Le Yoga solidaire de Camille pour sensibiliser aux MICI
À l’occasion de la Journée mondiale des MICI, certaines initiatives prennent une dimension particulière, mêlant engagement, bien-être et partage. C’est le cas d’une soirée Yoga Apéro solidaire organisée au bord du lac d’Hossegor, pensée comme un moment à la fois apaisant et porteur de sens. Derrière ce projet, une volonté forte de sensibiliser aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), que sont la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, encore trop peu connues, tout en créant un espace bienveillant où chacun peut se retrouver, échanger et souffler.
Nous avons échangé avec Camille, à l’origine de cet événement, pour comprendre ce qui l’a poussée à le lancer, le rôle que joue le yoga dans son quotidien, et pourquoi il lui tient à cœur de soutenir l’afa Crohn RCH France à travers cette initiative.

Bonjour Camille, à l’occasion de la Journée mondiale des MICI, vous organisez une soirée Yoga Apéro solidaire au bord du lac d’Hossegor. Pouvez-vous nous présenter ce projet et ce qui vous a donné envie de le lancer ?
Je suis atteinte d’une rectocolite hémorragique et d’une spondylarthrite ankylosante depuis plusieurs années. Pendant longtemps, j’ai vécu dans un déni complet, comme beaucoup de personnes touchées par ces maladies invisibles, en me persuadant que je n’étais pas malade, simplement parce que je ne voulais pas l’être.
En 2023, j’ai traversé une crise très violente qui a duré un an et demi, avec des hauts et des bas. Cette période a été extrêmement éprouvante, autant physiquement que mentalement. Aujourd’hui, même si la maladie est toujours présente, j’ai retrouvé une forme d’équilibre grâce aux traitements, et surtout j’ai réussi à reprendre le contrôle de mon quotidien.
Cet événement est né de cette évolution personnelle : transformer une épreuve difficile en quelque chose de positif. Profiter de cette accalmie pour porter la voix des MICI, des maladies encore trop méconnues, et contribuer à libérer la parole. Notamment autour de sujets comme le transit intestinal, qui restent encore tabous et sources de honte pour de nombreuses personnes.
J’ai choisi d’organiser un Yoga Apéro parce que le mouvement est essentiel dans mon équilibre. Bouger, respirer, voir du monde, se dépasser… tout cela a un impact direct sur le mental. Et quand le mental va mieux, le corps suit. Le yoga, en particulier, permet une pratique douce et accessible, y compris pour des personnes malades ou en période plus fragile. L’idée est de montrer qu’il existe un “après”, même après des périodes difficiles, de donner de l’espoir, et de rappeler qu’on peut continuer à avancer à son rythme, sans se laisser définir par la maladie.
J’ai souhaité prolonger ce moment par un apéritif convivial pour créer un espace d’échange libre entre les participants. Ce sera l’occasion de parler, de partager, ou simplement d’écouter. Je serai présente pour témoigner, expliquer ces pathologies et rappeler l’importance de l’écoute de son corps, que l’on soit malade ou non.
L’alimentation étant un sujet central dans ces maladies, il me tenait à cœur de proposer un buffet sain, bio, vegan et sans gluten, afin d’inclure tout le monde. C’est un sujet parfois complexe pour les malades : personnellement, il m’est arrivé de ne plus vouloir m’alimenter du tout, par peur de raviver les douleurs ou d’aggraver les symptômes. Aujourd’hui encore, même en rémission, certaines appréhensions restent présentes. Proposer une alimentation adaptée, c’est aussi une manière de rassurer et de rassembler.
Au fond, cet événement est une invitation plus large : prendre soin de soi, s’écouter, ralentir. Offrir une vraie parenthèse de déconnexion, bénéfique pour tous — que l’on soit concerné par la maladie, proche de quelqu’un qui l’est, ou simplement sensible au bien-être.
Qu’est-ce que la pratique du yoga vous apporte personnellement, notamment dans votre quotidien ou dans le cadre de la maladie ?
