Thérapies nutritionnelles

LA NUTRITION : UNE PLACE CROISSANTE DANS LA PRISE EN CHARGE DES MICI

Svolos, V., Gordon, H., Lomer, M.C.E. et al. (2025). European Crohn’s and Colitis Organisation consensus on dietary management of inflammatory bowel disease. Journal of Crohn’s and Colitis, 19(9), jjaf122.

 

Le consensus ECCO publié en 2025 constitue une référence importante pour la prise en charge nutritionnelle des MICI.

Il confirme que les interventions nutritionnelles peuvent avoir une place dans la prise en charge de certains patients, mais qu’aucun régime alimentaire ne convient à tous les patients atteints de MICI.

La stratégie nutritionnelle doit être adaptée :

  • au type de MICI ;
  • à l’activité et à la sévérité de la maladie ;
  • à l’état nutritionnel ;
  • aux symptômes digestifs ;
  • aux éventuelles complications (sténose, chirurgie, etc.) ;
  • aux préférences et possibilités du patient.

La prise en charge nutritionnelle doit idéalement être réalisée avec un diététicien ayant une expertise dans les MICI.

NUTRITION ENTÉRALE EXCLUSIVE : UNE THÉRAPIE DE RÉFÉRENCE CHEZ L’ENFANT ATTEINT DE MALADIE DE CROHN

La nutrition entérale exclusive (NEE) consiste à couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels pendant plusieurs semaines avec une préparation nutritionnelle complète, sans alimentation solide.

Chez l’enfant et l’adolescent présentant une maladie de Crohn luminale active, la NEE constitue une stratégie thérapeutique reconnue pour induire la rémission.

Elle est généralement administrée pendant 6 à 8 semaines et peut être prise par voie orale ou, lorsque cela est nécessaire, par sonde nasogastrique.

Ses principaux intérêts sont :

  • l’induction de la rémission ;
  • la diminution de l’inflammation intestinale ;
  • la cicatrisation muqueuse ;
  • l’amélioration de l’état nutritionnel ;
  • l’absence des effets indésirables associés aux corticoïdes, notamment sur la croissance.

Chez l’enfant, la NEE est donc une véritable stratégie thérapeutique et pas simplement un soutien nutritionnel.

CHEZ L’ADULTE : UNE PLACE PLUS LIMITÉE DE LA NUTRITION ENTÉRALE EXCLUSIVE

Chez l’adulte atteint de maladie de Crohn, les données sont moins solides que chez l’enfant.

Les recommandations ECCO considèrent néanmoins que les thérapies nutritionnelles peuvent être envisagées chez certains patients, notamment lorsque le patient est motivé, que la maladie est adaptée à cette stratégie et qu’un accompagnement diététique est disponible.

Il n’existe actuellement pas de recommandation permettant de considérer la NEE comme le traitement de première intention de tous les adultes présentant une maladie de Crohn active.

La décision doit être individualisée et intégrée à la stratégie thérapeutique globale.

LE RÉGIME D’EXCLUSION DE LA MALADIE DE CROHN (CDED)

Le Crohn’s Disease Exclusion Diet (CDED) est un régime alimentaire conçu pour limiter certains composants alimentaires susceptibles d’avoir des effets défavorables sur le microbiote et la barrière intestinale.

Il est généralement associé à une nutrition entérale partielle (NEP).

Le consensus ECCO 2025 indique que :

  • le CDED associé à une nutrition entérale partielle est recommandé pour induire la rémission chez les enfantsatteints de maladie de Crohn légère à modérée ;
  • cette stratégie peut être envisagée chez certains adultes présentant une maladie de Crohn légère à modérée ;
  • les données sont insuffisantes pour recommander le CDED comme traitement d’entretien de la rémission ;
  • le CDED n’a pas démontré d’efficacité suffisante pour être recommandé comme traitement d’induction de la RCH.

Le CDED ne doit donc pas être présenté comme un régime applicable à toutes les MICI.

LE CDED CHEZ L’ADULTE : DE NOUVELLES DONNÉES EN 2025

Pasta, A., Formisano, E., Calabrese, F. et al. (2025). The use of the Crohn’s disease exclusion diet (CDED) in adults with Crohn’s disease: A randomized controlled trial. European Journal of Clinical Investigation, 55(6), e14389.

Un essai randomisé publié en 2025 a comparé le CDED à un régime méditerranéen chez des adultes présentant une maladie de Crohn légère à modérée.

Résultats :

  • à 12 semaines, la rémission était obtenue chez 70,8 % des patients du groupe CDED contre 38,1 % dans le groupe régime méditerranéen ;
  • à 24 semaines, les taux de rémission étaient respectivement de 79,2 % et 42,9 % ;
  • certains marqueurs inflammatoires étaient également améliorés dans le groupe CDED.

L’étude suggère donc que le CDED peut constituer une option intéressante chez certains adultes atteints de maladie de Crohn légère à modérée.

