Additifs et aliments transformés

LA TRANSFORMATION DES ALIMENTS ET LE RISQUE DE MALADIE INFLAMMATOIRE DE L’INTESTIN : REVUE SYSTEMATIQUE ET META-ANALYSE

Mendoza-Rodríguez, R., Gutiérrez-Garrido, Á., Jiménez-Rosales, R. et al. (2026). Ultra-processed food intake and risk of inflammatory bowel disease in the adult population – A systematic review and meta-analysis. Revista Española de Enfermedades Digestivas.

Une méta-analyse publiée en 2026 a évalué les données disponibles sur la consommation d’aliments ultra-transformés (AUT) et le risque de développer une MICI.

Résultats :

  • La consommation élevée d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de maladie de Crohn.
  • L’association est également significative pour les MICI prises dans leur ensemble.
  • En revanche, aucune association statistiquement significative n’a été retrouvée pour la rectocolite hémorragique.
  • L’analyse a porté sur 7 études et plus de 1,5 million de participants.

Pour la maladie de Crohn, les personnes ayant la consommation la plus élevée d’aliments ultra-transformés présentaient environ deux fois plus de risque de développer la maladie que celles ayant la consommation la plus faible.

Il s’agit toutefois principalement de données observationnelles : elles montrent une association et ne permettent pas d’affirmer qu’une consommation élevée d’aliments ultra-transformés provoque directement une maladie de Crohn.

QUE DISENT LES RECOMMANDATIONS ECCO 2025 ?

Svolos, V., Gordon, H., Lomer, M.C.E. et al. (2025). European Crohn’s and Colitis Organisation consensus on dietary management of inflammatory bowel disease. Journal of Crohn’s and Colitis, 19(9), jjaf122.

Le consensus ECCO 2025 constitue aujourd’hui une référence majeure pour la prise en charge nutritionnelle des MICI.

Il conclut que la consommation d’aliments ultra-transformés est associée au développement de la maladie de Crohn, mais pas clairement à celui de la RCH.

L’ECCO recommande donc de limiter les aliments ultra-transformés dans le cadre d’une alimentation globalement saine.

Il est toutefois important de ne pas aller jusqu’à recommander leur suppression totale :

  • il n’existe pas de seuil de consommation « sans risque » clairement établi ;
  • les aliments ultra-transformés constituent une catégorie très hétérogène ;
  • tous n’ont pas la même composition nutritionnelle ;
  • une exclusion trop stricte pourrait compromettre les apports nutritionnels ou rendre l’alimentation inutilement restrictive.

L’objectif est donc de réduire leur consommation plutôt que de les interdire totalement.

ALIMENTS ULTRA-TRANSFORMÉS ET RISQUE DE RECHUTE DANS LA MALADIE DE CROHN

Sarbagili-Shabat, C., Zelber-Sagi, S., Fliss Isakov, N. et al. (2025). High Ultra-Processed Food Consumption Is Associated with Clinical Exacerbation in Patients with Crohn’s Disease in Remission: A Prospective Cohort Study. Digestive Diseases, 43(4), 466–475.

Cette étude prospective a suivi 111 patients atteints de maladie de Crohn en rémission pendant un an afin d’étudier l’association entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le risque de rechute.

Résultats :

  • 24 patients, soit 21,6 %, ont présenté une rechute au cours du suivi ;
  • une consommation élevée d’aliments ultra-transformés était associée à un risque accru de rechute ;
  • l’association était particulièrement marquée pour les pains et pâtisseries ultra-transformés, ainsi que pour certaines huiles et matières grasses à tartiner ultra-transformées.

Les patients consommant le plus d’aliments ultra-transformés présentaient un risque de rechute environ 3,9 fois plus élevé que ceux qui en consommaient le moins.

Cette étude est intéressante car elle s’intéresse non seulement au risque de développer une MICI, mais également à l’évolution de la maladie chez des patients déjà diagnostiqués.

Cependant, il s’agit encore d’une étude observationnelle : elle ne permet pas de démontrer un lien de causalité.

ALIMENTS ULTRA-TRANSFORMÉS : QUELS ALIMENTS SONT CONCERNÉS ?

Les aliments ultra-transformés correspondent à des produits ayant généralement subi plusieurs étapes de transformation industrielle et contenant souvent des ingrédients ou additifs rarement utilisés dans la cuisine domestique.

On peut notamment retrouver :

  • certains pains et viennoiseries industriels ;
  • biscuits, pâtisseries et produits de snacking ;
  • céréales et produits de petit-déjeuner très transformés ;
  • plats préparés et repas prêts à réchauffer ;
  • certaines sauces et préparations industrielles ;
  • boissons sucrées ;
  • confiseries ;
  • certains produits de charcuterie ou produits carnés transformés ;
  • certains produits végétaux industriels fortement formulés.

