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2001

(2001/11) Les formes conjugales de MICI


Pr Jean-Marie Reimund,
Service de Gastroentérologie, CHU, Strasbourg


Laharie D, Debeugny S, Peeters M et al. Inflammatory bowel disease in spouses and their offsprings. Gastroenterology 2001; 20 : 816-819.

 

Il est habituel de considérer que la survenue d'une MICI, en particulier d'une MC, résulte de l'interaction d'un ou de plusieurs facteur(s) de l'environnement, chez un individu génétiquement prédisposé. Des travaux récents ont identifié précisément un gène de susceptibilité chez environ 20 % des patients souffrant de MC, le gène CARD15 (ex-NOD2) situé sur le chromosome 16 (Nature 2001; 411 : 599-603 et 603-6); d'autres régions de susceptibilité ont été identifiées, notamment sur le chromosome 12. En dehors de l'association tabac et MICI, clairement établie, la caractérisation précise d'autres facteurs environnementaux, en particulier bactériens, reste indirecte, reposant essentiellement sur des résultats expérimentaux obtenus chez l'animal (J Clin Invest 1996; 98 : 945-53) ou sur des observations épidémiologiques. Les formes conjugales de MICI pourraient fournir un moyen d'étude privilégié des facteurs environnementaux impliqués dans les MICI.

Le but de cette étude multicentrique était d'analyser la fréquence de survenue d'une MC ou d'une RCH conjugale, dans 3 départements français (Nord, Pas-de-Calais et Somme : registre EPIMAD) et 4 centres de référence belges (1 à Louvain et à Liège, 2 à Bruxelles). De janvier 1989 à juillet 2000, 30 couples où l'homme et la femme avaient une MICI ont été identifiés (distribués de façon homogène sur le plan geographique) parmi les 3 450 668 couples des populations étudiées. Pour 2 d'entre-eux, l'homme et la femme étaient tous les 2 porteurs d'une MICI avant le mariage (groupe A). Chez 6 couples, un seul partenaire avait une MICI avant le mariage, la maladie survenant après le mariage chez le deuxième partenaire (groupe B). 22 fois la maladie survenait après le mariage chez les 2 partenaires (groupe C). Dans 66 % des cas, la maladie était la même chez les 2 partenaires, 17 fois une MC et 3 fois une RCH. Dans le groupe B, la MICI se déclarait relativement rapidement après la cohabitation chez le partenaire indemne avant mariage (moyenne : 1,5 ans ; extrêmes : 1-2,7). En revanche, dans le groupe C, la MICI chez le premier partenaire affecté survenait en moyenne 9 ans après la cohabitation (7-15 ans), chez des individus âgés de 31 ans en moyenne au moment du diagnostic (27-40 ans), et 8,5 ans après le diagnostic chez le premier partenaire atteint (3,5-14 ans) chez le deuxième partenaire (âge moyen : 43,5 ans ; 37-51,5). Le nombre de couples ou les 2 partenaires développaient une MICI après la cohabitation (groupe C) était significativement supérieur à celui attendu si le même événement était attribué au hasard (n= 22 vs 12,1 attendus p<0,02). L'analyse en fonction du type de MICI, montre que cette différence entre nombre observé et nombre attendu n'est statistiquement signiticative que pour la MC (7 vs 2.1, P<0,001). Dans ces couples, il n'y avait aucune concordance particulière pour la localisation ou le profil évolutif de la maladie. 9 sur 54 (17 %) des enfants nés de ces couples (25/30 couples) avaient une MC (4 dans une même famille), en moyenne à l'âge de 15 ans (14-18). Tous ces enfants avaient des parents ayant tous les deux une MC. Aucun n'avait de RCH.

Ce travail, qui rapporte la plus grande série de formes conjugales de MICI publiée jusqu'ici, vient conforter les hypothèses actuelles concernant leur pathogénie, et plus particulièrement celle de la MC. Une susceptibilité familiale est incontestable pour la MC, avec un âge moyen de survenue dans la descendance très jeune dans cette étude. Quelle est la part respective du terrain génétique et de l'environnement dans la survenue d'une MC chez un enfant dont les 2 parents ont la maladie? Il est ici difficile de répondre à cette question ; il aurait été intéressant de savoir si les couples ayant des enfants atteints étaient plutôt du groupe A ou B (facteur génétique prédominant?) ou du groupe C (rôle de l'environnement?).

L'étude proprement dite des couples dans lesquels les 2 partenaires ont une MICI montre que la MC se développe plus fréquemment que la RCH chez les époux. Ceci concorde avec le rôle plus important attribué aux facteurs environnementaux (en particulier microbiologiques) dans la physiopathologie de la MC, comparé à celle de la RCH, indépendamment des données solides concernant l'implication des anomalies génétiques au cours de la MC. Comme le soulignent les auteurs, l'absence de concordance pour la localisation ou l'histoire naturelle de la maladie, habituellement observée en cas de forme familiale (facteur génétique prédominant) (Gastroenterology 1996; 111 : 604-7) renforce cette hypothèse.

 

Il convient cependant de rester prudent :

a. la survenue d'une MICI chez les 2 partenaires d'un couple est un événement très rare (2,3/1000 couples dans la présente étude) et il est inutile d'inquiéter les couples dont l'un des partenaires a une RCH ou une MC,

b. l'exposition à un ou plusieurs facteur(s) de l'environnement semble devoir être prolongée avant qu'elle ne puisse contribuer au développement d'une MICI, observation déjà rapportée antérieurement (Gastroenterology I 991 100: 163843).

Reste à savoir quel(s) facteur(s) environnementaux sont impliqués dans ces formes conjugales. S'agit-il du tabac, d'un ou de plusieurs facteur(s) microbiologique(s), ou d'autre(s) facteur(s) non identifié(s)? Pour étudier la première hypothèse, il aurait certainement été intéressant de savoir quel était le nombre de sujets développant une MICI (en particulier une MC), en deuxième pour le groupe B ou indépendamment de l'ordre de survenue de la maladie pour le groupe C, en cas d'exposition passive au tabac (conjoint fumeur) ou de début personnel du tabagisme après la cohabitation. La question d'un facteur microbiologique participant à la genèse de la MC est encore plus difficile a aborder. La recherche d'une anomalie génétique de CARD15 dans cette population pourrait être fructueuse, étant donné les quelques informations actuellement disponibles concernant le rôle de la protéine codée par ce gène dans la réponse inflammatoire et immunitaire à certains stimuli bactériens (J Biol Chem 2001; 276 : 2551-4) ; je doute fort que ce travail ne soit déjà en cours, et s'il ne l'était pas, je l'encourage vivement.

 

 

MICI n°48 - Novembre 2001
(Les textes sont rédigés sous la responsabilité des auteurs)

 





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