Cependant, l’étude reste de petite taille et ouverte : ces résultats doivent être confirmés par des essais plus importants.

CDED + NUTRITION ENTÉRALE PARTIELLE CHEZ L’ENFANT

Une étude randomisée internationale publiée en 2025 a également évalué une stratégie associant une courte phase de nutrition entérale exclusive puis un CDED associé à une nutrition entérale partielle.

Résultats :

  • après 2 semaines de NEE suivies du CDED, une majorité des patients a obtenu une rémission ;
  • à 14 semaines, 70 % des enfants du groupe CDED étaient en rémission sans corticoïdes, contre 61,5 % dans le groupe ayant reçu une NEE prolongée ;
  • l’étude était toutefois sous-dimensionnée pour démontrer une supériorité statistique du CDED.

Ces résultats renforcent l’intérêt du CDED comme stratégie permettant potentiellement de réintroduire progressivement une alimentation solide tout en maintenant une partie des apports sous forme de nutrition entérale.

NUTRITION ENTÉRALE PARTIELLE : QUELLE PLACE ?

La nutrition entérale partielle (NEP) consiste à associer une alimentation solide à une préparation nutritionnelle complète couvrant une partie des besoins énergétiques.

Elle peut notamment être utilisée :

  • dans certaines stratégies d’induction de rémission ;
  • en association avec le CDED ;
  • comme stratégie de maintien chez certains patients ;
  • pour améliorer ou maintenir l’état nutritionnel.

Les recommandations ECCO indiquent que la NEP peut être envisagée chez certains patients atteints de maladie de Crohn pour maintenir la rémission, lorsque le patient accepte et tolère la préparation nutritionnelle et qu’un suivi est assuré.

NUTRITION ET PRÉPARATION À LA CHIRURGIE

La nutrition joue également un rôle important chez les patients atteints de maladie de Crohn nécessitant une intervention chirurgicale.

Les recommandations ECCO 2024 recommandent :

  • une évaluation systématique du risque nutritionnel avant la chirurgie ;
  • l’identification et la correction d’une éventuelle dénutrition ;
  • lorsque cela est possible, de privilégier la nutrition entérale pour optimiser l’état nutritionnel avant l’intervention.

La nutrition entérale exclusive peut notamment contribuer à réduire l’inflammation et à améliorer l’état nutritionnel avant une chirurgie.

LES PROBIOTIQUES : QUELLE PLACE EN 2026 ?

Les probiotiques sont parfois présentés comme une stratégie permettant de « rééquilibrer le microbiote ».

Cependant, les données restent très dépendantes de la souche, de la combinaison utilisée et de la maladie concernée.

Maladie de Crohn

Les données disponibles ne permettent pas actuellement de recommander les probiotiques pour induire ou maintenir la rémission de la maladie de Crohn.

RCH

Certaines préparations multi-souches ont montré des résultats intéressants chez des patients atteints de RCH, notamment en complément du traitement conventionnel.

Cependant, les données restent hétérogènes et les probiotiques ne peuvent pas être considérés comme un traitement de référence de la RCH.

En pratique : il n’existe pas aujourd’hui de recommandation générale de supplémentation en probiotiques pour tous les patients atteints de MICI.

ET LES AUTRES RÉGIMES ?

Plusieurs régimes font actuellement l’objet de recherches :

  • régime méditerranéen ;
  • CDED ;
  • nutrition entérale exclusive ou partielle ;
  • régime pauvre en FODMAP ;
  • régime anti-inflammatoire ;
  • régime spécifique en glucides (SCD) ;
  • autres régimes d’exclusion.

Cependant, ils ne disposent pas tous du même niveau de preuve.

Il est donc important de distinguer :

→ les stratégies nutritionnelles ayant démontré une efficacité thérapeutique dans certaines situations, comme la NEE chez l’enfant atteint de Crohn ;

→ les stratégies prometteuses mais encore en cours d’évaluation, comme certaines formes de CDED chez l’adulte ;

→ les régimes principalement étudiés pour améliorer les symptômes digestifs, comme le régime pauvre en FODMAP chez certains patients en rémission ;

→ les régimes pour lesquels les preuves restent insuffisantes.

UNE THÉRAPIE NUTRITIONNELLE NE REMPLACE PAS SYSTÉMATIQUEMENT LE TRAITEMENT MÉDICAL

Les thérapies nutritionnelles doivent être intégrées dans une prise en charge globale de la MICI.

Elles peuvent avoir plusieurs objectifs :

  • induire une rémission dans certaines situations ;
  • diminuer l’inflammation ;
  • favoriser la cicatrisation muqueuse ;
  • prévenir ou corriger la dénutrition ;
  • corriger les carences ;
  • améliorer la qualité de l’alimentation ;
  • accompagner la prise en charge médicale ou chirurgicale.

Elles ne doivent cependant pas conduire à l’arrêt ou à la modification d’un traitement médical sans avis du gastro-entérologue.

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