Quel régime faut-il suivre?
Dans la mesure où aucun aliment ne peut être considéré comme responsable ni de la recto-colite hémorragique (RCH), ni de la maladie de Crohn (MC), aucun interdit alimentaire ne doit être proposé a priori de manière systématique dans ses 2 maladies. En revanche, le régime alimentaire des patients doit être adapté à leurs symptômes. Ainsi, au cours des poussées évolutives de ces maladies, il existe souvent de la diarrhée. Il est alors légitime de proposer un régime d’épargne intestinale qui comporte la suppression ou la réduction des fibres alimentaires, de certains amidons et celle du lactose (sucre du lait).
Les fibres alimentaires sont contenues dans les légumes, les fruits et les enveloppes des céréales. Les fibres les plus tendres (salades et légumes cuits) sont les mieux tolérées. Puis viennent les fruits, épluchés et sans pépins et les légumes crus. Les légumes à fibres dures (choux, navets, céleri, radis, salsifis, poireau…) seront réintroduits en dernier.
L’amidon de riz ou du tapioca est mieux digéré que celui des pommes de terre ou du pain dont la consommation doit être un peu réduite au début pour limiter la quantité de résidus. Les légumes secs, les artichauts et les champignons contiennent également des glucides mal digérés lors des poussées. Un régime pauvre en résidus est ainsi très restrictif quand il est très strict. Dès que les symptômes de la poussée se sont améliorés ou ont disparu et, en pratique, dès que les selles sont redevenues normales ou presque, il faut élargir progressivement le régime, l’objectif étant de retrouver progressivement une alimentation aussi normale que possible.
Pendant les phases de rémission de la RCH ou de la maladie de Crohn, le régime doit rester aussi large que possible pour permettre de conserver un état nutritionnel normal.
La seule réserve que l’on puisse faire concerne l’existence de rétrécissements importants (sténoses) de l’intestin grêle au cours de la maladie de Crohn. Dans ce cas, il faut éviter que certains aliments puissent constituer un obstacle de type «mécanique » au niveau du rétrécissement. Il faut ainsi éviter d’avaler par mégarde des noyaux de fruits (cerises, abricots, pêches….), éviter la consommation de fruits secs (amandes, noisettes, cacahouètes…), éviter les fibres très dures (noix de coco, céleri, vert de poireaux….), qui pourraient déclencher des douleurs obstructives.
Comment éviter un manque de minéraux ou de vitamines?
Une alimentation équilibrée sans restriction abusive est la meilleure prévention d’une carence minérale ou vitaminique.
Les apports alimentaires suffisent le plus souvent mais il faut attirer l’attention sur le calcium et le fer. Il peut être intéressant en cas de diminution de réserves en fer de consommer plutôt de la viande rouge. Les apports en calcium doivent être suffisants pour éviter une déminéralisation osseuse qui est très fréquente dans les deux maladies et qui est, de plus, favorisée par l’utilisation des dérivés de la cortisone. Il faut boire du lait et/ou manger du fromage blanc s’ils sont bien tolérés. Sinon, il faut apporter le calcium sous forme de produits laitiers fermentés, qui contiennent beaucoup moins de lactose (yaourts et fromages). L’absorption en vitamine D est nécessaire pour une bonne absorption du calcium et du magnésium. La vitamine D est assurée par l’alimentation (produits laitiers) et par sa synthèse cutanée après exposition solaire.
Si la situation clinique fait que la consommation de légumes verts et de salades est mal tolérée, on peut voir apparaître une carence en acide folique (vitamine B9), une supplémentation médicamenteuse est alors nécessaire pour éviter la survenue d’une anémie.
Pour les patients atteints de maladie de Crohn, qui ont subi une résection chirurgicale de la partie terminale de l’intestin grêle (iléon), on peut observer un trouble de l’absorption de la vitamine B12, qui doit alors être administrée sous forme parentérale (injection intramusculaire) pour éviter toute carence.
Faut-il suivre un régime particulier en fonction du traitement?
La question des apports en sel chez les patients prenant des corticoïdes est toujours débattue. Il n’y a certainement aucun intérêt à imposer un régime sans sel strict. Il faut simplement éviter un apport excessif en sel pendant la période de prise des corticoïdes. Le régime sans sel strict n’empêche ni la prise de poids, ni l’arrondissement du visage qui sont liés aux effets hormonaux des corticoïdes et non pas à une rétention hydrosodée.
Faut-il suivre un régime particulier après intervention chirurgicale?
Dans les suites immédiates d’une intervention chirurgicale dès lors qu’elle comporte une résection d’un segment d’intestin, il est nécessaire de suivre un régime d’épargne intestinale qui sera, là encore, élargi progressivement avec pour objectif de retrouver l’alimentation la plus normale possible. Le résultat sera évidemment variable d’un malade à l’autre mais il n’y a pas, du fait de l’intervention chirurgicale, d’aliments qui doivent être supprimés a priori de manière systématique. La tolérance des fibres alimentaires est assez variable d’un opéré à l’autre. mieux vaut avoir un régime alimentaire le plus proche que possible de la normale et prendre des médicaments ralentissant le fonctionnement intestinal plutôt que l’inverse.
