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2008

(2008/10) Le rôle clé d’une bactérie dans la maladie de Crohn : interview des découvreurs


Le rôle clé d’une bactérie dans la maladie de Crohn.

Interview des chercheurs Philippe Seksik et Harry Sokol (INSERM).

 

 Depuis combien de temps vous intéressez-vous à la flore intestinale dans les MICI et pourquoi ?

Avec Philippe Marteau, l’INSERM et l’INRA, nous explorons depuis 10 ans le rôle de la flore intestinale dans les MICI. Nous avons obtenu des données convergentes en faveur d’une diminution d’un groupe bactérien (Clostridium leptum) dans la flore des patients atteints de maladie de Crohn. On sait combien la flore est très importante dans la physiologie de l’hôte (rôle dans le développement du système immunitaire, dans la nutrition…). Néanmoins,  peu d’équipes s’y intéressaient jusqu’à présent pour plusieurs raisons : tout d’abord la flore intestinale est un écosystème très complexe fait de milliers d’espèces bactériennes différentes  (il y a d’ailleurs 10 fois plus de bactéries dans le tube digestif que de cellules dans l’organisme entier), et d’autre part, la grande majorité des bactéries qui la composent  sont quasiment impossibles à cultiver. Il a donc fallu développer des méthodes indépendantes de la culture pour analyser la flore intestinale des patients.

 

La flore intestinale des patients atteints de MICI est-elle différente de celle de la population générale ?

 

Oui, la flore des patients atteints de maladie de Crohn est différente de celle des sujets « sains », elle est déséquilibrée. C’est ce que l’on appelle la dysbiose.

 

En quoi  a consisté la première partie de votre découverte concernant les bactéries du groupe Clostridium leptum ?

Nos premiers travaux avaient pour but de mieux caractériser cette dysbiose  chez les patients atteints de maladie de Crohn. Dans un premier temps, nous avons déterminé la composition de la flore de patients et de sujets « sains » en grands groupes de bactéries. Nous avons constaté une diminution du nombre de bactéries du groupe Clostridium leptum. Nous avons également observé une diminution de la diversité bactérienne à l’intérieur de ce groupe.

Nos résultats étaient convergents avec ceux d’autres équipes (des allemands, des américains, et des espagnols) qui travaillaient dans le même sens, ce qui a renforcé la pertinence de notre travail.

 

Par la suite, qu’est ce qui a abouti l’identification du rôle de la souche Faecalibacterium prausnitzii ?

Etant donné nos observations concernant le groupe Clostridium leptum, nous nous sommes intéressés à la bactérie majeure de ce groupe : Faecalibacterium prausnitzii (F prau).

Nous avons analysé la flore de patients opérés pour leur maladie de Crohn (résection iléo-caecale). Après 6 mois de suivi, nous avons constaté que les malades qui récidivaient avaient un taux de F. prau,  encore plus faible que ceux qui n’avaient pas récidivé, un peu comme si le fait d’avoir F. prau était protecteur de la récidive. Ce résultat nous a fait émettre l’hypothèse que F. prau pourrait avoir des effets anti-inflammatoires. Pour confirmer cette hypothèse, nous avons traité des cellules épithéliales intestinales avec F. prau avant de provoquer une inflammation. Nous avons observé que le traitement par F prau entrainait une diminution nette de l’inflammation. De plus, nous avons réalisé des expériences en utilisant des souris ayant une inflammation colique. Là encore, l’administration de F. prau permettait une amélioration importante de l’inflammation.

 

Cette souche de F. prau peut-elle être le traitement de demain

Cette bactérie étant purement anaérobie (elle meurt dès qu’elle est en contact avec de l’oxygène), il est impossible de la mettre dans un yaourt, ou bien de l’administrer sous forme de gélule (comme un probiotique). Nous recherchons donc les molécules que cette bactérie secrètent (dans le surnageant de culture) et qui portent l’effet anti-inflammatoire.

C’est effectivement une piste pour une nouvelle approche thérapeutique.

 

Est-ce un espoir pour les malades ?

Oui, mais la route est encore longue avant d’aboutir à un éventuel traitement. Il est vrai que cette bactérie se comporte comme une bactérie probiotique mais la difficulté de sa culture rend improbable l’utilisation comme probiotique. Cependant, l’espoir reste grand sur des molécules sécrétées par la bactérie. Et à moyen ou long terme de voir l’apparition d’un nouveau traitement.

 

Les équipes :

Unité de Recherche Écologie et Physiologie du Système Digestif, INRA Jouy-en-Josas
INSERM U538, Université Pierre & Marie Curie, AP-HP (Hôpital Saint-Antoine),  Paris

AP-HP (Hôpital Lariboisière), Paris

Note de l’afa :

Philippe Seksik et Harry Sokol ont déposé ce mois-ci deux projets de bourses à l’afa qui sont des ramifications  de ces recherches.

 

Télécharger le communiqué de presse de l'INSERM   Bactérie F prau (26.76 KB)

 

©afa – octobre 2008

 

 





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