en route d'un traitement adapté de la poussée de la maladie qui débutait 15 heures après le début de la symptomatologie dans le groupe I vs 50 heures dans le groupe II ; b. de diminuer l'automédication inadaptée correspondant à la prise de salicylés ou de corticoïdes pour des manifestations cliniques qui n'étaient pas en rapport avec une poussée de la maladie (5 % dans le groupe I vs 30 % dans le groupe II) ; c. de diminuer le nombre de consultations qui étaient en moyenne de 0.9 vs 2.9 respectivement pendant la durée de l'étude. Enfin, il est important de noter qu'au terme de cette étude, la morbidité était semblable dans les deux groupes et que plus de 80 % des patients du groupe I étaient satisfaits d'avoir été directement impliqués dans la prise en charge de leur pathologie alors que 95 % des patients du groupe II contrôle souhaitaient adhérer à ce protocole d'information à l'automédication. Cette étude confirme donc la nécessité d'une bonne information des patients et l'intérêt d'une automédication notamment dans la prise en charge thérapeutique de pathologies chro-niques où il n'existe pas de paramètres fiables prédictifs de rechute. Contrairement à d'autres pathologies chroniques telles que l'asthme et le diabète insulinodépendant où il est bien démontré que l'information des patients pour l'automédication permet de réduire la morbidité de la pathologie, cette étude ne permet pas de mettre en évidence une diminution de la morbidité. Il semble pourtant logique de penser qu'un traitement anti-inflammatoire sera d'autant plus efficace qu'il sera donné tôt après l'apparition des symptômes et l'absence de différence de morbidité entre les deux groupes est peut-être expliquée par un manque de puissance de cette étude. On peut espérer que d'autres études confirmeront ces données et que les structures médicales s'adapteront pour permettre une bonne information des patients à l'automédication. MICI n°49 - Mars 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2002/03) Maladie de Crohn : l'interaction bactéries-muqueuse en jeu
Pr Laurent Beaugerie, Service de Gastro-Entérologie et de nutrition, Hôpital Saint-Antoine Paris Venturi A, Gionchetti P, Rizzello F, Johansson P, Zucconi E, Brigidi P, Matteuzzi D, Campieri M. Impact on the composition of the fæcal flora by a new probiotic preparation: preliminary data on maintenance treatment of patients with ulcerative colitis. Aliment Pharmacol Ther 1999 ; 13 : 1103-8. Les bases de l'utilisation thérapeutique des probiotiques dans les MICI s'enrichissent progressivement d'arguments expérimentaux (Inflammatory Bowel Diseases 2000 ; 6 : 107-15). La préparation italienne VSL#3™ est plus efficace que le placebo dans le traitement d'entretien de la pochite chronique des réservoirs iléaux après colectomie totale et anastomose iléo-anale pour RCH (Gastroenterology 2000 ; 119 : 305-9). Dans le traitement d'entretien de la RCH, une étude suggère qu'une préparation d'E. coli non pathogène a une efficacité équivalente à celle de la mésalazine (Lancet 1999 ; 354 : 635-9). Dans cette étude, l'équipe italienne de Bologne a donné à 20 patients atteints de RCH et intolérants ou allergiques aux dérivés de 5-ASA la préparation VSL#3™ pendant 1 an. Cette préparation contient 5 x 1011 cellules par gramme de 3 souches de bifidobactéries, 4 souches de lactobacilles, et une souche de Streptococcus salivanus spp. thermophilis. Les patients ont pris per os 3 g de cette préparation deux fois par jour, pendant un an. Des prélèvements de selles étaient régulièrement faits pendant 3 mois, à 1 an, et 15 jours après la fin du traitement. Les concentrations fécales en Streptococcus salivanus spp. thermophilis, lactobacilles et bifidobactéries (exprimées en logarithme décimal de corps bactériens par gramme de poids sec fécal) ont augmenté de 1 à 5 puissances de log pendant toute la durée de l'étude, pour revenir très vite à leur niveau antérieur dans les 15 jours suivant l'arrêt du traitement. Pendant l'étude, le pH fécal était significativement réduit. Aucun effet secondaire imputable au traitement n'a été observé. Quinze des 20 patients sont restés en rémission anatomo-clinique (endoscopies à 6 et 12 mois) pendant la durée de l'essai. Ce travail confirme que les probiotiques, pourvu qu'ils soient donnés en quantité suffisante, modifient la composition de la flore et le pH de façon purement suspensive. L'étude doit être considérée comme une étude pharmacologique préliminaire à un véritable essai thérapeutique contrôlé, qui ne pourrait être, pour des raisons éthiques, qu'un essai d'équivalence contre dérivés salicylés, nécessitant donc des effectifs importants. MICI n°49 - Mars 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2002/04) Maladie de Crohn et lithiase vésiculaire : les facteurs de risque
Dr Philippe Tellier,
La prévalence de la lithiase vésiculaire, au cours de la maladie de Crohn, serait comprise entre 13 % et 34 %, selon les séries publiées, mais ses facteurs de risque sont mal connus. Une étude prospective permet de s’en faire une idée. Elle a inclus consécutivement 330 sujets atteints d’une maladie de Crohn, dont 189 hommes, âgés de 17 à 82 ans (âge moyen, 41+/-14 ans). Tous ont subi une échographie du foie et des voies biliaires. Le diagnostic de lithiase vésiculaire a été retenu dans 78 cas (24 %), du fait d’une cholécystectomie antérieure ou de la découverte de calculs vésiculaires à l’échographie. La fréquence de ce diagnostic est identique chez les hommes et les femmes (23 % versus 25 %). Elle est en revanche significativement associée à l’âge (p=0,001) : 1) 13 % au-dessous de 44 ans ; 2) 36 % entre 45 et 59 ans ; 3) 51 % au-delà de 60 ans. Sa prévalence est également tributaire de la topographie des lésions intestinales au moment du diagnostic (p=0,02), alors qu’elle n’est pas liée à la durée d’évolution de la maladie de Crohn. La lithiase vésiculaire est plus fréquente chez les sujets qui ont subi une intervention chirurgicale portant sur le tractus digestif (34 % versus 14 % ; p=0,001). Elle est significativement associée au nombre (p=0,001) et à la topographie des segments intestinaux réséqués (p=0,001) : 28 % dans le cas d’une seule résection et 53 %, lorsque le nombre de résections est > 2 ( p=0,005). Elle est particulièrement élevée quand la chirurgie a inclus la région iléo-cœcale. L’analyse multivariée a montré que l’âge, la topographie des lésions coliques au moment du diagnostic, l’existence, le nombre et le siège des résections intestinales étaient significativement associées à la lithiase vésiculaire. Au cours de la maladie de Crohn, il semble que la prévalence de cette dernière soit plus élevée que dans la population générale, tout au moins dans les échantillons dont les caractéristiques générales rejoignent celles des sujets inclus dans l’étude (z=5,04 ; p<0,001). Les facteurs de risque indépendamment associés à la lithiase seraient l’âge, la topographie des lésions intestinales, les antécédents de résection colique, leur nombre et leur siège.
Journal International de Médecine 2002
Fraquelli M et coll. : Gallstone disease and related risk factors in patients with Crohn disease. Analysis of 330 consecutive cases. Arch Int Med 2001; 161: 2201-2204. Copyright Sanofi-Synthelabo France 2002
(2002/06) De quelques idées reçues chez les malades atteints de MICI
Pr Jean-Claude Rambaud, Service d'Hépato-Gastroentérologie, Hôpital Lariboisière Paris Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), recto-colite hémorragique et maladie de Crohn, touchent actuellement plusieurs dizaines de milliers de Français et leur prévalence (nombre de cas pour 100.000 habitants) va croître encore fortement. Elles réalisent des tableaux cliniques variés et leur prise en charge est complexe. Grâce à l'afa, les patients sont de plus en plus au courant des données actuelles concernant les MICI. Néanmoins, le courrier et les questions aux réunions d'information montrent que certaines idées reçues partiellement ou totalement erronées sont encore largement répandues et ont des conséquences néfastes sur le traitement et la qualité de vie de ceux qui en sont victimes. Les MICI seraient des affections psychosomatiques L'ulcère gastro-duodénal et les MICI sont des domaines de la pathologie digestive où se sont le plus affrontés tenants et adversaires tout aussi convaincus de l'intervention de facteurs psychologiques dans l'étiologie et la pathogénie d'affections dites "organiques". On sait ce qui est advenu de l'ulcère gastro-duodénal depuis la découverte du rôle causal majeur d'une bactérie, Helicobacter pylori. Qu'en est-il des MICI ? Disons d'emblée qu'aucune réponse définitive ne peut être apportée au problème pour plusieurs raisons tenant à des fautes conceptuelles et/ou à des études cliniques et épidémiologiques à la méthodologie imparfaite, erreur impardonnable à l'époque de l'evidence based medicine (médecine basée sur des faits). La première erreur, et la plus grave, a été de confondre le rôle possible de facteurs psychologiques dans la genèse même des lésions intestinales ou de leur perpétuation, véritable champ d'étude de la psychosomatique (psyché-soma), et l'intervention de ces facteurs dans l'expression, c'est-à-dire les symptômes, traduisant ces lésions. La deuxième erreur a été de trop souvent mal séparer dans les études consacrées aux MICI les causes et les conséquences de ces maladies. Trop souvent, le retentissement bien légitime et parfois sévère de ces affections chroniques aux symptômes bruyants, et aux traitements contraignants sur l' tat mental des malades, a été confondu avec les traits de personnalité, les événements de la vie, les stress aigus ou chroniques qui pourraient être les initiateurs des MICI ou en aggraver la symptomatologie. La littérature psychosomatique stricto sensu, sur les liens de causalité entre psychisme et lésions intestinales, est surtout riche de considérations physiologiques et de quelques expérimentations animales. Les connexions entre le système nerveux et le système immunitaire, dont le dérèglement au cours des MICI est de mieux en mieux connu, sont bien établies via l'innervation autonome et les récepteurs humoraux et hormonaux notamment. L'exemple du tamarin, singe de Colombie, développant une colite inflammatoire, puis un cancer colique, uniquement quand il vit en captivité, illustre les études animales. Mais les données cliniques chez l'homme ne permettent aucune conclusion. La quête d'un profil psychologique particulier est resté infructueuse, même si elle connaît un regain d'intérêt avec l'alexithymie ou défaut d'expression des émotions en rapport avec des traumatismes psychiques - maladie grave, sévice sexuel de l'enfance. Les malades atteints de MICI ont, comme dans les autres maladies chroniques, un peu plus souvent des affections psychiatriques, mais beaucoup moins de difficultés psychologiques que ceux souffrant de colopathies bénignes. Le degré de ces difficultés est relié à la sévérité de la maladie et, donc, plus grand dans la maladie de Crohn que dans la recto-colite hémorragique. La plupart des études sur le rôle du stress dans la genèse de la maladie et surtout sur son expression clinique sont méthodologiquement inadéquates, n'ayant notamment pas pris en compte la "gestion" du stress et le soutien familial et social. Deux études récentes méthodologiquement bien conduites sur les relations entre stress et symptômes, douleurs abdominales, diarrhée et saignements ont abouti à des résultats positifs dans l'une, négatifs dans l'autre. Il ne faudrait pas tirer de ces quelques lignes l'impression que la dimension psychologique des MICI est négligeable. La pratique des questionnaires de qualité de vie, qui, à côté des éléments proprement médicaux, prennent en compte le vécu de la maladie, a montré combien celui-ci pouvait être médiocre, tant en raison des difficultés actuelles que d'un avenir incertain. Dresser un inventaire précis de la situation, expliquer la nature de la maladie, proposer un projet thérapeutique non limité au court terme, et par dessus tout tenter d'obtenir une rémission clinique de longue durée est la meilleure façon de faire renaître la confiance en l'avenir. Les questionnaires de qualité de vie ont montré que certains médicaments l'amélioraient sensiblement. Les MICI seraient des maladies précancéreuses Des travaux essentiellement anglo-américains et scandinaves avaient révélé un fort risque d'apparition d'un cancer colique ou rectal à partir de 15 années d'évolution d'une recto-colite hémorragique étendue à la majeure partie du côlon. Le risque étant le même dans la maladie de Crohn, à surface colique atteinte identique. Mais plusieurs études originaires de ces pays ont montré que, au moins pour la recto-colite hémorragique, ce risque avait beaucoup diminué jusqu'à atteindre le niveau de la population générale. Il est probable que les résections coliques ou recto-coliques plus fréquentes et l'usage plus répandu des aminosalicylates (Salazopyrine, mésalazine) en prévention des rechutes expliquent cette baisse de fréquence, qui remet en cause les coloscopies de dépistage prônées jusqu'ici. La situation est moins claire pour la maladie de Crohn. Il convient aussi de souligner que la fréquence d'apparition d'un cancer colo-rectal au cours de la recto-colite hémorragique varie selon les régions du monde, et qu'elle ne semblait pas très élevée en France, à l'époque où elle était grande en Angleterre. Les MICI seraient des maladies héréditaires Si l'on entend sous cette affirmation que la recto-colite hémorragique et la maladie de Crohn se transmettent sur un mode mendélien dominant (1 enfant sur 2 statistiquement atteint à partir d'un parent malade) ou récessif (1 enfant sur 4 atteint si les 2 parents sont porteurs de l'affection, malades ou non), la réponse à l'affirmation ci-dessus est NON. Il existe néanmoins une tendance à l'agrégation familiale dans les deux maladies, tendance plus marquée chez les juifs, parmi lesquels la fréquence des MICI est plus élevée que dans la population blanche non juive. Les chiffres varient un peu d'une étude à l'autre, mais le risque de contracter une MICI sur la durée de la vie est de l'ordre de 8 % sur l'ensemble des parents du 1er degré, incluant les frères et sœurs. Il est voisin de 8 % chez les juifs et de 5 % pour les non-juifs dans la maladie de Crohn, les chiffres correspondants étant du même ordre ou un peu plus bas pour la recto-colite hémorragique. A la question souvent posée du risque pour un parent de transmettre une MICI à son enfant, la réponse est moins précise, parce que le nombre plus limité de sujets exposés au risque rend les estimations plus difficiles, mais il a peu de chances d'être plus élevé que dans la fratrie. Par contre, une étude a montré que le risque devenait très élevé quand les deux parents souffraient de MICI, et supérieur à la simple addition des deux risques. Récemment, des mutations d'un gène de prédisposition à la maladie de Crohn ont été identifiées sur le chromosome 16. Comme la maladie n'a pas une transmission mendélienne, mais probablement implique plusieurs gènes et sûrement l'intervention de facteurs non génétiques liés à l'environnement, cette découverte ne peut être actuellement à l'origine d'un dépistage. D'une part, le fait de posséder une prédisposition génétique ne signifie pas qu'il y aura nécessairement apparition de la maladie, et inversement, l'absence de mutation d'un gène ne signifie pas absence de risque. La grossesse autour d'une MICI serait une aventure périlleuse Il faut lutter avec conviction contre cette contre-vérité. A condition de respecter quelques précautions, la grossesse ne comporte pas de risques notables, du fait de l'existence d'une MICI. Tout d'abord, la faculté de procréation est normale, pourvu que la maladie soit en rémission et la Salazopyrine®, d'ailleurs aujourd'hui peu employée, évitée chez l'homme. Le cours de la grossesse est le même qu'en l'absence de MICI si celle-ci est en rémission lors de la conception. Quelques études toutefois signalent un risque accru de prématurité, incitant à une surveillance obstétricale accrue au cours du dernier trimestre. Par contre, une MICI active doit faire différer la conception. La survenue d'une poussée pendant la grossesse entraîne un risque accru d'avortement spontané, de prématurité et d'anomalies de développement du fœtus. Aussi doit-on s'efforcer de maintenir la rémission pendant la grossesse et traiter énergiquement une éventuelle poussée. La grossesse en soi n'a aucune influence sur l'évolution de la MICI si celle-ci était en rémission lors de la conception. Par contre, la grossesse aggrave l'évolution d'une MICI active lors de celle-ci. Il ne semble pas que des lésions ano-périnéales même actives et encore moins une anastomose iléo-anale avec réservoir