Pour les malades qui conservent une diarrhée importante après une intervention chirurgicale et, en particulier, chez les patients qui ont une stomie (poche) transitoire, il est essentiel d’avoir un volume de boissons suffisant et une alimentation suffisamment salée. Le meilleur témoin du bon équilibre des opérés qui ont une diarrhée résiduelle importante, est leur prise de poids progressive et leur quantité d’urine quotidienne (diurèse). Un équilibre parfait n’est obtenu que si la diurèse est voisine d’1 L/j avec une quantité de sodium suffisante dans les urines.
Pour les patients qui ont subi une résection étendue de la partie terminale du grêle (iléon) et qui ont conservé leur gros intestin (côlon), il existe un risque de favoriser l’absorption des oxalates alimentaires au niveau du côlon. Il est donc nécessaire chez ces patients de réduire l’absorption des aliments contenant des oxalates (oseille, épinards, betteraves, rhubarbe, navets, cacao, thé et coca cola).
Faut-il suivre un régime particulier durant certaines périodes de la vie : enfance, grossesse par exemple?
Lorsque la maladie de Crohn commence dans l’enfance, il est particulièrement important d’assurer des apports suffisants en quantité (calories) et en qualité (protéines, calcium, magnésium, vitamines, oligoéléments en particulier). Ceci est d’autant plus important que le retentissement sur la croissance staturo-pondérale est très fréquent à cet âge. Si les apports oraux spontanés sont insuffisants du fait du manque d’appétit (anorexie) ou des symptômes liés à la maladie, il est souvent nécessaire de proposer une assistance nutritionnelle.
Les patientes enceintes doivent veiller à avoir l’alimentation la plus normale possible et avoir, en particulier, des apports en fer et en vitamines suffisants au besoin sous forme de supplément médicamenteux dès que la grossesse est envisagée lors d’une phase de rémission de la maladie.
Que-ce que l’assistance nutritionnelle ? Quel est son intérêt?
Il existe deux types d’assistance nutritionnelle selon la voie utilisée pour apporter l’alimentation artificielle. La nutrition peut être assurée grâce à une sonde naso-gastrique par laquelle passe un mélange nutritif à un débit constant grâce à l’utilisation d’une pompe : c’est la nutrition entérale à débit constant (NEDC). Dans certains cas, soit du fait de l’intensité des symptômes digestifs, soit en raison de la présence de rétrécissements serrés, voire multiples, de l’intestin grêle, on préfère laisser le tube digestif complètement au repos et apporter la nutrition par voie intraveineuse grâce à un cathéter introduit dans une grosse veine : c’est la nutrition parentérale totale (NPT). La nutrition artificielle peut être utilisée avec plusieurs objectifs différents : Pour corriger une dénutrition chez les malades très dénutris et très anorexiques. Pour obtenir la mise en rémission d’une poussée sévère de maladie de Crohn (la nutrition artificielle est inefficace dans les poussées de recto-colite hémorragique). Dans certains cas, pour vaincre une corticodépendance à seuil élevé.
Dans la mesure du possible, pour préserver l’autonomie des patients, ces techniques de nutrition sont parfois proposées la nuit seulement et directement au domicile du malade.
Comment dépister une dénutrition ? Se peser, n’est-il pas suffisant?
La surveillance du poids est un moyen simple et efficace d’apprécier globalement l’état nutritionnel. Elle est d’autant plus valable que la pesée a lieu dans les mêmes conditions (balance, horaire….). L’interprétation des variations de poids est cependant difficile chez les patients qui ont des œdèmes.
En cas d’amaigrissement important, la dénutrition prédomine volontiers sur les masses musculaires lorsqu’elle s’installe rapidement; elle est alors plus grave. Elle porte plus sur les réserves lipidiques (masse grasse) lorsqu’elle s’installe de façon très progressive et insidieuse. Cette appréciation assez grossière de la dénutrition peut être confortée par des études plus fines mesurant la circonférence du bras, l’épaisseur de la peau etc et par des examens sanguins qui étudient, en particulier, les protéines, dont l’albumine, les vitamines et oligo-éléments ….
L’alimentation peut-elle influencer l’évolution des MICI?
Il n’y a pas de facteur alimentaire connu susceptible de déclencher une RCH ou une MC, ni une poussée évolutive de l’une ou l’autre maladie.
En revanche, comme cela a été dit plus haut, les poussées de maladie de Crohn et non celles de RCH peuvent être mises en rémission par un traitement purement nutritionnel grâce à une nutrition artificielle mais les contraintes pratiques représentées par ces techniques expliquent que leur développement soit resté limité et qu’elles ne soient utilisées, en général, qu’en cas d’échec des traitements médicaux usuels.
Les graisses sont-elles interdites?
Il n’y a aucune raison d’interdire la consommation normale des graisses au cours de l’une ou l’autre des MICI puisqu’elles constituent un apport énergétique important (9 kgcalories/g) et qu’elles apportent des acides gras essentiels nécessaires à l’organisme.
Chez les patients atteints de maladie de Crohn, qui ont subi une résection étendue de l’intestin grêle, en particulier de l’iléon, il peut être utile de réduire les graisses usuelles (triglycérides à chaines longues)et de les remplacer en partie par des triglycérides à chaines moyennes mais les indications de ce régime restent très exceptionnelles.
Comment adapter le régime alimentaire?
Le régime doit être adapté à chaque individu et tenir compte à la fois de la maladie, de son activité (poussée, rémission), de sa localisation (intestin grêle, côlon), de l’état général du malade et de son poids, de son âge, de ses activités et enfin, bien sûr, de sa tolérance et de ses goûts.
|
|