Dernières recommandations
MICI : LES NOUVELLES RECOMMANDATIONS NUTRITIONNELLES
Le consensus ECCO 2025 sur l’alimentation dans les MICI
Svolos V, Gordon H, Lomer MCE et al. (2025). European Crohn’s and Colitis Organisation consensus on dietary management of inflammatory bowel disease. Journal of Crohn’s and Colitis, 19(9), jjaf122. https://doi.org/10.1093/ecco-jcc/jjaf122
En 2025, l’ECCO (European Crohn’s and Colitis Organisation) a publié pour la première fois un consensus consacré spécifiquement à la prise en charge nutritionnelle des MICI. Il confirme que l’alimentation fait partie intégrante de la prise en charge des patients, mais qu’il n’existe pas de « régime MICI » universel.
Les principales recommandations sont :
- Un accompagnement nutritionnel personnalisé, idéalement avec un diététicien formé aux MICI. Le conseil alimentaire doit tenir compte de la maladie, de son activité, du phénotype, des symptômes et des objectifs du patient.
- Un dépistage régulier de la dénutrition et de la sarcopénie, y compris chez les personnes en surpoids ou obèses. Le consensus ECCO recommande un dépistage nutritionnel au moins une fois par an en rémission et tous les 3 mois en phase active.
- Une surveillance régulière des carences nutritionnelles, notamment en fer, vitamine B12, vitamine D, folates et autres micronutriments selon le contexte. Le suivi doit être réalisé dès le diagnostic et régulièrement au cours du suivi.
- Une alimentation saine et variée, proche des recommandations générales de la population, lorsqu’aucune intervention nutritionnelle spécifique n’est indiquée.
- Limiter la consommation de viandes rouges et transformées, de boissons sucrées et d’aliments ultra-transformés, tout en veillant à ne pas compromettre les apports nutritionnels.
- Privilégier les fruits et légumes, les légumineuses, les céréales complètes, les noix et graines, le poisson et les matières grasses de qualité, notamment l’huile d’olive.
Le régime méditerranéen : une alimentation à privilégier
Le régime méditerranéen est aujourd’hui considéré comme un modèle alimentaire de référence pour les personnes vivant avec une MICI, notamment pour ses bénéfices généraux sur la santé.
Il privilégie :
- les fruits et légumes ;
- les légumineuses ;
- les céréales complètes ;
- les noix et graines ;
- le poisson ;
- l’huile d’olive ;
- une consommation limitée de viandes rouges et transformées ;
- une faible consommation de produits très sucrés et ultra-transformés.
Cependant, le régime méditerranéen ne doit pas être présenté comme un traitement de la MICI. Les données disponibles ne permettent pas encore d’affirmer qu’il prévient les poussées chez tous les patients. Le consensus ECCO indique qu’il pourrait être utilisé comme stratégie de maintien de la rémission dans la RCH, mais que les données restent insuffisantes pour recommander son utilisation à cette fin dans la maladie de Crohn.
NUTRITION ET MICI : QUOI DE NEUF ?
Bradbury M, Phillips J, Tyrrell-Price J, Poore S. (2025). ESPEN guideline on clinical nutrition in inflammatory bowel disease: a guideline review. Frontline Gastroenterology.
Une revue publiée en 2025 rappelle les principales recommandations de l’ESPEN, dont la dernière mise à jour de la guideline date de 2023.
Ce que l’on sait aujourd’hui
- Il n’existe pas de régime alimentaire unique permettant de contrôler les MICI.
- Les régimes très restrictifs doivent être évités lorsqu’ils ne sont pas médicalement justifiés, car ils peuvent favoriser dénutrition, carences et difficultés alimentaires.
- L’alimentation doit être adaptée à la situation du patient : maladie active ou en rémission, sténose, chirurgie, stomie, troubles fonctionnels, dénutrition, etc.
- Chez les patients présentant une sténose ou des symptômes obstructifs, une adaptation de la texture et de la quantité de fibres peut être nécessaire.
- La nutrition entérale, notamment la nutrition entérale exclusive chez l’enfant atteint de maladie de Crohn, occupe une place spécifique dans certaines situations. Chez l’adulte, les données sont moins solides et son utilisation doit être individualisée.
Et les régimes sans gluten, sans lactose, paléo, FODMAP… ?
Les données actuelles ne permettent pas de recommander un régime d’exclusion particulier pour induire ou maintenir la rémission d’une MICI chez tous les patients.
En revanche, certaines approches peuvent avoir une indication précise :
- Régime pauvre en FODMAP : il peut être proposé chez des patients dont la MICI est en rémission mais qui présentent des symptômes digestifs persistants de type syndrome de l’intestin irritable. Il n’est pas recommandé pour maintenir la rémission de la maladie de Crohn ou de la RCH.
- Régime pauvre en fibres : il peut être nécessaire temporairement en cas de sténose ou de risque d’occlusion, mais ne doit pas être appliqué systématiquement à tous les patients.
- Régime sans gluten ou sans lactose : aucune recommandation générale ne justifie leur exclusion systématique en l’absence d’intolérance ou de maladie associée.
- Régimes très restrictifs : ils doivent être encadrés par un professionnel de santé afin de limiter le risque de carences et de dénutrition.
QUEL EST LE ROLE DE L’ALIMENTATION DANS LES MALADIES INFLAMMATOIRES CHRONIQUES DE L’INTESTIN ?
L’alimentation est aujourd’hui considérée comme un élément important de la prise en charge globale des MICI, mais elle ne se substitue pas aux traitements médicaux.
Elle peut notamment :
- contribuer à maintenir un bon état nutritionnel ;
- prévenir ou corriger certaines carences ;
- participer à la prise en charge de la dénutrition et de la sarcopénie ;
- aider à gérer certains symptômes digestifs ;
- accompagner certaines stratégies thérapeutiques nutritionnelles ;
- potentiellement influencer le microbiote et l’environnement intestinal.
Une revue de 2025 rappelle toutefois que les mécanismes reliant alimentation, microbiote et inflammation sont complexes et que de nombreuses questions restent à étudier.
CONSENSUS RECOMMANDATIONS 2026
→ Il n’existe pas de « régime MICI » universel.
→ Une alimentation variée, équilibrée et peu transformée est à privilégier.
→ Le régime méditerranéen constitue un modèle alimentaire de référence, mais ne doit pas être présenté comme un traitement de la MICI.
→ Les régimes restrictifs ne doivent pas être suivis systématiquement et doivent être justifiés et, si nécessaire, accompagnés par un professionnel.
→ Le statut nutritionnel et les carences doivent être surveillés régulièrement, y compris pendant les périodes de rémission.
→ L’alimentation doit être adaptée à chaque patient et à chaque situation clinique.
→ Un suivi par un diététicien spécialisé dans les MICI est recommandé lorsque cela est possible.
→ Les probiotiques et autres interventions visant le microbiote ne doivent pas être présentés comme systématiquement « inutiles » : certaines stratégies font l’objet de recherches et peuvent avoir des indications spécifiques, mais elles ne constituent pas actuellement une recommandation nutritionnelle générale pour toutes les MICI.