Le yoga, pour moi, c’est un moment où tout s’arrête. On se recentre sur sa respiration, ses sensations, son corps. C’est une manière de se reconnecter à soi, de ralentir, presque comme si on remettait les compteurs à zéro dans un quotidien parfois très intense.
J’ai toujours aimé varier les pratiques sportives, triathlon, boxe, tennis, yoga, en fonction de mon état et de mon énergie. En période de rémission, je vais naturellement vers des sports plus intenses. Mais quand je sens qu’une crise approche, ou pendant les périodes plus difficiles, le yoga devient un refuge. Il m’aide à m’apaiser et à m’adapter à ce que mon corps est capable de faire à l’instant T.
Pendant mes séjours à l’hôpital par exemple, je ressens ce besoin de me reconnecter à moi : écouter une musique douce, respirer profondément, faire des mouvements légers pour calmer l’anxiété. Le yoga m’a appris à créer ces moments la, même dans des contextes difficiles.
Il m’apporte aussi beaucoup physiquement, notamment avec les étirements, qui m’aident à assouplir mon corps et à mieux anticiper mes crises articulaires liées a ma spondylarthrite. Plus je bouge, plus je reprends le contrôle sur mon corps, au lieu de le subir.
Pourquoi était-il important pour vous de soutenir l’afa Crohn RCH France à travers cet événement ? Et quel message souhaitez-vous transmettre aux personnes vivant avec une MICI, ainsi qu’à celles qui ne connaissent pas encore ces maladies ?
L’afa a joué un rôle essentiel dans mon parcours. J’ai été diagnostiquée très jeune, et c’est l’une des premières ressources vers lesquelles je me suis tournée pour comprendre ce qui m’arrivait.
Au fil des années, j’ai beaucoup consulté leurs contenus, les forums, les témoignages d’autres malades. Cela m’a énormément aidée à me sentir moins seule. Parce que même entourée de mes proches, il y a des choses que seules les personnes qui vivent la maladie peuvent réellement comprendre.
Pendant mes hospitalisations, j’ai aussi participé à de nombreux ateliers en ligne proposés par l’afa, art-thérapie, hypnose, ateliers culinaires… C’était une véritable bouffée d’air. Une façon de sortir du déni, d’apprendre à m’écouter, à prendre soin de moi, et aussi de créer du lien avec d’autres personnes concernées.
Aujourd’hui, je suis en phase de rémission, sans savoir combien de temps cela durera. Alors j’ai naturellement envie de mettre cette énergie au service des autres, de redonner à mon tour, et surtout d’apporter de l’espoir à celles et ceux qui traversent des périodes plus difficiles.
Le message que j’aimerais transmettre est simple : ne pas avoir honte. Ce sont des maladies dont on parle peu parce qu’elles touchent à l’intime, mais plus on en parlera, moins ce sera tabou. Le transit intestinal fait partie de la vie de tout le monde. On peut apprendre à en parler plus librement, même avec légèreté.
Et surtout : vous n’êtes pas seuls. Il existe des ressources, des communautés, et des moments comme celui-ci pour se retrouver, échanger et se sentir compris.
Enfin, pour les personnes qui ne connaissent pas ces maladies, j’aimerais rappeler l’importance de l’écoute et de la compréhension. S’informer, poser des questions, oser échanger directement avec les malades… c’est souvent ce qui aide le plus. Personnellement, cela m’aide aussi à assumer davantage ma maladie. Parce que quand on n’en parle pas, on subit seul. Alors qu’en partageant simplement son état ou ses symptômes, sans culpabilité ni justification, on permet aux autres de mieux comprendre la réalité, souvent imprévisible, de ces pathologies.
Camille a ouvert une cagnotte solidaire afin de soutenir les personnes atteintes de MICI et de donner davantage de visibilité à ces maladies encore trop méconnues.
Vous pouvez y contribuer ci-dessous :