justifient une césarienne. La grossesse et, dans une moindre mesure, l'allaitement entraînent certains interdits ou restrictions dans l'emploi de médicaments utilisés pour prévenir ou traiter une poussée. Le problème principal concerne l'azathioprine (Imurel®) qui n'est pas tératogène (cause de malformations fœtales), mais pourrait réduire la fertilité des filles conçues et portées sous ce traitement. La décision de l'arrêter 3 mois avant la conception ou de la maintenir est affaire de cas d'espèce. Un régime alimentaire serait nécessaire au cours des MICI Beaucoup trop de malades souffrant de MICI suivent un régime inutile et même néfaste, alors que d'autres, qui devraient en suivre un, ne le font pas, faute souvent d'une prescription adéquate. Le régime souvent suivi par excès consiste à supprimer de l'alimentation les aliments riches en résidus non absorbés dans l'intestin grêle et fermentés dans le côlon. Ce qui, en pratique, revient à exclure les légumes verts, les crudités et les fruits. Certains y ajoutent le lait, riche en lactose, qui ne peut être néfaste que chez les sujets ethniquement déficients en lactase, enzyme hydrolysant le lactose. Or, la suppression du lait, et donc d'une source majeure de calcium et de vitamine D, ne peut qu'aggraver l'ostéopénie et l'ostéoporose compliquant les MICI. Le régime sans résidus peut être utile au début du traitement d'une poussée de la maladie, lorsque celle-ci comporte une diarrhée vraie au cours de laquelle il réduit le nombre et améliore la consistance des selles. Il s'agit là d'un effet purement symptomatique, et non d'une action sur les lésions intestinales elles-mêmes. C'est dire que, dès lors que le traitement médicamenteux a fait céder la poussée, il faut abandonner ce régime. Si, alors, la diarrhée reprend, c'est que ce traitement n'est pas encore efficace ou inopérant, et il doit être prolongé ou ré-évalué. Une autre erreur fréquemment commise est la prescription d'un régime sans résidus inutile ou néfaste. Dans la majorité des recto-colites hémorragiques et dans certaines maladies de Crohn, les lésions sont limitées au rectum et à la partie terminale du côlon. Les malades souffrent alors d'un "syndrome rectal" qui comporte de nombreuses émissions liquides et glaireuses, plus ou moins sanglantes, mais sans matières fécales (selles afécales). Ils n'ont pas de diarrhée vraie, mais sont au contraire souvent constipés (constipation réflexe). Dans ces conditions, le régime sans résidus ne peut que déclencher ou aggraver la constipation et il faut, au contraire, enrichir l'alimentation en fibres, sous forme naturelle ou d'un mucilage. A l'inverse de ces prescriptions ou automédications diététiques abusives au cours des MICI, des prescriptions importantes sont souvent négligées ou erronées. Les dérivés de la cortisone donnés par voie orale ont un effet stimulant sur l'appétit et la prise de poids, et entraînent une déviation du métabolisme des protides vers la formation de glucides et de graisses. Ils ont, à forte dose, un faible effet sur la rétention du sel et d'eau et, même à doses modérées, un effet négatif sur la minéralisation osseuse. Aussi convient-il d'accompagner ce traitement d'une limitation des apports en glucides (sucre, confiture, sucreries, farineux, féculents) et en graisses, en maintenant un apport protidique (viandes et poissons maigres), calcique et vitaminique B (lait, yaourts maigres) normal ou au besoin accru. Bien sûr, ce régime est d'autant plus difficile à suivre qu'un régime sans résidus a été aussi prescrit, ce qui incite à éviter ce dernier dans la majorité des cas et, en tout cas, à le limiter strictement dans le temps. Quant à la suppression du sel, longtemps systématique, elle ne se justifie que chez les malades souffrant d'une pathologie associée qui favorise la rétention de sodium ou risquerait d'en pâtir. Les immunosuppresseurs et immunomodulateurs seraient dangereux Ces médicaments sont de plus en plus employés dans les poussées sévères ou graves des MICI et, de façon prolongée, dans les formes qui rechutent dès que les dérivés de la cortisone sont diminués ou arrêtés. Dès lors, se pose le problème de leur toxicité. Il faut laisser à part la ciclosporine et l'infliximab (Remicade®), qui s'adressent aux poussées sévères ou graves, dont les effets secondaires potentiels sont nombreux, mais à mettre en balance avec les résultats bénéfiques. Encore que le respect de leur mode d'emploi en diminue notablement les inconvénients. En ce qui concerne l'azathioprine (Imurel®), traitement majeur de prévention des rechutes des MICI après échec de la mésalazine où d'emblée, il faut bien distinguer les réactions d'ordre allergique et la chute brutale des cellules sanguines des premières semaines de traitement, qui commandent son remplacement par un autre médicament, et les effets à long terme. Les premiers surviennent dans environ 8 % des cas et cèdent sans séquelles à l'arrêt du médicament. Les complications tardives sont, par contre, exceptionnelles et ne justifient que la surveillance périodique de la numération formule sanguine et de la -GT. Il n'y a pas d'augmentation du risque de tumeurs malignes. La question d'une éventuelle grossesse a été abordée ailleurs. La prévention contre les immunosuppresseurs, notamment au long cours, est donc injustifiée, eu égard à leur très bonne tolérance habituelle et à leurs effets bénéfiques. Les MICI seraient contagieuses Cette croyance est erronée et ce, à plusieurs titres. En premier lieu, s'il apparaît de plus en plus probable que la flore intestinale joue un rôle dans le déclenchement et les récidives de la maladie de Crohn, il s'agit de germes non pathogènes au sens habituel du terme et donc non transmissibles. La maladie serait liée à une réponse inappropriée peut-être génétiquement déterminée (voir "maladies héréditaires") du système immunitaire (à ne pas confondre avec l'auto-immunité) à certains composants de la flore intestinale. Quant aux nombreuses bactéries ou virus pathogènes (Mycobacterium paratuberculosis, Listeria monocytogène, virus de la rougeole) impliqués par certains travaux dans la genèse de la maladie de Crohn, aucune preuve ("evidence" en anglais) de leur responsabilité n'a été apportée. En deuxième lieu, les études familiales dans la recto-colite hémorragique et la maladie de Crohn ont montré que si un risque accru de contracter une de ces maladies existait dans la fratrie et la descendance (voir "Les MICI seraient héréditaires"), ce risque n'était pas différent de celui constaté dans l'ensemble de la population pour les conjoints des sujets atteints de MICI. Il n'en reste pas moins qu'il a été rapporté des agrégats impressionnants de cas de maladie de Crohn dans certaines familles, notamment du nord de la France, qui ne peuvent s'expliquer par des facteurs purement génétiques, et qui posent clairement le problème d'un facteur d'environnement commun, resté inconnu malgré des études exhaustives. Les MICI seraient des maladies auto-immunes Auto-immune signifie que l'organisme reconnaît comme étranger un ou plusieurs de ses propres constituants et, à ce titre, s'emploie à le(les) éliminer. L'hypothèse de la nature auto-immune des MICI a eu son heure de vogue. Elle s'appuyait notamment sur la découverte d'anticorps sériques anti-cellules de côlon (colonocytes), cellules ayant des motifs antigéniques communs avec certaines souches de colibacilles, hôtes normaux du côlon. Mais il est apparu que ces anticorps n'avaient pas d'activités de destruction (lyse) vis-à-vis des colonocytes. Néanmoins, il est probable que les manifestations générales, articulaires en particulier, des MICI, impliquent des phénomènes immunitaires ayant leur point de départ dans la flore intestinale. A ce titre, les MICI peuvent être rapprochés de certaines entéro-colites aiguës, dysenterie bacillaire, yersinioses, infections à Campylobacter … qui peuvent se compliquer secondairement d'arthrites. Lettre de l'afa n°19 - Juin 2002
(2002/09) Lésions ano-périnéales crohniennes : les difficultés thérapeutiques
Jean-Pierre Contou, Service Gastro-Entérologie, Hôpital Robert Debré Paris Propos recueillis par le Dr C. Mura Les lésions crohniennes ano-périnéales sont fréquentes et représentent une difficulté thérapeutique en raison de leur situation anatomique rendant la chirurgie locale délétère. Le Dr Jean-François Contou (Paris) rapporte son expérience dans la prise en charge de telles lésions Crohn & RCH : Pour décrire les lésions crohniennes ano-périnéales, plusieurs classifications ont été proposées, la plus utilisée étant probablement celle de Cardiff. En pratique clinique, utilisez-vous ces classifications, ou bien ne servent-elles que pour les essais comparatifs? Dr J-F Contou : Les classifications sont peu utilisées du fait de leur complexité. On retient principalement de la classification de Cardiff les grands titres pour décrire les lésions anatomiques. Ces lésions se répartissent entre ulcérations, suppurations et sténoses. - Quatre types de fissurations (ulcérations) sont décrites :
- les fissures crohniennes
- les pseudo-marisques inflammatoires ulcérées
- les ulcères creusants
- et les ulcérations marginales agressives, extensives.
Ces lésions dites primaires sont le plus souvent synchrones de la poussée inflammatoire intestinale d'amont. - Les suppurations ano-périnéales et ano-recto-vaginales sont :
- soit aiguës, douloureuses, collectées réalisant les abcès,
- soit chroniques, drainées spontanément donnant lieu à un écoulement intermittent entrecoupé de phases de rétention, réalisant les fistules.
Les fistules sont distinguées en fistules basses, simples (fistules transsphinctériennes inférieures, intersphinctériennes) et fistules hautes, complexes (fistules transsphinctériennes supérieures, extra-sphinctériennes avec des trajets ramifiés et des orifices secondaires multiples). Les lésions suppurantes ou pénétrantes continuent à évoluer en dehors des poussées de la MC intestinale. |
| En général, les fistules simples évoluent alors que le rectum est sain et les fistules complexes accompagnent une atteinte inflammatoire rectale. L'état du rectum intervient dans la stratégie thérapeutique | - Enfin, on distingue deux types de sténoses :
- les sténoses endoluminales, membranaires, d'accès thérapeutique facile
- les sténoses tunnélaires par fibrose péri-ano-rectale, difficiles à traiter. Les sténoses s'installent entre les poussées intestinales, lors des phases de rémission- cicatrisation.
Parmi les classifications essayant d'apprécier l'activité de la maladie crohnienne, le PDAI (Perianal Disease Activity Index) est utilisé uniquement dans les essais comparatifs. Cette classification fait intervenir 5 items : l'importance de l'écoulement, de la douleur, l'impact sur l'activité sexuelle, le type de lésion ano-périnéale et le caractère de l'induration. |
| Compte rendu et description des lésions crohniennes (cf. figure 1) : il est indispensable de compléter la description des lésions par des schémas : schéma axial, sagittal et latéral, sur lesquels on peut dessiner la localisation des ulcérations, des abcès, des sténoses, le trajet et les orifices primaires et secondaires des fistules. | Crohn & RCH : Quelles sont les investigations les plus utiles à la prise en charge des lésions ano-périnéales de la maladie de Crohn? A l'heure de l'IRM, reste-t-il une place pour l'écho-endoscopie ano-rectale ? Dr J-F Contou : La première investigation est l'examen proctologique sous anesthésie générale (ESA). Il permet d'obtenir, dans la majorité des cas, une estimation correcte de la nature et de la topographie des lésions ano-périnéales fournissant, dans le même temps, grâce à l'endoscopie recto-sigmoïdienne, l'état du rectum. Il est possible de s'aider de l'écho-endoscopie ano-rectale ou de l'IRM. Une étude récente de DA. Schwartz (Gastroenterology 2001, 121, 1064-72) a montré que l'association à l'examen clinique sous anesthésie (ESA) de l'IRM ou de l'échoendoscopie permettait d'avoir une précision presque parfaite de l'atteinte ano-périnéale. Dans un futur proche, il est probable que l'IRM deviendra le meilleur examen, grâce aux antennes superficielles à réseau phasé. Cet examen permet en effet d'obtenir, en trois dimensions, des renseignements sur l'anatomie ano-rectale, sur la présence ou la persistance de l'inflammation et de faire la différence entre phénomènes inflammatoires et cicatriciels. Il a l'intérêt d'être performant en cas de sténose, au contraire de l'écho-endoscopie ou de l'IRM endorectale. Cette technique d'imagerie n'est pas encore très diffusée et nécessite une phase d'apprentissage de la sémiologie des images. A l'heure actuelle, l'écho-endoscopie ano-rectale, malgré ses insuffisances, notamment pour les lésions suppuratives éloignées du canal anal, reste l'examen de choix. Crohn & RCH : Concernant les symptômes banals type prurit ou irritation anale,que proposez-vous généralement? Dr J-F Contou : Ces symptômes sont parfois au premier plan des doléances des patients. Il est nécessaire de rechercher la cause de l'irritation ou du prurit. Ce peut être la diarrhée par atteinte intestinale d'amont. Il faut traiter la MC intestinale, recourir à des médications symptomatiques :lopéramide, cholestyramine en cas d'hémicolectomie droite. Lorsque l'irritation et le prurit sont liés à un suintement purulent ou muqueux, du fait des lésions ano-périnéales, le traitement est plus délicat. On essaie, dans ce cas, d'utiliser des artifices thérapeutiques qui visent à protéger la peau périnéale par des pommades-écrans (pâte à l'eau, pommade avec cholestyramine, antiseptiques asséchants), ou de réduire le débit de la supuration (antibiotiques :métronidazole, ciprofloxacine). Crohn & RCH : Quelle est votre expérience des fissures ou ulcérations crohniennes parfois creusantes et délabrantes? Proposez-vous des traitements topiques à base de cortisone? Quel geste faut-il alors préconiser? Dr J-F Contou : Les fissures et ulcérations crohniennes creusantes et délabrantes sont douloureuses, ce qui n'est pas le cas des fissures crohniennes superficielles. En effet, c'est l'atteinte des sphincters qui explique les douleurs post-fécales intenses. Le traitement de ces lésions primaires est d'abord celui de la poussée intestinale d'amont. Lorsque la maladie de Crohn intestinale demeure en activité, qu'il existe une diarrhée, on peut recourir à des topiques cortisonés, qui n'ont malheureusement pas grand effet. Il est également possible d'infiltrer de la cortisone retard autour de la fissure et au niveau de son plancher. Dans ce cas, il faut s'assurer de l'absence de sepsis associé (surinfection, fistule) et effectuer ces infiltrations sous anesthésie générale en raison de la douleur et de la difficulté d'accès à la fissure. La découverte d'un trajet fistuleux à partir d'une ulcération creusante (situation fréquente), impose la mise à plat. |