Attention : « transformé » ne signifie pas automatiquement « mauvais ».

La transformation alimentaire peut avoir des fonctions utiles : conservation, sécurité sanitaire, préparation, fermentation ou amélioration de la disponibilité de certains aliments.

C’est surtout la consommation importante d’aliments ultra-transformés au sein d’une alimentation globalement déséquilibrée qui est aujourd’hui préoccupante.

ET LES ADDITIFS ALIMENTAIRES ?

DES MÉCANISMES BIOLOGIQUES QUI FONT L’OBJET DE RECHERCHES

Certains additifs présents dans les aliments ultra-transformés sont étudiés pour leur capacité potentielle à modifier :

  • le microbiote intestinal ;
  • la perméabilité de la barrière intestinale ;
  • les interactions entre les bactéries et la muqueuse ;
  • certaines voies de l’immunité et de l’inflammation.

Les émulsifiants, notamment, font l’objet d’un intérêt scientifique important.

Des études expérimentales ont montré que certains émulsifiants peuvent modifier le microbiote et la barrière intestinale. Ces résultats apportent une plausibilité biologique aux associations observées dans certaines études épidémiologiques.

Cependant, les données chez l’être humain restent insuffisantes pour affirmer que la consommation d’un additif donné provoque une MICI ou une poussée.

ÉMULSIFIANTS ET MICI : OÙ EN EST LA RECHERCHE EN 2026 ?

Gold, S., Haskey, N. & Raman, M. (2025). Inflammatory Bowel Disease and Dietary Emulsifiers – A Conundrum That Continues. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 61(12), 1961–1962.

Les émulsifiants constituent l’un des domaines de recherche les plus actifs concernant les effets potentiels des aliments ultra-transformés sur l’intestin.

Des travaux expérimentaux suggèrent que certains émulsifiants pourraient :

  • modifier la composition du microbiote ;
  • affecter la barrière intestinale ;
  • favoriser certaines réponses inflammatoires.

Mais les données cliniques restent insuffisantes pour recommander l’exclusion systématique de tous les émulsifiants chez les patients atteints de MICI.

Une revue de 2025 portant spécifiquement sur les aliments ultra-transformés et les additifs chez les adultes atteints de MICI conclut que les études disponibles suggèrent des associations possibles avec l’activité de la maladie, mais que les résultats des essais interventionnels sur l’exclusion des additifs restent inconclusifs.

ET LES COLORANTS ALIMENTAIRES ?

Certaines études expérimentales ont montré des effets potentiellement pro-inflammatoires de certains colorants ou autres additifs.

Par exemple, des travaux réalisés chez la souris ont montré qu’une exposition chronique au colorant Allura Red ACpouvait favoriser une colite expérimentale et modifier certaines fonctions intestinales.

Mais ces résultats ne permettent pas de conclure que ce colorant provoque une MICI chez l’être humain.

Il est donc préférable de présenter ces travaux comme des pistes mécanistiques, et non comme des preuves permettant de recommander l’éviction d’un colorant particulier.

LES ADDITIFS SONT-ILS TOUS À ÉVITER ?

Non.

La présence d’un additif sur la liste des ingrédients ne signifie pas que l’aliment est dangereux ou qu’il doit être supprimé.

Les additifs sont soumis à des évaluations réglementaires de sécurité et peuvent avoir différentes fonctions technologiques : conservation, texture, stabilité, couleur, etc.

Dans le contexte des MICI, la question scientifique est plutôt de savoir si certaines familles d’additifs, consommées de façon chronique et dans certaines quantités, peuvent influencer le microbiote, la barrière intestinale ou l’inflammation chez certaines personnes.

À ce jour, les données ne permettent pas d’établir une liste d’additifs que tous les patients atteints de MICI devraient systématiquement éviter.

UNE ALIMENTATION SANS ADDITIFS EST-ELLE NÉCESSAIRE ?

Non.

Une alimentation visant à supprimer tous les additifs serait très restrictive et n’est pas recommandée de manière générale.

Les recommandations actuelles privilégient plutôt :

  • une alimentation variée ;
  • une consommation importante d’aliments peu ou pas transformés ;
  • les fruits et légumes, lorsque leur tolérance le permet ;
  • les légumineuses et céréales complètes selon la situation individuelle ;
  • le poisson, les noix et graines ;
  • l’huile d’olive et les autres sources de graisses de qualité ;
  • la limitation des aliments ultra-transformés, des boissons sucrées et des viandes rouges et transformées.

La qualité globale de l’alimentation est plus importante que la recherche systématique de chaque additif présent sur une étiquette.

Le Professeur Seksik lors de l'UEGW 2024
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