« L’endométriose influence-t-elle la MICI ? «
Une grande étude multicentrique française et belge publiée en décembre 2025 s’est intéressée à l’association entre l’endométriose et les MICI.
Pourquoi cette recherche ?
On sait que certaines femmes atteintes d’endométriose ont aussi un risque plus élevé de développer une MICI, mais on ne comprenait pas bien comment ces deux maladies évoluent lorsqu’elles coexistent. Une équipe de chercheurs a donc voulu mieux comprendre si l’endométriose pouvait aggraver le cours des MICI.
Comment l’étude a été réalisée ?
Les scientifiques ont analysé les données de 207 patientes ayant à la fois une endométriose et une MICI dans 18 centres spécialisés en France et en Belgique.
Ils ont comparé ces patientes à 409 patientes souffrant uniquement d’une MICI.
L’objectif était de savoir si l’endométriose influençait la progression de la MICI, en utilisant des critères de gravité comme les complications intestinales ou la nécessité d’une chirurgie.
Ce que les chercheurs ont observé
Bonne nouvelle : l’endométriose n’a pas rendu l’évolution des MICI plus sévère.
– Chez les patientes atteintes de maladie de Crohn, celles qui avaient aussi une endométriose ont montré une évolution moins sévère de la maladie que celles atteintes uniquement de Crohn.
– Pour la rectocolite hémorragique, les différences n’étaient pas statistiquement significatives.
Les patientes avec endométriose ont aussi été moins souvent traitées par immunosuppresseurs ou médicaments biologiques, ce qui pourrait refléter une évolution différente de la maladie chez ces patientes.
Ce que cela signifie pour les patientes
1) L’association MICI + endométriose n’est pas synonyme d’aggravation
Bonne nouvelle : les patientes concernées ne semblent pas avoir une maladie intestinale plus sévère.
2) Pas besoin d’adapter les traitements MICI juste à cause de l’endométriose
Les médecins n’ont pas besoin de “surtraiter” par précaution : l’évolution n’est pas plus grave.
3) Importance de considérer les deux maladies ensemble
Même si l’endométriose n’aggrave pas les MICI, les douleurs pelviennes, les troubles digestifs et les cycles hormonaux peuvent se chevaucher et brouiller l’interprétation des symptômes.
4) Rassurant pour les femmes avec maladie de Crohn
Chez ces patientes, l’étude montre même une évolution un peu moins sévère de la maladie intestinale.
5) Meilleure prise en charge globale
Comprendre que les deux maladies peuvent coexister sans aggraver la MICI permet d’éviter des examens inutiles et d’orienter plus vite vers les bons spécialistes (gastroentérologue + gynécologue).
Limites de l’étude
Même si l’étude est solide, il y a quelques points à garder en tête :
1) Type d’étude : observationnelle
Les chercheurs ont observé ce qui se passait dans la vraie vie, sans intervenir. Cela permet de repérer des tendances, mais ne prouve pas un lien de cause à effet.
2) Diagnostic de l’endométriose parfois imprécis
Dans la pratique clinique, l’endométriose n’est pas toujours diagnostiquée de manière uniforme (parfois chirurgie, parfois IRM, parfois clinique). Il pourrait y avoir des patientes ayant une endométriose non diagnostiquée dans le groupe “sans endométriose”.
3) Influence des traitements hormonaux
Les femmes avec endométriose prennent plus souvent des traitements hormonaux (pilule, progestatifs…). Ces traitements peuvent influencer l’inflammation, ce qui peut fausser les comparaisons.
4) Centres spécialisés
Les données viennent principalement de centres experts en MICI, ce qui peut ne pas représenter toutes les patientes suivies en ville.
Ainsi, ces résultats doivent encore être confirmés par de futures études, mais ils ouvrent la voie à une meilleure compréhension des interactions entre ces deux maladies.