| Toute fissure ou ulcération hyperalgique est suspecte, en dépit de son caractère creusant, d'une association à un sepsis. | Crohn & RCH : Concernant les abcès aigus crohniens traités chirurgicalement, quel type de drainage faut-il proposer et pour quelle durée, afin de diminuer le risque de récidive? Dr J-F Contou : Les abcès aigus crohniens liés au flux fécal et aux types de fistule doivent toujours être traités chirurgicalement, soit par incision-méchage, soit par incision-drainage prolongé (pose de séton sans traction ou d'une sonde de Pezzer), car le plus souvent développés dans le trajet d'une fistule profonde mal drainée. L'incision drainage est utilisée pour les abcès intersphinctériens ou péri-anaux associés à une fistule basse. Pour les abcès ischio-anaux ou supralévatoriens, quand on peut retrouver le trajet fistuleux, il est nécessaire de les appareiller avec un séton, sinon on utilise une sonde de Pezzer. Le but est de drainer le pus vers l'extérieur : pour les abcès supralévatoriens et ischio-rectaux au travers de la fosse ischio-anale jusqu'à la marge anale ; pour les abcès supralévatoriens sans communication avec la fosse ischio-anale, au travers de la paroi endo-rectale par un cathéter de Pezzer. Cet appareillage doit être laissé en place jusqu'à l'assèchement ou la mise en place d'un traitement médico-chirurgical permettant l'ablation du séton. Les cathéters de Pezzer sont laissés en place plusieurs semaines, voire 2-3 mois. La récidive est fréquente (54 à 70 % à deux ans). Crohn & RCH : A propos du traitement chirurgical des suppurations ano-périnéales, on a tendance à opposer 2 courants, les "conservateurs" qui souhaitent le moins de chirurgie possible par crainte de porter atteinte au capital sphinctérien et les "interventionnistes", qui plaident pour une chirurgie plus agressive et surtout plus précoce afin d'éviter le développement de lésions complexes. A quel courant appartenez-vous et pourquoi? Dr J-F Contou : Cela dépend du type de chirurgie envisagé. Il est impératif de drainer l'infection, quel que soit le type de fistule, afin d'éviter une complication sphinctérienne et une extension de la suppuration en profondeur. Je suis plutôt interventionniste en proposant presque systématiquement un drainage prolongé car c'est la seule méthode qui ait fait sa preuve, les autres procédés étant en cours d'évaluation. Cette attitude diminue le risque de reproduction de la collection suppurée au prix d'un inconfort modéré et d'une qualité de vie acceptable. Cette attitude interventionniste, mais non agressive, permet de "protéger" la fonction sphinctérienne, écartant les procédés chirurgicaux dangereux comme l'exérèse de fissures, les sphinctérotomies ou fistulotomies hautes (même en plusieurs temps). Les fistulotomies basses et les lambeaux d'avancement trouvent leur place secondairement si le rectum est sain. Crohn & RCH : Que proposer dans les fistules ano-recto-vaginales peu symptomatiques? Quelle est la place du lambeau d'avancement muqueux dans cette situation? Dr J-F Contou : Les fistules ano-rectovaginales peu symptomatiques doivent être traitées de façon conservatrice, la chirurgie ne semblant pas appropriée de prime abord. Le traitement conservateur propose une toilette locale avec antiseptiques, une antibiothérapie et des mesures pour améliorer la fréquence et la consistance des selles. Le drainage au séton est parfois nécessaire. Le traitement est fonction de l'importance des symptômes. Les résultats de l'infliximab sur les fistules recto-vaginales sont moins bons que sur les fistules ano-recto-périnéales (< 30 %). Pour les fistules ano-recto-vaginales très symptomatiques à gros débit, la chirurgie s'impose. Le lambeau d'avancement rectal est alors à privilégier. Mais d'autres voies d'abord comme le lambeau d'avancement vaginal, quand il existe une sténose ano-rectale, comme l'approche périnéale quand il existe un déficit sphinctérien chirurgical ou obstétrical réparable dans le même temps, ou comme les lambeaux ano-cutanés sont des techniques intéressantes en fonction de la situation locale, sans stomie de décharge obligatoire. Une étude récente de Pennincks (Colorectal Disease, 2001 ; 3 : 401-11) annonce 75 % de bons résultats à plus de 3 ans dans cette localisation ano-recto-vaginale quelle que soit la voie d'abord. Il y est montré que les récidives après une première intervention bénéficient d'un second geste chirurgical très performant au plan du résultat. L'activité inflammatoire intestinale et surtout rectale minimise les chances de succès. Crohn & RCH : Un travail récent sur l'histoire naturelle de la maladie de Crohn fistulisante montrait que les sujets atteints de maladie de Crohn développaient une ou des fistules anopérinéales (cf. Revue de presse Schwartz D et al ; Gastroenterology 2002 ; 122 : 875), avec un risque cumulé de 21 et 26 % après 10 et 20 ans d'évolution de la maladie. Plus de 80 % des malades subissaient une intervention chirurgicale pour fistule, associée dans 1/3 des cas à une résection intestinale pour les fistules ano-périnéales. Les observations médicales de ces patients étant antérieures à l'utilisation de l'infliximab, que pensez-vous actuellement de la place de ce traitement dans la stratégie thérapeutique des fistules ano-périnéales? Dans quelles situations l'utilisez- vous ? Quelles sont les précautions à respecter? Quelle est votre attitude face à un abcès (drainage puis infliximab)? Votre impression clinique confirme-t-elle les résultats des essais thérapeutiques ? Avez-vous l'expérience de la colle biologique dans ces situations? Dr J-F Contou : Les résultats thérapeutiques obtenus avec l'infliximab sont décevants dans le traitement des fistules. Ce produit n'a guère changé les résultats thérapeutiques, ni la place de la chirurgie au niveau des suppurations ano-périnéales car son activité est courte, ne dépassant pas trois mois. En effet, après 3 mois, il existe 30 à 40 % de récidives et 90 % à un an. Il s'agit d'un traitement qui permet de suspendre pendant quelques temps l'activité inflammatoire pour permettre soit le relais par des immunosuppresseurs, soit l'entreprise de certaines techniques chirurgicales pendant cette phase d'apparente quiescence. De plus, le risque infectieux local ou général est important (abcès ano-périnéaux, tuberculose, listériose, aspergillose…). Nous attendons les résultats du traitement prolongé par réinjections (Etude ACCENT II) sur le maintien de la rémission obtenue par l'infliximab, bien que les procédés morphologiques par échographie ou IRM constatent la persistance du processus inflammatoire dans les trajets fistuleux pendant la période de rémission clinique apparente. Toutefois, ce traitement est assurément utile dans les lésions ano-périnéales complexes avec orifices secondaires et trajets secondaires multiples lorsqu'il existe une atteinte rectale active permettant d'éviter ou de repousser une proctectomie. Il est impératif de drainer ces lésions avant l'utilisation d'anti-TNF pour éviter le risque de sepsis. Dans une étude récente (Poritz LS : Recimade® does not abolish the need for surgery in fistulizing Crohn's disease. Dis. Colon. Rectum 2002, 45, 771-775), seulement 44 % des fistules périnéales ont une réponse complète à 6 mois, mais 44 % ont nécessité une chirurgie pour nonréponse, pour réponse incomplète ou récidive ou pour complications du traitement anti-TNF (sepsis, sténose). Le seul intérêt serait, en cas de fistules complexes, d'éviter une proctectomie (peu de malades). En ce qui concerne la colle biologique,je n'en ai pas l'expérience et la littérature ne fait état que de quelques patients atteints de MC (Desjeux A. Gastroenterol. Clin. Biol 2002 ; 26 : 23-8) (recul 3 mois) (Sentovich F. Dis. Colon. Rectum 2002 ; 45 :A24) (recul 22 mois). Cependant, la maladie de Crohn est très certainement un facteur prédictif d'échec, car la colle biologique semble plus efficace dans les fistules cryptoglandulaires banales que dans les fistules de la MC. Enfin, ces colles ne sont pas dénuées de risque de transmission d'agent infectieux (même les colles autologues contiennent des produits d'origine bovine). Ce procédé doit cependant être intégré dans l'arsenal thérapeutique de la MCAP suppurante, en dépit de l'absence d'évaluation (figure 2). | En pratique : 1. Faire un état des lieux très précis des lésions ano-périnéales et de la maladie intestinale d'amont, notamment celle du rectum. Cela passe par un examen clinique sous anesthésie générale ; 2. Les examens complémentaires utiles sont : l'IRM avec antenne externe/l'écho-endoscopie anorectale, l'endoscopie rectale ; 3. En présence d'une suppuration, la chirurgie de drainage doit être la première étape avant tout traitement médical ou chirurgical (fistulotomie basse, lambeaux d'avancement). La chirurgie d'excision ou de mise à plat est rarement utile et souvent délétère ; 4. En présence de lésions ulcérées dites primaires, il faut traiter la maladie inflammatoire intestinale d'amont.En effet, ces lésions primaires reflètent l'activité inflammatoire granulomateuse de la maladie de Crohn. La chirurgie locale est à proscrire. Seuls peuvent être utilisés des topiques ou infiltrations de corticoïdes ou une antibiothérapie ; 5. En présence de sténose, il faut dilater ou recourir à la chirurgie d'excision rectale secondaire. | Crohn - RCH n° 14 - Septembre 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/09) Anastomose iléo-anale : le plus tôt n'est peut-être pas le mieux (fécondité)
Pr Yves Panis Service de chirurgie générale et viscérale, Hôpital Lariboisière, Paris L'anastomose iléo-anale (AIA) est aujourd'hui l'intervention de référence dans la recto-colite hémorragique (RCH). Le risque, bien réel, de mauvais résultat fonctionnel (jusqu'à 20 % des patients dans certaines séries), voire même de perte du réservoir avec iléostomie définitive (dans 5 à 9 % des cas) ne doit pas faire oublier que l'AIA est une intervention efficace qui permet d'arriver au double objectif de guérison de la maladie et de conservation de la fonction sphinctérienne. L'article publiée récemment dans Gastroenterology sur l'hypofertilité observée chez les femmes avec RCH après AIA soulève un autre problème peu abordé dans la littérature, mais très important, qui pourrait modifier les indications de l'AIA chez les femmes en âge de procréer. En effet, cette étude montre clairement que " l'événement iléo-anal " réduit considérablement les capacités de procréation des femmes opérées. La première explication possible est bien sûr le développement d'adhérences postopératoires, source déjà connue de stérilité notamment après péritonite pelvienne. Il n'existe pas à l'heure actuelle de procédé ayant prouvé son efficacité pour prévenir ces adhérences postopératoires. Une autre piste, particulièrement prometteuse, est la réalisation des AIA par voie laparoscopique, afin de diminuer ces brides postopératoires. Déjà, un débat va s'ouvrir sur la réalisation d'anastomoses iléo-rectales, même de manière temporaire pour seulement quelques années, chez des patientes avec rectum peu malade et désirant une grossesse, en lieu et place de la classique iléo-anale d'emblée. Prévenez vos patientes de la chute de fécondité après anastomose iléo-anale pour RCH (AIA) Olsen KO, Juu LS, Berndtsson I et al. Gastroenterology 2002 ; 122 :15-9. Les patientes atteintes de RCH ont généralement une fertilité normale. Le but de cette étude était de comparer la fécondité des patientes avant et après procto-colectomie suivie d'anastomose iléo-anale pour RCH à celle de la population générale. Un suivi était réalisé chez 343 patientes consécutives atteintes de RCH âgées de 10,6 à 40,5 ans au moment de la chirurgie et dans une population de référence de 1200 femmes âgées de 25 à 40 ans. Un total de 290 (85 malades) et 675 (55 %) femmes dans la population de référence ont accepté de participer au moyen d'une interview téléphonique structurée portant sur les fonctions de reproduction et le temps d'attente avant la survenue d'une grossesse. Une analyse par régression de Cox et de Kaplan-Meier a été réalisée. Depuis le diagnostic de RCH et jusqu'à la réalisation de la procto-colectomie avec AIA, le taux de fécondité à 12 et 18 mois était respectivement de 78 et 90 %, i.e. similaire à celui de la population de référence. Après AIA, le taux de fécondité chutait à 20 % (p < 0,001) ; il était respectivement de 18 % et 36 % à 12 et 18 mois. Une diminution analogue de la fécondité avait déjà été rapportée après AIA pour RCH, mais également après AIA pour polypose adénomateuse familiale. Elle n'a en revanche pas été retrouvée après anastomose iléo-rectale pour recto-colite hémorragique. Les raisons de la diminution importante de la fertilité après AIA sont inconnues ; une des hypothèses est la formation d'adhérences entraînant une obstruction des trompes de Fallope. Un essai contrôlé randomisé a montré que l'administration préventive peropératoire d'un agent anti-adhésif était susceptible de réduire les adhérences postopératoires. En conclusion, les femmes atteintes de recto-colite hémorragique ont une fécondité similaire à celle de la population générale jusqu'à la confection d'une AIA. Cette intervention réduit sévèrement la fécondité féminine, et des informations claires et précises à propos de cette baisse de fécondité devraient être données aux patientes lorsqu'un tel traitement chirurgical est envisagé. Crohn - RCH n° 14 - Septembre 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/09) Qualité de vie : la fatigue des MICI
Pr Pierre Desreumaux, Directeur du Centre de Recherche et de soins sur les MICI; CHRU de Lille
Pr Marc Lémann , Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis, Paris Pr Jean-Marie Reimund , Service de Gastro-Entérologie, CHU de Strasbourg Les MICI à l'AGA, San Francisco, 12 mai 2002 Un intérêt croissant pour l'évaluation de la qualité de vie s'est manifesté au cours de la dernière décennie. Conduisant au développement d'outils de mesure non-spéci-fiques (dont l'un des plus utilisé est le questionnaire SF-36), mais également spécifiques aux MICI. Ceux-ci évaluent l'impact de la maladie sur la vie sociale, le statut socio-professionnel, le retentissement corporel de la maladie, de ses traitements et/ou de ses complications, ainsi que les craintes des malades. Certains questionnaires sont désormais bien validés dans les pays anglophones et en France. En utilisant le questionnaire SF-36, l'équipe de Paul Rutgeerts (Persoons et al, S1375 - A216) a essayé de déterminer les facteurs liés positivement ou négativement aux deux composantes (physique et mentale) du score SF-36. En comparant les résultats obtenus chez 84 patients ayant une maladie de Crohn à ceux de "contrôles gastro-entérologiques", les auteurs observent une diminution de la qualité de vie chez les maladies de Crohn significative sur la composante physique du questionnaire (p = 0,01) et statistiquement non significative sur la partie évaluant le "bien-être" mental. La composante du SF-36 évaluant le "bien-être" physique était négativement corrélée à une échelle de mesure de l'anxiété et à une échelle de mesure de la dépression (respectivement r = - 0,48, p < 0.01 et r = - 0,59, p < 0,01 ). Cette composante était aussi (plus faiblement) négativement corrélée à la durée de la maladie, l'indice de Best (CDAI) et la CRP. La composante mentale du SF-36 était négativement liée aux échelles de mesure de l'anxiété et de la dépression ainsi qu'au CDAI. Le "bien-être" physique était également moins bon chez les malades hospitalisés et ceux ayant des antécédents chirurgicaux. La composante mentale était plus altérée chez les malades hospitalisés et ceux ayant une forme "pénétrante" de la maladie. L'intérêt de ce travail réside essentiellement dans son suivi longitudinal, réalisé chez 62 malades. Celui-ci montre que l'amélioration du score SF-36 à la fois pour sa composante physique et sa composante mentale n'est obtenue que chez les malades ayant une amélioration objective de leur maladie. L'activité et la sévérité de la maladie, mais également dans ce travail le caractère "pénétrant" de la maladie de Crohn semblent donc préférentiellement déterminer la qualité de vie des malades. Dans un deuxième travail, Persoons et al (W1329 - A610) ont évalué l'importance de la fatigue comme symptôme participant à la qualité de vie, partant du fait qu'elle était une composante fréquemment associée à une mauvaise qualité de vie dans d'autres groupes de malades. L'importance du symptôme fatigue était mesurée par un questionnaire spécifique validé (CIS-4). Près de la moitié des patients (n = 36, 46,8 %) signalaient une fatigue chronique sur les six mois précédents et 83 % d'entre eux estimaient que la fatigue avait un impact négatif sur leurs activités quotidiennes. L'activité de la maladie mais également le "bien-être" mental, en particulier l'existence d'un syndrome dépressif, étaient liés au symptôme fatigue. Ce dernier apparaissait néanmoins comme un déterminant indépendant de la qualité de vie. Minderhoud et al (W1305 - A606) se sont également intéressés à ce symptôme au cours de la MC et de la RCH. Leurs résultats montrent des scores de fatigue (évaluée à l'aide du MIF pour Multidimensional Fatigue Inventory) particulièrement élevés dans le groupe des MICI (comparables dans l'expérience des auteurs à ceux observés chez des malades cancéreux), ainsi qu'une corrélation négative entre le score de mesure de la fatigue et un questionnaire de qualité de vie spécifique des MICI, l'IBDQ (pour Inflammatory Bowel Disease Questionnaire). Ce dernier comporte 32 questions remplies par les patients couvrant 4 domaines : les symptômes digestifs, les signes généraux, l'état émotionnel et le retentissement sur la vie sociale. Les questions sont réparties de façon aléatoire dans les différents domaines et pour chaque question, un choix doit être fait parmi 7 réponses possibles. Les scores les plus élevés correspondent à la qualité de vie la meilleure. Les patients en rémission ont en général des scores supérieurs à 170. L'IBDQ s'est imposé au cours des dernières années comme le questionnaire incontournable des grands essais thérapeutiques internationaux dans les MICI où il est désormais utilisé comme critère secondaire. Fait intéressant dans cette étude, le score de fatigue restait élevé chez les malades en rémission clinique comparés à des témoins sains (p < 0,001), bien que les patients ayant une maladie modérément active avaient des scores significativement plus élevés que ceux en rémission (p < 0,001). Les auteurs notaient également une tendance à des scores de fatigue plus élevés chez les malades ayant une RCH en rémission comparés à ceux ayant une MC en rémission (p = 0,05). Aucune corrélation entre le MIF et les paramètres biologiques habituellement mesurés au cours des MICI (incluant ici le cortisol plasmatique afin de ne pas méconnaître un éventuel retentissement de l'hypo-adrénalisme sur la fatigue) n'était observée. La fatigue apparaît donc comme l'un des facteurs important dans le déterminisme de la qualité de vie au cours des MICI, dépendant certes de l'activité de la maladie, mais persistant également chez les malades en rémission. Des travaux à venir devront s'attacher à essayer de mieux saisir les raisons de la persistance de ce symptôme afin de tenter d'y remédier plus efficacement dans le but d'améliorer la qualité de vie des malades ayant une MICI. Les modifications de la qualité de vie ne concernent pas uniquement les malades mais également leur entourage, comme le suggèrent Forget et al (W 1002 - A547) en étudiant l'impact de la maladie sur les familles de 97 enfants ayant une MICI. Dix à quinze pour cent des parents rencontrent ainsi des difficultés (en particulier les mères des enfants, d'autant plus qu'elles interviennent comme "soignant" ou comme seul "soignant" auprès de leur enfant) soit financières, soit nécessitant une adaptation de leur activité professionnelle, soit encore modifiant leur vie sociale ou les empêchant de formuler des projets à long terme. En contrepartie, des mécanismes compensatoires sont fréquents, parmi lesquels essentiellement un resserrement du tissu familial. Quoiqu'il en soit, la prise en charge d'enfants ayant une MICI nécessite également de tenir compte de l'impact de la maladie sur l'entourage immédiat de l'enfant afin de pouvoir, en cas de besoin, mettre en place une aide psychologique et/ou sociale adaptée. MICI n°50 - Septembre 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2002/09) Génétique : déclinaisons du gène CARD15
