Les pistes : fibres, protéines ?

LES FIBRES : FAUT-IL EN MANGER PLUS ?

Les fibres alimentaires jouent un rôle important dans le fonctionnement intestinal et dans les interactions entre alimentation et microbiote.

Elles sont fermentées par certaines bactéries intestinales et peuvent notamment conduire à la production d’acides gras à chaîne courte (AGCC), comme le butyrate, qui participent au maintien de la barrière intestinale et à la régulation de la réponse immunitaire.

Mais toutes les fibres n’ont pas les mêmes effets et la réponse dépend notamment du type de fibre, du microbiote et de l’état de la maladie.

Les données récentes ne permettent donc pas de conclure que « plus de fibres = moins d’inflammation » chez les personnes atteintes de MICI.

Ce que recommande l’ECCO en 2025

→ Il n’existe pas suffisamment de preuves pour recommander un régime riche ou pauvre en fibres pour induire une rémission d’une MICI.

→ Un régime riche ou pauvre en fibres n’est pas recommandé comme traitement d’entretien de la maladie de Crohn ou de la RCH.

En revanche, l’ECCO souligne que les personnes atteintes de MICI consomment fréquemment moins de fibres que les recommandations générales, notamment parce qu’elles réduisent spontanément leur consommation de fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et graines par crainte des symptômes.

Une évaluation des apports en fibres est donc recommandée, particulièrement chez les personnes qui restreignent fortement les aliments végétaux.

LES FIBRES ET LE RISQUE DE DÉVELOPPER UNE MICI

Les données disponibles suggèrent qu’une alimentation riche en fibres pourrait être associée à un risque plus faible de développer une MICI, notamment une maladie de Crohn.

Le consensus ECCO 2025 rapporte notamment une association entre une consommation plus importante de fibres et une diminution du risque de MICI, avec des associations particulièrement intéressantes pour les fibres provenant des fruits et de certains produits céréaliers dans la maladie de Crohn.

Attention : ces données concernent le risque de développer la maladie et ne signifient pas qu’une alimentation riche en fibres permet de traiter une MICI déjà diagnostiquée.

FIBRES : ATTENTION AUX SITUATIONS PARTICULIÈRES

Chez la majorité des patients, il n’est pas nécessaire de supprimer systématiquement les fibres pendant une poussée.

Une réduction temporaire de certaines fibres peut néanmoins être pertinente dans certaines situations.

En cas de sténose de la maladie de Crohn

Chez une personne présentant une sténose avec des symptômes obstructifs, une alimentation pauvre en fibres volumineuses peut théoriquement réduire le risque d’obstruction.

Il s’agit toutefois d’une recommandation fondée principalement sur des données indirectes et un raisonnement physiopathologique.

→ Cette restriction doit donc être individualisée et ne doit pas être appliquée systématiquement à toutes les personnes ayant une maladie de Crohn.

ET LES COMPLÉMENTS DE FIBRES ?

Plusieurs fibres ou compléments ont été étudiés dans les MICI :

  • psyllium ;
  • son d’avoine ;
  • son de blé ;
  • amidon résistant ;
  • bêta-glucanes ;
  • autres polysaccharides non amylacés.

Certaines études, notamment dans la RCH, suggèrent des effets intéressants sur les symptômes ou certains marqueurs.

Cependant, les données restent insuffisantes pour recommander systématiquement ces compléments afin d’induire ou de maintenir une rémission.

L’ECCO 2025 ne recommande donc pas leur utilisation systématique comme traitement des MICI.

UNE PISTE : LES ACIDES GRAS À CHAÎNE COURTE

Les acides gras à chaîne courte (AGCC), notamment le butyrate, sont produits par le microbiote lors de la fermentation de certains glucides et fibres alimentaires.

Ils participent notamment :

  • au fonctionnement des cellules intestinales ;
  • au maintien de la barrière intestinale ;
  • à la modulation de la réponse immunitaire ;
  • aux interactions entre alimentation et microbiote.

Cela explique pourquoi les chercheurs s’intéressent à la possibilité de moduler le microbiote par l’alimentation pour influencer l’inflammation intestinale.

Des travaux récents continuent d’explorer cette piste.

Mais…

La production d’AGCC ne dépend pas uniquement de la quantité de fibres consommée.

Le type de fibres, leur structure, les bactéries présentes dans le microbiote et les caractéristiques de chaque patient peuvent modifier la réponse.

→ La supplémentation systématique en fibres ou en AGCC n’est donc pas actuellement recommandée comme traitement des MICI.