Pr Pierre Desreumaux, Directeur du Centre de Recherche et de soins sur les MICI, CHRU de Lille Pr Marc Lémann, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Saint-Louis Paris Pr Jean-Marie Reimund, Service e Gastro-Entérologie, CHU de Strasbourg L'identification en 2001 du premier gène de susceptibilité pour la maladie de Crohn. NOD2/CARD15 situé sur le chromosome 16 (Hugot et al. Nature 2001; 411:599, Ogura et al. Nature 2001; 411:603), a suscité un nombre de travaux important. Trois mutations principales du gène de CARD15 ont été observées chez des patients atteints de maladie de Crohn (MC). Dans ces 2 papiers de référence, environ 50 % des patients atteints de MC avaient au moins une des 3 mutations sur un chromosome et 15 % une mutation sur leurs 2 chromosomes (sujets homozygotes ou hétérozygotes composites) (Figure 1). Les études présentées à l'AGA ont permis de préciser 1. la fréquence des mutations de ce gène dans la population générale, chez les patients atteints de MICI sporadique ou familiale et au cours des colites inclassées, 2. la caractérisation d'un phénotype de patients homozygotes ou hétérozygotes composites atteints de MC et 3. les premières données de pharmacogénétique. La fréquence de CARD15 muté est similaire dans toutes les populations non atteintes de MC : 15-20 % de parents hétérozygotes, 0-3 % de patients hétérozygotes composites et absence* de patients homozygotes, sauf chez les japonais où les mutations ne sont trouvées ni dans la population générale, ni chez les patients atteints de MC (M1402 - A294). En dehors de cette exception, les fréquences des mutations de CARD15 sont comparables chez les patients atteints de MC sporadiques ou familiales : 45-70 % des patients n'ont aucune mutation du gène CARD15 alors que 15-25 % ont au moins 2 mutations (patients homozygotes ou hétérozygotes composites), le reste des patients (soit près d'un tiers) n'étant porteur que d'une seule mutation. Une seule étude réalisée en Italie met en évidence une prévalence de patients homozygotes ou hétérozygotes composites plus importante au cours de MC familiale (35 %) vs sporadique (16 %) (M1418 - A297). Au cours des colites indéterminées, une étude réalisée en Belgique indique que la prévalence des mutations de CARD15 est de 32 % avec une valeur prédictive positive très faible de l'ordre de 7 % (M1406). Ces différents travaux confirment donc les résultats publiés dans Nature puis dans Lancet en 2000. Ils montrent que l'étude des 3 principales mutations du gène CARD15 n'a pas d'intérêt dans le diagnostic de la MC, et pour classer les colites indéterminées. Si la spécificité des mutations à l'état homozygote et hétérozygote composite est proche de 100 % pour le diagnostic de MC, la sensibilité de cette analyse génétique est en effet trop faible. D'autres mutations du gène CARD15 ont été mises en évidence notamment chez les patients américains d'origine africaine (248 - A29) et au sein de la population juive ashkénaze (M1404 - A295). Des études sont en cours pour déterminer la signification et la valeur diagnostique d'autres mutations du gène CARD15. Etude de corrélation entre génotype et phénotype Il est possible que la présence des mutations de CARD15 soit associée à des formes cliniques particulières de MC. Une étude portant sur 1500 malades va prochainement débuter en France pour tenter de préciser ces relations entre les manifestations cliniques (phénotypes) et les mutations du gène (génotypes). Tableau 1 - Corrélation génotype CARD15 et phénotype de la MC | | Lesage et al (Am J Hum Genet 2002) | Age jeune, atteinte iléale, sténose | | Ahmad et al (Gastroenterology 2002) | Atteinte iléale | | Crichton et al (M1420) | Atteinte iléale | | Hampe et al (249 - A29) | Atteinte iléale ou iléo-colique | | Abreu et al (Gastroenterology 2002) | Sténose iléale | | Vermeire et al (M 1407 - A295 et M1413 - A297) | Iléite, ASCA (OR=3) | | Les données d'études réalisées France, Belgique, Allemagne, Angleterre et Etats-Unis révèlent que la présence des principales mutations de CARD15 est associée à un début un peu plus précoce de la maladie (17 ans vs 20 ans), à des localisations intestinales plus volontiers iléales ou iléo-coliques sténosantes, et à la présence plus fréquente d'anticorps anti-saccharomyces (ASCA) (Tableau 1). Si l'association statistique des mutations à ces groupes particuliers de patients atteints de MICI ne fait pas de doute, l'intérêt clinique de l'identification de ces sous-groupes n'est actuellement pas connu. CARD15 et réponse au traitement par infliximab. Une étude présentée par Venneire et al et publiée dans Gastroenterology en juillet 2002 montre que la réponse au traitement par l'infliximab, anticorps monoclonal anti-TNF, au cours de la MC est similaire chez les patients homozygotes, hétérozygotes simples ou composites et chez les patients sans mutation. Il n'y a donc pas actuellement d' intérêt de génotyper nos patients pour caractériser un groupe de répondeurs ou non répondeurs à ce traitement. MICI n°50 - Septembre 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2002/10) Elévation asymptomatique de l'amylasémie et de la lipasémie au cours des MICI
Bokemeyer B Z. Gastroenterologist Une augmentation de la lipasémie et de l'amylasémie est parfois observée au cours des MICI, sans symptômes cliniques de pancréatite. Les auteurs ont mené une étude prospective pour évaluer la fréquence de l'élévation de ces enzymes chez les patients et de tenter d'expliquer ce phénomène. 136 sujets atteints de MICI (Crohn n = 66 ; recto-colite hémorragique n = 70) ont participé à cette étude prospective qui a duré 3 mois. Tous les patients ayant une augmentation de l'amylase ou de la lipase étaient suivis 3 mois supplémentaires. Une élévation asymptomatique de la lipasémie et de l'amylasémie sans symptôme de pancréatite était observée dans 14 % des cas. Il n'était pas retrouvé d'association significative entre l'élévation de l'amylasémie/lipasémie et les indices d'activité (CDAI) ou le taux de CRP. Une augmentation significative de l'amylasémie/lipasémie (> 2N) était plus fréquente pour la lipase (4,4 %) que pour l'amylase (0,7 %). Parmi les explications avancées, l'auteur proposait : a. une atteinte pancréatique extra-intestinale latente au cours des MICI ; b. une libération extra-pancréatique d'amylase/ lipase à partir du tissu intestinal ; c. la ré-absorption intestinale de l'amylase/lipase au cours des MICI. Une élévation asymptomatique de l'amylase/lipase au cours des MICI est observée dans 14 % des cas. L'augmentation de la lipase ou de l'amylase sans symptôme clinique ne doit pas être considérée comme une pancréatite authentique, et ne nécessite pas de traitement spécifique. Ces anomalies ne devraient pas modifier le traitement de la MICI. Crohn - RCH n° 15 - Février 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/10) Résection iléo-cæcale par laparoscopie pour iléite terminale compliquant une MC
Pr Yves Panis, Service de Chirurgie Digestive, CHU Lariboisière- Saint-Louis Paris. La laparoscopie prend une part de plus en plus importante en chirurgie des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), notamment pour la maladie de Crohn [1]. |
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| Cette technique apporte plusieurs avantages potentiels sur la chirurgie conventionnelle pour les patients atteints de maladie de Crohn. | |
| A ce jour, la résection iléo-cæcale pour MC (Figure 1) représente la meilleure indication de la laparoscopie dans la chirurgie des MICI. | En effet, le geste sous laparoscopie est relativement simple (Figures 2 et 3), puisqu'il consiste à explorer l'ensemble du grêle, puis à libérer le grêle terminal et le côlon droit, qui sont ensuite extériorisés par une courte incision de 4-5 cm dans la fosse iliaque droite. La suite de l'intervention (résection puis anastomose) est faite en extra-corporelle.  La seule étude contrôlée [3] sur 60 patients comparant laparotomie et laparoscopie dans la résection iléo-cæcale pour MC a montré qu'il n'y avait pas de différence de résultats entre les 2 groupes, confirmant donc la faisabilité et l'innocuité de la laparoscopie dans la résection iléo-cæcale pour MC. Dans notre expérience, nous la proposons systématiquement en cas de sténose iléale terminale de MC, mais aussi, en cas de fistule iléo-vésicale (Figure 4), voire de fistule iléo-sigmoïdienne.  En effet, dans ces 2 situations, le geste chirurgical n'est généralement pas plus compliqué et autorise dans la majorité des cas un rétablissement immédiat de la continuité digestive par anastomose iléo-colique droite. La réalisation d'une stomie temporaire reste nécessaire chez les patients à haut risque de complications septiques postopératoires, c'est-à-dire présentant pour nous au moins 2 des facteurs de risque suivants : dénutrition sévère, corticothérapie prolongée, fistule, et abcès intra-abdominal. |
| Dans la fistule iléo-vésicale, la simple libération du grêle de la vessie permet la cicatrisation de la fistule vésicale. | La fermeture chirurgicale de la fistule vésicale n'est en effet pas systématique car l'orifice est le plus souvent impossible à retrouver au niveau d'une vessie très inflammatoire. Un simple sondage urinaire prolongé 10 jours suffit généralement à entraîner la cicatrisation du dôme vésical. |
| Dans la fistule iléo-sigmoïdienne, la simple fermeture de la fistule colique est nécessaire. | 
De même, en cas de fistule iléo-sigmoïdienne, si la coloscopie confirme que le côlon est " victime " et non pas " coupable ", c'est-à-dire qu'il n'y a pas de MC colique associée, une simple fermeture de la fistule colique, éventuellement par une résection très courte "en rond de serviette" du sigmoïde est nécessaire. Là encore, une stomie n'est pas indiquée systématiquement, et le geste est le plus souvent réalisable par voie laparoscopique. Lors de la découverte pré-opératoire d'un abcès, son drainage percutanée autorise la résection iléo-cæcale ultérieure. Enfin, dans les cas où existe un abcès découvert en pré-opératoire sur le scanner (Figure 5), un drainage de cet abcès par voie percutané autorise là encore quelques semaines plus tard une résection iléo-cæcale laparoscopique avec rétablissement immédiat de la continuité [4]. En conclusion En cas d'atteinte iléale terminale due à une MC pour laquelle est indiqué le traitement chirurgical, celui-ci peut être réalisé le plus souvent par voie laparoscopique, et ce même en présence d'une fistule interne ou d'un abcès résiduel. Le bénéfice apporté chez ces patients jeunes par ce geste chirurgical vécu comme moins "agressif" que la classique laparotomie fait que la laparoscopie représente aujourd'hui la voie d'abord de choix pour la résection iléo-cæcale en cas de maladie de Crohn. | Crohn - RCH n° 15 - Octobre 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/10) Effet du budésonide et de la prednisolone sur la densité minérale osseuse au cours de la maladie de Crohn
Cino M, Greenberg GR, Gastroenterologist Les corticoïdes peuvent contribuer à la déminéralisation osseuse associée à la maladie de Crohn. Les auteurs ont comparé les effets de 3 traitements de la maladie de Crohn sur la densité minérale osseuse (DMO) : il s'agissait du budésonide, de la prednisolone et d'un traitement non stéroïdien. Une DMO annuelle au niveau du rachis lombaire et du col fémoral a été effectuée tous les ans pendant 2 ans chez 138 sujets atteints de MC quiescente traitée par des doses moyennes quotidienne de 8,5 mg de budésonide (n = 48), 10,5 mg de prednisolone (n = 45) ou par un traitement non stéroïdien (n = 45). Au niveau du rachis, à 1 an, la DMO moyenne était diminuée de 2,36 % dans le groupe budésonide (p < 0,001), de 0,61 % dans le groupe prednisolone (NS) et de 0,09 % dans le groupe traitement non stéroïdien (NS). La différence entre le budésonide et le groupe traitement non stéroïdien était significative (p = 0,003). A 2 ans, la DMO n'était pas modifiée dans les 3 groupes. Au niveau du col fémoral, à 2 ans, la DMO était diminuée de 2,94 % dans le groupe budésonide (p < 0,001), de 0,36 % dans le groupe prednisolone (NS) et de 1,05 % dans le groupe traitement non stéroïdien (NS); les différences entre les groupes n'étaient pas significatives. La proportion de patients avec déminéralisation osseuse > 2 % par an au niveau du rachis et du col fémoral était plus élevée dans le groupe budésonide que dans le groupe traitement non stéroïdien (P < 0,001) et prednisolone (P < 0,05). Contre toute attente, la DMO des sujets atteints de maladie de Crohn recevant un traitement d'entretien pendant 2 ans par la prednisolone est peu modifiée, alors qu'une perte osseuse du rachis lombaire et du col fémoral est observée avec la prise de budésonide. Ceci pourrait peut-être s'expliquer par l'équivalence des doses en corticoïdes, nettement plus élevée dans cette étude avec le budésonide que la prednisolone. Quoi qu'il en soit, en attendant les résultats d'études méthodologiquement plus satisfaisantes, ces résultats doivent conduire à la prudence dans l'utilisation au long cours du budésonide. Crohn - RCH n° 15 - Février 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/10) Les facteurs environnementaux dans l'enfance conditionnent l'apparition d'une maladie de Crohn
Feeney M.A., Murphy F. , Clegg A.J. Gastroenterologists Les auteurs ont étudié les rapports entre les facteurs environnementaux dans l'enfance et le risque d'apparition d'une MICI. Il s'agissait d'une étude cas contrôles évaluant le risque de survenue d'une MICI en rapport avec un ensemble de marqueurs historiques et sérologiques survenus dans l'enfance, analysés par régression logistique. Les patients inclus étaient atteints d'une maladie de Crohn (n = 139) ou d'une recto-colite hémorragique (n = 137); ils étaient âgés de 16 à 45 ans, et étaient tous appariés pour le sexe et l'âge à un sujet contrôle. La séro-prévalence d'Helicobacter était significativement réduite au cours de la maladie de Crohn (OR : 0.18 ; IC95% : 0,06-0,52), mais pas au cours de la recto-colite hémorragique (OR : 0,91; IC95% : 0,38- 2,16). L'association négative entre appendicectomie dans l'enfance et survenue d'une recto-colite hémorragique était confirmée (OR 0,05 ; ICIC95% : 0,01-0,51). La maladie de Crohn était associée à un eczéma dans l'enfance (OR : 2,81; IC95% : 1,23-6,42) et l'utilisation fréquente de bains en piscine (OR : 2,90 ; IC95% 1,21-6,91). Il n'y avait pas d'association entre la séroprévalence de l'hépatite A et une MICI. Les caractéristiques de la famille, la classe sociale, la notion de voiture dans la famille, de déménagement, de vie en milieu rural ou urbain ou la présence d'un animal domestique (chat, chien, oiseau ou rongeur) n'était pas différente entre MICI et témoins. Ces résultats confortent l'hypothèse que l'amélioration des conditions de vie dans l'enfance est associée à une augmentation du risque de maladie de Crohn. Cette étude confirme que l'association négative entre appendicectomie et apparition d'une recto-colite hémorragique est liée à des évènements survenus dans l'enfance. Globalement, ces résultats suggèrent fortement que certains facteurs environnementaux dans l'enfance déterminent le risque de survenue ultérieur de MICI, et que ces facteurs de risques sont distincts pour la maladie de Crohn ou la recto-colite hémorragique. Crohn - RCH n° 15 - Octobre 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/10) Données récentes sur l'épidémiologie et les voies de recherche des MICI
Pr Pierre Desreumaux, Service de Gastro-Entérologie, Hôpital Claude Huriez – Lille Les données concernant les MICI sont en pleine évolution, comme nous l'explique le Pr P. Desreumaux (CHU, Lille). La découverte d'un gène de susceptibilité à la maladie de Crohn (CARD15) n'a en rien diminué l'importance attribuée à la participation de facteurs environnementaux au développement de la maladie. Crohn & RCH : dispose-t-on de données récentes sur l'évolution de l'incidence des MICI dans le monde, et plus spécifiquement en France? Pr P. Desreumaux : dans le monde, il n'y a pas à ma connaissance de nouvelles données.On estime qu'il y a eu une augmentation de la RCH et de la MC au cours du siècle dernier, notamment entre 1960 et 1985 et on pense qu'il y a une stabilisation de la MC depuis 1985. Pour la RCH, les chiffres sont peut-être un peu différents ; il y a eu une augmentation avec des taux de croissance qui sont plus stables depuis 1960. Quoiqu'il en soit, l'incidence mondiale de la MC est évaluée entre 5 et 7 pour 100 000 habitants, l'incidence de la RCH étant, quant à elle, évaluée à 10 pour 100 000. Une étude récente parue dans "European Journal of Hepato-gastroenterology" montre une évolution spectaculaire de la RCH et de la MC en Islande, puisque l'incidence de la MC était de 1/100 000 en 1950 et de 6/100 000 en 1990, et celle de la RCH passait, dans le même temps, de 2/100 000 à 16/100 000. |
| En France, quelques données proviennent essentiellement du registre Nord-Pas-de-Calais EPIMAD avec 12 ans de recul : l'incidence de la MC était de 5,1/100 000 en 1988 et de 5,9/100 000 en 1999, ce qui correspond à une augmentation de 15 % ; pour la RCH, en revanche, l'incidence en 88 était de 4,2 et de 2,8/100 000 en 99, ce qui correspond à une diminution de 30 %. | Toujours selon le registre EPIMAD, il semble que l'augmentation de l'incidence de la MC touche essentiellement deux périodes d'âge, entre 20 et 29 ans, avec une augmentation de 25 % et surtout entre 60 et 70 ans, avec une augmentation de 70 %. Ce qui est également nouveau, à partir des données recueillies sur cette même période, c'est qu'en 1988, nous avions pour la MC environ 26 % de pancolites pures contre 13 % en 1999. Les formes iléales pures restent constantes (de l'ordre de 20 %) et les formes iléo-coliques sont en progression. Crohn & RCH : à combien estime-t-on, actuellement, la prévalence de la maladie de Crohn et de la recto-colite hémorragique en France et quelles sont les prévisions pour les années à venir? Pr P. Desreumaux : en France, la prévalence de la MC est d'environ 2/1 000 et celle de la RCH de 1,3/1 000. Ainsi, la prévalence totale des MICI est donc d'environ 3,3/1 000. On estime qu'en 2005, il y aura 120 000 MC et 80 000 RCH, soit 200 000 MICI. |
| Si l'on reprend les chiffres d'incidence en fonction de la médiane de survie des patients, on estime aux Etats-Unis la prévalence de la MC à 580 000 et celle de la RCH à 742 000 sur un total de 232 millions d'habitants. On estime qu'en 2005, il y aura, aux Etats-Unis et en Europe 2,5 millions de sujets atteints de MICI. Ces données vont à l'encontre de la classification actuelle des MICI, puisque la MC et la RCH sont toujours classées comme des maladies rares, voire orphelines. | Crohn & RCH : quelle est la part de maladie de Crohn de l'enfant dans l'ensemble des cas actuellement répertoriés en France? Pr P. Desreumaux : pour les enfants de moins de 15 ans, la part de la MC est de l'ordre de 15 à 20 %. En reprenant les chiffres de MC et de RCH dans la tranche d'âge des moins de 10 ans, on a 7 % des MC et 6 % des RCH. A noter que les chiffres sont stables depuis 1988 (données EPIMAD : incidence pour la MC en 88 de 0,57, pour la RCH de 0,19 et en 1999 respectivement de 0,46 et 0,3) et que le sex-ratio est de 1 chez l'enfant. Crohn & RCH : peut-on considérer que des facteurs environnementaux, telle l'alimentation ou la pollution atmosphérique, sont à l'origine de cette augmentation importante de la prévalence des MICI et, en particulier, de la maladie de Crohn? Pr P. Desreumaux : deux grands types de facteurs interviennent dans les MICI, il s'agit des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux. Parmi les facteurs environnementaux, le seul qui soit reconnu est le tabac, qui joue un rôle délétère dans la MC et un rôle bénéfique dans la RCH. Nous n'avons actuellement aucune donnée qui permette de penser que l'alimentation ou la pollution ait une action directe sur la prévalence de la MC ou de la RCH. |
| Ce que l'on sait, c'est que la MC, tout comme la RCH, sont plus fréquentes dans les pays industrialisés et qu'il y a probablement beaucoup d'analogie en termes épidémiologiques entre la MC et la pathologie asthmatique. Dans ce cadre là, un lien entre pollution et industrialisation a été établi sans données précises. | En ce qui concerne l'alimentation, de nombreux facteurs ont été décrits comme pouvant être à l'origine de la MC, la restauration rapide, le dentifrice…; les résultats de ces études n'ont jamais été confirmés, mais bien au contraire, largement infirmés. Ainsi, l'alimentation ou la pollution ne peuvent pas être considérées comme des facteurs environnementaux à l'origine de l'augmentation importante de la prévalence de la MC. Le tabac, nous l'avons dit, est un facteur favorisant puisqu'il augmente le risque relatif de développer une MC de 2 par rapport à un sujet qui ne fume pas. Il a de plus un rôle aggravant dans la MC : les patients fumeurs ont des MC plus sévères avec des poussées plus rapprochées, des récidives post-chirurgicales plus fréquentes et plus rapides que les patients qui ne fument pas. Il faut enfin noter l'effet thérapeutique de l'arrêt du tabac puisqu'un an après le sevrage, l'ancien fumeur retrouve à peu près le même risque évolutif de la maladie que le non-fumeur. |
| L'arrêt du tabac a une efficacité thérapeutique comparable aux meilleurs traitements d'entretien actuels de la MC. | Crohn & RCH : votre équipe a étroitement collaboré aux travaux réalisés par l'équipe du Pr Darfeuille-Michaud à Clermont-Ferrand sur l'isolement d'une souche particulière d'Escherichia coli. Pourriez-vous nous préciser les grandes lignes de ces travaux et les opportunités qu'ils ouvrent en termes de compréhension du mécanisme de survenue de la maladie? Pr P. Desreumaux : l'équipe du Pr Darfeuille-Michaud a montré que, dans la muqueuse iléale des patients atteints de MC, on retrouvait une nouvelle bactérie du type Escherichia coli. Ce nouvel E. coli a des propriétés d'adhésion et d'invasion particulières, propriétés qui ne passent par aucun des facteurs connus d'adhésion et d'invasion des autres E. coli. Cet E. coli adhésif et invasif est capable d'infecter les cellules épithéliales, de survivre et de se diviser dans ces cellules ; il est aussi capable d'infecter des macrophages dans la muqueuse intestinale et continue à se multiplier dans ces macrophages et à infecter d'autres cellules par contiguïté. Lorsque cette bactérie infecte le macrophage, elle produit beaucoup de TNF, l'un des médiateurs impliqués dans la physiopathologie de la MC. Cet E. coli d'un type nouveau est retrouvé chez près de 40 % des patients atteints de MC de l'iléon terminal, et chez seulement 5 à 7 % des castémoins. In vitro, cet E. coli a tous les critères de pathogénicité, qu'il reste maintenant à prouver dans des modèles animaux. Il faudrait également rechercher si cet E. coli est retrouvé avec la même fréquence au niveau de l'iléon terminal et du côlon, ce qui, au vu de résultats très préliminaires, ne semble pas être le cas, avec une fréquence bien moindre d'isolement au niveau colique. |
| Au stade des connaissances actuelles, cette nouvelle bactérie de type E. coli, dont on ne connaît pas très bien la fonction, est-elle une bactérie pathogène ou bien une bactérie commensale du tube digestif que l'on retrouve dans la muqueuse intestinale? Toutes les caractéristiques in vitro font penser qu'elle doit avoir un caractère pathogène. | Crohn & RCH : toujours dans l'hypothèse d'une origine potentiellement infectieuse de la maladie, plusieurs travaux ont retrouvé une association entre de bonnes conditions d'hygiène dans l'enfance, et la survenue ultérieure d'une maladie de Crohn. Quelles sont les hypothèses actuellement retenues pour tenter d'expliquer cette curieuse association? Dans le Nord de la France, la maladie de Crohn à transmission "conjugale" semble bien réelle, quelle est votre opinion là-dessus? Pr P. Desreumaux : en fait, peu de travaux ont montré qu'il existait un lien entre la MC et les bonnes conditions d'hygiène dans l'enfance. En revanche, de nombreux travaux montrent qu'il existe une forte prévalence de MC et de RCH dans les pays industrialisés où il y a une bonne hygiène de vie. L'hypothèse consiste à dire qu'il existe une part génétique et une part environnementale dans la MC et la RCH, et que pour ce qui est de la part environnementale, les bactéries de la flore intestinale jouent un rôle important. Cela a été bien montré par l'apport des modèles animaux : pour induire une inflammation au niveau de l'intestin, il faut avoir une perturbation du système immunitaire intestinal, mais il faut également la présence de bactéries dans la lumière colique. |
| D'où l'hypothèse, en tout cas chez l'animal et probablement chez l'homme, que les lésions sont déclenchées sur un terrain génétiquement prédisposé par une mauvaise reconnaissance par le système immunitaire intestinal des bactéries de la flore intestinale. | Très schématiquement, le rôle du système immunitaire est de lutter contre les bactéries, et notamment contre l'invasion des bactéries intestinales. Pour lutter contre ces bactéries, le système immunitaire doit les reconnaître. Donc, en cas de trop bonnes conditions d'hygiène, le système immunitaire n'ayant pas été éduqué aura de mauvaises capacités à répondre de façon adaptée aux bactéries de la flore intestinale. Nous sommes là, je me répète, dans le cadre d'une hypothèse. En revanche, ce phénomène a été très bien montré pour les pathologies allergiques, notamment pour la pathologie asthmatique et pour les allergies alimentaires chez la souris. Chez l'homme, un article récent publié dans le "Lancet" démontre qu'avant l'âge de 4 ans, la flore intestinale a un rôle prédictif prédominant pour les enfants qui seront allergiques par rapport à ceux qui ne le seront pas. En résumé, avant 4 ans, à l'état habituel, le système immunitaire intestinal va produire beaucoup d'interleukine 4, ce qui permet une tolérance à l'égard des antigènes alimentaires qui arrivent au niveau de la muqueuse intestinale ; par la suite, avec une flore intestinale qui va se diversifier, le système immunitaire, au lieu de produire de l'interleukine 4, produit de l'interféron et du TNF afin de lutter contre les bactéries, notamment celles de la flore intestinale. En revanche, en cas de trop bonnes conditions d'hygiène, les enfants n'auront pas une flore très diversifiée, et il n'y aura pas de production d'interféron , ni de TNF, et la production préférentielle d'interleukine 4 conduira au phénomène allergisant (allergie alimentaire et pathologie asthmatique). C'est vrai que cela n'est qu'une hypothèse concernant la MC, mais si l'on tient compte de l'augmentation depuis les années 60 de l'incidence de ces maladies dans les pays industrialisés, les liens entre pathologies asthmatiques et pathologies inflammatoires intestinales sont troublants. Quant à la transmission "conjugale" de la MC, on reste dans le cadre des facteurs environnementaux : un consortium de cliniciens impliqués dans la prise en charge des MICI s'est réuni permettant d'individualiser 1 000 familles qui présentent au moins 2 cas de MICI, ce qui est relativement fréquent. Ce qui est moins fréquent, c'est l'existence de formes conjugales, une cinquantaine de cas environ décrits dans la littérature. Une étude récente publiée en 2001, réalisée à partir des registres belges et de la région Nord-Pas-de-Calais a permis d'individualiser 30 cas de MC ou de RCH à transmission conjugale. Sur ces 30 couples, 2 couples avaient les symptômes avant de se rencontrer, donc 28 cas individualisés sans symptôme avant de se rencontrer. Sur ces 28 cas, 20 cas concordants, 17 MC associée de MC, 3 RCH associée de RCH. Il restait 7 cas non concordants de MC associées de RCH. Quand on compare ces 28 cas à la population générale, il apparaît impossible que la survenue d'une MICI soit due au hasard (p < 0,002). Ce qui veut dire qu'il y a probablement des facteurs environnementaux impliqués dans la survenue des MICI et pas seulement des facteurs génétiques, puisque les conjoints n'ont pas le même patrimoine. De plus, parmi ces 30 couples, 25 ont eu des enfants, et parmi eux, 9 étaient atteints de MICI. Crohn & RCH : quelles sont selon vous, à la lumière des connaissances actuelles, les pistes à privilégier pour mieux comprendre l'étiopathogénie de ces maladies? Quel est l'apport des modèles animaux à la compréhension des mécanismes supposés? Pr P. Desreumaux : de nombreuses pistes sont abordées actuellement en France, en Europe ou aux Etats-Unis. Je pense que la meilleure piste à privilégier passe par une meilleure connaissance de la flore intestinale. Actuellement, on est incapable de dire quelle est la quantité ou la nature des bactéries qui composent la flore intestinale normale. Or, il semble clair, dans les modèles animaux et maintenant chez l'homme, que la flore intestinale joue un rôle extrêmement important dans l'entretien, et très probablement dans l'induction, des lésions au niveau de l'intestin. Donc, une meilleure connaissance de cette flore intestinale et de ses interactions avec le système immunitaire intestinal et notamment avec les cellules épithéliales est un objectif primordial à atteindre. La deuxième piste à privilégier serait d'essayer de mieux connaître les facteurs de régulation physiologiques de la réponse inflammatoire au niveau intestinal, ceux qui sont augmentés certes, mais aussi ceux qui sont diminués et qui pourraient être impliqués dans les MICI. La troisième piste, si j'en avais une troisième à proposer, serait certainement l'étude du système nerveux entérique et de ses relations avec le système immunitaire au niveau de l'intestin. On sait que le système immunitaire intestinal représente environ 80 % du système immunitaire total de l'organisme. On sait aussi que le système nerveux entérique est le deuxième "cerveau" en termes de densité de neurones. Actuellement,on ne connaît pas très bien les fonctions du système nerveux entérique et presque tout reste à faire. Quant à l'apport des modèles animaux, l'un des premiers modèles de colite spontanée a été décrit en 1990 et à l'époque, à partir de ce modèle, on avait attribué le développement de la MC et de la RCH à un déficit en interleukine 10. Actuellement, en 2002, nous avons à notre disposition 50 modèles animaux qui développent des colites spontanées ou provoquées par des éléments chimiques, mais nous ne savons toujours pas comment est induite l'inflammation au niveau intestinal. |
| Les modèles animaux restent de très mauvais modèles pour comprendre ce qui se passe au cours des MICI, mais de très bons modèles pour essayer d'apprécier le rôle de la flore intestinale, celui du système immunitaire, et celui du système nerveux entérique au cours de ces affections. | Crohn & RCH : la recto-colite hémorragique est parfois considérée, peut-être à tort, comme le parent pauvre de la maladie de Crohn, étant donné le relativement faible nombre d'études qui lui est consacré. Confirmez-vous cela et, si oui, quelles en sont les raisons? Pr P. Desreumaux : je ne pense pas qu'il faille considérer la RCH comme le parent pauvre de la MC. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a moins d'études dans la RCH que dans la MC, et il y a plusieurs raisons à cela : - la RCH pose moins de problèmes thérapeutiques que la MC, notamment parce que la RCH, dans 80 % des cas, touche uniquement le rectum et le côlon gauche ;
- la RCH répond généralement très bien au traitement par les amino-salicylés, largement utilisée par les médecins traitants et les gastro-entérologues ;
- Le traitement chirurgical de la RCH permet de guérir les patients, ce qui n'est pas le cas de la MC.