La recherche s’oriente de plus en plus vers une nutrition personnalisée, prenant en compte le microbiote et les caractéristiques individuelles du patient.

PROTÉINES : QUELLE PLACE DANS L’ALIMENTATION ?

Les protéines sont essentielles pour :

  • maintenir la masse musculaire ;
  • assurer le renouvellement des tissus ;
  • favoriser la cicatrisation ;
  • prévenir ou corriger la dénutrition.

Les besoins peuvent être augmentés en période de maladie active, notamment en cas d’inflammation importante, de perte de poids ou de dénutrition.

L’objectif n’est donc pas de réduire globalement les protéines, mais de veiller à avoir des apports suffisants et de qualité.

VIANDE ROUGE ET VIANDE TRANSFORMÉE : FAUT-IL LES ÉVITER ?

Les études observationnelles suggèrent qu’une consommation importante de viande rouge et de viande transformée pourrait être associée à certains risques liés aux MICI.

Cependant, les résultats ne sont pas suffisamment homogènes pour affirmer que la viande provoque ou déclenche directement une MICI.

Le consensus ECCO 2025 considère néanmoins qu’une réduction de la consommation de viande rouge et transformée peut être envisagée pour maintenir la rémission dans la RCH.

Cette recommandation s’inscrit également dans une logique de santé générale, la consommation importante de viande rouge et transformée étant associée à plusieurs risques pour la santé.

En pratique

Il est préférable de :

→ varier les sources de protéines ;

→ privilégier le poisson, les œufs, les produits laitiers et les sources végétales selon la tolérance ;

→ limiter la consommation de viandes rouges ;

→ limiter particulièrement les viandes transformées.

Il n’est toutefois pas nécessaire de supprimer complètement la viande en l’absence d’indication particulière.

PRODUITS LAITIERS : FAUT-IL LES SUPPRIMER ?

Contrairement à une idée largement répandue, les produits laitiers ne doivent pas être systématiquement supprimés en cas de MICI.

Les données disponibles ne permettent pas de démontrer qu’une exclusion des produits laitiers améliore l’évolution de la maladie.

L’ECCO 2025 indique notamment que l’exclusion des protéines du lait de vache n’est pas recommandée comme traitement complémentaire pour induire une rémission dans la RCH.

Chez certaines personnes, le lactose peut néanmoins provoquer des symptômes digestifs, indépendamment de l’activité inflammatoire de la MICI.

Dans ce cas, il peut être préférable d’adapter les quantités ou de choisir des produits pauvres ou dépourvus de lactose, plutôt que d’exclure systématiquement tous les produits laitiers.

Cette distinction est importante car les produits laitiers constituent notamment une source importante de calcium et de protéines.

PROTÉINES ANIMALES OU VÉGÉTALES ?

Les recherches s’intéressent de plus en plus au remplacement d’une partie des protéines animales par des sources végétales.

Une alimentation comprenant davantage de :

  • légumineuses ;
  • céréales complètes ;
  • noix et graines ;
  • fruits et légumes ;

est associée à un modèle alimentaire globalement plus favorable.

Le consensus ECCO 2025 recommande d’ailleurs des schémas alimentaires sains caractérisés par une consommation élevée de végétaux, céréales complètes, noix, graines, légumineuses et poisson, et une consommation plus faible de viandes rouges et transformées.

Mais cela ne signifie pas qu’un régime végétarien ou végétalien constitue un traitement des MICI.

Chez les personnes qui excluent plusieurs groupes alimentaires, une attention particulière doit être portée aux apports en protéines, fer, vitamine B12, calcium et vitamine D.

UNE ALIMENTATION RICHE EN FIBRES ET EN PROTÉINES VÉGÉTALES : UNE PISTE POUR L’AVENIR ?

Les recherches actuelles s’intéressent de plus en plus à l’ensemble du régime alimentaire plutôt qu’à un nutriment isolé.

L’objectif est notamment de comprendre comment les associations entre :

fibres → microbiote → AGCC → barrière intestinale → système immunitaire

peuvent influencer l’évolution des MICI.

Une revue publiée en 2026 souligne notamment l’intérêt potentiel des modèles alimentaires riches en végétaux et en aliments sources de fibres pour favoriser certaines bactéries productrices d’AGCC et soutenir la fonction de barrière intestinale.

Mais ces mécanismes ne permettent pas encore de définir une quantité idéale de fibres ou de protéines végétales pour traiter une MICI.

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