Donc, en milieu hospitalo-universitaire où sont réalisées la plupart des études, on voit beaucoup moins de RCH que de MC et pratiquement les seules RCH que l'on voit sont celles qui vont être opérées dans un temps relativement court. Crohn & RCH : que pensez-vous des propositions récentes de classification moléculaire de la maladie de Crohn? Etant donné que le gène CARD15 n'est quasiment pas retrouvé en cas d'atteinte colique de la maladie, pensez-vous que la maladie de Crohn colique et la recto-colite hémorragique pourraient partager des dénominateurs communs? Pr P. Desreumaux : trois mutations associées à la MC pour le gène Card15 ont été publiées dans trois papiers par 2 équipes européennes et une équipe américaine. Soit la mutation touche les 2 chromosomes (sujet homozygote), soit le sujet a 2 mutations mais 2 mutations différentes (sujet hétérozygote composite), soit il a une seule mutation (sujet hétérozygote), soit le sujet n'a aucune mutation (sujet sauvage). Dans la population générale, 80 % des gens sont sauvages et 20 % sont hétérozygotes. Ce que l'on sait, c'est qu'environ 50 % des patients atteints de MC sont hétérozygotes et 15 % sont soit homozygotes, soit hétérozygotes composites. On voit donc que la différence importante entre les patients atteints de MC et les témoins sains sont les patients homozygotes ou hétérozygotes composites. Pour ces patients, le risque relatif de MC est de 40 par rapport aux sujets sains. A côté de ces 3 mutations principales, on sait actuellement qu'il existe une trentaine de mutations nouvelles connues du gène de CARD15 associées à la MC, mais que l'on qualifie pour le moment de mineures parce que peu fréquentes. L'intérêt de la découverte du gène CARD15 est, au stade des connaissances actuelles, difficile à évaluer. Il n'a pas d'intérêt diagnostique et n'a pas d'intérêt dans la pharmacovigilance. |
| En revanche, on sait que les patients homozygotes ou hétérozygotes ont quatre particularités cliniques par rapport aux patients sauvages : 1. un âge de diagnostic plus jeune de la maladie ; 2. une forme plus volontiers sténosante (50 % environ versus 30 %) ; 3. une plus grande fréquence de la présence de granulomes au niveau de la muqueuse intestinale ; 4. une fréquence moindre de formes coliques (40 % versus 60 %). | La MC colique et la RCH pourraient-elles partager des dénominateurs communs? D'après ces chiffres, a priori non puisque le risque d'avoir une maladie exclusivement iléale est 2 fois plus élevé chez les patients sauvages par rapport à ceux qui ont des mutations. Il y a donc une grande proportion de patients qui ont des mutations et qui ont une atteinte colique. Néanmoins, la connaissance du gène CARD15 va peut-être permettre d'individualiser un sous-groupe de patients, patients sauvages, porteurs d'une forme colique chez lesquels les marqueurs sérologiques, les ASCA (considérés comme bons témoins de la MC) sont diminués alors que l'on a une augmentation de la prévalence des ANCA (considérés comme bons témoins de la RCH). Tous ces marqueurs permettront peut-être de montrer qu'il y a un dénominateur commun chez certains patients atteints de MC purement colique et les patients atteints de RCH, mais il s'agira d'un petit sous-groupe de patients.
Crohn - RCH n° 15 - Octobre 2002 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma
(2002/11) MICI : sans appendice la vie serait plus belle…
Dr Sébastien Le Jeune, Dans l’éternel débat "génétique contre environnement", les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) sont pour ainsi dire un cas d’école. D’un côté la piste génétique a enfin trouvé un appui tout récemment , et de l’autre la recherche sur les facteurs environnementaux y contribuant part tous azimuts. Mais en fait on n’a jusqu’à présent recensé que deux facteurs réellement pertinents : le tabagisme et l’appendicectomie. Deux études, l’une française et l’autre australienne, viennent justement de paraître dans le numéro de décembre de Gut. Elles tentent chacune à leur manière d’apporter des éléments nouveaux au dossier décidément bien confus de l’histoire naturelle des MICI. La piste de l’appendicectomie ne date pas d’hier, puisqu’on retrouve des observations pathologiques qui remontent à 1966. Mais ce n’est qu’autour du milieu des années 90 qu’une corrélation significative inverse entre ablation de l’appendice, surtout avant l’âge de 20 ans , et risque ultérieur de colite ulcérative. En ce qui concerne l’autre principale MICI, la maladie de Crohn, les résultats étaient plus flous, la littérature montrant des associations tantôt positives tantôt négatives, et surtout rarement significatives. A ce titre l’étude australienne est particulièrement intéressante. Menée à bien par l’équipe du Dr Graham Radford-Smith de l’Hôpital Royal de Brisbane, elle a consisté en une revue soigneusement contrôlée d’une large cohorte de plus de 600 patients (307 avec colite ulcérative, 335 avec maladie de Crohn) . Les critères retenus pour déterminer les caractéristiques de la maladie étaient également très raisonnables : âge au diagnostic, étendue de la maladie confirmée par l’histologie, recours à des immunosuppresseurs ou à une résection intestinale. L’analyse confirme dans un premier temps l’association négative rapportée précédemment, avec un risque relatif de colite ulcérative diminué de 77 % chez les patients ayant été opéré de l’appendice (IC 95 % 0,14-0,38 ; P < 0,0001). Ensuite viennent les deux faits nouveaux. Côté colite tout d’abord, un antécédent d’appendicectomie conduisait à une sévérité de la diminuée de 85 % (moins d’immunosuppresseurs et de proctocolectomies) – ce qui n’avait été observé qu’une fois dans une petite série – et à un déclenchement plus tardif de la maladie (P = 0,02). Côté maladie de Crohn, pour la première fois les chercheurs ont observé que là aussi l’appendicectomie abaissait le risque de 66 % (0,23-0,51 ; P < 0,0001) et retardait la survenue de la maladie (P = 0,02). Cet effet protecteur partagé dans les deux pathologies appelle un commentaire enthousiaste de la part du Dr David Sachar de la Mount Sinai School of Medicine : « Cette observation nous laisse virtuellement le tabagisme comme seul facteur épidémiologique à travailler dans des directions opposées dans ces deux maladies » , puisqu’il est protecteur dans la colite et néfaste dans la maladie de Crohn . Un sens à tout ça… L’étude française conduite par le Pr Jacques Cosnes et ses confrères du Service de gastro-entérologie de l’Hôpital Rotschild à Paris ne démérite pas non plus, et va tout à fait dans le même sens que la précédente – bien qu’elle ait réduit son champ d’investigations aux seules colites ulcératives . Là encore un échantillonnage large de 638 patients et des critères de sévérité sérieux (besoins thérapeutiques avec en plus l’évaluation de l’incidence des crises en proportion sur l’année) en font une étude solide. Les conclusions sont à l’avenant : même impact protecteur de l’appendicectomie sur le risque de colite et un risque à 10 ans de colectomie divisé par deux (16 % contre 33 %). Rien ici en revanche au niveau du recours à des corticoïdes ou des immunosuppresseurs, mais par contre la maladie n’était entre 1997 et 2000 active que 48 % du temps chez les patients appendicectomisés contre 62 % chez les non-opérés (P < 0,01). Pour Sachar le plus difficile maintenant est de trouver un sens à tout ça. En la matière deux théories s’affrontent : l’ablation de l’appendice pourrait confèrer une protection vraie par le biais de mécanismes immunologiques encore vagues, mais il se peut aussi que les jeunes gens opérés pour une appendicite soient d’une certaine manière – physiologique, génétique ou immunologique – distincts de la population prédisposée aux MICI… Une équipe suédoise avait même suggéré l’an dernier que c’était l’appendicite plutôt que l’appendicectomie qui était protectrice . Bref, comme on nage encore en plein brouillard, Sachar n’est guère tendre avec le penchant commun des deux équipes en faveur de l’hypothèse "appendicectomie". Surtout à l’égard des Français qui vont jusqu’à prôner l’appendicectomie prophylactique pour les « patients génétiquement à haut risque ». Selon lui Cosnes et ses confrères « s’emballent ». Peut-être sont-ils un peu enthousiastes, mais cela ne mérite-t-il pas d’être tenté après tout ?
MedHermes 2002
(2002/12) Azathioprine et spermogramme
Pr Laurent Beaugerie, Service de Gastro-Entérologie et nutrition, Hôpital Saint-Antoine Paris Dejaco C, Mittermaler C, Reinisch W, et al. Azathioprine treatment and male fertllity in inflammatory bowel disease. Gastroenterology 2001: 121: 1048-53. Parmi les traitements utilisés au cours des MICI, seule la sulfasalazine a un risque établi de stérilité masculine, pendant le temps de son utilisation, par altération de la qualité du sperme. La qualité du sperme des hommes recevant de l'azathioprine pour une MICI n'avait jamais été spécifiquement évaluée jusqu'à maintenant. Une équipe viennoise a étudié la qualité du sperme de 23 hommes recevant de l'azathioprine depuis au moins 3 mois, en prenant comme référence l'éventail des valeurs normales établi par l'OMS. Le sous-groupe des 5 malades recevant en association l'azathioprine et la sulfasalazine a été étudié à part. De plus, le spermogramme de 10 malades a pu être étudié avant et après mise sous azathioprine et 5 malades ont été étudiés à 2 reprises pendant leur traitement par azathioprine d'une durée minimale de 2 ans. Parmi les 18 malades traités par azathioprine et ne recevant pas de sulfasalazine, 17 (94 % ) avaient une densité de sperme entrant dans les normes de l'OMS. Douze (67 %) avaient une mobilité et une morphologie normales des spermatozoïdes, 16 (89 %) un volume normal de l'éjaculat. Ces paramètres étaient globalement non différents chez les 10 malades évalués avant mise sous azathioprine, par rapport à la mesure faite en moyenne au bout de 11 mois de traitement. Les 5 malades évalués une 2 fois sous traitement (en moyenne au bout de 4 ans) restaient sans changement notable. La qualité du sperme était notablement altérée chez les hommes traités par la sulfasalazine. Pendant la durée de l'étude, 6 hommes ont conçu 7 enfants, tous normaux. Commentaires Cette étude confirme des travaux anciens menés chez des hommes transplantés rénaux recevant de l'azathioprine qui concluaient à l'absence d'anomalie notable du sperme liée au traitement (Can Med Assoc J 1970: 102: 607). Les écarts de la population étudiée par rapport aux normes de l'OMS sont attribués par les auteurs à une dérive historique générale de la qualité du sperme depuis l'élaboration des standards, le meilleur argument étant que le décalage avec les normes était déjà présent avant la mise sous azathioprine. Ces petites différences sont, de plus, dans les faits sans conséquence sur la fertilité. Seule persiste finalement dans la littérature une controverse sur le risque de malformations fœtales lorsque le père conçoit sous azathioprine. D'importantes séries de femmes transplantées ayant conçu et mené leur grossesse sans problème sous azathioprine ont permis d'aboutir à la conclusion de l'absence d'effet tératogène de I'azathioprine (Mut Res 1989; 221 :133), mais il n'y a pas eu de série aussi importante s'agissant des pères sous azathioprine. Une équipé new-yorkaise a même jeté le trouble en rapportant au cours de la MC 2 malformations chez les enfants de 13 hommes ayant conçu sous azathioprine (Am J Gastroenterol 2000; 95:684). Depuis, dans cette revue, la polémique fait rage pour savoir si ces résultats sont suffisants pour demander aux futurs pères ayant une MC quiescente d'interrompre leur traitement. En particulier, l'éditorial accompagnant l'article original conteste les conclusions abusives qui pourraient être tirées de la série new-yorkaise avec un titre évocateur : "ce qui est bon pour l'oie est bon pour le jars !" (Am J Gastroenterol 2000; 95: 581). Plus sérieusement. ce qui a été établi scientifiquement pour la femme concevant sous azathioprine s'applique vraisemblablement aussi à l'homme, à moins de démontrer scientifiquement le contraire. MICI n°51 - Décembre 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2002/12) Observance du traitement par mésalazine au cours de la RCH en rémission
Pr Franck Carbonnel, Service Gastro-Entérologie, Hôpital de Besançon Kane SV, Cohen RD, Aikens JE, Hanauer SB. Prevalence of nonadherence with maintenance mesalamine in quiescent ulcerative colitis. Am J Gastroenterol 2001; 96: 2929-33. Ce travail a évalué l'observance du traitement par mésalazine chez des malades atteints de RCH en rémission. Les patients inclus avaient une RCH en rémission clinique depuis au moins 6 mois et étaient traités par 5-ASA sans autre traitement. Quatre vingt quatorze patients consécutifs suivis entre mars et octobre 1998 dans le Département de Gastro-entérologie de l'Université de Chicago ont été étudiés. Les malades étaient inclus s'ils étaient vus en consultation externe ou si eux même ou leur pharmacien téléphonait pour un renouvellement d'ordonnance. Les informations étaient recueillies par un interrogatoire rétros-pectif et provenaient du patient, du pharmacien ou du dossier médical et faisaient l'objet d'un recoupement. Quarante sept pour cent de ces malades avaient une pancolite et la durée médiane de la maladie était de 8 ans. La proportion de patients suivant effectivement leur traitement par mésalazine à la dose prescrite n'était que de 40 %. La dose médiane de médicaments consommés était de 71 % de celle prescrite. Les auteurs ont identifié 4 facteurs associés à une mauvaise observance du traitement : le sexe masculin, le statut de célibataire, une maladie limitée à la partie gauche du côlon et la consommation de plus de 4 médicaments. En régression logistique, le sexe masculin (odds ratio : 2.1, IC 95 % : 1,2-4,8) et la consommation de plus de 4 médicaments (odds ratio : 2,5 : IC 95 % : 1.4-5,7) étaient indépendamment associés à une mauvaise observance du traitement par mésalazine. Commentaires L'observance du traitement par salicylés est bonne dans les essais contrôlés. Mais qu'en est-il dans la vraie vie? Le résultat de cette étude est surprenant mais rejoint l'impression clinique : nombreux sont les patients qui ne prennent pas Correctement leur traitement par 5-ASA. L'efficacité de ces médicaments est pourtant bien établie dans le maintien en rémission de la RCH. Les malades qui ont une mauvaise observance du traitement par salicylés ont-ils pour autant un risque de rechute plus élevé ? Cette étude ne permet pas de répondre à cette question mais une réponse affirmative est probable. Ainsi, la question : "suivez-vous bien votre traitement par 5-ASA?" mériterait d'être posée au cours des consultations de suivi des patients atteints de RCH en rémission. MICI n°51 - Décembre 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
(2002/12) Une qualité de vie altérée dans la MC et sous-estimée par les médecins
Une étude prospective française montre que la qualité de vie est altérée dans la MC et sous-estimée par les médecins
Dr. Claire Guédon, Service des maladies de l'appareil Digestif et de la nutrition, CHU de Rouen Blondel-Kucharski, Chircop C, Marquis P, et al. Health-related quality of life in Crohn's disease : a prospective longitudinal study in 231 patients. Am J Gastroenterol 2001; 96: 2915-20. Tout bon gastro-entérologue confronté à un malade atteint de MC se rend compte que cette maladie altère la qualité de vie. Cette impression clinique a été confortée par des mesures objectives de qualité de vie. Néanmoins, ces études ont été effectuées de façon ponctuelle à un moment de la maladie. La MC étant une maladie chronique évoluant sur des années, il était intéressant de suivre la qualité de vie sur une période relativement longue. Un travail multicentrique français coordonné par le GETAID a suivi de façon prospective pendant 1 an la qualité de vie de 231 malades consécutifs. La qualité de vie a été évaluée par un auto-questionnaire global (SF-36) et par un auto-questionnaire spécifique de la MC. Un auto-questionnaire de qualité de vie spécifique d'une pathologie et/ou de ses traitements est difficile à mettre au point et doit être validé. Le questionnaire utilisé ici est français, et donc adapté à la population évaluée sans problèmes liés à la traduction. Il a été mis au point et validé dans une étude publiée par l'équipe lilloise en 1996 puis validé dans 3 autres études. Parallèlement à l'étude de qualité de vie, d'autres facteurs étaient relevés : âge, sexe, tabagisme, localisation et durée d'évolution de la maladie, présence de manifestations extra-digestives, nécessité d'hospitalisations, traitements médicaux, interventions chirurgicales et index d'activité. Ce dernier prenait en compte, sur la période d'étude, la survenue d'une ou plusieurs poussées, une évolution subaiguë ou encore des lésions ano-périnéales symptomatiques. Les malades étaient suivis tous les 3 mois pendant 1 an en consultation externe ou, le cas échéant, lors d'une hospitalisation. A M0 et M12, la qualité de vie globale évaluée par le SF-36 était moins bonne que celle d'une population générale. La même constatation était faite sur le questionnaire spécifique de la MC. Les principales craintes des malades étaient : - la menace de stomie,
- l'incertitude sur l'évolution de la maladie,
- la baisse du niveau d'énergie,
- la possibilité d'être opéré.
Néanmoins, les scores global et spécifique s'amélioraient entre M0 et M12. Pour les auteurs, cette observation positive pouvait avoir plusieurs explications : la maladie était, en moyenne, moins active à M12 qu'à M0 ; par ailleurs, la prise en charge régulière tous les 3 mois améliorait la connaissance de la maladie. Ceci rejoint l'observation que l'information et l'éducation du malade sur sa pathologie jouent un rôle favorable sur le vécu de sa maladie. La qualité de vie était moins bonne à M0 chez les femmes et chez les fumeurs alors que l'âge n'avait pas d'influence. Le rôle délétère du tabagisme, en particulier chez les femmes, était déjà connu et est confirmé par cette étude ; il est probable qu'il passe par une évolutivité accrue de la maladie. Les autres facteurs influençant négativement la qualité de vie étaient le niveau d'activité de la maladie, une atteinte colique, la nécessité d'hospitalisation, la corticothérapie (les effets secondaires des corticoïdes étant incriminés) et une intervention chirurgicale dans les 3 mois précédant le questionnaire. L'influence délétère d'une intervention récente est en contradiction avec des études précédemment publiées mais le délai d'évaluation après l'intervention (inférieur à 3 mois) était, ici, peut-être trop court pour que les malades en sentent le bénéfice. A l'inverse, la prise d'immunosuppresseurs avait un effet positif sur la qualité de vie. Le fait marquant de cette étude est que la qualité de vie était mieux corrélée à l'évolutivité de la maladie quand celle-ci était évaluée par le malade que quand elle était évaluée par le médecin. Le médecin sous-estimait le retentissement de la MC.
Commentaire Cette étude confirme donc l'altération de la qualité de vie dans la MC. Elle met en garde les médecins contre leur appréciation personnelle du vécu du malade. trop optimiste, et les encourage à l'informer régulièrement sur sa maladie. MICI n°51 - Décembre 2002 (Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)
2001
(2001/04) Conséquences nutritionnelles des MICI
Pr Xavier Hébuterne Service de gastro-entérologie et nutrition, Hôpital de l'Archet 2 - Nice Les maladies inflammatoires cryptogénétiques de l'intestin (MICI) peuvent avoir un retentissement important sur l'état nutritionnel des malades. Dans cet article, nous décrirons dans un premier temps les anomalies nutritionnelles les plus fréquemment observées, puis les principales causes de carences et enfin nous envisagerons la prise en charge nutritionnelle. L'effet des thérapeutiques nutritionnelles ainsi que le rôle de certains nutriments sur le cours évolutif de la maladie ne seront pas abordés. Problèmes nutritionnels observés chez les malades atteints de MICI La malnutrition protéino-énergétique Globalement, on estime que 20 à 75 % des patients atteints de MICI présentent une perte de poids qui fait partie du tableau clinique classique de la maladie[1,2]. Approximativement, 75 % des malades hospitalisés pour une maladie de Crohn sont dénutris. Récemment, Cosnes et al (3) ont évalué l'index de masse corporelle de sujets atteints de maladie de Crohn ou de recto-colite hémorragique (RCH) dans une population ambulatoire non sélectionnée. L'index de masse corporelle (IMC) moyen observé était d'environ 21 kg/m2 ce qui, sans être très bas, est très certainement inférieur à l'IMC moyen que l'on observerait en France dans une population appariée indemne de MICI. En réalité, si environ deux tiers des malades ont un IMC normal entre 20 et 30 kg/m2, un tiers ont un IMC < 20 kg/m2, ce qui traduit le plus souvent une malnutrition protéino-énergétique. Dans une autre étude, des sujets en rémission d'une maladie de Crohn présentaient une réduction significative de l'IMC (22,8 ± 4,1 vs 26,4 ± 3,5 kg/m2) comparativement à un groupe témoin[4]. Parallèlement, dans ce travail, les auteurs retrouvaient chez les malades une réduction de la masse grasse, du contenu minéral total, de la force musculaire et de nombreux marqueurs de l'état nutritionnel (Tableau 1). | Tableau 1 : marqueurs nutritionnels sériques de 32 patients atteints de maladie de Crohn comparés à 32 témoins. Adapté d'apès Geerling et al [4] | | Indice nutritionnel | Patients | Témoins | P | | | | Albumine (g/L) | 37,7 ± 3,3 | 42,5 ± 3,3 | < 0,001 | | Préalbumine (g/L) | 0,29 ± 0,14 | 0,27 ± 0,04 | NS | | Cholestérol (mmol/L) | 4,3 ± 0,9 | 5,7 ± 1,2 | < 0,001 | | Vitamine A (µmol/L) | 2,6 ± 1,3 | 2,5 ± 0,6 | NS | | Vitamine B1 (nmol/L) | 119 ± 27 | 114 ± 26 | NS | | Vitamine B12 (pmol/L) | 403 ± 282 | 263 ± 91 | NS | | Vitamine C (µmol/L) | 35,3 ± 25,8 | 57,8 ± 22,3 | < 0,001 | | Vitamine E (µmol/L) | 29,2 ± 10,7 | 34,8 ± 8,6 | < 0,05 | | Acide folique (nmol/L) | 14,4 ± 13,4 | 13,4 ± 5,9 | NS | | Magnésium (mmol/L) | 0,79 ± 0,07 | 0,85 ± 0,07 | < 0,01 | | Sélénium (µmol/L) | 0,86 ± 0,14 | 1,03 ± 0,15 | < 0,001 | | Zinc (µmol/L) | 12,0 ± 1,6 | 13,4 ± 2,2 | < 0,01 | | Cuivre (µmol/L) | 19,1 ± 4,6 | 20,1 ± 6,9 | NS | | Glutathion perox (U/mmol Hb) | 768 ± 232 | 967 ± 296 | < 0,05 | Carences en vitamines et en micronutriments Une myriade de déficits essentiellement en vitamines peut être rencontrée chez des malades atteints de MICI. C'est plus particulièrement au cours de la maladie de Crohn que des déficits vitaminiques ont été mis en évidence. Le statut en vitamines hydro et liposolubles a été évalué de façon prospective chez 23 malades hospitalisés pour la poussée d'une maladie de Crohn et comparé à 29 témoins[5]. Quinze malades avaient une maladie colique et huit une atteinte iléale. Chez les 23 sujets atteints de maladie de Crohn, les taux sériques de riboflavine, biotine, folate, -carotène, et vitamines A, B1 et C étaient significativement plus bas que ceux du groupe témoin. Comme prévu, c'est dans le groupe des malades qui présentaient une atteinte iléale que les taux sériques de vitamine B12 étaient diminués. |
| Ainsi, le risque de développer une carence vitaminique au cours de la maladie de Crohn est évalué à 40 %. | Dans un travail plus récent réalisé chez 24 malades atteints de maladie de Crohn iléale comparés à un groupe contrôle, les taux sériques en vitamines A, E, B1, B2, B5, B6 et folates étaient diminués (Tableau 2)[6]. Une autre étude a montré qu'il existait fréquemment une carence en vitamine C au cours de la maladie de Crohn et que celle-ci était surtout due à une diminution des apports en vitamine C, présente chez près d'un tiers des patients[7]. De manière caricaturale, il a été récemment décrit un cas de scorbut chez un malade sous régime sans résidus strict depuis plus de 20 ans[8] ! D'autres carences d'apport en vitamines ont été démontrées par ailleurs[9]. Des carences en micronutriments ont pu aussi être mises en évidence chez certains malades atteints de MICI. | Tableau 2 : statut vitaminique de 24 patients atteints de maladie de Crohn comparés à 24 témoins. Adapté d'apès Kukori et al [6] | | Vitamine | Patients | Témoins | P | | | | Vitamine A (µg/dl) | 33,7 ± 12,7 | 52,6 ± 11,8 | < 0,001 | | Vitamine E (mg/dl) | 0,66 ± 0,14 | 0,79 ± 0,16 | < 0,01 | | Vitamine B1 (µg/dl) | 6,2 ± 1,3 | 7,8 ± 1,7 | < 0,001 | | Vitamine B2 (µg/dl) | 6,2 ± 1,2 | 7,4 ± 0,9 | < 0,001 | | Vitamine B6 (ng/ml) | 4,1 ± 3,7 | 7,2 ± 4,3 | < 0,05 | | Vitamine B12 (pg/ml) | 682 ± 488 | 641 ± 186 | NS | | Vitamine C (mg/dl) | 0,86 ± 0,29 | 0,72 ± 0,26 | NS | | Vitamine PP(µg/ml) | 768 ± 232 | 5,7 ± 1,4 | NS | Problèmes osseux Ostéoporose et ostéomalacie sont fréquemment rencontrées au cours des MICI, leurs causes étant probablement multifactorielles. 30 à 40 % des malades atteints de MICI présentent des signes d'ostéoporose ou d'ostéomalacie au cours d'une mesure par absorptiométrie biphotonique[10,11]. Un travail récent suggère que ces anomalies sont exceptionnelles au moment de la découverte de la maladie mais qu'elles se développent au cours de l'évolution[12]. Les facteurs de risques associés aux désordres osseux dans les MICI sont la dénutrition, la dose cumulée de corticoïdes, une atteinte jéjunale et une résection intestinale. Troubles de la croissance Même s'il semble que la fréquence de cette anomalie soit moindre qu'il y a quelques années, probablement du fait de diagnostics plus précoces et de traitements plus agressifs, un trouble de la croissance doit être systématiquement redouté et recherché chez les enfants qui présentent une MICI. Saha et al [13] ont étudié la croissance de 47 enfants en période prépubertaire (29 RCH et 18 maladies de Crohn). Ils ont montré que la croissance des enfants atteints de maladie de Crohn était plus lente que celle des enfants atteints de RCH. La prise en charge médicale de l'affection intestinale aboutissait le plus souvent à une normalisation de la croissance. Causes de dénutrition au cours des MICI Les principales causes de dénutrition au cours des MICI sont résumées dans le tableau 3. | Tableau 3 : causes et mécanismes de la dénutrition au cours des MICI | | Facteurs favorisant la dénutrition | Mécanismes | | | | Diminution des apports alimentaires | - Anorexie, nausées, vomissements, douleurs abdominales, syndrome occlusif
- Trouble du contrôle de l'appétit dû à l'inflammation chronique (rôle des cytokines et de la leptine)
- Périodes de jeûne au cours des hospitalisations
- Régimes abusifs ("sans sel" au cours des corticothérapies, "sans résidus" prolongé)
| | Anomalies métaboliques | - Augmentation de la dépense énergétique
- Augmentation de l'oxydation des lipides
| | Entéropathie exsudative, saignement chronique | - Atteinte sévère, prolongée et étendue
| | Malabsorption | - Atteinte jéjunale - Résection intestinale étendue
| | Rôle des médicaments | - Azathioprine, méthotrexate, salazopyrine : diminution de la synthèse de tétrahydrofolate
- Cholestyramine : diminution de l'absorption des vitamines liposolubles
- Corticoïdes : ostéoporose
| Carence d'apport  C'est de loin la cause principale de dénutrition au cours des MICI. En effet, les troubles dyspeptiques, les douleurs abdominales, les sténoses digestives, les régimes abusifs et les hospitalisations répétées sont responsables d'une diminution conséquente des ingesta. Rigaud et al [14] ont étudié les mécanismes de la dénutrition chez 30 malades dénutris atteints de maladie de Crohn qu'ils ont comparés à des malades non dénutris. Chez les malades dénutris, il existait une diminution significative de l'apport énergétique (Figure 1), protéique, lipidique et glucidique comparativement aux malades non dénutris alors qu'il n'y avait aucune différence en ce qui concerne la dépense énergétique et les pertes énergétiques fécales. Une réduction des ingesta était présente chez 87 % (26/30) des malades dénutris versus 24 % (8/33) des malades non dénutris. Mesurée sur une échelle visuelle analogique, la sensation de faim était diminuée chez les malades qui avaient perdu du poids. Ces derniers présentaient d'autre part un score de dépression plus élevé que les malades non dénutris.
Malabsorbtion, entéropathie exsudative La malabsorption énergétique peut, elle aussi, jouer un rôle dans la dénutrition des malades atteints de MICI. Cependant, en dehors d'atteintes étendues de l'intestin grêle ou de résections intestinales étendues, la malabsorption est exceptionnellement responsable à elle seule de la malnutrition protéino-énergétique. Par contre, elle est très certainement responsable en grande partie des carences en vitamines rencontrées au cours des MICI. Le rôle de l'entéropathie exsudative dans le mécanisme de la dénutrition et surtout de la carence protéique est souvent sous-estimé. Au cours de la maladie de Crohn et de la RCH sévères, étendues et d'évolution prolongée, les pertes protéiques sont parfois considérables responsables de carences profondes. Enfin, un saignement chronique et/ou un syndrome inflammatoire peuvent être à l'origine de carences martiales. Anomalies métaboliques Une augmentation de la dépense énergétique de repos a été souvent rapportée chez les malades atteints de MICI[15]. Celle-ci est en général modeste mais traduit un désordre métabolique probablement induit par l'inflammation chronique qui intervient dans le déséquilibre entre besoins et ingesta. Des désordres métaboliques plus complexes ont récemment été mis en évidence. La leptine est une hormone produite exclusivement par les adipocytes. Elle joue un rôle important dans la régulation de la masse corporelle et il est suggéré qu'elle pourrait intervenir dans la physiopathologie des syndromes anorexiques et hypermétaboliques. Des travaux expérimentaux suggèrent que les taux sériques de leptine pourraient être influencés par le statut inflammatoire par le biais des cytokines[16].
Par ailleurs, dans un travail récent, nous avons montré que l'oxydation des graisses à jeun et à la suite de l'ingestion d'un repas était augmentée chez les sujets atteints de maladie de Crohn, et corrélée à l'activité de la maladie[15] (figure 2). Cette augmentation de l'oxydation des graisses pourrait être responsable d'une balance lipidique négative expliquant en partie la perte de poids, de masse grasse et les difficultés observées au cours de la renutrition de ces malades. Le rôle des traitements Certains médicaments peuvent avoir des effets délétères sur le plan nutritionnel. L'azathioprine, le méthotrexate et à moindre degré, la salazopyrine, inhibent la déhydrofolate réductase, ce qui entraîne une diminution de la synthèse de tétrahydrofolate à partir de l'acide folique. La cholestyramine peut entraîner une diminution de l'absorption des vitamines liposolubles. Enfin, le rôle néfaste de la corticothérapie sur le statut osseux et sur la croissance est bien connu.
Prise en charge des problèmes nutritionnels au cours des MICI La prise en charge moderne d'un malade atteint d'une affection chronique évolutive nécessite une approche globale associant, dans les MICI, le traitement spécifique, le traitement des localisations extra-digestives, le traitement symptomatique de la douleur et de l'inconfort digestif, la dimension psychologique et bien entendu les problèmes nutritionnels. Ainsi, devant chaque malade, une évaluation, même simple, de l'état nutritionnel doit être réalisée et, par exemple, la pesée doit être systématique à chaque consultation. En cas de doute, un bilan nutritionnel plus complet, une évaluation des ingesta, voire une recherche des carences nutritionnelles spécifiques les plus courantes doivent être proposés. Cette dernière se justifie plus particulièrement chez les malades qui ont présenté une perte pondérale, chez les enfants et au cours de la grossesse. Prise en charge diététique Elle est essentielle et consiste dans un premier temps à éviter les erreurs de régime les plus communément observées. Sauf cas particulier, un régime sans sel est inutile au cours de la corticothérapie chez les malades jeunes atteints de MICI. Le régime sans résidus a un intérêt théorique au cours des poussées inflammatoires et en cas de sténose, mais il ne doit en aucun cas être prolongé. Il est très important d'expliquer au malade qu'un régime d'exclusion ne permet pas d'éviter la survenue de poussées inflammatoires et qu'une alimentation quantitativement et qualitativement équilibrée est essentielle. En cas de difficulté, le recours à un(e) diététicien(ne) peut se révéler très utile. Si le malade continue à perdre du poids malgré les mesures diététiques, il est possible de s'aider de compléments nutritionnels. Ceux-ci sont disponibles sous forme liquide, mais aussi sous la forme de crèmes et de potages. L'important est certainement de varier tant la forme que le goût pour éviter la lassitude, mais aussi de les administrer au patient à distance des repas.
Les compléments nutritionnels doivent venir compléter un repas aussi riche que possible et non le remplacer. Plusieurs stimulants de l'appétit ont été proposés, aucun n'a réellement fait la preuve de son efficacité. Supplémentation en vitamines et en micronutriments La corticothérapie nécessite la prévention systématique des anomalies osseuses par un traitement associant le calcium à la vitamine D. En pratique, un malade chez qui une corticothérapie est programmée pour une période de deux mois ou plus doit recevoir un traitement préventif par 800 UI de vitamine D associées à 1 g de calciumI[17]. En ce qui concerne la corticothérapie au long cours où le risque d'ostéoporose et de fracture est proche de 50 %[18], les biphosphonates, qui inhibent la résorption osseuse par un double effet anti-ostéoclastique et stabilisant du cristal osseux, ont récemment fait la preuve de leur efficacité[13,19]. En France, l'une des indications validée dans l'Autorisation de Mise sur le Marché de l'étidronate disodique est : "prévention de la perte osseuse chez les patients nécessitant une corticothérapie prolongée supérieure à trois mois par voie générale et à dose supérieure à 7,5 mg/j d'équivalent prednisone". Le schéma thérapeutique pour les trois premiers mois de corticothérapie chez l'adulte est le suivant : 400 mg/j d'étidronate pendant 14 jours suivi d'un traitement par 1 g/j de calcium et 800 UI/j de vitamine D pendant les 76 jours suivants. Il est renouvelable de la même manière pendant toute la durée de la corticothérapie. L'absorption des biphosphonates étant très mauvaise (3,5 % de la dose ingérée chez l'homme pour l'étidronate), ils sont à prendre deux heures au moins avant ou après un repas (à 10 h par exemple), en l'absence de calcium sous forme alimentaire ou médicamenteuse qui diminue encore leur absorption. Une supplémentation en folinate de calcium (l'acide folique serait ici inefficace) est nécessaire, soit systématiquement, soit devant l'apparition d'une macrocytose chez un malade traité par azathioprine, méthotrexate, et à un moindre degré salazopyrine. Une dose quotidienne de 5 mg de Spéciafoldine® pendant la durée de la prescription de l'agent responsable de la carence est habituellement suffisante. Un traitement au long cours par la cholestyramine peut justifier une supplémentation en vitamines liposolubles. En particulier chez les malades dénutris, du fait de la fréquence des carences, une supplémentation multivitaminique systématique peut être conseillée (Tableau 4). Une surveillance des taux sériques de folates et de vitamine B12 (en cas d'atteinte iléale) paraît par ailleurs justifiée. En cas de grossesse, une supplémentation systématique en acide folique est nécessaire du fait de l'augmentation des besoins. En l'absence de carence initiale, des apports quotidiens de 400 µg/j d'acide folique sont recommandés I[20]. | Tableau 4 : composition des associations vitaminiques disponibles par voie orale (*) | |
| Hydrosol polyvitaminé BON® 1 amp = 2 ml | Hydrosol polyvitaminé Roche® 50 gouttes = 2 ml | Alvityl® 1 comprimé | | | | Vitamine A | 5.000 UI | 5.000 UI | 1.500 UI | | Vitamine D3 | 1.000 UI | 1.000 UI | 150 UI | | Vitamine E | 2 mg | 2 mg | 2,5 mg | | Vitamine B1 | 2 mg | 2 mg | 2,5 mg | | Vitamine B2 | 1,5 mg | 1,5 mg | 2,5 mg | | Vitamine B3 (PP) | 10 mg | 10 mg | 12,5 mg | | Vitamine B5 | 4 mg | 4 mg | 2,5 mg | | Vitamine B8 | - | - | 25 µg | | Vitamine B9 | - | - | 62,5 µg | | Vitamine B12 | - | - | 1,5 µg | | Vitamine C | 50 mg | 50 mg | 37,5 mg | | | (*) | Beaucoup d'autres associations multivitaminiques existent mais elles sont toutes associées à un apport en minéraux et/ou en oligo-éléments. | | Alimentation artificielle En dehors de leur rôle propre sur la maladie digestive dont nous ne discuterons pas ici, la nutrition entérale (NE) et la nutrition parentérale (NP) sont souvent utilisées comme traitement de la dénutrition au cours des MICI. C'est surtout chez l'enfant que plusieurs études ont clairement démontré le bénéfice de la NE en terme de croissance[21,22]. Dans un travail particulièrement démonstratif, les auteurs ont étudié 14 adolescents atteints de maladie de Crohn en rémission[21]. Les ingesta étaient inférieurs aux besoins (55 à 80 % des besoins), et la vitesse de croissance inférieure à 4 cm/an. Un traitement par alimentation entérale cyclique nocturne (1000 à 1500 kcal/j) leur était proposé. Huit enfants ont accepté et six ont refusé la NE et ont constitué le groupe témoin. Dans le groupe traité, les gains pondéraux et staturaux au cours de l'année suivante étaient respectivement de 12 kg et 7 cm, alors qu'ils n'étaient que de 1 kg et 1,5 cm chez les malades qui avaient refusé la NE. Chez l'adulte, l'assistance nutritive est surtout utilisée en cas de complication comme une sténose digestive et une résection intestinale étendue. En France, la maladie de Crohn représente 17 % des indications de NP prolongée à domicile en centre agréé[23]. Cependant, une assistance nutritive (le plus souvent entérale et polymérique) peut être proposée à visée purement nutritionnelle en cas d'échec de la prise en charge diététique. Au cours de la période péri-opératoire, la nutrition artificielle a démontré qu'elle permettait de réduire la morbidité et la mortalité postopératoires chez les malades dénutris et est actuellement recommandée depuis la conférence de consensus de 1994[24]. Le choix de la technique d'assistance nutritive (NE ou NP) dépend de l'état du tube digestif. Cependant en cas de maladie de Crohn, la résection intestinale étant souvent programmée en raison d'une sténose digestive, c'est en général la NP qui sera choisie. Ainsi, les malades dénutris atteints d'une MICI devraient bénéficier d'une renutrition pré et postopératoire lors d'une résection intestinale programmée.
Conclusion Du fait de carences d'apports, de troubles de l'absorption et de particularités métaboliques, la dénutrition est fréquente au cours des MICI. C'est surtout au cours des formes sévères et anciennes que la dénutrition est la plus importante. L'évaluation nutritionnelle doit faire partie intégrante du bilan d'un malade atteint de MICI, et peut aboutir à une prise en charge qui va des simples conseils alimentaires, indispensables pour tous les malades, à l'assistance nutritive dans les cas extrêmes. Crohn - RCH n° 11 - Avril 2001 Réalisé à l'initiative de Solvay Pharma Références 1. Mekhjian H, Switz D, Brooks R, et al. Clinical features and natural history of Crohn's disease. Gastroenterology 1979 ; 77 : 898-906. 2. Farmer R, Hawk W, Turnbull R. Clinical patterns in Crohn's diseases: a statistical study of 615 cases. Gastroenterology 1975 ; 68 : 627-35. 3. Cosnes J, Carbonnel F. Nutrition artificielle et maladies inflammatoires de l'intestin. In : Leverve X, Cosnes J, Erny P, Hasselman M, editors. Traité de Nutrition artificielle de l'adulte. Paris: Mariette Guéna ; 1998. p. 841-51. 4. Geerling B, Badart-Smook A, Stockbrügger R, Brummer R. Comprehensive nutritionnal status in patients with long-standing Crohn disease currently in remission. Am J Clin Nutr 1998 ; 67 : 919-26. 5. Fernandez-Banares F, Abad-Lacruz A, Xiol X, et al. Vitamin status in patients with inflammatory bowel diseases. Am J Gastroenterol 1989 ; 84 : 744-8. 6. Kukori F, Iida M, Tominaga M, et al. Multiple vitamin status in Crohn's disease : correlation with disease activity. Dig Dis Sci 1993 ; 38 : 1614-8. 7. Imes S, Dinwoodie A, Walker K, Pinchbeck B, Thomson A. Vitamin C status in 137 outpatients with Crohn's disease. Effect of diet counseling. J Clin Gastroenterol 1986 ; 8 : 443-6. 8. Vasseur E, Delaunay J, Meyniel D, Cocheton J. Scorbut compliquant un régime sans résidus au cours d'une maladie de Crohn. Presse Med 1997 ; 26 : 214. 9. Hodges P, Gee M, Grace M, Thomson A. Vitamin and iron intake in patients with Crohn's disease. J Am Diet Assoc 1984 ; 84 : 52-8. 10. Robinson R, Azzawi F, Iqbal S, et al. Osteoporosis and determinants of bone density in patients with Crohn's disease. Dig Dis Sci 1998 ; 43 : 2500-6. 11. Abitbol V, Roux C, Chaussade S, et al. Metabolic bone assessment in patients with inflammatory bowel diseases. Gastroenterology 1995 ; 108 : 417-22. 12. Schoon E, Blok B, Geerling B, et al. Bone mineral density in patients with recently diagnosed inflammatory bowel disease. Gastroenterology 2000 ; 119 : 1203-8. 13. Saha M, Ruuska T, Laippala P, Lenko H. Growth of prepubertal children with inflammatory bowel disease. J Pediatr Gastroenterol Nutr 1998 ; 26 : 310-4. 14. Rigaud D, Angel L, Cerf M, et al. Mechanisms of decreased food intake during weight loss in adult Crohn's disease patients without obvious malabsorption. Am J Clin Nutr 1994 ; 60 : 775-81. 15. Al Jaouni R, Hébuterne X, Pouget I, Rampal P. Energy metabolism and sub-strate oxidation in patients with Crohn's disease. Nutrition 2000 ; 16 : 173-8. 16. Stein R, Lichtenstein G, Rombeau J. Nutrition in inflammatory bowel diseases. Curr Opin Clin Nutr Metab Care 1999 ; 2 : 367-71. 17. Hébuterne X, Piche T. Apports en vitamines en pathologie digestive. Gastroenterol Clin Biol 1999 ; 23 : B106-B14. 18. Lukert B, Raisz L. Glucocorticoid-induced osteoporosis: pathogenesis and management. Ann Intern Med 1990 ; 112 : 352-64. 19. Adachi J, Bensen W, Brown J, et al. Intermittent etidronate therapy to prevent corticosteroid-induced osteoporosis. N Engl J Med 1997 ; 337 : 382-7. 20. Daly S, Mills J, Molloy A, et al. Minimum effective dose of folic acid for food fortification to prevent neural-tube defects. Lancet 1997 ; 350 : 1666-9. 21. Aiges H, Markowitz J, Rosa J, Daum F. Home nocturnal supplemental naso-gastric feedings in growth-retarded adolescents with Crohn's disease. Gastroenterology 1989 ; 97 : 905-10. 22. Polk B, Hattner J, Kerner J. Improved growth and disease activity after inte-mittent administration of a defined formula diet in children with Crohn's disease. JPEN 1992 ; 16 : 499-504. 23. Messing B, Barnoud D, Beau P, et al. Données épidémiologiques 1993-1995 de la nutrition parentérale à domicile en centres agréés chez l'adulte en France. Gastroentérol Clin Biol 1998 ; 22 : 413-8. 24. Société Francophone de Nutrition Entérale et Parentérale. Conférence de Consensus sur la nutrition artificielle péri-opératoire en chirurgie programmée de l'adulte : recommandations du jury. Nutr Clin Metab 1995 ; 9 (Suppl. 1) : 13
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